La Fontaine parle de Fouquet à CoUini, 22 oct. 17C
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eut un souper magnifique, une excellente comédie, un ballet fort divertissant, et un jeu qui ne devait rien à celui qu'on fit pour lEntréc^.
Tous les sens furent enchantés Et le régal eut des beautés Dignes du lieu, dignes du maître, Et dignes de Leurs Majestés, Si quelque chose pouvait l'être.
On commença par la promenade. Toute la Cour regarda les eaux avec grand plaisir. Jamais Vaux ne sera plus beau qu'il le fut cette soirée-là, si la présence de la Reine ne lui donne encore un lustre qui véritablement lui manquait. Elle était demeurée à Fontainebleau
Il y eut grande contestation entre la Cascade, la Gerbe d'eau, la Fontaine de la Couronne, et les Animaux, à qui plairait davantage; les dames n'en firent pas moins de leur part.
Toutes entre elles de beauté Contestèrent aussi chacune à sa manière; La Reine^ avec ses fils contesta de bonté; Et Madame^, -d'éclat avecque la lumière
En suite de la jDromenade on alla souper. La délicatesse et la rareté des mets furent grandes ; mais la grâce avec laquelle M. et M™^ la Surintendante firent les honneurs de leur maison, le fut encore davantage.
Le souper fini, la comédie eut son tour : on avait dressé le théâtre au bas de l'allée des Sapins.
1. Entcnth'/, : ne lo cédait en rien à là mOnic à Monsieur, duc d'Orléans, celui qui lut à l'ontréc de la reine à La Fontaine avait célébré cette union Paris. par une ode, qui ne nous a pas paru
2. Anne d'Autriche, reine mère. oH'rir assez d'intérêt pour être insérée On a vu que la jeune reine, souffrante, dans ce recueil. Les deux nouveaux avait dû rester à Fontainebleau. époux avaient déjà visité Vaux et y
3. Madamc,c'est la charmante ITcn- avaient vu jouer V llcolc des maris. rictte d'Angleterrc,inariée cette année-
174 ŒUVnES DIVERSES DE LA FONTAINE
En cet endroit, qui n'est pas le moins beau De ceux qu'enferme un lieu si délectable, Au pied de ces sapins et sous la grille d'eau,
Parmi la fraîcheur agréable Des fontaines, des bois, de l'ombre et des zéphyrs,
Furent préparés les plaisirs
Que l'on goûta cette soirée.
De feuillages touffus la scène était parée,
Et de cent flambeaux éclairée :
Le Ciel en fut jaloux. Enfin figure-toi
Que lorsqu'on eut tiré les toiles*, Tout combattit à Vaux pour le plaisir du Roi ; La musique, les eaux, les lustres, les étoiles.
Les décorations furent magnifiques, et cela ne se passa pas sans musique.
On vit des rocs s'ouvrir, des termes se mouvoir. Et sur son piédestal tourner mainte figure. Deux enchanteurs pleins de savoir Firent tant, par leur imposture, Qu'on crut qu'ils avaientJe pouvoir De commander à la nature.
L'un de ces enchanteurs est le sieur Torelli^, Magicien expert, et faiseur de mii^acles ; Et l'autre, c'est Le Brun', par qui Vaux embelli Présente aux regardants mille rares spectacles : Le Bi'un dont on admire et l'esprit et la main,
1. Lorsqu'on eut lové la toile et pièce à grand spectacle (1650). II allait commencé le spectacle. retourner en Italie.
2. GiacomoTorelli (1608-1678), sur- 3. Charles Lebrun (1619-1690) n'énommé « le grand sorcier », avait per- tait pas encore le premier peintre .lu fectionné l.'S machines qui permet- roi. II s'était fait connaître surtout par taient les changements de scène, des tableaux de sainteté et par les Maz.arin l'avait appelé à Paris. Cor- peintures dont il avait décoré le ehâneille lui rend hommage dans son teau de Vaux.
Dessein de la tragédie d'uAndrombdc »,
Père d'inventions agréables et belles, Rival des Raphaëls, successeur des ApcUes, Par qui noire climat ne doit rien au romain. Par l'avis de ces deux la chose fut réglée.
D'abord aux yeux de l'assemblée Parut un rocher si bien fait, Qu'on le crut rocher en effet; Mais insensiblement se changeant en coquille, Il en sortit une nymphe gentille Qui ressemblait à la Béjart^, Nymphe excellente dans son art.
