‹ Œuvres diverses de La FontaineChapitre 105 sur 115 · Tout le XVII" siècle, trompé « veut de la patience · texte numérisé non relu

Tout le XVII" siècle, trompé « veut de la patience

peut-être j)ar l'exemple (le Malherbe, 3. Calliope s'essaye à chanter sur |)lus critique au Tond que lyrique, a le ton de l'ode, mais s'arrête presque cru, avec lioilcau, que le beau dé- aussitôt.

312 ŒUVRES DIVEnSES DE LA FONTAINE

APOLLON

Je vois bien que sur ce dernier-ci L'on ne réussit pas toujours comme on souhaite, Calliope a bien fait d'user d'une défaite: Cette interruption est venue à propos.

C'est pourquoi choisissez des tons un peu moins hauts. Horace en a de tous ; voyez ceux qui vous duisent* : J'aime fort les auteurs qui sur lui se conduisent : Voilà les gens qu'il faut à présent imiter^.

p o L y M N I E C'est bien dit, si cela pouvait s'exécuter : Mais avons-nous l'esprit qu'autrefois à cet homme Nous savions inspirer sur le déclin de Rome ? Tout est trop fort déchu dans le sacré vallon.

APOLLON

J'en conviens, jusque même au métier d'Apollon :

Il n'est rien qui n'empire, hommes, dieux; mais que faire?

Irons-nous pour cela nous cacher et nous taille?

Je ne regarde pas ce que j'étais jadis.

Mais ce que je serai quelque jour, si je vis.

Nous vieillissons enfin, tout autant que nous sommes

De dieux nés de la fable, et forgés par les hommes.

Je prévois par mon art un temps où l'univers

Ne se souciera plus ni d'auteurs, ni de vers,

Où vos divinités périront, et la mienne.

Jouons de notre reste avant que ce temps vienne.

C'est à vous, Polymnie, à nous entretenir

(Strophes de Polymnie)

Sire, je m'en tiens là; bien ou mal, il suffit :

1. Qui vous duisent , qui vous poète épris du faux goût de Voiture conviennent, vous plaisent ; vieux a révélé ce qu'est le goût véritable, il mot employé [plus d'une fois par La était fait pour l'aimer, et, s'il y a en Fontaine. lui du Voiture aussi bien que de l'Ho-

2. C'est la lecture d'Horace, nous race, c'est Horace qui devait l'emapprendra l'Epitre à Jiuet, qui au porter.

LE THÉAÏIIE 313

La morale d'Horace, cl non pas son esprit, Se peut voir en ces vers.

APOLLON

Érato, que veut dire Que vous, qui d'ordinaire aimez si fort à rire. Demeurez taciturne, et laissez tout passer?

Cependant chantez-nous, Non pas du sérieux, du tendre, ni du doux; Mais de ce qu'en français on nomme bagatelle ; Un jeu dont je voudrais Voiture pour modèle. Il excelle en cet art. Maître Clément et lui^ S'y prenaient beaucoup mieux que nos gens d'aujourd'hui.

ÉRATO

Sire, j'en ai perdu, peu s'en faut, l'habitude ; Et ce genre est pour moi maintenant une étude. Il y faut plus de temps que le monde ne croit. Agréez, en la place, un dizain.

APOLLOX

Dizain soit.

ÉRATO

Mais n'est-ce point assez célébrer notre belle ? Quand j'aurai dit les Jeux, les Ris, et la séquelle, Les Grâces, les Amours, voilà fait à peu près.

APOLLON

Vous pourrez dire encor les charmes, les attraits, Les appas.

ÉRATO

Et puis quoi?

1. Voici encore Marot et Voiture pour la vieillclittérature française et réunis. Apollon tient décidément gauloise.

314 ŒUVllES DIVERSES DE LA I ONTAINE

APOLLON

Cent et cent mille choses.

Je ne vous ai compté ni les lis, ni les roses

Toujours notre cabale y trouve à regratter*.

ÉUATO

Sire, puisqu'il vous plaît, je m'en vais le tenter. Ma sœur excusera si j'enchéris sur elle.

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