‹ Œuvres diverses de J.J. BarthélemyChapitre 78 sur 85 · A M. DUTENS · texte numérisé non relu

A M. DUTENS

. Ce 28 janvier 1789.

Je viens de lire, monsieur, dans le quat^re vingtdeuxième volume du Monthly Review^ or Litterary Journal^ un extrait du Foyage du jeune Anacharsis. L'auteur m'y traite avec une bonté qui lui donne des droits à ma reconnaissance, et finit par une réflexion qui exige de ma part un éclaircissement. « Il est possible, dit -il, que le plan de cet « ouvrage ait été conçu d'après celui des Lettres « athéniennes. »

Ces lettres furent composées dans les années 1 739 et 1740 par une société de personnages respectables, qui achevaient leur éducation dans l'université de Cambrige. En 1741 , ils en firent imprimer^

366 LFTTRES.

pour leur iisa^e, douze exemplaires, en quatre volumes in-S^ ; et, en 1782, un plus grand nombre encore, en un volume in-l^'^

Ces lettres sont au nombre de cent quatre-vingts. Un P désigne celles de Philippe Yorck, comte de Hardwick, fils aîné du grand-chancelier de ce nom; un C celles de M. Charles Yorck, son frère, parvenu à l'importante dignité de grand-chancelier, et mort en 1770, trop tôt pour sa famille et sa patrie. Les autres lettres furent écrites par leurs parents ou par leurs amis.

Les deux éditions n'ont jamais paru, et c'est ce qui fait dire au journaliste qu'rt proprement parler^ elles n'ont jamais été publiées. Mais comme il ajoute qu'il les avait communiquées à plusieurs personnes, on peut croire que le secret m'en avait été dévoilé, et ce .soupçon prend une jiouvelle force quand on considère que les deux ouvrages, formés Sur le même plan, semblent n'être qu'une suite l'un de l'autre. Tous deux placent dans la Grèce, à des époques assez voisines, un témoin oculaire chargé de recueillir tout ce qui lui paraît digne d'attention. Dans les Lettres athéniennes, Cléandes, agent du roi de Perse, résidant à Athènes pendant la guerre du Péloponèse, entretient une correspondance suivie avec les ministres de ce prince et avec différents particuliers. Il leur rend compte des événements de cette guerre, des mouvements qu'il se donne pour la perpétuer, et des divisions qui régnent parmi les peuples de la Grèce. Il décrit leurs forces de terre et de mer, leur dis-

cipline militaire et leur politique. Gouvernement, lois, mœurs, fêtes, monuments, rien n'échappe au profond observateur. Il converse avec Périclès, Aspasie, Alcibiade, Cléon, Socrate, Thucydide. Il s'occupe de la philosophie des Grecs tantôt avec Smerdis qui réside en Perse et qui, dans ses réponses, lui parle de la philosophie des mages; tantôt avec Orsames, qui voyage en Egypte, et qui, dans les siennes, lui parle des lois et des antiquités de ce pays. Ainsi se trouvent rapprochés sous un même point de vue les principaux traits de l'histoire des Grecs, des Perses, et des Égyptiens, et ces traits, puisés dans les auteurs anciens, donnent lieu à des parallèles aussi instructifs qu'intéressants. Une parfaite exécution répond à cette belle ordonnance.

Je vous proteste, monsieur, que je n'ai pas eu cet excellent modèle devant les yeux (1 ),

Je suis, etc.

(i) Il paraît que Barthélémy entrait ensuite dans quelques détails sur sa justification ; il renvoie même à la suite de cette lettre, mais je ne l'ai point trouvée dans ses papiers; et elle doit être entre les mains de M. Dutens , son confrère et son ami. Note de l'éditeur.

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