chapitre; IV
Pes légendes des friédailles de rais.
-Lj'on a vu plus haut que les médailles des villes grecques n'ont presque jamais de légendes, proprement dites , et qu'on n'y trouve que le nom de ces villes, celui des magistrats qui les gouvernaient, les titres dont elles étaient décorées , etc. On peut dire la même chose des médailles de rois. C'est en vain qu'on y chercherait des inscriptions ëtendups et relatives à des faits particuliers. Une seule semble sortir de la règle générale : elle fut frappée pour Saïu^omate V^, roi du Bosphore Cimmérien, avec la chaire curule et d'autres ornements que les empereurs avaient coutume d'envoyer aux princes de l'Orient; elle offre ces mots : TEIMAI B... ^Aï- POMATOÏ, les honneurs accordés au roi Saurnate (i). Majs pour l'ordinaire on n'a ei^primé sur
(i) Ii^ mus. reg.; Caut, Hist. dqs rois du Bosph. paç. 46..
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ces oiédailles que (le3 noin$ propres, des titres de puissance, dés titres d'honneur, des époques ^ des lettres initiales et des niouograninie3. Je ne m'attacherai ici qu'aux trois pre»>iers articles; les deux autres trouveront leur place ailleiu^s.
Il ejsl à présumer que, dans les plus anciens temps, les rois grecs ne faisaient pas mettre leurs noms $ur la monnaie, et que même y dans la suite, ils ont quelquefois permis qu'on n'y gravât ni leurs noms, ni leurs têtes. Ce .soupçon est fondé sur le goût de simplicité qui régnait dajis leurs premiers siècles, et sur plusieurs médailles parfaiteipent semblables eptre elles pour le métal , le poids , le travail et les types , dont les unes n'ont point de légende , et les autres offrent le nom d'un prince. Telle est une petite médaille d'argent qui d'un côté représente un cheval courant , et de l'autre un casque dans un carré , et qui se trouve tantôt avec le nom de Perdiccas, roi de Macédoine (i), tantôt sans aucune inscription (2).
Telle est encore un médaillon d'argent qui d^un cpté représente un homme à pied auprès d'un cheval, et de l'autre une chèvre à mi-corps dans un carré (3), et qui, rapproché d'un médaillon à peu près semblable (4) , où se voit le nom d'Archelaûs,
(i) Maff., Gall. ant., pag. io5.
(^) in mus. reg.
(3) In m]is. D. Pellerin.
(4) Frobugh, Regum vetcrum numism.
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ai6 TRAITÉ
roi de Macédoine , parait avoir été frappé pour ce prince ou pour quelqu'un de ses successeurs.
Sur les plus anciennes médailles de rois , le nom est au génitif : rEAftNOS, APXEAAOÏ, BASI- AEiïl *IAinnOÏ, comme si on avait voulu dire : monnaie de Gélon, tT^rcheiaûSj du roi Philippe. Sur celles qui ont été frappées du temps des empereurs , on le trouve quelquefois au nominatif : BA2IAEÏ2 HPfiAHS^ BA2IAEÏ2 PH2KOïnOPI2.
Serait-ce des monétaires romains que les Grecs auraient appris à terminer ainsi . les noms de leurs princes ?
Agrippa II, roi de Judée, joignit à son nom la préposition YXW^sous ^ comme faisaient souvent les magistrats des villes grecques et les gouverneurs des villes soumises à l'empire. Par cette légende Eni BA ArPIUIIA , Agrippa avait-il voulu déclarer publiquement qu'il ne gouvernait son royaume qu'en qualité de lieutenant de l'empereur.
