ESSAI
t> UNE
NOUVELLE HISTOIRE ROMAINE^l
vJ|uAWD je lis l'histoire dans les atiteurs anciens^ des fictions agréables me soutiennent quelquefois contre le récit des atrocités; quand je la lis dans les écrivains modernes , je ne vois qu'une suite effrayante de tableaux, dont- rien n'adoucit l'horreur. L'homme paraissant tout seul sur la scène, j'ai honte de sa prétendue perfection, et je préfère des mensonges qui m'amusent, à des vérités qui me révoltent.
C'est ce qui m'a fait naître l'idée de rendre à l'histoire ancienne les ornements doiit on l'a dépouillée. Je commence par celle des Romains, et je vais renfermer dans un petit nombre de pages ce qu'elle offre de plus essentiel, depuis la prise de Troie jusqu'à la mort de Romulus,
(i) Cet essai a déjà paru dans le Mercure de France^ 179^» n" i3. On le réimprime ici sur le manuscrit original de Tauteiir, en y ajoutant les citations , qui toutes ont été retranchées par le rédacteur de ce journal* Note de V éditeur^
HISTOIRE ROMAINE. ir-j
Dans ce temps-là vivait un homme qui s'appelait Éiiée; il était bâtard» dévot et poltron, ces qualités lui attirèr/ent l'estime du roi Priam, qui, ne sachant que lui donner, lui donna une de ses filles en mariage.
Son histoire commence à la nuit de la prise de Troie (i). Il sortit de la ville, perdit sa femme en chemin, s'embarqua; eut une galanterie avec Didon, reine de Carthage, qui vivait quatre cents ans après lui; donna des jeux très-âmusants auprès du tombeau de son père Anchise, mort en Sicile, et parvint enfin en Italie, vers l'embouchure du Tibre, où le premier objet qui frappa ses regards fut une truie qui venait de mettre bas trent^ cochons blancs (a). Là devaient se terminer ses voyages; les oracles l'avaient prédit. Il prit possession de la contrée, et commença par tracer l'enceinte d'une ville. Il voulut ensuite savoir à qui ces lieux appartenaient avant son arrivée ; on lui dit : a C'est ici le Latium ; ces campagnç3 offertes a à vos yeux sont cultivées par les Latins ; 1^ ville « que vous voyez sur cette colline s'appelle Lance rentum, et le château garni de' tours qui la cpu* « ronne est le séjour du roi Latinus, ftjs de la r< nymphe Marica (3) ».
Latinus était très-yieux, et n'avait qu'une fille très*-J€une, nommée Lavinie. Il l'avait promise à
(i) ViRGiL., iEneid., lib. II.
(a) DiONYS. Halic, lib. I, pag. 46.
(3) ViiLGiiL.,lib. VII, V. 47
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Tiirnus, roi des Rutiiles, qui joignait une valeur brillante aux grâces de la jeunesse et de la figure. Cet hymen allait se conclure, lorsque des nouvelles effrayantes en suspendent les apprêts. On apprend que des corsaires, descendus sur le rivage, abattent les forêts, s^emparent des propriétés et sèment la terreur aux environs (i). En même temps Ton voit dans la plaine cent ambassadeurs troyens venir à pas précipités (a). Latinus n'a que le temps de se jeter sur le vieux trône de ses aïeux, et les Troyens introduits lui déclarent qu'ils sont venus par l'ordre des dieux, sous la conduite du fils de Vénus, s'établir dans ses états, et lui donnent le choix de la guerre ou de la paix. La cour de Laurentum fiit étonnée d'un pareil langage; mais elle le fut bien plus quand elle entendit le roi proférer gravement ces paroles : « Je vous laisse ce que vous avez piis ; « et je choisis pour gendre le fils de Vénus, à con- « dition qu'il viendra voir le fils de Marica (3) ».
