‹ Œuvres diverses de J.J. Barthélemy: Littérature ancienne et beaux-artsChapitre 48 sur 76 · III · texte numérisé non relu

III

Moyens de perfectionner ces suites par des Réquisitions.

Quoique le cabinet du roi soit, sans contredit, le premier de l'Europe, il n'est point de suite dans l'antique et dans le moderne qui ne soit susceptible d'augmentations.

Il n'y a que deux voix pour se les procurer, ou d'avoir recours au fonds de la bibliothèque, ou d'obtenir des ordonnances sur le trésor royal. La première serait une faible ressource et suffirait à peine à quelques légères acquisitions journalières; par la seconde , on peut avoir des cabinets entiers, et il en résulte deux avantages considérables, le premier , que ces cabinets enrichissent celui du roi dans toutes ses parties; le second, qu'ils procurent beaucoup de médailles doubles qui servent à des échanges continuels et par le moyen desquels on acquiert des médailles qu'on n'aurait pas avec de l'argent.

Quelques exemples prouveront ce que je dis, et je les rapporte avec d'autant plus de plaisir qu'ils mettront M. le Noir en état de connaître les opérations en ce genre qui, depuis une quarantaine d'années, se sont faites au cabinet.

Deux ou trois ans après la mort de M. de Boze , mon prédécesseur, on obtint une ordonnance de ao,ooo livres pour l'acquisition d'une riche coUee-

byGoogk

a6o CABINET

tion de médaillons de bronze et de médailles de grand bronze, qui du cabinet de M. l'abbé de Rothelin, avait p'assé à celui de M. le marquis de Beauveau. Environ quatre cents médaillons et deux mille médailles insérées dans le|| suites du roi , les augmentèrent l'une et l'autre du double. Il en reste encore une assez grande quantité parmi les doubles ; mais la plupart très-communes, car les plus précieuses des médailles inutiles qu'avait procurées cette collection ont servi pendant long-temps à des acquisitions particulières.

En 1755, nous obtînmes une ordonnance de 22,000 livres (1)^ pour acheter le cabinet de M. Cary , de l'académie de Marseille. Cette acquisition fut d'autant plus utile que ce cabinet renfermait

(i) Le cabinet avait été estimé et ne coûta en effet' que 18,000 livres; mais comme l'héritier voulait être payé sur-lechamp, et que le trésor royal était sans fonds, M. le comte d'Argenson me proposa d'obtenir de l'héritier qu'on le payât par quartiers, et dans l'espace de quelques années, à condition qu'au lieu de 18,000 livres, on lui en donnerait 22,000 livres. L'héritier y consentit d'abord. L'ordonnance fut expédiée ; mais l'héritier ayant ensuite retiré sa parole , je fus obligé de lui envoyer 18,000 livres, que M. de Fontferrières me fit l'amitié de me prêter, dont il ne fut remboursé que deux ans après, et dont il ne voulut retirer aucun intérêt. Les 4,000 livres restantes furent déposées entre les mains de M. de La Court. Elles furent depuis employées à divers objets relatifs au cabinet, à l'exception d'une gratification de 1,200 livres, que je n'avais pas demandée , et que M. le comte de Saint-Florèntin me donna pour me dédommager des dépenses que j'avais faites dans mon voyage d'Italie , et qui se montaient beaucoup plus haut.

byGoogk

DES MÉDAILLES. a6l

toutes sortes de suites, que j'en tirai pour celui du roi plus de cent vingt médailles impériales en or, et quantité de médailles grecques de villes et de rois. Le reste fut destiné à des échanges.

La même année, le roi m'envoya en Italie pour la recherche des médailles qui manquaient à sou cabinet. Je portai avec moi les plus beaux médaillons et les plu3 belles médailles que je pus trouver parmi les doubles de M. le marquis de Beauveau , et je m'en servis pour en rapporter, en 1767, environ trois cents médailles, dont quelques-unes étaient uniques, et presque toutes précieuses par leur rareté. Quelques années après, avec l'agrément de feu M. Bignon , je m'associai avec M. du Hodent, qui est mort depuis , et M. le contrôleur général nous accorda une ordonnance de ao,ooo livres pour acheter la superbe suite d'environ douze cents médailles impériales en or, qu'avait formée M. de Clèves, et qui fut vendue 5o,ooo livres. On ne nous donna au trésor royal que des papiers qui perdaient environ un tiers sur là place. Comme la somme qu'il produisirent ne suffisait pas pour prendre dans la suite de M. de Clèves toutes les médailles qui manquaient au cabinet, je donnai en échange la plupart des médailles doubles en or que nous avait procurées le cabinet de M. Cary.

La plus grande acquisition qui se soit faite en ces derniers temps, est celle du cabinet de M. Pellerin , le plus riche qui fut en Europe après celui du roi, le plus célèbre par le soin qu'avait pris le possesseur d'en publier les principales médailles

byGoogk

a62 CABINET

et de les accompagner de notes dans un recueil composé de plusieurs volumes. Ce cabinet, acquis en 1776, coûta 3oo,ooo livres.

