CHAPITRE IV
Des légendes des médailles de rots.
JLj'on a vu plus haut que les médailles des villes grecques n'ont presque jamais de légendes , proprement dites, et qu'on n'y trouve que le nom de ces villes, celui des magistrats qui les gouvernaient, les titres dont elles étaient décorées , etc. On peut dire la même chose des médailles de rois. C'est en vain qu'on y chercherait des inscriptions étendues et relatives à des faits particuliers. Une seule semble sortir de la règle générale : elle fut frappée pour Sauromate F'^, roi du Bosphore Cimmérien, avec la chaire curule et d'autres ornements que les empereurs avaient coutume d'envoyer aux princes de l'Orient; elle offre ces mots : TEIMAI B... 2AÏ- POMATOY, les honneurs accordés au roi Saumate (i). Mais pour l'ordinaire on n'a exprimé sur
(i) In mus. rcg. ; Cary, Hist. des rois ilu Bosph. pag. 46.
DKS MIÎDAILLES. 2 I ,)
ces médailles que clos noms propres, des titres (le puissance, des titres d'honneur, des époques, des lettres initiales et tles monogrammes. Je ne m'attacherai ici qu'aux trois premiers articles; les deux autres trouveront leur place ailleurs.
Il est à présumer que, dans les plus anciens temps, les rois grecs ne faisaient pas mettre leurs noms sur la monnaie, et que même, dans la sftite, ils ont quelquefois permis qu'on n'y gravàtni leurs noms, ni leurs tètes. Ce soupçon est fondé sur le goût de simplicité qui régnait dans leurs premiers siècles, et sur plusieurs médailles parfaitement semblables entre elles pour le métal , le poids, le travail et les types, dont les unes n'ont point de légende, et les autres offrent le nom d'un prince. Telle est une petite médaille d'argent qui d'un côté représente un cheval courant , et de l'autre un casque dans un carré , et qui se trouve tantôt avec le nom de Perdiccas, roi de Macédoine (i), tantiôt sans aucune inscription (2).
Telle est encore un médaillon d'argent qui d'un côté représente un homme à pied auprès d'un cheval, et de l'autre une chèvre à mi-corps dans uji carré (3), et qui, rapproché d'un médaillon à peu près semblable f4) 1 où se voit le nom d'Archelaiis,
(i) Maff., Gall. ;int.,|)ag. io5.
(2) In mus. reg.
(3) In mus. D. Pellerin.
(4) Froblich, Regiim veterum numisni.
Slf) TRAITE
roi (le Macédoine , paraît avoir été frappé pour ce prince ou pour quelqu'un de ses successeurs.
Sur les plus anciennes médailles de rois , le nom e§t au génitif : TEAaNO^, APXEAAOÏ, BA21- AEm $lAinnOY, comme si on avait voulu dire : monnaie de Gélon, d Archelaûs ^ du roi Philippe. Sur celles qui ont été frappées du temps des empereurs , on le trouve quelquefois au nominatif : BA2IAEY2 HPaAH2 , BA2IAEY2 PH2KOYnOP12.
Serait-ce des monétaires romains que les Grecs auraient appris à terminer ainsi les noms de leurs princes ?
Agrippa 11 , roi de Judée , joignit à son nom la préposition EIII, sous ^ comme faisaient souvent les magistrats des villes grecques et les gouverneurs des villes soumises à l'empire. Par cette légende Eni BA ArPinnA , Agrippa avait-il voulu déclarer publiquement qu'il ne gouvernait son royaume qu'en qualité de lieutenant de l'empereur.
A mesure que les Romains étendaient leurs conquêtes , les principaux de chaque nation subjuguée briguaient la protection des sénateurs accrédités. Ils prenaient leur nom et se mettaient , en quelque façon , au nombre de leurs clients et de leurs affranchis. Cet exemple fut suivi par quelques souverains de l'Orient. Ils crurent qu'il était de leur mérite ou ^ leur gloire de joindre à leur nom celui des maîtres dont ils dépendaient : Polémon, dynaste d'Olbaen Cilicie, et Tarcondimotus , qui régnait dans un autre canton de cette province, se sont fait appeler ]Marcus Antonius sur leurs
DES MÉDAILLES. Il']
médailles M. ANTiiNIOY nOAEMiir^Oi (0 ou plutôt, M. ANTONIOÏ TAPRONAIMOTOT (2). Sauromate V^. et Rhescuporis T'. , rois du Bosphore, ont tous deux pris les noms de Tibère, Jules (3), et un Abgare , roi d'Edesse , est nommé sur ses monnaies Lucius /Elius Septimius Abgarus. A. AIA. etc. Il avait pris le nom de Septimius en l'honneur de Septime Sévère , qui régnait alors , et vraisemblablement il devait ceux de Lucius ^Elius à l'un de ses aïeux qui l'avait pris du temps de l'empereur Antonin ou de quelqu'un de ses successeurs (4) ; car il faut observer que ces noms romains, ainsi adoptés et bizarrement combinés avec des noms grecs ou barbares, se transmettaient aux enfans et subsistaient dans les provinces , même après l'extinction des familles romaines auxquelles ils étaient propres. C'est ainsi que le sophiste Polémon , qui vivait sous Hadrien, et qui descendait sans doute de ces Polémon de Laodicéc que M. Antoine avait comblés d'honneurs, conservait encore le nom du bienfaiteur de sa maison (5) dans un temps où il ne restait personne de la famille Antonia.
