‹ Œuvres diverses de J.J. BarthélemyChapitre 81 sur 85 · AU CITOYEN G · texte numérisé non relu

AU CITOYEN G

Ce 16 avril 1793.

Vous me demandâtes dernièrement, mon cher ami, pourquoi je n'avais pas parlé de la loi de Solon, qui condamnait le célibat; et pour confirmer l'existence de cette loi, vous me citâtes un passage deDémosthène, par lequel il paraissait qu'on avait flétri la mémoire d'un Athénien qui ne s'était pas marié, en plaçant sur son tombeau un symbole qui attestait sa désobéissance à la loi.

]Ni Samuel Petit, ni Potter ne parlent de cette loi; mais il est certain que le célibat était un déshonneur à Lacédémone, et je l'ai observé dans mon ouvrage. Je me suis souvenu que Platon avait proposé de ne pas admettre dans Tadministration un homme qui n'aurait point été marié; c'était une idée de ce philosophe. Il faut donc avoir recours au passage de Démosthène, dans son discours contre Léochares.

Il y est dit, en effet, que sur le tombeau d'Archiades était un )vO'jTpù(popo;, ce qui prouve qu'il n'avait pas été marié. Hésychius, Suidas, Harpocration font allusion à cet usage; mais je n'ai trouvé nulle part qu'il fût une espèce de flétrissure, encore moins qu'il vhit des lois de Solon. Ainsi, je n'ai point dû le ranger parmi celles qu'il avait établies. Je n'ai pas même dû en parler, parce qu'il n'est pas facile de s'en faire une idée bien précise. Quelques grammairiens ont rendu le mot lou- Tpooocoç, par Le porteur d'un vase destiné aux bains; d'autres, par le vase seul. Et cette dernière explication me paraît la plus convenable. Hésychius dit [in h. V.) que ces vases servaient aux mariages, et aux morts qui ne s'étaient pas mariés. Le même auteur (in v. Atpjaç) ajoute qu'ils étaient de couleur noire lorsqu'on les mettait sur les tombeaux des célibataires. De là, on pourrait présumer que sur les tombeaux des gens mariés on plaçait de ces vases de couleur ordinaire; mais que les noirs désignaient les célibataires. Mais pourquoi désigner ainsi ces derniers? Cela pouvait devenir nécessaire

dans les procès pour cause de testament, de partages, etc.

Quoi qu'il en soit, observez que lorsque mon Scythe parle de quelque usage, il est censé en avoir été témoin , et qu'il ne doit pas se livrer à des conjectures (1). Une pareille discussion aurait été ridicule dans sa bouche.

Adieu , je vous embrasse.

(1) Cette remarque de Barthélémy répond d'une manière péremptoire au reproche qu'on lui a fait de n'avoir pas assez mis de critique dans son Foyage d' J nacharsis . Du reste, j'aurais pu rapporter un plus ^rand nombre de lettres de Barthélémy; mais celles qu'on vient de lire suffisent pour montrer toute l'étendue de ses connaissances, et l'empressement qu'il avait de les communiquer aux personnes qui le consultaient. Si l'on désirait néanmoins d'avoir un recueil plus complet de ces mêmes lettres; j'inviterai alors ceux qui en ont reçu de lui, à les faire passer à son neveu, Barthélemy-Courcai ; il en existe de très-mtéressantes entre les mains de quelques gens de lettres. Celui auquel cette dernière est adressée en possédait plusieurs de ce genre; malheureusement elles ont été la proie des flammes, dans une crise de la révolution où la peur a détruit presque autant de choses précieuses que la rage du vandalisme. Note de l'Editeur.

»»â> »«*«<i^ ««ni e«

Page 1