Les cris de la reine, les pleurs de Lavrnie, les fureurs de Turnus, rien ne put changer la résolution du rpi: oh courut aux armes, et la guerre finit par la nio^ de Turnus, que le vaillant Énée abattit d'un coup de pierre.
Devenu possesseur du royaume des Latins, il acheva la ville qu'il avait commencé de bâtir, et qu'il nomma Lavinium, du nom de sa femme. Pen-
(i) DioNYS. Halic, lib. I, pag. 46.
(a) ViROiL., Mneïd,, lib. V. 153.
(3) DiONYS. Halic, pag. 47. Vircîl. Kb. VII, v. 263.
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dant qu'il s'occupait de ce paisible soin^ il fut témoin d'un prodige qui cachait un mystère im« pénétrable à tout autre qu'à lui. Le feu ayant pris naturellement à un bouquet de bois, on vit presque dans le même instant un loup y accourir et l'alimenter en y jetant des matières combustibles; un aigle descendre des cieux pour l'agiter de ses ailes; un renard en arrêter les progrès en secouant sur la flamme naissante sa queue, qu'il avait trempée dans le fleuve : cette scène se réitéra plusieurs fois. A la fin le bois fut consumé^ et le renard se retira. A l'aspect de cet événement, qu'on ne peut révoquer en doute puisqu'on voit conservées depuis long* temps, dans la place de Lavinium, les 6gures de ces trois animaux en bronze, Énée augura que la colonie trouverait de grands obstacles à son établissement; mais que, par la faveur des dieux, elle triompljçrait avec éclat de la jalousie des hommes (i)/
Cependant ce sentiment germait parmi leê tia' tions voisines. Il fut attaqué par les Étrusques et les Rutules ; le combat se donna sur les bords du Numicus, petit ruisseau dont les eaux étaient em-* ployées par préférence au culte de Vesta, et qui s'épuisa, dit-on, un jour que les libations de^ vinrent plus fréquentes (2). Énée, au milieu de
(i) DiONYS. Halic, lib. I j pag. 48.
(a) S«RV. in Virgil. , ^neid., lib. VII, v. i5o. Cluver., Ital. ant, lib. III, pag. 895.
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l'action, fut poussé dans le ruisseau, et s'y établit
si bien qu'il s'y noya (i).
Ainsi finit l'histoiife de ses exploits; celle de sa gloire serait plus étendue et aussi surprenante. Errant, fugitif, ayant besoin de tout le monde, et personne n'ayant besoin de lui, ses voyages laissèrent par- tout des traces profondes :' ceux qui mouraient à sa suite eurent le privilège d'illustrer les lieux témoins de leurs derniers soupirs. Des îles, des protnontoires quittèrent leurs anciens noms, et prirent ceux de ses cousines et de ses nourrices, de son pilote, de son trompette (a); enfin, quoique, suivant la remarque d'un écrivain judicieux, on ne puisse être enterré que dans un endroit (3), plusieurs villes se félicitent de conserver son tombeau.
. Ascagne, son fils, se hâta de le nietti^e au nombre des dieux, de l'enfermer dans les miu*s de Lavinium, et de proposer la paix aux ennemis. M^nence , roi des Étrusques , en dicta les articles, et exigea, pour tribut^ tout le vin qu'on recueillerait dans le pays des Latins (4).
Nous devons cette liqueur, dit le plus savant des anciens naturalistes, au privilège qui nous distingue des autres animaux, celui de boire sans en
(i) DiONYS. Halic, iib. I, pag. 5a; Au&. Vigt. Orig. gent. roman.
(a) Id,y ibid,f p. 4a et 4^. A.UR. VïtiT., ibid.
(3) ia.,e*wf.,p. 45.
(4) Id.f ibid, , p. 5a. Plin. , Iib. XIV, cap, la, 1. 1, p. 7ao.
