‹ Œuvres diverses de Jules Janin (volume 4)Chapitre 3 sur 46 · JULES JANIN & DEBURAU · texte numérisé non relu

JULES JANIN & DEBURAU

de 1840, — Debiiraii ne ¥] jouait pas,— lin homme tout de noir jjéiliabiHé se présenta gravement clie:{ ^^^^^^ le docteur Ricord. Le grand mé" decin fut frappé de cette physionomie lumineuse, quoique recouverte d'un voile de mélancolie: le front pensait, l'œil parlait, la lèvre exprimait toutes les malices d'un sceptique.

« Vous êtes malade, Monsieur? demanda Ricord.

— Oui, Docteur, 7nalade d'une maladie mortelle.

— Quelle maladie ?

Vî JULES JANIN

— La tristesse, l'ennui, le spleen, l' horreur de moi-même et des autres.

— fai vu cela, murmura Ricord en souriant; mais cela n'est pas une maladie mortelle : on revient de plus loin.

— Que faut-il que je fasse? »

Ricord regarda ce malade imaginaire qui lui rappela Molière.

« Que faut-il que je fasse? » dit encore le malade.

Ricord, qui avait vu Deburau la veille, lui répondit :

« Allc:{ voir Deburau.

— Je suis Deburau, Docteur ! »

N'est-ce pas là une scène de Shakespeare?

Avant de parler de cette histoire du plus célèbre des Pierrots, je dirai à vol d'oiseau l'histoire de Jules Janin. Il est doux de parler des amis qui ne sont plus là; c'est les faire sortir du tombeau par la force de l'amitié.

Jusqu'au jour où l'on a vu dans les journaux du lundi éclater d'une pure lumière les noms de Jules Janin, de Sainte-Beuve et de Théophile Gautier, on sentait le rayonnement sympathique de 1 83o, Même à travers les orages politiques, l'arcen-ciel illuminait les nuées. Ces trois rares esprits ont disparu presque du même coup. La nuit ne s'est pas faite dans les lettres^ mais pourtant tous ceux qui ne se méprennent pas sur l'écrivain qui a le don ont senti je ne sais quoi de nocturne autour d'eux.

Qui donc donnera désormais l'idée de cette jeunesse épanouie qui s'appelait Jules Janin? On a parlé de ses années de collège et de ses années de misère. N'en croye:{ pas un mot : il a traversé le jardin des roses de Saadi; il a étudié l'anthologie avec Horace pour maître d'école; il a picoré sur tous les chefs-d'œuvre de l'antiquité, ivre et bourdonnant, abeille d'or, tour à tour gourmande et savoureuse. Je ne sais pas s'il a jamais mis le pied sur la terre ferme, tant il a vécu de la vie idéale et des prismes du rêve, dans le cénacle des anciens, avec sa fenêtre ouverte comme par échappées sur le monde de son temps. Et pourtant, quoi-

Page 1