En général , les Grecs n'étaient connus que sous
(i) LiEB. GoTH. Niiin.; Mus. D. Pellerin; Mus. Pf.mp.
(2) Maff., Gall. ant. , pag. 3i.
(3) In mus. l'eg., Cary, Hist. dos rois du Bosph., pag. 4^ <'l suiv.
(4) Spanheim, de usu et praest. numisin.
(5) Philostk., Vit. Soph. lib. I.; Marin. Oxon. . pag. 95, (édit. Prid.
'î r 8 TRAITÉ
itiîseul nom, qui devenait souvent commun à plusieurs princes d'une même dynastie. Presque tous les rois d'Egypte ont pris celui de Ptolémée : treize rois de Syrie ont porté celui d'Antiochus ; et'ainsi des autres monarchies. Mais ces différents princes ne sont pas caractérisés sur les monuments par des nombres relatifs à l'ordre de leur succession. On n'y lit jamais Antiochus VI, Ptolémée VIII, etc.; comment donc les distinguer sur leurs médailles ? par la différence des tètes, des titres, des époques , et par d'autres moyens que j'indiquerai dans la suite.
Quelques-uns, mais en petit nombre, ont joint à leur nom celui de leurs pères. Tels sont Alexandre , roi d'Épire ; Juba II , roi de Mauritanie : AAEZAN- APOY TOT NEOniOAEMOYj IVBA REX IVBvE... (i)
D'autres, tels que ce même Juba, Antiochus VIII, roi de Syrie, etc., ont permis ou ont été forcés de permettre que les noms de leurs mères ou de leurs épouses parussent sur la monnaie conjointement avec le leur.
Nous en avons une de Cotys V , roi d'une partie de la Thrace (2), où d'un côté l'on voit son nom autour de sa tète , et au revers celui de Rhescuporis, son parent et son allié, qui régnait dans une autre partie de ce royaume.
On trouve bien rarement sur les médailles de rois les noms des magistrats ou des préposés à la
(i) Mus rcg.
(2) Cary, Hist. des rois du Bosph., p. 75.
moiiiuiie. Cependant , sur celles de Lysimaque (i), il est fait mention d'un Scostokus et d'un Zopyi'us ou Zopyrion (a) ; sur les médailles de Juba II , roi de Mauritanie, et de Ptolémée, son fils, on voit les noms des duumvirs d'une colonie romaine établie dans les états de ces princes.
Le nom d'un roi paraît quelquefois en abrégé ou en monogramme (3).
Des titres de puissance.
Lfs princes grecs régnaient à différents titres. Voici ceux que l'on trouve sur leurs médailles : BA2IAEY2 , roi ; AYNÂ2TH2 , tlynaste; APXiiN, archonte; E0NAPXH2,ethnarque ; TETPAPXH2, tétraque ; T0nAPXH2, toparque ,APXIEPEY2,grandjîrètre.
De tous ces titres, le premier est le plus ancien et le plus brillant ; mais les Grecs l'avilirent au point de l'accorder à des princes qui reconnaissaient des supérieurs, ou qui n'avaient presque pas de sujets.
Il n'est pas facile de fixer le temps où il commence à paraître sur les médailles. Le père Hardouin (4) a cru que ce n'était qu'après Alexandre ; et quoiqu'il semble admettre quelque exception à
(i) Mus. reg. ; Goltzius., Mus. reg. ; Lieb. [%) J'ai vu le nom de Calchas sur une médaille de Lysimaque, fausse à la vérité, mais moulée sur l'antique.
(3) Voyez ces articles dans le chap. II de ce livre.
(4) Chronol. vet. testam., pag. 574, col. i.
cette espèce de [jrincij3e , il eu tire néanmoins les mêmes conséquences ( i) que s'il était universel et applicable à tous les cas. Spanheim (2) lui a opposé des exemples qui ne sont pas tous également décisifs, et les autres antiquaires (3) se sont écartés plus ou moins du sentiment du père Hardouin.
