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Mojeiis de conservation.
Après avoir parlé des moyens d'augmenter les différentes suites du cabinet, il faut parler de ceux qu'on doit employer pour les conserver.
• Le premier est de ne songer jamais à rendre le cabinet public. Chez aucun souverain de l'Europe, les médailles ne sont exposées indifféremment aux yeux de tout le monde. Autrefois, en Italie, on les entourait d'un cercle de corne ou de métal. On les attachait ensuite les unes aux autres par de petites baguettes de fer d'un pouce de longueur , et après en avoir formé un cordon qui ressemblait à une espèce de broche, on les plaçait dans des caisses de bois couvertes d'un châssis de verre. Une manivelle adaptée à chaque cordon était placée hors
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de la caisse, et servait à présenter tour à tour aux yeux du spectateui* les^ deux côtés de la médaille. J'ai YU à Naples une. partie du cabinet Farnèse encore disposée de fcette étrange manière. Au Vatican 9 où Ton avait commencé à rassembler une suite d'environ quatre cents médailles en bronze, on avait pris le parti de les enchâsser dans des trous creusés dans des tablettes de bois ; ils y tiennent par deux pointes qui leur permettent de tourner. Un domestique est chargé de les montrer aux étrangers; mais on s'est trouvé forcé d'abandonner cette méthode pour les acquisitions que Ton a faites depuis, parce qu'elle est aussi impraticable pour les grandes collections que celle des broches et des caisses.
La nécessité où l'on est de ménager le terrain , de déranger souvent les médailles pour faire place aux nouvelles acquisitions , de les prendre entre les mains pour les examiner de près , a forcé partout les gardes à les distribuer dans des tablettes,. d'bù il serait très-aisé de les enlever ou de substituer une médaille commune à une médaille unique), si des yeux attentifs ne veillaient pas à leur conservation. Le danger est siimminent , que feu M. de Boze , mon prédécesseur , s'était fait une règle très-sage de ne montrer que rarement le cabinet ; persuadé qu'il ne devait être ouvert que pour les savants qui voulaient y puiser des lumières , pour les artistes qui venaient y chercher des modèles de goût , pour des étrangers connus et des personnes de considération à qui il était convenable de donner une grande
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idée des beautés d^lU bibliothèque. Après sa mort, je me laissai entraî«er à un zèle de novice. J'avais quelquefois entendu des plaintes sur la difficulté de pénétrer dans ce sanctuaire; pour lés prévenir, j'en rendis l'accès plus facile , la foule y aborda. On s'y rendait tous les jours , à toute heure , et j'avais souvent des compagnies de quinze ou vingt personnes qui dans un instant dépouillaient Une tablette entière. J'ai été assez heureux pour ne rien perdre daus cette confusion , mais je n'ai jamais montré le cabinet sans être pénétré de frayeur , et sans y remonter ensuite pr>ur vérifier Ils objets que j'avais exposés à tant de regards. Le concours devint ensuite un peu moins fréquent. J'avais déclaré à ceux qui me demandaient des rendez-vous que je ne .recevrais, qu'une certaine quantité de personnes à la fois ; et de plus^ la curiosité de cette foule de gens oisifs qui caroietit aimer les lettres et les arts avait été satisfaite , et le dégoût qu'ils avaient éprouvé d'abord , me sauvait d'une seconde importunité de leur part.
Il y vient encore assez de monde aujourd'hui , et peut-être même n'en vient-il que trop. Mais quel pax*ti prendre ? A quel signe peut-on distinguer ceux qu*on doit admettre et ceux qu'on doit refuser ?
Tout le monde est admis à des jours fixés dans les bibliothèques pubKques , parce que la plupart ne veulent que parcourir les galeries , parce que rien ne s'y trouve à portée d'être facilement enlevé. J'avais d'abord pensé qu'on pourrait de mêute , à
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certains jours , ouvrir le cabmet : mais à l'aspect des armoires, on serait tent4de voir ce qu'elles contiennent, et, dès ce moment, le refus exciterait les plus grandes plaintes et la complaisance t^s plus grands dangers. Il faut donc s'en tenir au point où nous sommes , et s'en rapporter uniquement à la vigilance des préposés à la garde des médailles.
Le second moyen de conservation consiste à placer les médailles dans le meilleur ordre possible , et à s'assurer , par des catalogues exacts , des médailles qui existaient auparavant, et de celles dont on fait ftar intervalles l'acquisition.
Pour montrer à M. le Noir comment ses vues ont été remplies , et lui donner en même temps l'idée du travail qu'exige la manutention du cabinet, il est nécessaire ,d entrer dans quelques détails.
Le cabinet des médailles venait d'être transporté de Versailles à Paris, lorsqu'en 1745 je fus adjoint à M. de Boze. Il avait déjà placé une partie des suites dans les armoires , je plaçai l'autre sous ses yeux ; mais plusieurs d'entre elles avaient besoin d'être remaniées, M. de Boze avait fait des acquisitions considérables, que son âge , ses infirmités , son séjour à Paris , où sa place de secrétaire de l'académie des Belles-Lettres le tenait fixé, ne lui avaient pas permis d'incorporer dans les suites du roL Telle était , entre autres , celle du maréchal d'Estrées , consistant sôit en médailles de villes et de rois, soit en médaillons des empereurs. Nous entreprimes Cftte incorporation; elle dura plusieurs années : on ne sera pas surpris si l'on fait attention
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aux précautions qu'exige ce genre de travail quand on veut y apporter de l'exactitude.
Quand il s'agit d'enregistrer un livre , le titre suf- , fit presque toujours pour indiquer l'objet dont il traite , et la place qu'il doit occuper dans une bibliothèque. Il n'en est pas de même des médailles. Un ou deux exemples feront sentir cette différence.
Douze ou treize rois d'Egypte, successeurs d'Alexandre, 4i|.ce sont les seuls dont nous ayons les médailles, ont pris le nom de Ptolémée : mais comme l'usage n'était pas alors d'ajouter à ce nom le nombre 1, 11,111, comme on fait aujourd'hui, et que ces médailles , ou n'ont point de dates , ou ne contiennent que les années du règne de chaque prince, à l'aspect d'une médaille où le nom de Ptolémée se trouve gravé , on hésite auquel des rois d'Egypte il faut l'attribuer ; si l'on consulte les antiquaires, la diversité de leurs opinions ne sert qu'à augmenter l'incertitude. On est donc obligé d'employer toutes sortes de combinaisons pour approcher de la vérité. Tantôt ce sont des épithètes que les auteurs et les médailles donnent au même prinfce, tantôt les années du règne ou les traits du visage empêchent de rapporter une médaille à un prince qui est morjt jeune ; d'autres fois on est obligé de suivre les progrès de la gravure , afin de ne pas mettre à la tête d'une suite, une médaille qui ne doit être qu'à la fin. La plupart des médailles des anciennes monarchies présentent ces difficultés, que l'on ne rencontre pas moins sur les médailles de villes. Plusieurs de ces villes ont porté
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