A mesure que les Romains étendaient leurs conquêtes, les principaux de chaque nation subjuguée briguaient la protection des sénateurs accrédités. Ils prenaient leur nom et se mettaient , en quelque façoii , au nombre de leurs clients et de leurs affranchis. Cet exemple fut suivi par quelques souverains de l'Orient. Ils. crurent qu'il était de leur mérite ou de leur gloire de joindre à leur nom celui des maîtres dont ils dépendaient : Polémon , dynaste d'Olba en Cilicie , et Tarcondimotus , qui régnait dans un autre canton de cette province, se sont fait appeler Marcus Antonius sur leurs
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DES MÉDAILLES. aiy
médailles M. ANTilNIOÏ nOAEMÎÎNOS (i) ou plutôt, M. ANTfîNIOÏ ÏAPKONAraOTOr (a). Sauromate î^'. et Rhesciiporis I^'., rois du Bosphore, ont tous deux pris les noms de Tibère, Jules (3), et im Abgare , roi d'Edesse , est nommé sur ses monnaies Lucius ^lius Septimius Abgarus. A. AIA. etc. Il avait pris le nom de Septimius en l'honneur de Septime Sévère , qui régnait alors', et vraisemblablemertt iL devait ceux de Lucius iElius à Tuu de ses aïeux ïjiii l'avait pris du temps de l'fempereur Antonîn ou de quelqu'un de ses successeurs (4) ; car il faut observer que ces noms romains, ainsi adoptés et bizarrement combinés avec des noms grecs ou barbares, se transmettaient aux enfans et subsistaient dans les provinces , même après l'extinction des familles romaines auxquelles ils étaient propres. C'est ainî>î que le sophiste Polémon , qui vivait sous Hadrien , et qui descendait sans doute de ces Polémon de Laodicée que M. Antoine avait Comblés d'honneurs , conservait encore le nom du bienfaiteur de sa maison (5) dans un temps où il ne restait personne de la famille Antonia.
Eii général , les Grecs ni^aierit connus que sous
(i) LiEB. GoTH. Num.; Mus. D. Pellerin; Mus. Pemp. (a) Maff., Gall. ant., pag. 3i.
(3) In mu$> reg., Cart, Hist. des rois du Bosph., pag. 43 et suiv.
(4) Spanheim, de usu et praest. numism.
(5) Philostr. , Vit. Soph. lib, I.; Marip. Oxon. , pag. 96, édit. Prid.
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^iS TRAITÉ
un seul nom, qui devenait souvent conunun à plusieurs princes d'une même dynastie. Presque tous les rois d'Egypte ont pris celui de Ptolémée : treize rois de Syrie ont porté celui d'Antiochus ; et ainsi des autres monarchies. Mais ces différents princes ne sont pas caractérisés sur les monuments par des nombres relatifs à l'ordre de leur succession. On n'y lit jamais Antiochus VI, Ptolémée VIH^ etc.; comment donc les distinguer sur leurs médaflles ? par la différence des têtes, des titres, des époques , et par d'autres moyens que j'indiquerai dans la suite.
Quelques-uns , mais en petit nombre, ont joint à leur nom celui de leurs pères. Tels sont Alexandre , roi d'Épire ; Juba II , roi de Mauritanie : AAESAN- APOYTOÏ NEOnTOAEMOY^IVBA REXIVB^...(i)
D'autres, tels que ce même Juba, Antiochus VIII, roi de Syrie , etc. , ont permis ou ont été forcés de permettre que les noms de leurs mères ou de leurs épouses parussent sur la monnaie conjointement avec le leur.
JN ou$ en avons une de Cotys V , roi d'une partie Je la Thrace (2) , où d'un côté l'on voit son nom iutour de sa tête, et au revers celui de Rhescuporis, son parent et son allié, qui régnait dans une o litre partie de ce royaume.
jii trouve bien rarement sur les médailles de 7 ois les noms des magistrats ou des préposés à la
î ) Mus reg.
(a) Cuiy, Hist. des rois du Bosph., p. 75.
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DES JMÊDAILLES. ai^
monnaie. Cependant, sur celles de Lysimacjue (i), il est fait mention d'un Scostokus et d'un Zopyrus ou Zopyrion (2) ; §ur les ipédailles de Jùba II , roi de Mauritanie, et de Ptolémée, son fils, on voit les noms des daumvirs d'une cplonie romaine établie dans les états de ces princes.
Le nom d'un roi paraît quolquefois eu s^brég'i ou ^n monogramme (3).
'Des titres de puissc^hc
Les princes grecs régnaient à diffcrçnts titres. Voici ceux que l'on trouve sur leurs médailles : BA2I AEÏ2 , roi ; AÏNÀ2TH5 , dynaste ; APXHN , archonte; EeNAPXHS^ethnargue ; TETPAPXH2, tétraque ; TOnAPXH5,toparque ,APXIEPEÏ2,grandprétre.