Si le titre de roi ne commence à paraître sur les médailles qu'après Alexandre, il s'ensuit que toutes celles qui l'offrent à nos yeux sont postérieures à ce prince. Il est donc nécessaire d'examiner cette question; mais, comme je l'ai dit, il n'est pas facile de la décider, parce que de tous les princes qui ont régné avant Alexandre, il en est peu dont il nous reste des médailles, et encore moins dont les médailles puissent être connues à des caractères certains. Il suffira donc ici d'exposer la difficulté et les moyens de la résoudre.
Le père Hardouin (4) a rapporté, d'après Paru ta, deux médailles d'argent sur lesquelles on voit le nom de Gélon, qui régnait à Syracuse vers l'an 480 avant Jésus-Christ, et les deux lettres B A, qu'on regarde comme les initiales du mot BA2IAEn2. Pressé par ces exemples, il répond que ces médailles sont fausses, ou qu'elles prouvent tout au plus que le tyran de Syracuse avait une fois en passant reçu le
(1) Chionol. vet. testam. , pa^j;. 576, col. 2.
(2) De usu et praest. numism., tom. I, pajj;. 38i.
(3) Froelich, 4 Tentam., pag. 3i. Idem. Reg. vet. iiuni. pag. 3. Idem. Annal, reg. syr.
(4) jVuiti. pop. eturl)., pag. iS-'i
Dj; s MÉDAILLES. Ua I
litre lie roi sur sa niomiaio yi). Mais nous répondrons que , depuis Paruta , ces médailles se sont multipliées dans nos cabinets; qu'elles sont incontestablement antiques, et que, s'il restait des doutes sur les conséquences qu'on en tire, ils devraient avoir simplement pour objet les deux lettres B A, (pii pourraient à la rigueur être interprétées par tout autre mot que celui de BA^IAEHS. Ce titre se trouve encore sur les médailles (2) qu'on croit avoir été frappées pour Amyntas II, roi de Macédoine, mais qui pourraient bien n'être pas de ce piince, ainsi qu'on le verra plus bas; sur une médaille que Goltzius a rapportée à Pt^diccas, fils d'Amyntas, mais qu'on cliercherait en vain dans les cabinets les plus célèbres; enfin, sur plusieurs médailles qu'on a coutume d'attribuer à Pbilippe et à son fils Alexandre (3). Mais il ne serait pas impossible que les premières fussent de Philippe Aridée, et que les secondes eussent été frappées après la mort d'Alexandre, quoiqu'en son nom. Il résulte de là que nous avons jusqu'à présent de très-fortes présomptions contre le sentiment du père Ilardouin , et néanmoins qu'il ne peut être détruit que par de nouvelles découvertes.
Après Alexandre, on trouve des princes qui, sur quelques-unes de leurs monnaies, ont négligé
(r Mus. reg. et alibi. Ces médailles de Gélon aj)pa!tiennenl à Gclon second.
(2) Spvnheim, Diss. 7, pag. 378.
f31 Voyez le chapitre I de ce livre.
de faire exprimer le titre de roi , quoiqu'ils le prennent sur la plupart des autres. Tels sont Antiochus I", roi de Syrie, Cassandre, roi de Macédoine, etc.
On en voit aussi qui paraissent ne l'avoir jamais reçu sur les monuments; tels sont les rois de Carie, et Philetare, fondateur du royaume de Perp;ame. Nous tâcherons plus bas d'en pénétrer la raison.
Quoique le titre de roi désigne la plénitude du pouvoir suprême, quelques monarques de l'Orient, qui sans doute en avaient d'autres dans leur dépendance, %e firent appeler roi des rois BA2IAEY2 BA2IAEnN. Il est singulier que ce titre une fois introduit dans cette partie du monde, s'y soit perpétué pendant plus de deux mille cinq cents ans, parmi des nations totalement différentes entre elles pour la langue, les mœurs et la puissance, et que les révolutions qui ont tant de fois changé la face de leurs états, n'y aient point changé les folles prétentions de leurs souverains. Serait-ce que le gouvernement despotique y a presque toujours subsisté, et que, dans ce gouvernement, le prince doit paraître excessivement grand, pour être excessivement craint ? Serait-ce plutôt que les Orientaux sont plus constants que nous dans les usages qu'ils ont une fois adoptés? Ce n'est pas ici le lieu de résoudre ce problème. Contentons-nous d'observer que le titre de roi des rois paraît sur les médailles de quelques princes qui croyaient tenir aux anciens rois de Perse: par exemple, sur celles des rois
1)1. s MEDAILLES. ll'S
