ET NINON DE LE N CLOS IIQ
qu^on offrait à son hôte. Que cette habitude soit venue à la suite de nombreux empoisonnements, elle n'en est pas moins restée comme une trace ingénieuse et touchante de l'hospitalité antique.
De même on pourrait croire que la coutume dont je parle, que cette communauté dans le repos était peut-être, au XVI I^ siècle, un résultat des horribles trahisons de la Ligue ou de la Fronde; quoi qu'il en soit, Thistoire constate le fait sans l'expliquer, et elle a pris soin de nous apprendre que c'était à cette époque le plus vif témoignage d'amitié qui se pût accorder. D'ailleurs, Ninon de L'Enclos et son amie étaient depuis longtemps habituées à coucher ensemble, et, en effet, cette intimité favorisée par un calme parfait, à la lueur incertaine et vacillante d'une bougie à moitié consumée, devait favoriser grandement les confidences pénibles, les aveux sans nombre, et souvent suivis d'une modeste et confuse rougeur, que deux femmes jeunes et belles ont nécessairement à se faire toutes les fois qu'elles sont restées longtemps sans se voir.
Ninon, mieux que toute autre, connaissait Tef-^ fet puissant de ce clair-obscur, et combien il favorise de tendres et naïfs épanchements. Sans contredit, il était visible que son amie, venant ainsi seule à cette heure au milieu de son salon, qui n'était
guère en bonne odeur au noble faubourg, avait quelques révélations importantes à lui faire et bien des conseils à lui demander ; mais pourtant, à Tembarras de M^^ Scarron , elle comprenait que son secret ne lui échapperait pas sans peine; aussi fitelle semblant de n'en supposer aucun; elle se contenta donc de combler son amie de prévenances, de tendres caresses, de reproches modérés, et son amie commença par être sensible à la modération de ses reproches : car il y avait bien longtemps que Ninon avait été négligée, et qu'elle avait été forcée de s'en rapporter à la renommée pour apprendre le destin d'une femme qu'elle aimait si tendrement.
Elle ne savait donc rien de précis sur la vie de son amie. On lui avait dit seulement qu'après la mort de Paul Scarron, son mari, elle avait obtenu une pension de mille écus avec bien de la peine et après bien des prières; qu'ensuite, soutenue par Mn'ie de Montespan, elle s'était dévouée à l'éducation du jeune duc du Maine, un des enfants de Louis XIV ; plusieurs bruits avaient même circulé sur la faveur dans laquelle la gouvernante s'était trouvée auprès du père de son élève; mais il y avait dans ces bruits tant de vague et d'incohérence, tant d'invraisemblance surtout, que Ninon ne savait auquel entendre; aussi mou-