dans la Princesse de Cl'evcs, qu'une
Je raitronvé. Seigneur, au tout de cette allée, grande allée à peine entrevue, et jjeu
Où la clarté du jour semble toujours voUée. mvsléricuse. Mais J.-J. Rousseau et
(Corneille, Rodogime, v. 4.) jgg portes modernes ont réhabilité,
Mme (Je Sévigné aime à rêver dans la pour ainsi dire, selon l'expression de
grande allée des Rochers, l'Infinie : Y. Hugo,
B Laissez-moi songer, dit-elle, dans t- „■ » ^ v • [corridor.
,, , , . L allée entrant au bois comme un noir
mes grandes allées, dont la tristesse
augmentera la mienne. » Les poètes 2. L'ombre et le jour luttaient dans Vtfacilcs de l'école de Saint-Amant et ,^.„ ^ „. [^^''«'"P-' ™-
, -11 ■ ■ t- {Filles de Minee, v. 104.)
les romanciers de la première partie * '
du siècle, ont abusé peut-être de ces Dans la fable Acs. Lapins, La Fontaine allées, commodes, Va. pour la rime, ici empruntera ce vers h. cette lettre, mais pour les confidences. Il n'y a plus, pour peindre le crépuscule du malin.
LKTTIUÎS 157
Jadis do vos bonlés ses sœurs étaient confuses;
Aussi n'a-t-on point vu que d'un silence ingrat
Phébus de vos bienfaits ait étouffé l'éclat.
Ses enfants ont chanté les pertes de l'Ibère*,
Et le destin forcé de nous être prospère,
Partout où vos conseils, plus craints que le dieu Mars,
Ont porté la terreur de nos fiers étendards :
Ils ont l'eprésenté les vents et la fortune
Vainement indignés du tort fait à Neptune,
Quand vous tîntes ce dieu si longtemps enchaîné.
Le rempart qui couvrait un peuple mutiné 2,
Nos voisins envieux de notre diadème.
Et les rois de la mer-^ et la mer elle-même,
Ne purent arrêter le cours de vos efforts.
La Seine vous revit triomphant sur ses bords.
Que ne firent alors les peuples du Permesse^ !
On leur ouït chanter vos faits, votre sagesse.
Vos projets élevés, vos triomphes divers;
Le son en dure encore aux bouts de l'univers.
Je n'y puis ajouter qu'une simple prière :
Que la nuit d'aucun temps ne borne la carrière
De ce renom si beau, si grand, si glorieux!
Que Flore et les Zéphyrs ne bougent de ces lieux;
Qu'ainsi que votre nom leur beauté soit durable ;
Que leur maître ait le sort à ses vœux favorable;
Qu'il vienne quelquefois visiter ce séjour,
Et soit toujours content du Prince et de la cour.
Je serais encore au fond de l'allée oîi je commençai ces vers, si M. de Châteauneuf ne fût venu m'avertir qiiil était
1. C'est-à-dire les dcfaitcs des Es- impuissants à secourir In Rochollo. l>agnols. 4. Le fleuve du Pormcsso sortait do
2. Allusion à la fameuse dip;ue que l'Holicon, montagne de Béotie consa- Rieliclicu fit construire lors du siège crée aux Musos. « Les peuples du Perde la llochcllc. messe », ce sont donc les ])oètes qui,
.1. Il désigne ainsi les Anglais, qui comme Malherbe, Corneille, Kolrou, croyaient régner sur la nier, et furent ont chanté le « grand Armand i>.
158 ŒUVRES DIYEllSES DE LA FONTAINE
tard. Nous repassâmes dans l'avant-cour afin de gagner plus tôt l'autre côté des jardins. Comme nous étions près du pont-levis, un vieux domestique nous aborda fort civilement, et me demanda ce qu'il me semblait de Richelieu . Je lui répondis que c'était une maison accomplie ; mais que, n'ayant pu tout voir, nous reviendrions le lendemain, et reconnaîtrions ses civilités et les offres qu'il nous faisait (je ne songeais pas à notre promesse^). « On ne manque jamais de dire cela, repartit cet homme; j'y suis tous les jours attrapé par les Allemands. » Sans la ci'ainte de nous fâcher, et par conséquent de ne rien avoir, il aurait, je pense, ajouté : « A plus forte raison le serai-je par des Français. » Même je vis bien que le haut-de-chausses de M. de Ghâteauneuf lui semblait de mauvais augure 2. Cela me fit rire, et je lui donnai quelque chose.
