II AVANT-PROPOS
répondre à ce bienveillant excès de ^èle ou d'admiration.
Il a fait un jour leur procès aux œuvres complètes avec une maligne éloquence.
« Qiiand un auteur, écrivait-il alors, a comblé la mesure de gloire qu'il s'était promise, une grande et large mesure toujours, qu'il a faite aussi comble qu'il a voulu., notre homme n'ayant plus à songer à autre chose, se prend à penser à la postérité : la postérité devient son idée dominante. Une fois toutes les idées de sa tête épuisées, drames, romans, critiques, histoires, dissertations, quoi encore? il ramasse to.ites les rognures de son esprit^ entassées avec le soin le plus minutieux dans son coffre-fort littéraire, meuble innocent et sacré de sa vie domestique ; il arrange tout cela, il compile tout cela. Il remonte aussi haut qu'il peut s'en souvenir dans sa vie pensante et écrivante II retrouve « par hasard » son premier prix de telle ou telle académie de province, son premier bouquet à Chloris, ses vers latins datés du collège. Il retrouve tout cela le pauvre homme! puis de ces œuvres fugitives, moins fugitives que le titre, titre menteur et modeste, il va à ses ouvrages sérieux ; et à ces malheureux ouvrages il a toujours des variantes à ajouter, des passages à refaire.^ des explications à donner. Il prend tant de mal et de souci de son œuvre! Puis enfin il publie tout cela. Telle est la maladie incurable appelée Œuvres complètes ; cette espèce de testament littéraire, sans héritiers directs ni indirects, qui n'est ouvert par personne parce que personne n'a d'intérêt à l'ouvrir. Dieu me préserve d'être atteint d'un mal pareil sur la fin de mes jours! V