HISTOIRE
(ieiilever les filles de ces étrangers, mais de respecter leurs femmes. Ce serait un beau sujet de prix à proposer que de demander comment, dans ce tumulte épouvantable, les ravisseurs purent exécuter les ordres de leur maiire. Cependant ils mirent tant de discernement dans leur clioix que de trente ou six cent quatre-vingt-trois prisonnières I car les auteurs anciens (i) varient un peu sur le nombre) , il ne se trouva qu'une femme mariée : on l'avait enlevée par mégarde , et Romuius l'épousa pour la singularité du fait (2).
Cette entreprise eut des suites : on fit la guerre, la paix, la guerre une seconde fois, 'enfin, un traité qui confondit en un seul peuple les Romains et une partie des Sabins.
Romuius n'avait cessé de s'occuper du gouvernement et des lois. Un jour, ayant rassemblé tous les habitants de Rome, il dit aux uns, Sovez patriciens et protecteurs ; il dit aux autres , Soyez plébéiens et protégés (3); et cela se fit ainsi. Il choisit dans la première classe cent conseillers d'état qui devaient partager avec lui les soins d'une si grande administration, car il commandait à plus de trois mille hommes (4). Quand un certain nombre
(1) DiOYS. Halic, lib. Il, \n\ii. 100. Plut, iu Rom., t. l, pag. 25.
(2) le/., ihcd., pai;. 26.
(3) l(/., ib'ul.^ pay. 24 et u5.
(4) DioxYS. Halic, lil). Il, j)jy, 8y.
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(le larnilles sabines se furent établies au Capitole, on nomma eent antres sénateurs.
Des lois qui entretenaient les mqpurs et la tranquillité dans Rome (i), donnèrent une hante idée du législateur; des guerres et des victoires conti miellés en offrirent une plus haute du conquéranl. Mais Uomulus fut trop ébloui de tant de succès : il flatta les plébéiens, pour augmenter son pouvoir; et blessa les sénjaeurs, en cessant de les consulter.
Sa mort fut aussi merveilleuse que sa vie. Pendant qu'il parlait au milieu de l'assemblée générale il s'élève une tempête dont on ne peut décrin; la violence (a); il partait de tous les points du ciel des tourbillons et des tonnerres effroyables; des torrents d'eau tombaient sur la terre, et la nuit la couvrait de ténèbres épaisses. Le peuple épouvanté prend la fuite; il revient après l'orage, il voit les patriciens immobiles dans leur place, et n'apercevant point Romulus, il les soupçonne et bientôt les accuse de l'avoir mis en pièces et d'en avoir caché les morceaux dans leurs poches (3). On allait les fouiller, lorsqu'un sénateur, nommé Proculus, arriva et tint ce discours, qui ne surpri; personne : « En revenant à l'assemblée, j'ai rencon- « tré Romulus couvert d'armes étincellantes comme M le feu; je lui ai demandé pourquoi il nous avaii
(i) DiONYs. Halic, lib. II, paj;. 9/).
(2) Pi.uT., in Rom., t. I, pag. 3/,.
(3) Id. ihid.
lf)0 HISTOIRE KOMAINE.
« si cruellement abandonné. Voici sa réj>onse : Je V remonte au ciel, d'où je descendis il y a cin- ^ quante-qnatce ans; va dire à l'assemblée que « Rome sera la maîtresse de l'univers, et que, « sous le nom de Quirinus, je ne cesserai de la pro- <(■ téger(i). »
Le peuple applaudit avec transport, et choisit Quirinus pour son dieu tutélaire.
Je finis par un trait de haute érudition. Les plus habiles critiques n'ont jamais pu découvrir l'origine du mot Quirinus. Je présume que Romulus portait ce nom dans le ciel avant que de se montrer aux hommes. Homère cite plus d'une fois la langue des dieux; il en rapporte quelques mots. On doit peut-être y joindre celui de Quirinus : peut-être aussi faut-il recourir au bas-breton, qui, dit-on , renferme les racines de toutes les langues^ qu'on a parlées , qu'on parle et qu'on parlera dans la suite.
(i) Plut, in Rom., t. I, pag. 35 et 37. Aitr. Vict., Orig. genr roman. Liv. , lib. T, cap. 16.