A peine l'eûmes-nous congédié, que le peu qui restait de jour nous quitta. Nous ne laissâmes pas de nous renfoncer en d'autres allées, non du tout si sombres^ que les précédentes; elles pourront l'être dans deux cents ans. De tout ce canton je ne remarquai qu'un mail et deux jeux de longue paume^, dont l'un pourrait bien être tourné vers l'orient et l'autre vers le midi ou vers le septentrion; je suis assuré que c'est l'un des deux : on se sert apparemment de ces jeux de paume selon les différentes heures du jour pour n'avoir pas le soleil en vue. Du lieu où ils sont il fallut rentrer en de nouvelles obscurités, et marcher quelque temps sans nous voir, tant qu'enfin nous nous retrouvâmes dans cette place qui est au-devant du château, moi fort satisfait, et^l. de Châteauneuf, qui était en grosses bottes, fort las.
1. A la promesse qu'ils avaient faite 3. Pas tout à fait si sombres.
à M. Jannart d'aller le rejoindre le 4. Le jeu de longue paume diffère
lendemain à Châtellerault. du jeu de paume ordinaire en ce qu'il
2. Il est vêtu un peu cavalièrement, a ])our théâtre un espace libre, non comme il convient à un exempt. Plus clos <le murs.
loin, on parlera de ses grosses bottes.
A Limoges, ce 19 scptcmbro 1GG3.
Ce serait une belle chose que de voyager, s'il ne se fallait point lever si matin. Las que nous étions, M. de Châteauneuf et moi, lui pour avoir fait tout le tour de Richelieu en grosses bottes, ce que je crois vous avoir mandé, n'ayant pas dû omettre une circonstance si remarquable; moi pour mètre amusé à vous écrire au lieu de dormir; notre promesse et la crainte de faire attendre le voiturier nous obligèrent de sortir du lit devant que l'aurore fût éveillée. Nous nous disposâmes à prendre congé de Richelieu sans le voir. Il arriva malheureusement pour nous, et plus malheureusement encore pour le sénéchal*, dont nous fûmes contraints d'interrompre le sommeil, que les portes se trouvèrent fermées par son ordre. Le bruit courait que quelques gentilshommes de la province avaient fait complot de sauver certains prisonniers soupçonnés de l'assassinat du marquis de Faure^. Mon impatience ordinaire me fit maudire cette rencontre. Je ne louai même que sobrement la prudence du sénéchal. Pour me contenter, M. de Châteauneuf lui parla, et lui dit que nous portions le paquet du roi^ : aussitôt il donna ordre qu'on nous ouvrît; si bien que nous eûmes du temps de reste, et arrivâmes à Châtellerault qu'on nous croyait encore à moitié chemin.
Nous y trouvâmes votre oncle en maison d'ami. On lui avait promis des chevaux pour achever son voyage ; et il
1. Lo s('n('cli,il (lo Hichclicu, coliii .3. C'cst-à-dirc qiin nous portions qui clans r<'teri(lii(^ de ce ressort était les dcpèches, le courrier du roi. le ehef de la justice. M"'" do Sévigné parle souvent du
2. Poussart du Vigean, frère de la « paquet i> qu'elle iernic pour l'expéduchcssc do Richelieu. dior en Provence.
s'était résolu de laisser Poitiers, comme le plus long, poui'vu que je n'eusse point une curiosité trop grande de voir celte ville. Je me contentai de la relation qu'il m'en fît, et son ami le pria de ne point partir qu'il n'en fût pressé par le valet de pied qui l'accompagnait. Nous accordâmes à cet ami un jour seulement. Ce n'est pas qu'il ne dépendît de nous de lui en accorder davantage, M. de Ghâteauneuf étant honnête homme et s'acquittant de telles commissions au gré de ceux qu'il conduit aussi bien que de la Cour; mais nous jugeâmes qu'il valait mieux obéir ponctuellement aux ordres du roi.
Tout ce qui se peut imaginer de franchise, d'honnêteté, de bonne chèi'c, de politesse, fut employé pour nous régaler*. La Vienne passe au pied de Ghâtellerault, et en ce canton elle porte des carpes qui sont petites quand elles n'ont qu'une demi-aune. On nous en servit des plus belles avec des melons que le maître du logis méprisait et qui me semblèrent excellents. Enfin cette journée se passa avec un plaisir non médiocre; car nous étions non seulement en jaays de connaissance, mais de parenté.