partlies, qui avaient en quelque façon rétabli cet empire; sur celles de Pharnace, roi de Pont, qui rapportait son origine à l'un des seigneurs qui avaient tué le faux Smerdis ; enfin, sur celles de Ti^rane, qui descendait des rois de Perse par Arlaxias, un de ses prédécesseurs sur le trône d'Arménie. Ce Tigrane, après des conquêtes la plupart facilitées par l'extrême faiblesse de ses ennemis, réduisit aux plus viles fonctions les princes que le sort des armes avait fait tomber entre ses mains; et, en dégradant ainsi la majesté du trône, il ne rougit pas de prendre le titre de roi des rois. Quelque temps après, Marc Antoine, de retour de la malheureuse expédition contre les Parthes, s'étant emparé de l'Arménie sans effort, et de la personne d'Artavasde, fils et successeur de Tigrane, par trahison, donna ce royaume et d'autres souverainetés aux enfants de Cléopatre ; et, comme s'il lui avait suffi de parcourir en fugitif queî^ues provinces de l'Orient pour éprouver tout le fanatisme du faste asiatique, il fit revivre, en faveur de ces jeunes princes, le titre de roi des rois, que Sésostris n'avait pris qu'après la conquête des Indes : on frappa aussi des médadles où Cléopatre fut nommée reine et mère de roi, REGINE REGUM FILIORUM REGUM CLEOPATR/E. Quels titres aurait donc pris cette ambitieuse princesse, si Marc Antoine avait renversé le trône des Arsacides? ce trône dont les souverains se disaient frères du soleil et de la lune; ce trône qui enivra d'un fol orgueil non-seulement ceux qui loccupèreiif, mais
U24 TRAITK
ceux qui le détruisirent. L'histoire nous apprcinl que les derniers rois de Perse , vainqueurs des Parthes, se glorifiaient de distribuer aux astres la lumière dont ils brillent, et que l'un d'entre eux, après avoir épuisé les titres usités jusqu'alors, prit celui de géant des géants.
Par une suite de cette contagion, le titre de grand roi, BA2IAEY2 MEFAS, qui anciennement suffisait à peine pour désigner les rois de Perse, fut accordé dans la suite à quelques rois parthes, qui l'ont pris sur leurs monuments. On le trouve aussi sur les médailles d'Eucratès, roi de la Bactriane ( i), d'un Agrippa, roi de Judée, de quelques rois de Commagène, et, s'il en faut croire Patin (2) et Spanheim (3), sur les médailles d'un autre prince plus petit encore, d'un Abgare, souverain d'Edesse vers le commencement du deuxième siècle. Spanheim a pensé que ce dernier a joint le titre de grand à «êlui de roi, parce que son nom signifie en arabe la même chose que le premier de ces titres. Mais cette étymologie est très-incertaine, et, en la supposant mieux fondée, l'application qu'on en aurait faite sur la médaille serait froide ou du moins iiuitile. 11 est plus naturel de penser que ces petits souverains avaient emprunté ces titres superbes des rois des Parthes, ou que les Romains leur avaient ordonné de s'en revêtir pour con-
(i) Mus. D. PKLT.ER.; Mus. Petropoi..
(2) Pat. >i"um. imp., pag. 227.
(3) Spaxh., tom. I, paj^. 535.
1) F S M li I) A 11, LE S. 9.a 5
loîidre l'orgueil de cette nation ennemie et rivale (le la leur.
Quelques rois parthes semblent avoir épuisé les expressions pour donner une grande idée de leur puissance. Ils ont pris le titre de grand roi des rois, BA2IAEn2 BAIIAEHN MEFAAOY, et»Pharnace^ roi du Pont, a suivi cet exemple (i).
Il faut convenir cependant que sur ces médailles le mot MEFAAOÏ peut absolument se rapporter au nom du prince, et qu'on pourrait expliquei* leurs légendes de cette manière : Du roi des rois le grand Arsace ; du roi des rois le grand Phar^ nace. •
Les auteurs anciens <SuX souvent confondu le titre de dynaste, AÏNA2TH2, avec celui de roi. Mais on doit les distinguer. Les états d'Indilnlis et de Colcha^^en Espagne; ceux de Massanissa en Afrique, et de Pleuratus en Illyrie, ayant été augmentés par la libéralité des Romains, ces princes, dit Polybe (a), devinrent véritablement rois, de dynastes qu'ils étaient auparavant. De ce passage, et de quelques autres qu'il est inutile de citer, on peut conclure que les dynastes étaient au-dessous des rois, moins par le genre que par l'étendue de leur puissance ; et qu'à leurs différents titres étaient attachées des prérogatives plus ou moins brillantes. Peut-être que dans ce nombre il faudrait compter le droit de porter le diadème ; car il est certain que
(i) MoRELL., spec. tom. I, tab. 23.
(a) PoLYB. Excerp. légat., pag. 8i3.
1l6 TRAITÉ
les rois étaient jaloux de cette marque d'honneur, et qu'elle ne paraît pas sur la médaille de Polémon , souverain d'un petit canton de Cilicie, la seule jusqu'à présent où se trouve exprimé le titre de dynaste i i).
