‹ Œuvres diverses de Jules Janin (volume 2)Chapitre 4 sur 9 · LE MARIAGE VENDEEN'. II · texte numérisé non relu

LE MARIAGE VENDEEN'. II

à arranger, un testament à faire, par exemple, je puis vous envover de quoi écrire. «

Disant cela, Hamelin avait Tair ému, et dans le fond il Tétait, car on n'est pas Breton impunément.

Baudelot , voyant son hôte ému, lui prit la main.

« Voyez-vous, lui dit-il d'un air profondément convaincu, ce simple mot testament me fait plus de mal que cet autre mot la mort à Nantes; ce mot-là : Faites votre testament, m'a rappelé la mort de tous les miens. Je n'ai personne à qui léguer mon nom, mon épée, mon amour et ma haine: car c'est là tout le bien qui me reste. Pourtant cela doit être amusant et doux de disposer de sa fortune, d'être généreux au delà même de la tombe, de se figurer, en écrivant ses derniers bienfaits, les larmes de joie et de douleur qu'on fera verser après sa mort. Cela est honorable et doux, n'est-ce pas, capitaine? Wy pensons plus.

« Je vais vous envoyer à dîner, dit Hamelin. Justement c'est aujourd'hui mon jour de fiançailles, et ma table sera mieux pourvue que de coutume. Ma fiancée vous servira elle-même. Monsieur. »

Baudelot aperçut à l'un des trous les plus élevés de sa cage une petite marguerite qui avait été se-

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mée là p§r un des premiers habitants du colombier. La jolie fleur se balançait joyeusement aux vents. Elle avait déjà attiré les regards de Baudelot ; il cueillit la jolie fleur.

Puis il la présenta au capitaine :

« C'est Pusage chez nous, capitaine, de faire à la fiancée le cadeau des fiançailles : soyez assez bon pour remettre à la vôtre cette petite fleur éclose dans mon domaine. Et à présent, capitaine, bonsoir : voilà déjà assez longtemps que je vous arrache à vos amours. Dieu se souviendra de votre humanité pour moi, mon hôte. Adieu, portezvous bien. Envoyez-moi à souper, car j'ai faim et besoin de repos. »

Et ils se séparèrent en se disant du regard un adieu amical.

On apporta à dîner au jeune Vendéen. La jeune fille qui le servait, jolie Bretonne aux dents blanches, aux lèvres roses, à Tair pensif cependant, comme cela convenait à une timide enfant des campagnes qui avait déjà vu passer tant de proscrits, servait Baudelot avec une attention sans égale. Elle ne lui laissait ni répit ni trêve qu'il n'eût mangé de tel plat, qu'il n'eût bu de tel vin : car Baudelot fut servi tout à fait comme les convives de la maison. Le repas était magnifique. Le colombier s'en ressentit; c'était presque comme au

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bon temps, quand les habitants ailés de la tourelle allaient ramasser les miettes du festin. Une fois, comme la jeune fille versait du vin de Champagne à Baudelot :

a Comment vous appelle-t-on, mon enfant? lui dit Baudelot.

— Je m'appelle Marie, dit Tenfant.

— Comme ma cousine, reprit le jeune homme. Et quel âge avez-vous, Marie ?

— Dix-sept ans, dit Marie.

— Comme ma cousine, » dit Baudelot.

Ici le cœur pensa lui manquer, songeant à sa belle parente égorgée par le bourreau ; mais il aurait rougi de pleurer devant cette enfant, qui avait déjà les larmes aux yeux; et, ne pouvant lui dire autre chose, il lui tendait son verre.

Mais le verre était plein, mais dans le verre étincelait joyeusement le vin de Champagne, et sur ce verre venait tomber le dernier rayon du soleil. Il ne faut pas tromper nos neveux : rien n'est plus vrai, le vin de Champagne a pétillé et le printemps est venu, même pendant la Terreur !

Voyant que son verre était plein, Baudelot dit à Marie :

« Tu n'as pas de verre, Marie?

— Je n'ai pas soif, dit Marie.

— Oh! dit Baudelot, ce vin que tu vois, qui

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pétille, n'aime pas à être bu par un homme tout seul; il est bon compagnon de sa nature, il se plaît au milieu des gais convives : c'est le plus grand soutien de cette fraternité dont tu as tant entendu parler, ma pauvre Marie, et que les hommes comprennent si peu. Fais-moi donc Tamitié de tremper tes lèvres dans mon verre, ma jolie Bretonne, si tu veux que je boive encore du vin de Champagne avant de mourir. «

En même temps il portait son verre aux lèvres de Marie. Déjà Marie tendait ses lèvres, mais à ce mot mourir son cœur gonflé déborda, et elle versa d'abondantes larmes qui roulèrent dans le vin joyeux,

« A ta santé, Marie! « dit Baudelot. Et le vin et les larmes, Baudelot but tout cela à la santé de Marie.

Au même instant le son du cor, le chant du hautbois, Taccompagnement des violons, se firent entendre.

« Qu'est-ce cela? dit le jeune homme, posant son verre et passant tout à coup de l'enthousiasme au sourire. Dieu me pardonne, dit-il, c'est un bal !

— Hélas! disait Marie, hélas ! oui, c'est un bal. Ma jeune maîtresse ne voulait pas danser, mais son mari et son père l'ont voulu. Elle va être bien malheureuse ce soir ! «

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