Je trouvai à Ghâtellerault un Pidoux^ dont notre hôte avait épousé la belle-sœur. Tous les Pidoux ont du nez, et abondamment. On nous assura de plus qu'ils vivaient longtemps, et que la mort, qui est un accident si commun chez les autres hommes, passait pour prodige parmi ceux de cette lignée. Je serais merveilleusement curieux que la chose fût véritable. Quoi que c'en soit, mon parent de Ghâtellerault demeure onze heui*es à cheval sans s'incommoder, bien qu il passe quatre-vingts ans. Ge qu'il y a de particulier et que ses parents de Ghâteau-Thierry n'ont pas, il aime la chasse et la paume, sait l'écriture, et compose
1. Régaler ne s'applique pas seule- 2. On sait que la mère de La Fon-
nient à la bonne chère, mais aussi aux laine était une Pidoux. La Fontaine
divertissements de tout genre qu'on tenait de cette famille au moins un
peut imaginer pour être agréable à grand nez. quelqu'un.
des livres de controverse ; au reste l'homme le plus gai que vous ayez vu, et qui songe le moins aux affaires, excepté celles de son plaisir. Je crois qu'il s'est marié plus d'une fois; la femme qu'il a maintenant est bien faite,
et a certainement du mérite H y a ainsi d'heureuses
vieillesses, à qui les plaisirs, l'amour et les grâces tiennent compagnie jusqu'au bout : il n'y en a guère, mais il y en a et celle-ci en est une. De vous dire quelle est la famille de ce parent et quel nombre d'enfants il a, c'est ce que je n'ai pas remarqué, mon humeur n'étant nullement de m'arrêter à ce petit peuple^
Poitiers est ce qu'on appelle proprement une villace^, qui, tant en maisons que terres labourables, peut avoir deux ou trois lieues de circuit : ville mal pavée, pleine d'écoliers, abondante en prêtres et en moines^.
Pour revenir à Ghâtellerault, vous saurez qu'il est miparti de huguenots et de catholiques, et que nous n'eûmes aucun commerce avec les premiers. Le terme dont nous étions convenus avec notre hôte étant écoulé, il fallut prendre congé de lui. Ce ne fut pas sans qu'il renouvelât sa prière : nous lui donnâmes le plus de temps qu'il nous fut possible, et le lui donnâmes de bonne grâce, c'està-dire en déjeunant bien, et tenant table longtemps, de sorte qu'il ne nous restade l'heure que pour gagner Ghavigny^,
1. Il est à remarquer, on cfTot, qu'il Cliton présente ainsi Paris (Mcnn'a plus parlé à sa femme de leur teiir, I, 1) :
(1 marmot I) depuis sa première lettre; Paris est un grand lieu plein de marchands
et l'on sait que les enfants sont moins [mêles.
bien traités dans ses fables que les 3. Selon Walckenaér, complété par
bêtes. M. llégnier, Poitiers comptait une
2. Terme dédaigneux, qui peut Université, cinq abbayes, deux séini- S'appliquer à un.s grande ville, puis- naires, trois hùi)ilaux, neuf couvents que Et. Pas(iuier l'applique à Rome, d'hommes, douze de femmes, vingt- Voltaire à Paris (lettre à Cideville, deux jjaroisses, pour une population 12 janvier 1759), mais à une grande qui, en 1708, n'atleiguait pas dix mille ville mal bâtie et surtout habitée par auies.
une population mêlée. A Dorante, 4. Ou plutôt T^hauvlgny, sur la
«[ui vient précisément de Poitiers, Vienne, aujourd'hui chef- lieu de
misérable gîte, et où commencent les mauvais chemins et l'odeur des aulx, deux propriétés qui distinguent le Limosin des autres provinces du monde.
Notre seconde couchée fut Bellac^. L'abord de ce lieu m'a semblé une chose singulière, et qui vaut la peine d'être décrite. Quand, de huit ou dix personnes qui y ont passé sans descendre de cheval ou de carrosse, il n'y en a que trois ou quatre qui se soient rompu le cou, on remercie Dieu.
Ce sont morceaux de rochers Entés^ les uns sur les autres.
Et qui font dire aux cochers De terribles patenôtres.
Des plus sages à la fin
Ce chemin Epuise la patience.
Qui n'y fait que murmurer
Sans jurer.
Gagne cent ans d'indulgence.
M. de Châteauneuf l'aui'ait cent fois maudit,
Si d'abord je n'eusse dit :
« Ne plaignons point^ notre peine; Ce sentier^ rude et peu battu
Doit être celui qui mène
Au séjour de la vertu. »
canton de l'arrontlissemcnt de Mont- pour : dépenser son argent à regret,
morillon. 4.
