‹ Œuvres diverses de J.J. BarthélemyChapitre 40 sur 85 · CHAPITRE iri · texte numérisé non relu

CHAPITRE iri

Des différentes langues quon a employées sur les médailles de rois.

J iA plus grande partie des médailles de cette suile offrent une légende grecque; et c'est ce qui fait qu'on l'appelle communément la suite des rois grecs.

Il ne faut pas croire cependant que cette langue u i4

2IO TllAÎTi:

fiit la seule en usage dans tous les j:>ays qui Tont employée dans leur monnaie. Il est vrai qu'avant ia conquête d'Alexandre, les Grecs avaient eu quelques établissements en Egypte; que le commerce les attirait souvent en Syrie; que l'expédition de ce héros en dispersa un grand nombre dans la haute Asie , où plusieurs villes substituèrent des noms «recs à ceux qu'elles portaient auparavant; mais tant de circonstances réunies n'ont jamais pu détruire les tlifférentes langues qu'on parlait en Orient. On sait, par exemple, que celle de Palmyre subsistait encore du temps des empereurs romains, et qu'on l'employait sur les monuments conjointement avec la grecque. On sait encore que l'ancienne langue s'était conservée en Egypte sous les Ptolémée; en Syrie, sous les Séleucides, dans les autres provinces de l'Orient lorsqu'elles secouèrent le joug des rois de Syrie; mais elle paraît bien rarement sur les monnaies de ces monarchies, et il ne serait peut-être pas difficile d'en pénétrer les raisons. La plus générale c'est que la langue* grecque était la langue des vainqueurs, et que ceux qui la parlaient naturellement, sans faire le plus grand nombre, étaient les plus forts en Orient et remplissaient les premières places. En Egypte, où le gouvernement avait toujours été monarchique, où l'on ne voyait point de villes s'arroger des prérogatives particulières, et aspirer à une sorte d'indépendance, il était naturel qu'on ne mit sur la monnaie que la langue du souverain. Sous les Séleucides, au contraire,

DKS MKJ)A1 LLES. 91 j

le^ Villes (le Tyr et de Sidon, toutes fières de leur ancienne splendenr et encore animées de cet esprit républicain, qui ne survit souvent à la perte de la liberté que pour s exercer avec plus de fureur sur les plus petits objets, profitaient des troubles de l'état pour prendre ou pour obtenir la permission de joindre sur les médailles la langue phénicienne à celle des vainqueurs. Dans les pays que la protection des Séleucides et leur longue domination avaient peuplés de Grecs, un nouveau maître croyait devoir respecter la langue de ses nouveaux sujets et se conformer, autant qu'il était possible, à leurs coutumes. Voilà pourquoi les médailles de Tigrane, de Daretas et des Abgares, sont en grec, quoique le premier de ces princes descendît des rois de Perse, et que les autres fussent Arabes d'origine.

Il n'est pas aussi facile de dire pourquoi les rois parthes ont suivi le même usage. Il est rapporté que les fondateurs de cette monarchie commencèrent, en la fondant, par bannir tous les Macédoniens de leurs pays (i). Pourquoi donc rappeler sur leurs monnaies la langue d'une nation ennemie et proscrite? Serait-ce que, depuis la mort d'Alexandre, cette langue aurait fait assez de progrès dans cette partie de l'Orient pour devoir être préférée à toute autre, ou qu'on se serait aperçu que son universalité aurait dans la suite facilité le commerce, ou enfin, que ces princes, profi-

I ) Photii Bibliotli.

Page 1