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avoir besoin (i); c'est de tous les droits de l'homme le plus généralement reconnu. Les Latins allaient en être dépouillés, lorsqu'Ascagne prit le parti de consacrer à Jupiter toutes les vignes de ses érats, et d'en avertir M ézence (2).
La paix ^e fit à de plus douces conditions. Le vœu d'Ascagne ne fut point exécuté. Il n'empêcha pas les Romains de s'enivrer du vin de Latium, ni un ambassadeur grec de le trouver aussi mauvais qu'il est en effet (3) ; mais il empêcha le^ généraux romains de former des serments indiscrets. Papirius (4)» dans sa guerre contre les Samnites, implora l'assistance de Jupiter, et ne lui promit pour prix de la victoire qu'un petit vei^re de vin.
Ascagne se promçnait tjn jour sur les bords du lac d'Albano, et racontait, peut-être pour la centième fois, à s^s courtisans, les circonstances de ^on arrivée en Italie. Il observa que depuis cette époque, il s'était écoulé trente ans. Ce mot, en lui rappelant les trente petits cochons blancs qu'il avait vus au sortir du vaisseau, fut un trait de lumière pour lui, et le germe des plus grandes choses qui se soient faites dans ce monde. Il conclut du nombre de ces animaux qu'il devait, sans différer, bâtir une ville, et de leur couleur lui donner le nom d'Albe, parce que ce mot en latin désigne la
(i) Pliw. , lib. XXIII, cap. i, p. Boa.
(a) DiONYS. Halic. , p. 5a. Aur. Vict., Orig. gent. roniaii,
[^) Plin., lib. XIV, cap. ï , t. I, pag. 706.
(4) Id. ibid., cap. i3, pag. 710,
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couleur blanche. Il en fit aussitôt jeter les fondements (i), et cette ville, remplacée aujourd'hui par un couvent de técoUets, fut l'origine de Rome et de ses hautes destinées.
Après la mort de ce prince, Albe fut successivement gouvernée par douze rois pendant l'espace d'environ trois cent cinquante ans; ils régnèrent dans le plus grand silence, excepté AUudius, qui avait trouvé l'art d'imiter la foudre, et qui finit par l'attirer sur sa maison (a).
Procas, le dernier de ces douze rois, laissa deux fils, Numitor, à qui le trône appartenait, et Amulius, qui s'en empara. Cet usurpateur, dans la crainte que Sylvie, sa nièce, ne trouvât dans un époux le vengeur de son père, l'obligea de se consacrer à Vesta (3).
Sylvie, chargée du soin de sa virginité et des fonctions du ministère , partageait sts efforts entre ces devoirs. Un jour que devant offrir un sacrifice, elle allait chercher de l'eau pure dans une source placée hors de la ville et entourée d'arbres touffus, elle vit à l'entrée de la grotte, au lieu d'une nymphe mollement penchée sur son urne, un grand homme debout, tenant d'une main son bouclier, de l'autre sa lance, la tête couverte d'un casque qui ne laissait entrevoir qu'une barbe fort poire et fort épaisse : cet homme était le dieu Mars.
(i) AuR. VicT. Orig. gent. roman.
(a) DiOKYS. Halic, lib. I, pag. 57.
(3) Liv., lib. III, PiONYs. Halic, lib. I.
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Elle en fut effrayée; mais ils étaient seuls, et cette solitude , ce gazon , cette fontaine! . , Neuf mois après, Sylvie mit au jour deux jumeaux qui furent nommés Romulus et Rémus. Le roi d'Âibe, qui n'avait point été prévenu de leur arrivée , ordonna de les jeter dans le Tibre, et condamna leiu* mère à passer le reste de ses jours dans une prison où il n'y avait ni dieu ni fontaine.