Et que pas une ne surpasse.
Aussi récita-t-elle avec beaucoup de grâce Un prologue, estimé l'un des plus accomplis Qu'en ce genre on pût écrire, Et plus beau que je ne dis.
Ou bien que je n'ose dire :
Car il est de la façon De notre ami Pellisson^.
Ainsi, bien que je l'admire.
Je m'en tairai, puisqu'il n'est pas permis De louer ses amis.
Dans ce prologue, la Béjart, qui représente la nymphe de la fontaine où se passe cette action, commande aux divinités qui lui sont soumises de sortir des marbres qui les enferment, et de contribuer de tout leur pouvoir au
1. Madeloine Brjart, dont la sœur (1024-1693), qui s'honora, comme la Annandc ('-poiisa MoHcm-o en lfi02. Voir Fontaine, par la (idclité qu'il garda à sur clic Larroumot, la Comédie de Fouquot, débute par ces vers : Molière, oh. II. On a cru souvent qu'il p„,^^ ^^^^ ^^ ^^^ ^^^^ H^u^ le pins grand s'agissait d'Armand(; ell<'-mème. Le [roi du monde contraire est prouvé aujfiurd'hui. Mortels, jo Tiens à tous do ma frrotto profonde. VoVCZ la notice de M. Despois en télé V«.n\.-\\ en sa faTeur que la terre ou que l'eau .i,.o v/i^u^...^ t iir ,1 i'-,r» ,1 . Produisent a Tos yeux un spectacle noUTeau ? «es tacncux, t. 111 de ledit, des „ ,., , •',., , .. ., ^.. .„„ ,, , r. . . . Ou il parle ou qu il souhaite, il n est rien. Grands Ecrivains, p. 10. [d'impossible
2. Ce l)rologue de Paul Pcllisson Lui-même n'ost-il pas un miracle Tisible ?
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divertissement de Sa Majesté : aussitôt les Termes et les statues qui font partie de l'ornement du théâtre se meuvent, et il en sort, je ne sais comment, des faunes et des bacchantes qui font l'une des entrées du ballet. C'est une fort plaisante chose que de voir accoucher un Terme, et danser l'enfant en venant au monde. Tout cela fait place à la comédie^ dont le sujet est un homme arrêté par toutes sortes de gens, sur le point d'aller à une assignation amoureuse.
C'est un ouvrage de Molière :
Cet écrivain par sa manière
Charme à présent toute la Cour.
De la façon que son nom court,
Il doit être par delà Rome^ :
J'en suis ravi, car c'est mon homme.
Te souvient-il bien qu'autrefois^
Nous avons conclu d'une voix
Qu'il allait ramener en France
Le bon goût et l'air de Térence?
Plante n'est plus qu'un plat bouffon^,
Et jamais il ne fît si bon
Se ti'ouver à la comédie;
Car ne pense pas qu'on y rie
1. Les Fâcheux, dont la première 3. Cette opinion est donc déjà anreprésentation publique ne devait être cienne, elle n'en fait que plus d'hondonnée au Palais-Royal que le 4 no- neur au goût de La Fontaine, vembre delà même année. Pour saisir 4. La Fontaine comprend moins toute la portée du fameux éloge de Plaute que Molière, malgré la parenté Molière qui va suivre, il ne faut pas de ces deux génies. C'est que, selon oublier que Molière est connu alors le mot de Montaigne, Térence « sent par V Etourdi et le Dépit amoureux, bien mieux son gentilhomme u. Moncomposésetjoués en pro^'ince,parles taigne estime sa « gentillesse»; La Précieuses ridicules otV Ecole des ma- Bruyère, sa politesse, sonélég^mce; ris, mais que l'Ecole des femmes, où le Fénelon, qui aime à le citer, avoue vrai Molière se révèle, est postérieure qu'il se passerait volontiers de Plaute. d'un an aux Fâcheux. Seul peut-être le futur auteur de 1'^-
2. Il doit être allé jusqu'à Rome (où vare savait tout ce que valait l'auteur est alors Maunroix) et au delà. de l'Aululaire.
De maint trait jadis admiré, Et bon m illo tempore^; Nous avons cliangé de méthode; Jodelet^ n'est plus à la mode, Et maintenant il ne faut pas Quitter la natui^e d'un pas.