1. « Bcllac est bîitio sur la pente II apprendra de moi hê sentier» peu haltut, d'un coteau rapide, qui domine le QuimènentaushoQneurssur les pas des vertus. Vincou du côté du nord » (Walc- (Fables, XI, 2.) kun.ver). Ce sentier « peu battu » était mal
2. Enter signifie, proprement, connu de La Fontaine, le doux épicugreffcr sur : par extension, poser ^1^,^^ ennemi de l'effort. Il prél'était sur... Iqs pentes gazonnécs et doux fleu-
3. C'est-à-dire : n'hésitons pas de- rantes qui mènent — le plus tard vant la peine, ne nous l'épargnons possible — à une vertu aisée.
pas. On disait : plaindre son argent,
Votre oncle reprit qu'il fallait donc que nous fussions détournés. « Ce n'est pas, ajouta-t-il, ({u'il n'y ait d'hounéles gens à Bellac aussi bien qu'ailleurs; mais quehjues rencontres ont mis ses habitants en mauvaise odeur. » Làdessus il nous conta qu'étant de la commission des Grands Jours*, il fît le procès à un lieutenant de robe courte^ de ce lieu-là, pour avoir obligé un gueux à prendre la place d'un criminel condamné à être pendu, moyennant vingt pistoles données à ce gueux et quelque assurance de grâce dont on le leurra. Il se laissa conduire et guinder' à la potence fort gaiement, comme un homme qui ne songeait qu'à ses vingt pistoles, le prévôt lui disant toujours qu'il ne se mît point en peine, et que la grâce allait arriver. A la fin le pauvre diable s'aperçut de sa sottise; mais il ne s'en aperçut qu'en faisant le saut, temps mal propre à se repentir et à déclarer qui on est. Le tour est bon, comme vous voyez, et Bellac se peut vanter d'avoir eu un prévôt aussi hardi et aussi pendable qu'il y en ait.
Autant que l'abord de cette ville est fâcheux, autant elle est désagréable; ses rues vilaines, ses maisons mal accommodées et mal prises. Dispensez-moi, vous qui êtes propre'*, de vous en rien dire. On place en ce pays-là la cuisine au second étage. Qui a une fois vu ces cuisines, n'a pas grande curiosité pour les sauces qu'on y apprête. Ce sont gens capables de faire un très méchant mets d'un
1. Les Grands Jours étaient des justice. Ce terme de « robe courte », assises extraordinaires que des coni- qui s'appliquait à Toriginc aux niiliniissaircs royaux tenaient dans les taires, s'est appliqué ensuite aux provinces. Ceux auxquels La Fon- prévôts ou à leurs lieutenants, qui taine (ait allusion avaient été tonus à jugeaient l'épée au côté.
Poitiers en 16:f4, et présidés par Se- 3. Guinder, hisser au moyen d'une
guier. On ne cite plus après eux sous machine.
la monarchie que les Grands Jours sj^on il consentait d'être en place imtliquc
d'Auvergne (1005), dont Fléchier Ouintfe' la hart au col, étranglé court et net
s'est fait le très instruclit'et très pi- (Fables, VI, ID.)
([uant historien. 4 ^^^^ Pi^j^.g j^ propre entrait,
2. Un lieutenant criminel, qui rem- avec l'idée de propreté, l'idée d'élél>lissail les fonctions de prévôt de gance.
très bon morceau. Quoique nous eussions choisi la meilleure hôtellerie, nous y bûmes du vin à teindre les nappes, et qu'on appelle communément la tromperie de Bellac. Ce proverbe a cela de bon que Louis XIII en est l'auteur
M. Jannart se leva devant^ qu'il fût jour; mais sa diligence ne servit de rien, car, tous nos chevaux étant déferrés, il fallut attendre; et, pour mes péchés, je revis les rues de Bellac encore une fois. Tandis que je faisais presser le maréchal, M. de Chûteauneuf, qui avait entrepris de nous guider ce jour-là, s'informa tant des chemins, que cela ne servit pas peu à lui faire prendre les plus longs et les plus mauvais. De bonne fortune notre traite n'était pas grande : comme Limoges n'est éloigné de Bellac que d'une petite journée, nous eûmes tout loisir de nous égarer; de quoi nous nous acquittâmes très bien, et en gens qui ne connaissent ni la langue ni le pays.
Dès que nous fûmes ari'ivés, mon fidèle Achate (qui pourrait-ce être que M. de Châteauneuf?) disposa les choses pour son retour, et choisit la voie du messager à cheval qui doit partir le lendemain. Je fus fâché de ce qu'il nous quittait sitôt; car, en vérité, il est honnête homme, et sait débiter ce qui se passe à la Cour de fort bonne grâce : puis il me semble qu'il ne fait pas mal son personnage dans cette relation. Désormais nous tâcherons de nous en passer, avec d'autant moins de peine qu'il ne reste à vous apprendre que ce qui concerne le lieu de notre retraite : cela mérite une lettre entière*.