On mit les enfants dans un berceau, et ce fleuve après l'avoir ballotté pendant quelque temps sur ses flots, grossis par la fonte des neiges, le déposa, doucement au pied du mont Aventin , sous un figuier, qui, pour prix de l'ombrage qu'il avait prêté, subsistait encore mille ans après (i). Alors s'approchèrent du berceau deux animaux, une louve, qui leur donna le premier lait, et un pivert, qui de son bec glissait dans leur bouche de petites miettes ramassées çà et là (a).
Je raconte des choses étranges ; j'en rapporterai d'autres qui ébranlent également notre foi. Mais Plutarque l'affermit par deux fortes raisons (3) : la première, tirée de l'ordre éternel des convenances suivant lequel le colosse prodigieux de la grandeur romaine ne pouvait s'établir que sur des prodiges; la seconde, tirée des jeux de ]^ fortune.
(i) Liv., lib. I, cap. 4; Hb. X, cap. 23. Tàcit., Annal. XIH,^ pai;. 58. Plin. , lib. XV, cap. i8, 1. 1, pag. 746. (^'2) Plut, in Rom., t. I, p. 19 et '21.^ [V) Id.^ ibid., pag. 22.
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qui, suivant Pindaré, gouverne le monde (i), et qu'il est inutile d'interroger puisqu'elle a toujours dédaigné de rendre ses comptes. Je continue.
Après la louve et le pivert, arrivèrent auprès dli berceau Faustulus et Acca, sa femme. Faustulus était un homme vertueux que ses services avaient éleyé au rang de premier berger du roi : Acca n'avait pas de grandes vertus; mais elle avait de grandes faiblesses qui lui valurent beaucoup de douceurs pendant sa vie, et les honneurs divins après sa mort (2).
Ces heureux époux se chargèrent de l'enfance <les princes, et confièrent ensuite leur éducation à un maître d'école résidant à Gabies, à quatre lieues de distance de leur chaumière.
Ils s'y distinguèrent dans les exercices du corps et dans ceux de l'esprit; et, après y avoir puisé le goiit des lettres, de la musique et de la tactique des Grecs (3), ils revinrent à l'âge de dix-huit ans au mont Palatin pour y garder les ttoupeaux du roi Amulrus.
Tout en eux était imposant, la taille, le maintien, l'éloquence, mais surtout la force et le courage ; leurs bras vigoureux portaient des coups mortels aux animaux qu'ils poursuivaient à la chasse, aux pâtres étrangers qui osaient franchir les limites qui leur étaient assignées.
Faustulus leur apprit enfin le secret de leur
(i) PiND. Olymp. XII.
(a) DiowYS. Hâlic, lib. î, pag. 71. Plut, ibid,, pag. 19.
(3) DiONYS. Halic, Ibicl,
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naissance, et dès l'instant même ils rassemblent un grand nombre de gens sans aveu, marchent à la capitale, brisent les fers de leur mère Sylvie, font mourir Amulius, et rendent la couronne à leur grand-père Numitor, qui tenta vainement de les retenir auprès de lui; ils savaient qu'obligés de vivre en mauvaise compagnie, ils ne pouvaient plaire à la cour d'Albe, et qu'une liberté sans licence commençait à déplaire à leurs sdldat^: un autre motif hâta leur départ; ils voulaiehtf à l'exemple des anciens héros, bâtir une ville qui transmit leur nom à la postérité; déjà même Romulus en avait tracé le plan.
Autour du mont Palatin sont six autres collines qui pourraient toutes, à leur sommet, recevoir la ville éternelle. Rémus se décida pour le mont Aven tin, parce qu'il était de meilleure défense que les autres; Romulus pour le Palatin, parce qu'il les avait reçus à leur naissance. Les deux projets furent agités dans l'assemblée générale, et il fut réglé que l'on s'en tiendrait à celui que les dieux indiqueraient eux-mêmes. Rémus aperçut six vautours dans un coin du ciel : Romulus s'écria aus3itôt qu'il en voyait douze dans un autre coin. Fallait-il se décider sur la priorité de la découverte, ou sur le nombre des oiseaux? Les esprits s'échauffèrent, on en vint aux mains,, Rémus périt dans le combat. On dit que ce fut son frère qui le tua, le pleura et l'enterra (i).