C'est par de pareilles opérations et par des correspondances établies dans les pays étrangers, suivies avec soin pendant une longue suite d'années et entretenues par la voie des échanges, que je suis parvenu à augmenter du double le cabinet des médailles du roi, et à le porter à un point qu'il ne saurait être égalé par la réunion de toutes les collections qui sont en Italie.

Il peut se trouver encore des occasions où il faudrait faire un effort pour acquérir de ces médailles singulières que le hasard ne présente qu'une fois. Il en manque plusieurs de cette espèce dans toutes les suites, et même dans celle en or, qui est la plus riche de toutes ; car l'on connaît quelques empereurs ou césars dont nous n'avoA!» aucune médaille en ce métal, soit qu'on n'en ait pas encore découvert, soit quelles n'existent que dans un ou deux cabinets dont il est impossible de les arracher. Telle est, entre autres, la médaille unique d' Agrippa que j'ai vue en Italie, et que je ne pus acquérir malgré les offres avantageuses que je proposai. Lorsqu'il se présente de pareilles médailles, on ne doit pas s'arrêter au prix et hésiter à en donner 3o ou 4o louis, quand la médaille existe déjà dans un ou deux cabinets ; 5o ou 60 , et même davan* tage , quand elle est unique. J'eus pour 800 livres une médaille de l'empereur Vetranio, en or, que j'achetai à Marseille, mais je portai à i,5oo livres

byGoogk

celle d'Uratiius Antonius, que je pris dans la suite de M. de Clèves, parce qu'on n'en 'connaissait pas d'autres. Il faut avoir la même attention pour Içs médaillons des empereurs, en or, qui sont extrêmement rares. Un des derniers que j'ai -acquis est de l'empereur Domitien. II est unique. J'eit donnai i,ooo livres, et je crus l'avoir à bon marché.

Parmi les objets d'acquisition qu'on pourrait avoir en vue, il n'en est point de plus iinportant et de plus avantageux que le cabinet de M.* d'Ennery. Il contient dans toutes les espèces de suites des médailles précieuses qui manquent aU cabinet ; mais il sera temps de s'occuper de cet objet, s'il est mis en vente après la mort du possesseur (i).

Comme les médailles anciennes sont la partie la plus utile , et à tous égards la plus précieuse du cabinet, elles ont toujours dû fixer la principale attention de ceux qui en avaient la garde, et ils n'ont jamais eu assez de secours pour augmenter la collection des médailles modernes.

J'ai déjà dit que les différentes suites dont elle est composée furent interrompues vers la fin du dernier siècle. On ne les avait pas reprises depuis, et j'avais toujours pensé qu'il n'en coûterait pas infiniment pour les compléter : persuadé que, si on pouvait les conduire jusqu'à nos jours , il serait ensuite très-aisé, par le moyen de nos ambassa-

(i) Cette vente a été faite en 1788; et environ cinq cents médailles y ont été acquises, au prix de 11,000 livres, pour !• rabinet royal. Note de L'éditeur.

byGoogk

a64 CABINET

(leurs, de les entretenir, et d'obtenir les médailles qui paraîtraient successivement dans les pays étrangers. Feu M. Bignon père adopta cette- idée. Nous commençâmes par la Suède et le Danemarck : je donnai, une note des médailles qui avaient été frappées dans ces deux royaumes, et qui. manquaient au cabinet. M. Rouillé , alors ministre des affaires étrangères , envoya la note à nos ambassadeurs aux cours de Copenhague et de Stockholm, et les chargea de faire la recherche de ces médailles. Ses ordres furent exécutés avec soin ; les suites des médailles de Suède et de Danemarck, devinrent ^ussi parfaites qu'elles pouvaient l'être ; mais, quoique nous n'eussions demandé que des médailles en argent, ces deux objets réunis coûtèrent environ 20,000 livres; et comme on fut effrayé de cette dépense, on nous annonça qu'il fallait, pour le présent , renoncer au projet de compléter les médailles des autres états de l'Europe. On pourra peut-être le reprendre dans des temps plus favorables , et alors il faudra y joindre celui d'obtenir une ordonnance pour avoir au moins en argent les médailles et autres pièces que l'on frappe journellement au balancier.

La suite des monnaies n'est pas moins imparfaite que celle des médailles modernes. J'ai profité de toutes les occasions pour augmenter la suite des monnaies de France. M. de Machault en avait formé une trois fois plus nombreuse que celle du roi. Quand il voulut s'en défaire , je donnai un mémoire pour nous en procurer l'acquisition. Ce mémoire

byGoogk

ne produisit aucun effet. I^ cour des monnaies acquit cette belle suite , et c est un avantage qu eVe ne soit pas sortie de Paris. Il pourra survenir des circonstances plus heureuses. Comme le cabinet du roi subsiste toujours, on ne doit avoir regret qu'aux richesses dont les étrangers nous dépouillent. Il circule si peu de jetons dans le commerce, et si peu de gens s'attachent à cette espèce de curiosité , qu'on n'a jamais cru devoir se donner beaucoup de soins pour en augmenter la suite. Cependant je ne l'ai pas négligée, quand le hasard ma présenté des pièces singulières et historiques.

Page 1