On avait accommodé le ballet à la comédie, autant qu'il était possible, et tous les danseurs y représentaient des fâcheux de plusieurs manières : en quoi certes ils ne parurent nullement fâcheux à notre égard ; au contraire, on les trouva fort divertissants, et ils se retirèrent trop tôt au gré de la compagnie. Dès que ce plaisir fut cessé, on courut à celui du feu.
Je voudrais bien t'écrire en vers Tous les artifices divers De ce feu le plus beau du monde.
Et son combat avecque l'onde. Et le plaisir des assistants.
Figure-toi qu'en même temps On vit partir mille fusées.
Qui par des routes embrasées Se firent toutes dans les airs Un chemin tout rempli d'éclairs.
Chassant la nuit, brisant ses voiles.
As-tu vu tomber des étoiles ?
Tel est le sillon enflammé.
Ou le trait qui lors est formé.
1. En ce temps-là, dans cet âge Cliton du Menteur, mais surtout les encore assez récent) oOi les bouffonne- rôles bouffons des comédies de Scar-
ries de la comédie latine et italienne ron. C'est donc la farce de Scarrou qui
étaient à la mode. est ici sacrifiée à la comédie de Mo-
2. L'acteur qui portait ce nom, et lièro, au nom de « la nature «, par le ([ui, déjà vieux, était entré dans la poète qui comprend le mieux, au troupe de Molière, venait de mourir xvii° siècle, avec Molière, ce qu'il (IGOO). Auparavant, il faisait partie de a])pclle ailleurs « l'art de la simple la troupe du Marais, où il avait joué le nature ».
Parmi ce spectacle si rare, Figure-toi le tintamarre*, Le fracas, et les sifflements Qu'on entendait à tous moments.
De ces colonnes embrasées Il renaissait d'autres fusées, Ou d'autres formes de pétard.
Ou quelque autre effet de cet art; Et l'on voyait régner la guen'e Entre ces enfants du tonnerre.
L'un contre l'autre combattant, '
Voltigeant, et pirouettant.
Faisait un bruit épouvantable.
C'est-à-dire un bruit agréable.
Figure-toi que les échos N'ont pas un moment de repos, Et que le chœur des Néréides S'enfuit sous ses grottes humides.
De ce bruit Neptune étonné Eût craint de se voir détrôné.
Si le monarque de la France N'eût rassuré, jiar sa présence, Ce dieu des moites* ti'ibunaux, Qui crut que les dieux infernaux Venaient donner des sérénades A quelques-unes des Naïades.
Enfin, la peur l'ayant quitté, Il salua Sa Majesté :
Je n'en vis rien, mais il n'importe.
Le raconter de cette sorte Est toujours bon; et quant à toi, Ne t'en fais pas un point de foi.
1. La Fontaine a employé plusieurs 2. Moites, humides. On disait « le fois ce mot familier que Pascal et Bos- moite élément u pour la mer. suet eux-mêmes n'ont pas dédaigné.
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Au bruit de ce fou succéda celui des tambours; car le Roi voulant s'en retourner à Fontainebleau cette même nuit, les mousquetaires étaient commandés. On retourna donc au château, où la collation était préparée. Pendant le chemin, tandis qu'on s'entretenait de ces choses, et lorsqu'on ne s'attendait plus à rien, on vit en un moment le ciel obscurci d'une épouvantable nuée de fusées et de serpentaux*. Faut-il dire obscurci ou éclairé? Cela partait de la lanterne du dôme : ce fut en cet endroit que la nuée creva d'abord. On crut que tous les astres, grands et petits, étaient descendus en terre, afin de rendre hommage à Madame; mais l'orage étant cessé, on les vit tous en leur place. La catastrophe de ce fracas fut la perte de deux chevaux.
Ces chevaux, qui jadis un carrosse tirèrent, Et tirent maintenant la barque de Caron,
Dans les fossés de Vaux tombèrent,
Et puis de là dans l'Achéron.
Ils étaient attelés à l'un des carrosses de la Reine ; et s'étant cabrés à cause du feu et du bruit, il fut impossible de les retenir. Je ne croyais pas que cette relation dût avoir une fin si tragique et si pitoyable 2. Adieu. Charge ta mémoire de toutes les belles choses que tu verras au lieu où tu es.