‹ Œuvres diverses de La FontaineChapitre 56 sur 115 · Le 20 septembre KiSi), Harlay, adresse · texte numérisé non relu

Le 20 septembre KiSi), Harlay, adresse

Vous contestez avec succès Par-devant le dieu des alarmes *, Appuyé du seul droit des armes :

Harlay règle d'autres débats, Où, je crois, vous n'excellez pas.

Ni la grandeur ni la vaillance Ne font incliner sa balance.

Son éloge entier irait loin :

J'aime mieux garder avec soin La loi que l'on se doit prescrire D'être court, et ne pas tout dire.

Pour éviter donc la longueur Qui met les choses en langueur, Pontchartrain^ règle les finances.

Si jamais j'ai des ordonnances^, Ce qui n'est pas près d'arriver, Il saura du moins me sauver Le chagrin d'une longue attente, Et lira d'abord ma patente :

Homme n'est plus expéditif, Mieux instruit, ni plus inventif.

Talents aujourd'hui nécessaires.

La Briffe^ est chargé des affaires Du public et du souverain.

Au gré de tous il sut enfin Débrouiller ce chaos de dettes Qu'un maudit compteur avait faites ^.

1. Le dieu de la guerre. L'alarme, 3. Des ordoananccs, dos mandats' c'est proprement, lu cri : Aux armes! do paiement, signés par le roi, et sur D'où l'émolion causée par ce cri et les(iucls la Cliambre des compte:? par l'approche imprévue de l'ennemi ; n'avait pas de contrôle.

d'où encore toute espèce d'émotion. 4. La Brille est le successeur de

2. Le comte de Pontchartrain lut Harlay comme procureur général du contrôleur général des finances après Parlement.

la retraite de le Pelletier, de 1689 à 5. Ce « maudit compteur » était ui 1699. ami de M™« de Sévigné, dont elle parl<

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Ce n'est pas là le seul essai Qui le rend successeur d'Harlay.

Ce poste, avec celui qu'il quitte, Demandait un ample mérite Au sujet qu'on a placé là.

Hardi quiconque le suivra !

Non que Louis, par sa sagesse, Ne puisse en conserver l'espèce ; Tout le bien que j'ai dit dautrui Retombe à juste droit sur lui.

Gomme j'étais près de fermer ma lettre, on a écrit ici de Versailles que le Roi avait donné la qualité de ministre à M. de Seignelay*. Je ne vois personne qui n'en témoigne beaucoup de joie.

Il doit ce nouvel ornement A son mérite seulement.

Ses soins, dignes que la Fortune Avec eux veuille concourir, Sauront bientôt partout offrir L'abondance en ces lieux commune ; Sur nos deux mers nos matelots, Quelque inconstants que soient les flots, Sauront ménager pour nos voiles L'aide des vents et des étoiles.

Ne doutez point qu'en son emploi, Redoublant ses soins et son zèle.

Sous la conduite de son Roi Le nouveau ministre n'excelle.

N'avons-nous pas vu de nos bords

souvent, d'Haroin'S, trésorier des 1. Le marquis de Seignclay (lfi51- Etats de Bretagne, que sa négligoncc 1090), fds aîné de Colhert, avait sucavait perdu, h'essai qui avait mis on cédé à son père, en 108.3, dans le dévue la Brilfc!, c'est l'instruction de partement de la niarinr. Boilcaii lui a cette affaire. adressé sa septième Epître.

Une double flotte^ réduite Et se renfermer dans ses ports, Mettant son salut dans sa fuite ?

Le travail y croît, j'en conviens; Mais tels maux en cour sont des biens. Et Seignelay peut y suffire.

On le voit sur-le-champ écrire Touchant des points très importants, Mieux que moi. Seigneur, c'est peu dire Mieux qu'aucun écrivain du temps.

Pour passer à d'autres matières.

Vous saurez qu'on m'a dit naguères

Que cet hiver-ci l'opéra

A Rome se rétablira.

Cela me semble un bon augure

En la présente conjoncture,

Et commence à sentir la paix :

Je ne pense pas qu'elle échappe

Aux })remiers soins du nouveau Pape^.

