‹ Œuvres diverses de Jules Janin (volume 2)Chapitre 3 sur 9 · LE MARIAGE VENDÉEN · texte numérisé non relu

LE MARIAGE VENDÉEN

un des trous du pigeonnier; et alors il vit tous les détails d'une fête : une longue procession de jeunes gens et de belles dames en robes blanches, précédés par des ménétriers de village, La procession était leste, chacun se livrait à la joie. La fête passa au pied du colombier, ou, si vous aimez mieux , au pied de la tour. En passant au pied de la tour, une jeune et jolie personne regarda attentivement au sommet. Elle était blanche et fine de taille ; elle avait Tair rêveur. Baudelot comprit qu'on savait qu'il y avait là un prisonnier, et pendant que la fête s'éloigne, voilà mon valeureux Baudelot qui se met à siffler l'air de Richard :

Dans une tour obscure,

ou un air approchant; car c'était un jeune homme versé dans toutes sortes de combats et de romances, aussi habile à manier une épée qu'une guitare, distingué à cheval, distingué à la danse, un vrai gentilhomme d'épée et d'esprit, comme on en voit encore et comme on n'en fait plus.

La noce passa : si ce n'était pas tout à fait une noce, c'étaient des fiançailles. Baudelot achevait de chanter : il entendait du bruit à la porte de sa prison; on entra.

C'était le maître de la maison lui-même. Il avait été marquis sous Capet ; maintenant il s'appelait

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tout simplement Hamelin ; il était bleu, et du reste assez honnête homme. La république le dominait corps et âme; il lui prêtait son épée et son château, mais voilà tout : il n'était pas devenu méchant et cruel à son service. Le matin même de ce jour qui touchait à sa fin, le capitaine Hamelin, car il avait été fait capitaine par la république, avait été averti que des chouans s'étaient arrêtés à sa ferme. A cette nouvelle il s'était mis à la tête d'un détachement , renvovant ses propres fiançailles à une heure plus éloignée. Vous savez comment il s'était emparé de Baudelot. Une fois Baudelot le chouan en sûreté, le capitaine Hamelin était retourné à ses fiançailles; et voilà pourquoi il n'avait pas amené sur-le-champ son prisonnier à Nantes, ou, tout au moins, voilà pourquoi il ne l'avait pas fait fusiller sur-le-champ.

Le capitaine Hamelin n'était pas tellement capitaine bleu qu'il eût tout à fait oublié les vieilles coutumes hospitalières du terroir breton : il se crut donc obligé de faire une visite à son hôte pendant que les convives de ses fiançailles se mettaient à table.

« Que puis-je faire pour vous obliger, Monsieur? dit Hamelin à Baudelot.

— Seigneur châtelain, dit Baudelot en s'inclinant, je vous demande en grâce de me donner

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au moins Tusage d^une de mes mains, s^il vous plaît.

— Vos deux mains seront déliées, Monsieur, répondit Hamelin, si vous voulez me promettre de ne faire aucune tentative d'évasion. Seulement, avant de rien promettre, souvenez-vous que demain, à six heures du matin, vous serez conduit à Nantes, à coup sûr.

— Et fusillé à huit heures, aussi à coup sûr? )) dit Baudejot.

Le capitaine Hamelin garda le silence.

« Eh bien ! Monsieur, dit Baudelot, faites-moi délier les mains, et, sauf délivrance, je m'engage, sur ma parole d'honneur de gentilhomme et de chrétien, de rester ici comme un pigeon à qui on a coupé les ailes. »

Le capitaine Hamelin ne put s'empêcher de sourire à l'allusion de son prisonnier; il lui fit délier les mains.

« A présent, dit Baudelot en étendant les bras comme un homme fatigué d'un long sommeil, à présent. Monsieur, je vous remercie, et je suis vraiment votre obligé jusqu'à demain, et ce n'est pas ma faute si ma reconnaissance ne dure pas plus longtemps. »

Le capitaine Hamelin lui dit :

« Si vous avez quelques dispositions dernières

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