‹ Œuvres diverses de Jules Janin (volume 4)Chapitre 41 sur 46 · Finale · texte numérisé non relu

Finale

Réflexions sur le drame des Funambules. Parallèle entrePierrot et le Misanthrope. Explications. Regrets. Les accessoires.

^Y''''7t;'oila tout ce drame. L'analyse en

lest aussi complète et aussi exacte

^que possible. Après avoir lu ce canevas dramatique avec l'attention qu'il mérite, vous pourrez juger par vous-même du drame qui se joue aux Funambules. C'est une complication de faits inouïs et d'accidens déplorables, comme on en voit en rêve; véritable cauchemar, où la terre et le ciel, la raison et la féerie, la prose et les vers, sont compromis également. Pierrot, ainsi exposé à toute la malice d'Arlequin et de Colombine, savez- vous ce que c'est que Pierrot? C'est le

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Misanthrope de Molière. Le Misanthrope de MoHère s'indigne dans le grand monde, dont il combat les travers; le Pierrot des Funambules s^indigne dans le peuple, dont il brave l'attaque brutale. Ici Thomme succombe sous la calomnie et sous les ridicules du salon; chez Deburau, Thomme est en butte aux soufflets et aux coups de pied. L'imitation est flagrante, et je pourrais pousser le parallèle plus loin; mais je m'abstiens. Le parallèle est une chose trop facile à faire pour que je veuille m'}^ arrêter longtemps.

Parallèle entre Pierrot et le Misanthrope. — Je ferai seulement remarquer combien, dans ces deux grands personnages de la vie humaine, le Misanthrope et Pierrot, les nuances sociales sont observées. Le Misanthrope s'emporte, il est bourru, il est hautain, il est véridique, il est grand seigneur avec de jolies femmes et de grands seigneurs. Pierrot, au contraire, qui est peuple avec le

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peuple, peuple avec Colombine, régriliarde fille du peuple, Pierrot est patient outre mesure-, Pierrot est flâneur-. Pierrot se moque tout bas; Pierrot a Tair de tout croire; Pierrot fait la bête; Pierrot est d'un sangfroid admirable ; Pierrot, c'est la création de Deburau. Il faut voir le comédien avec ses lèvres pincées, son attitude indécise, son sourire railleur, son air qu'il sait rendre si admirablement stupide; il faut le voir exposé à la pluie, tenant tête à l'orage, s'engraissant dans les cuisines, battant, battu, assassinant, assassiné, ne s'étonnant de rien, pas même du boulet rouge qu'il retire de la blessure d'Arlequin, C'est admirable! Jamais acteur n'a paru dans un drame plus compliqué avec plus d'énergie, de patience, de sang froid et d'esprit.

Explications. — Sans doute, à la lecture de la Mère l'Oie, votre étonnement a été grand. Vous avez vu dans cet ouvrage une

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suite inouïe de changemens de tableaux et de décors que vous ne croyez possibles qu'à rOpéra. Que pourriez-vous dire si vous entriez dans les détails de cette vaste administration ? Que diriez-vous si M"^^ Carpon ellemême, si prodigue de pantalons à ceux qui n'ont pas de bas dans leurs souliers, vous prenait par la main et vous menait dans son magasin de costumes ? Quel étonnement serait le vôtre à l'aspect de toutes ces robes étalées, écharpes de soie, habits brodés, habits de paillasses, magistrats, arlequins, bohémiens, grands seigneurs, escamoteurs, le XVIII^ siècle et le XYIP siècle, Tor et les paillettes, le moyen âge et 98, Tarmure du chevalier et la carmagnole du bonnet rouge, toute rhistoire de France et celle de Rome, et Phistoire de T Allemagne et de l'Italie, rhistoire de toute TEurope, représentée en costume chez M"^^ Carpon, pour un théâtre à quatre sous!

Comment voulez-vous, après cela, que le

peuple de France ne soit pas le peuple le plus instruit de Tunivers!

Regrets. — J'aurais bien voulu que jYjme Carpon fût plus accessible ; je lui aurais arraché, non pas un pantalon : le moyen d'avoir un pantalon depuis la pancarte! mais au moins j'en aurais obtenu la liste de ses costumes, tenue en partie double; je vous aurais raconté toutes les barbes, vestes, culottes, uniformes, chapeaux, bas chinés, etc., etc., qu'elle tient en réserve. Mais M"^^ Carpon est inaccessible ; elle a si grand'peur à.Q faire la loi à l'adjuinistration!

Les Accessoires. — En revanche, je vous donnerai la liste complète des accessoires du théâtre. On appelle accessoires, au théâtre, tous les meubles, ustensiles, etc., qui servent à la représentation d'un ouvrage. Les meubles ne sont pas des accessoires. Dans les premiers temps du théâtre, l'accessoire était

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une chose à peu près inconnue : il n'y avait pas d'accessoire proprement dit. Le drame moderne a fait de Vaccessoiî^e une condition indispensable. Il n'est pas de théâtre aujourd'hui qui n'ait un magasin d'accessoires, son gardien d'accessoires, son livre de compte d'accessoires. On ferait un livre sur ce sujet. Je me contenterai de vous donner la liste des accessoires du théâtre-Deburau.

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