‹ Œuvres diverses de La FontaineChapitre 18 sur 115 · Clotho, l'une des trois Parques, Salzbach · texte numérisé non relu

Clotho, l'une des trois Parques, Salzbach

presque toujours identifiée par La 14. Des feux de joie, comme au

Fontaine avec la Mort, n'avait pour v. 12 de la fable 15 du livre II.

rôle que de tenir le fuseau de la des- 18. Cette hydre, c'est la Gr.nmle

tinée; ce sont ses sœurs Lachésis et Alliance, qui s'est dressée contre

Atropos qui tournaient le fuseau et Louis XIV victorieux. La Fontaine

coupaient le fil. caractérise vivement ici les alterna-

10, Oh ne lit pas froidement ces tives de crainte et d'espérance par

Tout est gagné, Turenne l'a vaincue :

Et, se voyant mainte tête abattue, 20

Elle retourne en son antre à grands pas. »

Quelque démon que l'on ne connaît pas

Lui rend en hâte un nombre d'autres têtes

Qui sous vos coups sont à choir toutes prêtes.

Voilà, Seigneur, ce qui nous en paraît : 25

Car d'aller voir sur les lieux ce que c'est.

Permettez-moi de laisser cette envie

A nos guerriers, qui n'estiment leur vie

Que comme un bien qui lés doit peu toucher,

Ne laissant pas de la vendre bien cher. 30

Toute l'Europe admire leur vaillance.

Toute l'Europe en craint l'expérience.

Bon fait de loin regarder tels acteurs.

Ceux de Strasbourg, devenus spectateurs

Un peu voisins, comme tout se dispose, 35

Pourraient bientôt devenir autre chose.

Je ne suis pas un oracle; et ceci

Vient de plus haut : Apollon, Dieu merci,

Me l'a dicté ; souvent il ne dédaigne

De m'inspirer. Maint auteur nous enseigne 40

Qu'Apollon sait un peu de l'avenir.

L'autre jour donc j'allai l'entretenir

Du grand concours des Germains tous en armes ;

où passèrent les Français, trompés rimes c[u'()ii c[ualiflait de rimes nor-

eiix-nièmes par la tactique de Tu- mandes. Elles sont très nombreuses

renne lorsc[u'il f'eif;nait, par exemple, chez Rotrou.

d'abandonner l'Alsace pour y attirer 32. Craint d'en faire l'épreuve,

l'ennemi et l'y écraser. 35. C'est-à-dire : à la manière dont

l'i. Une comparaison est ébauchée les événements se préparent, Stras-

ici entre Louis XIV et Hercule, vain- bourg ne restera pas longtemps

queiir do l'hydre de Lerne aux tètes simple témoin de la lutte. Mais cette

sans cesse renaissantes. occupation de Strasbourg, que La

30. Corneille lait rimer aussi c/iar- Fontaine semble présager ici, ne se

mer, parler, aveugler, avec amer, fit qu'eu 1081. l'air, clair. On lui reprochait ces

L'Hélicon même avait quelques alarmes.

Le dieu sourit, et nous tint ce propos : /iô

« Je vous enjoins de dormir en repos,

Poètes picards et poètes de Champagne ;

Ni les Germains, ni les troupes d'Espagne,

Ni le Batave, enfant de l'Océan,

Ne nous viendront visiter de cet an, 50

Tout aussi peu la campagne prochaine.

Je vois Louis, qui des bords de la Seine,

La foudre en main, au printemps pai'tira.

Malheur alors à qui ne se rendra!

Je vois Condé, prince à haute aventure, ,ï.5

Plutôt démon qu'humaine créature :

Il me fait peur de le voir plein de sang,

Souillé, poudreux, qui court de rang en rang.

