Clotho, l'une des trois Parques, Salzbach
presque toujours identifiée par La 14. Des feux de joie, comme au
Fontaine avec la Mort, n'avait pour v. 12 de la fable 15 du livre II.
rôle que de tenir le fuseau de la des- 18. Cette hydre, c'est la Gr.nmle
tinée; ce sont ses sœurs Lachésis et Alliance, qui s'est dressée contre
Atropos qui tournaient le fuseau et Louis XIV victorieux. La Fontaine
coupaient le fil. caractérise vivement ici les alterna-
10, Oh ne lit pas froidement ces tives de crainte et d'espérance par
Tout est gagné, Turenne l'a vaincue :
Et, se voyant mainte tête abattue, 20
Elle retourne en son antre à grands pas. »
Quelque démon que l'on ne connaît pas
Lui rend en hâte un nombre d'autres têtes
Qui sous vos coups sont à choir toutes prêtes.
Voilà, Seigneur, ce qui nous en paraît : 25
Car d'aller voir sur les lieux ce que c'est.
Permettez-moi de laisser cette envie
A nos guerriers, qui n'estiment leur vie
Que comme un bien qui lés doit peu toucher,
Ne laissant pas de la vendre bien cher. 30
Toute l'Europe admire leur vaillance.
Toute l'Europe en craint l'expérience.
Bon fait de loin regarder tels acteurs.
Ceux de Strasbourg, devenus spectateurs
Un peu voisins, comme tout se dispose, 35
Pourraient bientôt devenir autre chose.
Je ne suis pas un oracle; et ceci
Vient de plus haut : Apollon, Dieu merci,
Me l'a dicté ; souvent il ne dédaigne
De m'inspirer. Maint auteur nous enseigne 40
Qu'Apollon sait un peu de l'avenir.
L'autre jour donc j'allai l'entretenir
Du grand concours des Germains tous en armes ;
où passèrent les Français, trompés rimes c[u'()ii c[ualiflait de rimes nor-
eiix-nièmes par la tactique de Tu- mandes. Elles sont très nombreuses
renne lorsc[u'il f'eif;nait, par exemple, chez Rotrou.
d'abandonner l'Alsace pour y attirer 32. Craint d'en faire l'épreuve,
l'ennemi et l'y écraser. 35. C'est-à-dire : à la manière dont
l'i. Une comparaison est ébauchée les événements se préparent, Stras-
ici entre Louis XIV et Hercule, vain- bourg ne restera pas longtemps
queiir do l'hydre de Lerne aux tètes simple témoin de la lutte. Mais cette
sans cesse renaissantes. occupation de Strasbourg, que La
30. Corneille lait rimer aussi c/iar- Fontaine semble présager ici, ne se
mer, parler, aveugler, avec amer, fit qu'eu 1081. l'air, clair. On lui reprochait ces
L'Hélicon même avait quelques alarmes.
Le dieu sourit, et nous tint ce propos : /iô
« Je vous enjoins de dormir en repos,
Poètes picards et poètes de Champagne ;
Ni les Germains, ni les troupes d'Espagne,
Ni le Batave, enfant de l'Océan,
Ne nous viendront visiter de cet an, 50
Tout aussi peu la campagne prochaine.
Je vois Louis, qui des bords de la Seine,
La foudre en main, au printemps pai'tira.
Malheur alors à qui ne se rendra!
Je vois Condé, prince à haute aventure, ,ï.5
Plutôt démon qu'humaine créature :
Il me fait peur de le voir plein de sang,
Souillé, poudreux, qui court de rang en rang.
Le plomb volant siffle autour sans l'atteindre ;
Le fer, le feu, rien ne l'oblige à craindre. GO
Quand telles gens couvriront vos remparts,
Je vous dirai : Dormez, poètes picards;
Devers la Somme on est en assurance;
Devers le Rhin tout va bien pour la France :
53. Le roi va partir en personne cette netteté d'esprit qui est si rare
pour le Nord où les Français ont et si nécessaire en ces rencontres...
dû évacuer la Hollande, mais où II était dans un état pitoyable : il
Condé tiendra victorieusement tête avait deux doigts de poussière sur le
au 'prince d'Orange jusqu'à la mort visage, ses cheveux tout mêlés; son
de Turenne. collet et sa chemise étaient tout
55. Prince à haute aventure, prince pleins de sang, quoiqu'il n'eût ])as été
coutumier d'exploits éclatants. Voyez blessé; sa cuirasse était toute pleine
Fables, Vlll, 24, 10. On remarquera de coups, et il tenait son épée à la
comme le portrait de Condé fait heu- main, ayant perdu le fourreau. »
reusement antithèse au portrait de 63. JDeccr.v, pour rfHcôierfe, a vieilli :
Turenne, et l'on en rapprochera le maisM.Littré, qui en cite de nombreux
parallèle fameux de l'oraison funèbre exemples chez Corneille, La Fontaine,
de Condé. Molière, Boileau, Voltaire, dit qu'il
58. La Rochefoucauld et M"» de est si bien autorisé qu'on pourrait
Montpensier peignent ainsi Condé sans scrupule en faire usage. — tes
pondant et après le combat du fau- villes de la Somme avaient déjà connu
bourg Saint-.^ntoine : n II se trouvait l'invasion; voyez la lettre do Voiture
partout, et, dans le milieu du fou et sur In reprise de Corbie. du combat, il donnait des ordres avec
KPITURS 81
Turenne est là, l'on n'y doit craindre rien. 65
Vous dormirez, ses soldats dorment bien;
Non pas toujours : tel a mis mainte lieue
Entre eux et lui, qui les sent à sa queue.
Deux de la troupe avec peine marchaient;
Les pauvres gens à tout coup trébuchaient, 70
Et ne laissaient de tenir ce langage :
(( Le conducteur, car il est bon et sage,
« Quand il voudra, nous fera reposer. >
Après cela qui peut vous excuser
De n'avoir pas une assurance entière? 75
Morphée eut tort de quitter la frontière.
Dormez sans crainte à l'ombre de vos bois,
Poètes picards et poètes champenois. »
Ainsi parla le dieu qui nous inspire;
Et je ne sais. Seigneur, que vous redire, 80
Mot après mot, le discours qu'il nous tint.
Un temps viendra que ceci sera peint
Sur les lambris du temple de Mémoire.
Les deux soldats sont un point de l'histoire,
A mon avis, digne d'être noté. 85
Ces vers, dit-on, seront mis à côté :
« Turenne eut tout : la valeur, la prudence,
L'art de la guerre, et les soins sans repos.
Romains et Grecs, vous cédez à la France :
Opposez-lui de semblables héros. » 90
73. Ce trait touchant est à joindre pas M. do Turenue; il est plus fâché
a tant d'aulrus cpii prouvent la popu- ([uo nous quand nous sommes mal;
larité de Turenne parmi ses soldais, il ne songe à l'heure qu'il est qu'à
Voyez les lettres de U"'" de Scvignc, nous tirer d'ici; il veille quand nous
et surtout celle du IG août 1075 : «Il dormons: c'est notre père, on voit
y avait déjeunes soldats qui s'inipa- bien que vous êtes bien jeunes », et
tienlaienl un peu dans les marais, où ils les rassuraient ainsi. » ils étaient dans l'eau jusqu'aux ge- UO. Il faut que l'admiration de La
iioux; et les vieux soldais leur di- Fontaine soit bien sincèrement cha-
saient : Il Quoi? vous vous lilaigne/.? leureuse pour qu'il mette Turenue
On voit bien que vous ;ie connaissez au-dessus des héros de l'antiquilé.