‹ Œuvres diverses de J.J. Barthélemy: Littérature ancienne et beaux-artsChapitre 68 sur 76 · A M. DE CHOISEUL-GOUFFIER · texte numérisé non relu

A M. DE CHOISEUL-GOUFFIER

A Paris, ce a4 mars 179a.

J'ai l'honneur de vous envoyer, moilsieur l'ambassadeu)*, deux exemplaires d'une dissertation qui vient de paraître, après de longs travaux et une longue impression. Vous aurez la bonté d'en remettre un à M. Guis et de conserver l'autre, à condition que vous ne le lirez pas ; car je ne connais rien de si ennuyeux. Vous serez peut-être offensé de l'audace de l'auteur qui vous l'a dédiée, sans vous en demander la permission. Il prétend \ qu'il a été forcé de céder à ses sentiments , et que vous êtes assez généreux pour lui pardonner, d'au* tant mieux qu'il n'a pas blessé votre modestie.

Vous possédez, mon cher comte, un des plus beaux monuments des Athéniens, et je suis bien aise d'en avoir donné la première idée. Que je regrette de n'avoir pas vu toutes vos richesses en ce genre, jusqu'à présent enfouies dans un magasin à Marseille! Il doit s'y trouver des choses précieuses, et j'aurais bien volontiers consacré le reste de mes jours à les éclaircir. Vous m'aviez marqué, dans une de vos lettres , que M. Fauvel avait trouvé à Athènes une inscription dont les caractères lui avaient paru très-anciens et semblables à ceux de Finscription que je publie. J'en écrivis à M. Guisy

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à Marseille, qm ne perdit pas un moment pour la chercher. Il eût la bonté de m'envoyer des copies de deux ou trois inscriptions qui étaient visibles et moins essentielles. Toutes les autres sont renfermée^ dans des caisses; et il ajouta que si vous l'ordonniez il les ferait ouvrir (î). Je lui marquai bien vite qu'il fallait bien s'en garder, et qu'on risquerait beaucoup à les déplacer, otitre les frais immenses qu'il en coûterait. Ce n'est qu'à votre retour, dans un temps plus tranquille, lorsque 1 vous anrez étalé tous ces monuments dans une pièce particulière, que les antiquaires pourront exercer leur courage et leur. savoir, et, suivant

(i) Les objets renfermés dani oe^ caisses ont été transportés ensuite à Paris. M. de Choiseul en parlait dans une lettre h Barthélémy, en ces termes : « Je termine une entreprise dont je « ptiîs dire que des souverains auraient été effrayés; toutes les * métopes, et les plus belles parties de la frise qui règne autour « de la cella du temple de Minerve, les plus beaux bas-reKefs « de celui de Thésée, les cariatides, les chapiteaut d'ÉrechtéCy « la lanterne de Démosthène en entier^ ont été moulés ^ sont, « encaissés et prêts à partir sur une frégate. Ces chefs-d'œuvre « de sculpture se survivront ainsi à eux-mêmes, et en dépit « des Turcs qui les nnitilent plus que jamais, on les verra dans n mon cd>inet à Paris ; si le roi voulait , je serais en étal de les <c lui construire en plâtre dans ses jardins de Saiùt-Cioud oti « de Rambouillet; on ne pourrait pas dire qne ce fut wm co- « pie; ce serait le monument lui-même, etc.... » Jamais particulier n*a fait en France tant de sacrifices pour les beaux-arts et l'antiquité que M. de Choiseul , et personne n*a plus eu justement à se plaindre d*une si forte ingratitude, sur-tout de la part de qudques artistes qu'il avait employés. Note de VÈdU. 2 24

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^fJÙ LETTRES.

toutes les apparences, ce temps ne reviendra pas sitôt.

On m'a dit que pendant le séjour de M. Fauvel à Athènes, on avait découvert rine inscription sur la façade extérieure d'un monument que Spon et Wheler avaient pris pour le temple de Jupiter Olympien, et dont les ruines se trouvent au nord de la citadelle. Stuart et le Roi ont parlé de ces ruines, et j'en parle aussi dans la note sur le plan d'Athènes, chap. 12 du FoyageiVAnajchanis. M. Fauvel vous a-t-il parlé de cette inscription ; en aurait-il une capie> et pourriez --vous me l'envoyer? Elle pourrait servir à fixer la destination de ce monument.

Faites-moi le plaisir de me rappeler au souvenir de M. Cousineri, consul à Thessalonique, qui se connaît bien en médailles, et qui* pendant son voyage à Paris m'en céda quelques-unes très-belles pour le cabinet du roi. Il m'écrivit à son retour à Thessalonique ; je loi répondis sur-le-champ : je lui ai écrit depuis une Ou deux fois, et n'ai plus entendu parler de lui. Il m'avait cependant promis de *me faire part de ses découvertes: je suis fâché dé son silence, continuant à travailler sur les plus anciennes médailles. Il est dans un pays où elles se trouvent assez fréquemment, et il est bien en état de les discerner. Je compte lui envoyer un exemplaire de ma dissertation, et peut-être même prendrai-je la liberté de l'insérer dans le second paquet que je vous adresserai, dans la crainte que celui-ci ne s'égare. ^

Vous avez aussi beaucoup de médailles, et vous

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ne m'en pariez jamais ^ vous gardez encore le silence sur votre second volume. On me demande souvent quand il paraîtra; que faut-il que je réponde? Le défaut de livres, la lenteur des ouvriers, les affaires de l'embassade, etc. etc; voilà ce que je dis.

Je ne vous parle que littérature, parce que tout autre sujet afOige et tourmente. J'en détourne mon esprit autant qu'il m'est possible. Nous en sommes au point de ne devoir songer ni au passé ni à l'aveuir, et à peine au moment présent. Je vais aux académies, en très-peu de maisons, quelquefcHS aux promenades les plus solitaires, et je dis tous les soirs : F^oUà encore un jour de passé.

Je suis, etc.

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