Le titr^ d'archonte , ÂPXHN, qui, signifie, en général, un chef, et qui dans plusieurs villes grecques, désignait une magistrature annuelle, paraît sur des médailles de cet Asandre du Bosphore qui reçut d'Auguste (2 j le titre de roi, au lieu de celui d'ethnarque qu'il portait auparavant. En cette occasion , les mots ethnarque et archonte paraissent dire la même chose? Les médailles d' Asandre sont, parmi celles des roisf Tes seules jusqu'à présent où l'on ait mis le titre d'archonte.
Lorsqu'une nation était gouvernée par un chef perpétuel et dont le pouvoir, quoique^ éminent , était restreint et tempéré par Celui d un sénat ou d'un conseil public, ce chef s'appelait quelquefois ethnarque, E0xSAPXH2 ; et c'est cette qualité qu'Hérode- le -Grand prenait sur ses médailles (3) avant qu'il eût obtenu du sénat romain le titre de roi , HPOAOÏ E0NAPXOÏ. Ces médailles sont jusqu'à présent les seules sur lesquelles on voit le titre d'ethnarque.
(i) Cab. de Pembr. Mus. Peller.
(2) LiiriAN , in Lonysevis. Cary , hist des rois du Bosphore, pag. 35.
(3) Mach\b. XIII,4i,Xiy, 41, 47. Joseph, Antiqu.liv. XIII, chap. 6.
DES mi'da rriFS. 9.5.'^
J^orsqa une nation était divisée en quatre parties , soumises 4jhacune en particulier à mi chef dont rautorité*ressemblait à celle des ethnarques, ces parties s'appelaient quelquefois des tétrarchies, et leurs chefs des tétrarques, ÏETPAPXH2! Et c'est ainsi que les trois nations ou tribus des Galates(i), établies dans l'Asie-Mineure, étaient dans les commencements gouvernées par douze tétrarques, ainsi nommés parce qu'ils avaient chacun sous leurs ordres la quatrième partie d'une des trois narions. Ce titre s'étendit parmi d'autres peuples de l'Asie, et Surtout dans laCœlesyrie, où il ne désignait souvent que le souverain d'un petit canton (2), soit que le pays eût été originairement divisé en quatre districts, soit que le mot tétrarque fût pris dansime acception moins déterminée. Il paraît sur les médailles de Zénodore, qui commandait dans la Batanée, et sur celles d'Hérode Antipas , et de Philippe, fils d'Hérode I". roi de Judée.
Lorsqu'au lieu d'avoir dans sa dépendance une nation entière , un prince n'en gouvernait qu'une petite partie , il prenait quelquefois le nom de toparque , TOIIAPXHS , qui signifie à la lettre chef du lieu ; et c'est par ce titre que sont caractérisés sur leurs médailles (^3) deux souverains de la principauté d'Olba, en Cilicie, dont l'un s'appelait Ajax , et l'autre, Teucer.
(i) Stra.b. lib. XII, pag. 567.
(2) Plin., liv. V, cap. 18.
(3^ Mus. D. PEr.LKr..
■2'iS TRAITÉ
EiiBu , lorsque, suivant un usage aussi ancien qu'étendu, la grande prêtrise et Impuissance temporelle se réunissaient sur une raéAe tète , et que de ces deux titres semblait résulter un pouvoir plus éminent et plus sacré, alors on ne manquait guère de les exprimer à la fois dans les actes et sur les monuments ; et c'est ainsi que, sur les médailles, Antigonus de Judée a joint le titre de Grand-Prétre , APX1EPEY2, à celui de roi ; Polémon de Cilicie,à celui de dyuaste ; Zénodore de Batanéê , à celui de tétrarque.
Il faut observer ici que presque tous ces titres ne désignent bien souvent, dans les inscriptions et les auteurs de l'antiquité, que des officiers subalternes et dépendants. On voyait un roi, BA2IAEY2, parmi les magistrats d'Athènes et de quelques villes de l'Asie-Mineure , des ethnarques à Damas pendant qu'Arétas d'Arabie (i) y régnait, et en Egypte (2), du temps qu'elle était réduite en province de l'empire , des toparques (3) dans la même province et dans le même temps. Mais sur les médailles , à l'exception du titre d'archonte , tous les autres désignent des souverains dont l'autorité était plus ou moins étendue.
11 faut observer encore que divers auteurs, ignorant le véritable titre affecté aux princes d'une dynastie , les ont quelquefois caractérisés par des
(i) Pall. ad Cor. -i, cap, 11.
(2) Str\b. lib. XVII, pag. 798.
(3) Id. ihld., pa};. 787.