En attendant, si vous désirez savoir comme je m'y ti'ouve, je vous dirai : assez bien; et votre oncle s'y doit trouver encore mieux, vu les témoignages d'estime et de
1. « Je cric toujours : Voilà qui est Voltaire ont employé devant que.
beau ! deva(i< (^«6 les chandelles soient 2. On n'a pas cette lettre, qui -fut
allumées « {Molière, Précieuses). Vau- sans doute la dernière, car il ne paraît
gelas observait déjà que la tournure pas que La Fontaine soit resté long-
avant que était plus de la Cour et temps à Limoges, où Jannart fit par
plus eu usage. Cependant Racine et force un séjour plus prolongé.
LETTHES
bienveillance que chacun lui rend, l'évêque principalement* : c'est un prélat qui a toutes les belles qualités que vous sauriez vous imaginer; splendide surtout, et qui lient la meilleure table du Limosin. Il vit en grand seigneur, et l'est en effet. N'allez pas vous figurer que le reste du diocèse soit malheureux, et disgracié du ciel, comme on se le figure dans nos provinces. Je vous donne les gens de Limoges pour aussi fins et aussi polis que peuple de France ^ : les hommes ont de l'esprit en ce payslà, et les femmes de la blancheur; mais leurs costumes, façons de vivre, occupations, compliments surtout, ne me plaisent point
1. Cet évoque était François de La Fayette, oncle de rautcur de la Priiiccsse de Clives. Il avait été nommé à ce siège épiscopal en 1627, et ne devait mourir qu'en 1676.
2. Monsieur de Potirceaugnac (1669) n'était pas écrit encore. «Une personne comme vous, y dit Nérinc à Julie, estclle ftùte pour un Limosin ? S'il a envie do se marier, que ne prend-il une Limosine et ne laissc-t-il en
repos les chrétiens ? » Pourccaugnac proteste, il est vrai, que les Liniosins ne sont pas des sots ; mais on sait de quelles mésaventures il est victime, et l'on est tenté de dire, avec cette dupe innocente des Sbrigani et des Nérine : « Qu'est-ce que les Limosins leur ont fait ? » M. Claretie a pris la défense de ses compatriotes dans un livre spirituel.
166 ŒUVIŒS DIVliHSHS DE LA FONTAINE
A M. .lAXXART^
A Cliaùi-v (Chàtcau-Thierr.v), ce 1" fôvricr 1059.
Monsieur jmon oncle,
Ce qu'on vous a mandé de l'emprunt et du jeu^ est très faux; si vous l'aviez cru, il me semble que vous ne pouviez moins que de m'en faire la réprimande ; je la méritais bien par le respect que j'ai pour vous, et par l'affection que vous m'avez toujours témoignée. J'espère qu'une autre fois vous vous mettrez plus fort en colère, et que s'il m'arrive de perdi^e mon argent, vous n'en rirez point. M"*^ de La Fontaine ne sait nullement bon gré à ce donneur de faux avis, qui est aussi mauvais politique qu'intéressé. Notre séparation^ peut avoir fait quelque bi'uit à la Ferté; mais elle n'en a pas fait beaucoup à Château-Thierry, et personne n"a cru que cela fût nécessaire
1. On a donné ici ce court fragment modcr leurs affaires. Elle doit l'y
des lettres, d'ordinaire peti intéres- accompagner, car La P'ontaine mcn-
santes, à M. Jannart, f)ncle de La tionne le désir qu'elle manifester de
Fontaine, parce qu'il y est fait alln- ne pas faire à Paris un long séjour, sion aux bruits répandus sur une 2. Il avoue pourtant sa passion pour
rupture entre le poète et sa femme, le jeu dans le Discours à M'"" de la
Au reste, le nom de MH» de La Fon- Sablière.
taine revient plusieurs fois dans ces 3. Au ton de la lettre, on comprend
lettres d'affaires : « M»" de La Fon- qu'il s'agit d'une simple séparation
taine a eu deux accès de fièvre depuis de biens, trop justifiée par l'humour
deux jours. Je crois que ce ne sera négligente de La Fontaine. D'ailleurs,
rien» (25 février 1658).Ailleurs (20 mars les lettres à sa femme sur son voyage
1058), on voit qu'elle le presse de du Limousin sont postérieures de
faire un voyage de Paris pour accom- quatre ans à celle-ci.