(i) Liv. , lib. I, cap. 6. Plut, in Rom., pag. a3. Dionys. Halic, lib. I, p. 74.
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On acheva aussitôt l'enceinte de Rome. La forme en était aussi carrée que celle de Babylone. Dans le milieu s'élevèrent mille cabanes; celle de Romulus les surpassait toutes en magnificence. Des roseaux, artisteraent entrelacés, soutenaient le chaume dont elle était couverte. Il avait pour lit de la paille, pour chevet une botte de foin (i).
Le goût des arts, et l'amour de la gloire, attirèrent son attention sur les monuments publics. Il\ônserva une petite chapelle, située au pied du mont Palatin, où les chiens et les mouches n'osaient entrer depuis qu'HerCule y avait offert un sacrifice (a). Il bâtit sur le Capitole, en l'honneur de Jupiter, un temple dont la longueur était d'environ quinze pieds (3), et la hauteur telle qu'il fut possible d'y placer la statue de Jupiter quoiqu'elle fiit en pied et de grandeur naturelle (4)-
Enfin, s'étant emparé d'une ville d'Italie, il se trouva parmi les dépouilles un char de bronze; il eut l'attention de le consacrer à Vulcain, et d'y placer sa propre statue, avec une inscription qui fut composée en grec, parce qu'elle devait être lue par des Latins (5).
(i) OviD. Fastor. lib. I, v. aoo; lib. III, v. 184.
(2) pLiN., lib. X, cap. 29, pag. 56o, lin. i3. Solik., cap. i , pag. 2.
(3) DioNYS. Halic, lib. II, pag. 102.
(4) OviD. Fastor., lib. I, v. 201.
(5) Plut, in Rom., t. I, pag. 33. Diokys. Halic, lib. H, pag. 116.
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L'histoire nous a la^^sé quelques traits du caractère de ce prince. Elle parie en particulier de la noblesse de ses sentiments, de ses veirtus, de sa prudence consommée, de son respect pour les dieux, et de sa haine contre toute espèce d'oppression (1). Voici l'usage qu'il fit de ces belles qualités, quand il voulut augmenter le nombre de ses sujets.
Il ouvrit un asyle où fondirent tout à coup des hordes d'esclaves fugitifs, de débiteurs insolvables et d'assassins avérés. Il les mit au rang des citoyens, et répondit aux plaintes qu'il recevait de toute part, que telle était la volonté d'Apollon (a).
Aristote nous apprend que dans l'espèce humaine le concours des deux sexes est nécessaire pour donner le jour à un enfant (3). Cette vérité, qui n'avait pas échappé à Romulus, l'affligeait sensiblement. Il voyait sa colonie prête à périr faute de femmes, car les nations voisines refusaient de s'allier avec ce tas de brigands dont il était entouré ; mais il trouva le moyen de vaincre leur répugnance, en les invitant à des jeux qu'on devait célébrer à Rome. Des tribus de Sabins s'y rendirent avec leurs familles. Les premiers spectacles excitèrent une admiration générale. Le dernier jour des fêtes, Romulus prescrivit à ses soldats
(1) Plut, in Rom., tom. I, pag. ao. Dionys. HALic.,lib. II, pag. 80.
(2) Plut, ibid,^ pag. 22, Dionys. Halic, ibid,^ pag. 88.
(3) Arist., de Gen. animal., lib. I, c. 1 et 2; lib. II, c. i.
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crenlever les filles de ces étrangers, mais de respecter leurs femmes. Ce serait un beau sujet de prix à proposer que de demander comment, dans ce tiunulte épouvantable, le^ ravisseurs purent exécuter les ordres de leur maître. Cependant ils mirent tant de discernement dans leur choix que de trente ou six cent quatre-vingt-trois prisonnières (car les auteurs anciens (i) varient un peu sur le nombre), il ne se trouva qu'une femme mariée: on l'avait enlevée par mégarde , et Romulus l'épousa pour la singularité du fait (a).
