‹ Œuvres diverses de La FontaineChapitre 24 sur 115 · Mon cœur ne forme point de pensers · texte numérisé non relu

Mon cœur ne forme point de pensers

[assez fermes

(ConNEiLLE, Horace, 708.)

Ces infinitifs pris substantivement

étaient encore employés par Racine

et même par André Chénier :

Je tremble au seul penser du coup qui le

[menace.

(Racine, Andromaque, 1405.)

Sur dea penser» ilouyeaux faisons des rers [antiques*

(A. Ché.mer, l'Invention.)

19. (( C'est, on le voit, une confession grave, ingénue, où l'onction religieuse et une haute moralité n'empèchcQt pas un reste de coup d'œil amoureux vers ces chimériques délices dont on est mal détaché. »

(8AIiNTE-Bl2UVE.)

20. On sadt quel était le goût de La Fontaiue pour les romans italiens ou français, pour Arioste ou d'Urfé. Le docte Huet, à qui il adressera sonépître célèbre sur les anciens et les modernes, ne dédaignait pas d'écrire un traité De l'origine des romans. M™« de Sévigné aimait en la Calprenède les beaux coups d'épée et la peinture des

grandes âmes. Bien que Bossuet, dans VOraiso/i funèbre de Madame, ait été plus sévère pour les romans et leurs fades héros, on est surpris de voir La Fontaine se rejjrochcr à lui-même d'avoir suivi le goût du temps. D'ailleurs, la Princesse de Clèves avait été publiée ; mais c'est des romans d'aventures que La Fontaine veut parler.

La passion du jeu est moins inoffensive : les correspondances, les mémoires et les sermons du temps nous apprennent quels ravages elle exerça surtout dans la seconde partie du siècle. A la fin de son poème de Psyché, La Fontaine avait écrit :

J'aime Ze Je «^l'amour, les livres, la musique... C'est en 1696 que sera représenté ie Joueur, de Regnard. Il est clair que c'est le jeu seul qui est la peste des républiques (des États), et le mot ne paraîtra pas trop fort à ceux qui connaissent l'histoire des mœurs de cette époque.

21. N'y aurait-il pas ici une allusion à tel ami de M""» de la Sablière, comme le marquis de la Fare , le poète épicurien, que la fureur du jeu de la «bassette » avait détaché d'elle, et dont rinditférence lui avait causé un si vif chagria ?

22. Cette colère du bon La For>* taine fait un peu sourire ; en s'attaquant à cette « ridicule fureur », c'est à lui-même qu'il s'en prend, et c'est contre sa propre faiblesse qu'il invoque le secours des lois.

L'usage des vrais biens réparerait ces maux : Je le sais, et je cours encore à des biens faux. Je vois chacun me suivre : on se fait une idole De trésors ou de gloire ou d'un plaisir frivole. Tantales obstinés, nous ne portons les yeux Que sur ce qui nous est interdit par les Cieux. Si faut-il qu'à la fin de tels pensers nous quittent; Je ne vois plus d'instants qui ne m'en sollicitent. Je recule, et peut-être attendrai-je trop tard : Car qui sait les moments prescrits à son départ? Quels qu'ils soient, ils sont courts;à quoi les emploierai-je? 35

Si j'étais sage. Iris (mais c'est un pinvilège Que la nature accorde à bien peu d'entre nous). Si j'avais un esprit aussi réglé que vous. Je suivrais vos leçons, au moins en quelque chose : Les suivre en tout, c'est trop : il faut qu'on se propose 40

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