Le plomb volant siffle autour sans l'atteindre ;

Le fer, le feu, rien ne l'oblige à craindre. GO

Quand telles gens couvriront vos remparts,

Je vous dirai : Dormez, poètes picards;

Devers la Somme on est en assurance;

Devers le Rhin tout va bien pour la France :

53. Le roi va partir en personne cette netteté d'esprit qui est si rare

pour le Nord où les Français ont et si nécessaire en ces rencontres...

dû évacuer la Hollande, mais où II était dans un état pitoyable : il

Condé tiendra victorieusement tête avait deux doigts de poussière sur le

au 'prince d'Orange jusqu'à la mort visage, ses cheveux tout mêlés; son

de Turenne. collet et sa chemise étaient tout

55. Prince à haute aventure, prince pleins de sang, quoiqu'il n'eût ])as été

coutumier d'exploits éclatants. Voyez blessé; sa cuirasse était toute pleine

Fables, Vlll, 24, 10. On remarquera de coups, et il tenait son épée à la

comme le portrait de Condé fait heu- main, ayant perdu le fourreau. »

reusement antithèse au portrait de 63. JDeccr.v, pour rfHcôierfe, a vieilli :

Turenne, et l'on en rapprochera le maisM.Littré, qui en cite de nombreux

parallèle fameux de l'oraison funèbre exemples chez Corneille, La Fontaine,

de Condé. Molière, Boileau, Voltaire, dit qu'il

58. La Rochefoucauld et M"» de est si bien autorisé qu'on pourrait

Montpensier peignent ainsi Condé sans scrupule en faire usage. — tes

pondant et après le combat du fau- villes de la Somme avaient déjà connu

bourg Saint-.^ntoine : n II se trouvait l'invasion; voyez la lettre do Voiture

partout, et, dans le milieu du fou et sur In reprise de Corbie. du combat, il donnait des ordres avec

KPITURS 81

Turenne est là, l'on n'y doit craindre rien. 65

Vous dormirez, ses soldats dorment bien;

Non pas toujours : tel a mis mainte lieue

Entre eux et lui, qui les sent à sa queue.

Deux de la troupe avec peine marchaient;

Les pauvres gens à tout coup trébuchaient, 70

Et ne laissaient de tenir ce langage :

(( Le conducteur, car il est bon et sage,

« Quand il voudra, nous fera reposer. >

Après cela qui peut vous excuser

De n'avoir pas une assurance entière? 75

Morphée eut tort de quitter la frontière.

Dormez sans crainte à l'ombre de vos bois,

Poètes picards et poètes champenois. »

Ainsi parla le dieu qui nous inspire;

Et je ne sais. Seigneur, que vous redire, 80

Mot après mot, le discours qu'il nous tint.

Un temps viendra que ceci sera peint

Sur les lambris du temple de Mémoire.

Les deux soldats sont un point de l'histoire,

A mon avis, digne d'être noté. 85

Ces vers, dit-on, seront mis à côté :

« Turenne eut tout : la valeur, la prudence,

L'art de la guerre, et les soins sans repos.

Romains et Grecs, vous cédez à la France :

Opposez-lui de semblables héros. » 90

73. Ce trait touchant est à joindre pas M. do Turenue; il est plus fâché

a tant d'aulrus cpii prouvent la popu- ([uo nous quand nous sommes mal;

larité de Turenne parmi ses soldais, il ne songe à l'heure qu'il est qu'à

Voyez les lettres de U"'" de Scvignc, nous tirer d'ici; il veille quand nous

et surtout celle du IG août 1075 : «Il dormons: c'est notre père, on voit

y avait déjeunes soldats qui s'inipa- bien que vous êtes bien jeunes », et

tienlaienl un peu dans les marais, où ils les rassuraient ainsi. » ils étaient dans l'eau jusqu'aux ge- UO. Il faut que l'admiration de La

iioux; et les vieux soldais leur di- Fontaine soit bien sincèrement cha-

saient : Il Quoi? vous vous lilaigne/.? leureuse pour qu'il mette Turenue

On voit bien que vous ;ie connaissez au-dessus des héros de l'antiquilé.

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