DKS MÉDAILLES. 9.ît()
titres plus OU moins honorables. C'est aux médailles qu'il faut recourir poiu- connaître les prérogatives de plusieurs souverains de l'Orient. Rien ne les empêchait de s'y parer des vertus les plus brillantes : mais, à l'aide de pareils monuments, ils ne pouvaient relever l'éclat de leur dignité, sans exciter la jalousie de leurs voisins, et de Rome même, à qui les vertus des rois tributaires étaient plus indifférentes que leur puissance.
Il faut observer enfin , qu'une médaille seule ne suffira jamais pour fixer la nature des titres que prenaient les rois de l'Orient, parce qu'à mesure que leur pouvoir s'est accru , ils l'ont énoncé par des expressions relatives, et qu'en fait d'usage, une médaille ne déposant que pour l'instant présent , son autorité peut à la rigueur être rejetée pour celui qui l'a précédé ou suivi.
Des titres d'honneur que les rois oui pris sur leurs médailles.
Ce fut après Alexandre qu'on vit paraître sur les médailles des rois grecs ces titres honorables que la flatterie prodigue si souvent aux princes , et que la vérité leur accorde avec tant de réserve. Philippe de Macédoine , qui aimait passionnément les louanges, ne mit jamais sur ses monnaies le titre de sauveur qu'il avait reçu des Thébains. Son fils , qui préférait la renommée à la gloire et la gloire aux conquêtes , qui cherchait à se rendre présent à tous les lieux et à tous les temps , qui força les Spartiates mêmes à le re-
UDU TRAITE
garder comme un dieu , son fils est simplement nommé sur les médailles Alexandre, ou le roi Alexandre; soit que ce nom lui parût supérieur à tous les éloges, soit que les monnaies lui parussent de faibles moyens pour transmettre ses prétentions à la postérité. La conquête de la Perse changea ses idées. Le faste des vaincus se communiqua par degrés aux vainqueurs. Ptolémée V^, roi d'Egypte, et AntiochusP^ roi de Syrie, prirent sur leurs médailles le titre de Sauveur, le premier pour avoir accordé quelque secours aux Rhodiens ( i ) ; le second , pour avoir repoussé les Gaulois, qui avaient fait une incursion dans ses états. Leurs successeurs et les princes qui régnèrent dans les pays voisins, ou dans l' Asie-Mineure, furent presque tous caractérisés par des surnoms particuliers. Tels sont, outre les rois de Syrie et d'Egypte , ceux des Parlhes , de Gommagène , de Gappadoce et de quelques souverains établis aux environs de la Syrie. Mais , au lieu que dans les autres monarchies on ne donnait communément qu'un surnom à chaque prince , on les multiplia sans scrupule chez les Parthes et dans la Syrie; et cet abus alla si loin dans la suite qu'une pièce de métal suffisait à peine pour les contenir tous.
L'usage d'exprimer ces titres sur les monnaies ne passa point en Europe ; du moins n'en trouve-t-on aucun vestige sur celles des rois de Macédoine et de Thrace.
On peut faire usage de ces réflexions pour fixer
(i) App. in Syr.
le pays et le temps d'une médaille qui , avec le nom d'un prince inconnu, présente unou plusieurs titres d'honneur. On en cherchera le pays plutôt en Asie qu'en Europe, et le siècle, plutôt après Alexandre qu'avant lui.
On peut se servir avec succès de la différence des titres énoncés sur les médailles pour distinguer des princes du même nom , et confondus quelquefois dans les auteurs. Mais on doit prendre garde que quelques-uns de ces princes ont cliangé de surnoms. Démétrius III, roi de Syrie, est appelé tantôt 4)IA0nATnP, et tantôt ^lAOMHXnP, et que d'autres ont joint un nom semblable à des titres semblables. Deux Ariarathes de Cappadoce prennent celui d'EY2EBH2 , et ne prennent que celui-là.
