AVANT-PROPOS. III
Après une profession de foi aussi nette ^ ceux à qui incombe la tâche sacrée d'accomplir, pour la plus grande gloire de Jules Janin mort, ce que Jules Janin vivant eût voulu faire dans l'intérêt de sa renommée, ne pou^ valent songer à franchir les limites qu'il avait impO' sées lui-même à son ambition posthume. Or cette ambition, che:{ lui, n'allait point au delà d'un choix sobre^ restreint et scrupuleux parmi ses ouvrages de prédilection.
Si la bruyante réputation que son nom avait acquise; si V accueil chaleureux et empressé que le public a toujours accordé aux charmantes fantaisies de sa plume facile et brillante ont fait affluer pendant quarantecinq ans, autour de lui, les sollicitations obséquieuses de tant de journaux et de revues, de tant de libraires en quête de livres attrayants ; s'il a été entraîné par les nécessités professionnelles dans un mouvement incessant de production, il n'en est pas moins resté fidèle à cette maxime qu'il fit inscrire un jour au fronton de sa maison :
Qui ne sut se borner ne sut jamais écrire.
Jules Janin, écrivain ou journaliste, écrivait comme un jardinier jardine. Comme le jardinier prodigue les trésors de son savoir et sa peine à toutes les plantes utiles nécessaires à la consommation générale, mais réserve à quelques fleurs rares et chéries ses soins paternels et les miracles de sa culture, Jules Janin, lui aussi, employait toutes les inspirations de son génie à faire éclore, dans la splendeur de leur floraison, certaines œuvres d'élection qui étaient les fleurs de sa poésie.