Cette entreprise eut des suites : on fit la guerre, la paix, la guerre une seconde fois, enfin, un traité qui confondit en un seul peuple les Romains et imc partie des Sabins.
Romulus n'avait cessé de s'occuper du gouvernement et des lois. Un jour, ayant rassemblé tous les habitants de Rome, il dit aux uns, Soyez patriciens et protecteurs; il dit aux autres. Soyez plébéiens et protégés (3); et cela se fit ainsi. Il choisit dans la première classe cent conseillers d'état qui devaient partager avec lui les soins d'une si grande administration, car il commandait à plus de trois mille hommes (4). Quand un certain nombre
(i) DioNYS. Halic, lib. II, pag. loo. Plut, in Rora., t. I, pag. 25.
(2) Id. y ihid.y pag. 26.
(3) Id.^ ibid,^ pag. 24 et 9,5.
(4) DiONTS. Halic, lib. II, pag. 89.
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cïe familles sabines se furent établies au Capitole, on nomma cent autres sénateurs.
Dès lois qui entretenaient les moeurs et la tranquillité dans Rome (i), donnèrent une haute idée du législateur; des guerres et des victoires continuelles en offrirent une plus haute du fcOHquérant. Mais Romulus fut trop ébloui de tant de succès : il flatta les plébéiens, pour augmentep son pouvoir; et blessa les sénateurs, en cessant de les consulter.
Sa mort fut aussi merveilleuse que sa vie. Pendant qu'il parlait au milieu de l'assemblée générale il s'élève une tempête dont on ne peut décrire la violence (2) ; il partait de tous les points du ciel des tourbillons et des tonnerres effroyables; des torrents d'eau tombaient sur la terre, et la nuit la couvrait de ténèbres épaisses. Le peuple épouvanté prend la fuite; il revient après l'orage, il voit les patriciens immobiles dans leur place, et n'apercevant point Romulus, il les soupçonne el bientôt les accuse de l'avoir mis en pièces et d'en avoir caché les morceaux dans leurs poches (3). On allait les fouiller, lorsqu'un sénateur, nommé Proculus, arriva et tint ce discours, qui ne surprit personne : « En revenant à l'assemblée, j'ai rencon- « tré Romulus couvert d'armes étincellantes comme « le feu; je lui ai demandé pourquoi il nous avait
(1) DiONTS. Halic, lib. II, pag. 94.
(2) Plut., in Rom., t. I, pag. 34.
(3) M ibid.
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igO HISTOIRE ROMAINE.
« si cruellement abandonné. Voici sa réponse : Je ce remonte au ciel, d'où je descendis il y .a eina quante- quatre ans; va dire à l'assemblée que <( Rome 4fra la maîtresse de l'univers, et que, « sous le nfm de Quiriniis, je ne cesserai de la pro- « téger(i). îi
Le peuple applaudit avec transport, et choisit Quirinus pour son dieu tutélaire.
Je finis par un trait de haute érudition. Les^ plus habiles critiques n'ont jamais pu découvrir l'origine du mot Quirinus. Je présume que Romulus portait ce nom dans le ciel avant que de se montrer aux hommes. Homère cite plus d'une fois la langue des dieux; il en rapporte quelques mots. On doit peut-être y joindre celui de Quirinus : peut-être aussi faut-il recourir au bas-breton, qui, dit-on, renferme. les racines de toutes les langues qu'on a parlées , qu'on parle et qu'on parlera dans la suite.
(i) Plut, in Rom., 1. 1, pag. 35 et 37. Aur. Vict., Orig. gent^ roman. Liv., lib. l, cap. 16.
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