Pindare dit : « Les hommes et les dieux ont une « commune origine , la puissance seule sert à les « distinguer. » Il semble que plusieurs rois grecs ont voulu détruire cette barrière, en adoptant, comme des titres d'honneur , les noms spécialement consacrés aux dieux qu'ils adoraient. Tels sont ceux de Dionysius , Bacchus , AIONY202; ou de Dieu par excellence, 0EO2; de Dieu manifesté, 0EO2 EIII- 4> NH2. D'autres titres , conférés à des princes plus religieux ou plus modestes, exprimaient leur.respect pour la divinité , 0EO2EBH2 ; ou leur tendresse pour leurs parents , 4)fA0nATi>P , 4>IA0MHT1>P, $IAAAFA<I>02 ; ou leur attachement à la patrie, *I- A0nATP12.Ceux de Grand , de Nicéphore, de Callinique , avaient rapport à des victoires ou à des exploits. Enfin, quelques-uns de ces princes se sont
232 TKAITÉ
souvenus qu'ils avaient des sujets , et ont pris les titres (le Juste, de Bienfaiteur, etc. Le père Hardouin (i j leur a ravi le mérite d'avoir adopté ce dernier, en le regardant non comme un titre d'honneur, mais de puissance. Ce sentiment n'est fondé que sur la fausse interprétation d'un passage du Nouveau-Testament. Celle que le même antiquaire avait donnée des mots 0EO2 et 0EA, porte sur un fondement encore moins solide (2). 11 prétendait qu'on ne devait pas les rendre par celui de dieu ou de déesse, mais par celui de noble ou d'illustre, et que ceux qui les joignaient à leur nom descendaient en droite ligne de quatre princes qui s'étaient immédiatement succédé sur le trône. Ainsi cette inscription, BA21AI22H 0E.\ (3) , sur une médaille de Cléopâtre, mère d'Antiochus VIII, roi de Syrie, loin de signifier la déesse reine ^ signifiait la reine descendue de quatre rois. Deux ou trois exemples que le hasard devait nécessairement produire , favorisaient ce sentiment ; mais il a fallu , pour le soutenir , changer lacception des mots les plus connus, accuser de supposition le décret des Smyrnéens, un des plus respectables monuments de l'antiquité f/j), uniquement parce qu'il donne le titre de Dieu au troisième des rois de Syrie ; méconnaître les tètes de Ptolémée I^"^. , roi d'£-
(i) Hard. Chron. vet test., pag. 599.
(a) Id. ihid., pag. 377.
^3) Vaill. Hist. Sek'uc, pag. 337.
(3) Marin. Oxon., pag. 5.
DES 3IKDAlLLt:S. .i33
gyptc, et de Ptoléinée son fils , parce qu'elles étaient représentées sur des médailles où ces princes recevaient le même titre ; déranger enfin les successions de deux grandes monarchies pour leur en substituer d'autres également combattues par les médailles et par les auteurs anciens. Le père Hardouin a fait tous ces sacrifices, et la vérité ne lui en demandait qu'un , celui de renoncer à l'amour désordonné des systèmes , et de reconnaître qu'au commencement le titre de Dieu fut donné à des princes qui avaient été consacrés après leur mort, et ensuite à d'autres qui voulurent pendant leur vie partager les honneurs de Ja Divinité.
Goltzius , et d'après lui quelques antiquaires (i) , avaient rapporté une médaille de la célèbre Cléopâtre , sur laquelle on lisait : OllMSi IHTHPA, expression inintelligible, et que Scaligerfajavait prise pour un surnom égyptien. Mais on a fait voir (3), ou que la médaille a été mal lue , ou qu'elle est de coin moderne et fabriquée par un faussaire ignorant qui avait devant les yeux des médailles de cette princesse où elle prend le titre de 0EA iSEil- TEPA. Le père Hardouin (4) a donné à ces deux mots une interprétation relative à ses idées, et Vaillant (5) les a fort heureusement expliqués , en fai-
(i) Tristan, tom. I, pag. ^7. Orcop. 3o.
(2) ScALiG. , in Euseb., pag. 217.
(3) Mcm. de l'Acad., t. IX, pag. i63.
(4) Hard. Chionol. vet. tcsf. , pag. 577.
(5) Vaill. Hist. Ptol., pag. 189.
sant voir que le mot 0EA.se rapporte à Isis, divinité principale des Égyptiens ; et, en effet, Plutarque (i ) nous apprend qu'Antoine avait pris le surnom de nouveau Bacchus, et Cléopâtre celui de nouvelle Isis ; elle fut même si connue sous ce titre que, sur quelques-unes de ses médailles, il tient lieu de son nom.
Les titres accordés aux rois grecs sont-ils la fidèle expression de leurs sentiments et de leurs exploits ? Nous ne proposerions pas cette' question, si un sophiste ancien (2) ne l'avait décidée en faveur de ces princes, et s'il ne fallait pas prévenir l'abus qu'on pourrait faire de son autorité.
SeleucusIII, qui avait eu dessein de délivrer son père, prisonnier chez les Parthes , mais qui n'eut point la force de venger sa mort, qui passa le mont Taurus pour s'opposer aux progrès d'Attale , roi de Pergame , mais qui, après deux ou trois ans d'un règne qu'aucune action mémorable n'a illustré (3), mourut au milieu d'une armée qu'il ne pouvait contenir dans le devoir, et de quelques amis qui l'empoisonnèrent ; ce Seleucus , suivant quelques auteurs (4), était surnommé le Foudre.
Antiochus VI, roi de Syrie, mort âgé de sept
(i) Pllt. in Anton, vit.
(2) Liban., in Antioch., pag. 356.
(3) App. in Syr. , pag. 211 , édit. Toll.