De tous ces titres, le premier est le plus ancien çt le plus brillant ; mais les Grecs l'avilirent au point de l'accorder à des princes qui r^onnaissaieot des supérieurs, ou qui n'avaient presque pa^ de sujets. •
IJ n'est pas facile de fixer It' temps où il commence à paraître sur les médailles. Le père Hardouip (4) a cru que ce n'était qu'après Alexandre ; et quoiqu'il semble admettre quelque exception ^
(i) Mus. reg.; Goltzius., Mus. r^.; Lies.
(a) J'ai vu le nom de Caichas sur une médaille de Lysimaquè^ fausse à la vérité, mais moulée sur l'antique.
(3) Voyez ces articles dans le chap. II de ce livre.
(4) Chronol. vet, testa^., pag, 674, col. 1.
2'iO TRAITÉ
cette espèce de principe^, il en tire néanmoins les mêmes conséquences (i) que s'il était universel et applicable à tous les cas. Spanheim (a) lui a opposé des exemples qui ne sont pas tous également décisifs, et les autres antiquaires (3) se sont écartés plus ou moins du sentiment du père Hardouin.
Si le titre de roi ne commence à paraître sur les médailles qu'après Alexandre, il s'ensuit que toutes celles qui l'offrent à nos yeux sont postérieures à ce prince. Il est donc nécessaire d'exa-
h miner cette question; mais, comme je l'ai dit, il n'est pas facile de la décider, parce que de tous les princes qui ont régné avant Alexandre, il en
. est peu dont il nous reste des médailles , et encore moins dont les médailles puissent être connues à des caractères certains. Il suffira donc ici d'exposer la difficulté et les moyens de la résoudre*
Le père Hardouin (4) a rapporté, d'après Paru ta, deux médailles d'argent sur lesquelles on voit le nom de Gélon, qui régnait à Syracuse vers l'an 48o avant Jésus-Christ, et les deux lettres B A, qu'on regarde comme les initiales du mot BA2IAEn2. Pressé par ces exemples, il répond que ces médailles sont fausses, ou qu'elles prouvent tout au plus que le tyran de Syracuse avait une fois en passant reçu le
(i) Clu'onol. vet. testam. , pag. 576, col. 2.
(2) De usu et praest. numism., tom. I, pag. 38 1.
(3) Froblich, 4 Tentam., pag. 3i. Idem, Reg. vet. num. pag. 3. Idem. AnDal. reg. syr.
(4) Wum. pop. et urb., pag. i54
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D£S MiPAILLES. 2ISI1
titre de roi sur sa monnaie (i). Mais nous répondrons que , depuis Paruta , ces médailles se sont multipliées dans nos cabinets ; qu'elles sont incontestablement antiques, et que, s'il restait d^ doutes sur. les conséquences qu'on en tire, ils dçvrajent avoir simplement pour objet les deux lettres B A,, qui pourraient à la rigueur être interprétées par tout autre mot que celui de BASIAl^ÛS. Ce titre se trouve encore sur les médailles (tx) qu'on croit avoir été frappées pour Amyntas II, roi d^ Macédoine , ipais qui pourraient bien n'être pïts ^e ce prlnee^' ainsi qu'on le verra plus bas; sur une médaille que Goltzius a rapportée à Pepdiccas , fils d'Amyntas, mais qu'on chercherait en vain dans les cabinets les plus célèbres; enfin, sur plusieurs médailles qu'on a coutume d'attribuer à Philippe et à son fils Alexandre (3). Mais il ne serait pas impossible que les premières fussent de Philippe Aridée, et que les secondes eussent été frappées après la mort d'Alexandre, quoiqu'en son nom. Il résulte de là que nous avons jusqu'à présent de très-fortes présomptions contre le sentiment du père Hardouin, et- néanmoins qu'il ne peut être détruit que par de nouvelles découvertes.
Après Alexandre, on trouve des princes qui, sur quelques-unes de leurs monnaies, ont négligé
(i) Mus. reg. et alibi. Ces médailles de Gélon appai*tiemient à GéloD second.
(a) Spanheim, Diss. 7, pag. 378. (^) Voyez le chapitre I de ce livre.
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