(4) HiERON. in Dan. Eusrb. Chronir. lib. I, pag. 62. Ibid. lib. II, pag. 142.
ans , avait reçu les titres de Bacchus et de vainqueur.
Pendant que Ptolémée \^II, qui avait rempli l'Egypte de deuil et de sang, osait usurper le titre de bienfaiteur, £YEPrETH2, ses sujets, victimes de ses cruautés, kii donnaient d'une commune voix celui de Malfaiteur, KAKOEPPETHS.
Enfin , si l'on parcourt l'histoire des rois d'Egypte et de ceux de Syrie, si l'on considère cet enchaînement de revers, de meurtres, et d'attentats de toute espèce , on ne pourra guère s'empêcher de connaître que peu d'entre eux ont justifié les surnoms qu'ils avaient pris ou reçus ; que la plupart de ces distinctions flatteuses furent accordées à de jeunes princes dont on avait conçu des espérances, bientôt démenties par leur conduite, et que d'autres furent malheureusement regardées comme des titres attachés à la couronne , et qui n'imposaient pas plus d'obligations que la couronne elle-même.
Nous avons vu plus haut que les Romains poussèrent l'excès encore plus loin, et nous avons observé que, pour apprécier les éloges donnés aux princes , il faut moins s'en rapporter au témoignage des médailles qu'à celui des historiens exacts, parce que le premier n'est pour l'ordinaire que la voix des courtisans, et le second celle des* peuples.
Mais il ne faut pas de pareilles distinctions pour expliquer les titres que des motifs de politique ont fait adopter. Des princes qui voyaient au nombre de leurs sujets une nation étrangère en état de se
l'jÔ TKAITÉ
faire craindre par sa puissance, ou de se faire rechercher par son commerce, s'en déclaraient pubhquement les protecteurs. C'est ainsi que la plupart des rois parthes, qu'Aristobule,roi de Judée, un prince arabe qui régnait à Damas, ont été surnommés Philheliènes , c'est-à-dire , amis des Grecs. En général , ceux qui prirent ce titre étaient étrangers à l'égard des Grecs , et voilà pourquoi il ne se trouve point sur les médailles des rois d'Egypte , de Syrie , de Commagène , etc. ; voilà pourquoi il ne faudrait pas être surpris si on le découvre un jour sur celles des rois de Cappadoce , de Bithynie, etc. L'exemple d'Alexandre P"^, roi de Macédoine, surnommé Philhellène ' i j, ne détruit pas cette règle générale. Quoiqu'il fût Grec d'origine (2), il régnait dans un pays presque tout barbare ; et, comme souverain, il était étranger aux yeux des Grecs qu'il attirait dans ses états. Ce furent eux sans doute qui , flattés de la protection qu'ils en recevaient, lui donnèrent le titre d'ami, de leur nation , car il n'est pas dit qu'il l'ait pris luimême.
Quand les Romains eurent affermi leur puissance en Orient , tous les regards se tournèrent vers eux , et les rois exprimèrent en différentes manières leur attachement au nom romain ou à l'empereur régnant. De la les titres de ^IA0PnMAl02 ou 4>1-
(i; iJioN. Chrysost. Orat.
(2) Herod. lib. VIII, cap. ii7, lib. IX, caj). 44-
l)i;S MEDAILLl. s. uSj
A0KAI2AP qui paraissent sur les médailles de quelques princes.
Je ne pourrais aqalyser tous les titres exprimés sur les médailles de rois sans m'enija^er dans les détails les plus ennuyeux ; j'aime mieux les éviter ; i" en renvoyant le lecteur à l'ouvrage d'Ezçchiel Spanbeim (i) ; 2" en réunissant dans une table particulière tous les titres honorables que les rois grecs ont adoptés, soit que ces titres paraissent sur leurs médailles, soit qu'on ne les trouve que dans les auteurs de l'antiquité. Mais je n'y ai point inséré ces épitbètes redoutables que la tyrannie des souverains arracbait au désespoir de leurs sujets , comme celle d'Epimanes ou Furieux , de Cacoergetes ou Malfaisant, ni ces espèces d^ sobriquets outrageants que leur attiraient des diflormités du corps, qui n'étaient point racbetées par des bienfaits ou des vertus , tels que ceux de Ne/ de Gryphon, de Ventru, etc. ; ni ces surnoms humiliants qu'on leurappliquait pour des talents qu'ils cultivaient avec soin et dans lesquels ils avaient le malheur de réussir , tels que celui de Joueur de flûte , etc. ; ni ces dénominations tirées des lieux où ils avaient été élevés , telles que celles de Cyzicenus, Commagenus, ni tant d'autres enfin , qu'il serait inutile de chercher sur les médailles , et encore plus inutile de recueillir ici.
(i) Usu et praest. mini. tom. I, pag. 465..