Si le Saint-Esprit mit jamais

Quelqu'un au trône de saint Pierre

Pour qui le démon de la guerre

Eut de la crainte et du respect,

C'est Alexandre; car, sans dire

Qu'à nul Etat il n'est suspect,

Il a tout ce que l'on désire.

Expérience, fermeté,

Justice, et sagesse profonde.

L'Olympe' intei'pose au traité

La première tête du monde

1. La flotte hollandaise et la flotte 3. Il est assez piquant de voir l'Oanglaise. lympe associé au pape; La Fontaine

2. Alexandre VIII, élu le 0 octobre s'en apercevra plus bas. 1689; il mourut en Iti'Jl.

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En bon sens conime en dignité.

Dès à présent Sa Sainteté

S'en va cet ouvrage entreprendre.

O Paix! ne te fais point attendre :

Veux-tu que pour toi l'univers

Soupire encore deux hivers?

Fille du Ciel et d'Alexandre,

Car je te garde tous ces noms,

Renvoie au nord les aquilons ;

Fais qu'avec eux Mars se retire,

Faisant place à Flore, à Zéphyre.

Citer ces dieux, me va-t-on dire.

En parlant du Pape, est-il bien?

Non, mais l'art des poètes* n'est rien.

Leurs discours n'ont beauté ni grâce,

Sans ce langage du Parnasse.

Qu'Apollon s'exprime en païen,

Trouve-t-on cela fort étrange?

Pour bannir pourtant ce mélange.

Et parler du Pape en chrétien,

Souhaitons que Dieu l'illumine,

Et que la Paix, par son moyen,

Vers les fidèles s'achemine,

Avec l'assistance divine

Qu'un jubilé procurera.

Dès que le poète lui verra

Réunir la chose publique.

D'ici sans peine il partira.

Et les vers il entonnera

De Siméon dans son cantique^;

Mais il veut vivre jusque-là.

1. Poètes, de deux syllabes, comme nant, ô mon Dieu, vous pouvez laisser un pou plus loin. On trouve la même partir votre serviteur... On ne voit quantité dans la fable 16 du 1. VIII. pas bien la Fontaine chantant ce can-

2. Le cantique de Siméon, c'est le tique. NuHC diinittis servam tuum... Mainte-

Vous allez me faire encore une autre objection, elle est d'une nature à venir de vous: c'est que la France ne m'a pas donné charge de faire des vœux pour la paix avec tant d'empressement. Est-ce l'intérêt de la France qui vous fait aller braver les hasards, ou si c'est celui de votre gloire? Je ne démêle j^as bien la chose. Peut-être même y va-t-il de votre plaisir : ce que je n'ose presque penser, nec tibi tam dira cupido^. Cependant vous autres héros seriez bien fâchés qu'on vous laissât vivre tranquillement. Gomme si la vie n'était rien, et que sans elle la gloire fût quelque chose ! Vous croyez être demeurés au coin du feu, à moins que vous ne vous alliez brûler sur le mont Œta, de même que fit Hercule. Pour vous répondre sur tous ces points, je vous dirai que non pas la France, mais l'Europe entière ne peut que perdre à une guerre comme celle-ci. Et à votre égard, Monseigneur, ne vous alarmez pas sitôt de ce mot de paix : elle est tellement difficile à faire qu'il est malaisé qu'Alexandre VIII nous la donne dès son avènement au pontificat : Eia ! sudabit satis^ . Auquel cas j'ai dans l'esprit que plus vous auriez de part au projet et mieux nous nous trouverions des assistances de la Fortune. Si Jupiter recueillait les voix (j'en reviens toujours à mon style poétique, et à quelque chose encore de plus chatouilleux; il n'est pas besoin que je m'explique ici davantage : vous voyez déjà où j'en veux venir), votre esprit et votre valeur auraient une ample matière de s'exercer'. Nous en parlions il y a deux jours, du Vivier* et moi. Il me pria de vous assurer de ses très humbles respects. Nous fîmes des vœux très particuliers en votre faveur. Ils n'étaient ouïs que de quelques idoles chinoises^,

1. (I Vous n'avez pas un désir si clairs : car .Tupiter, c'est Loui-iTXIV, si violent. » (Viroiliî, Gèorg: I, 37.) qui tenait Conti à l'écart, à cause de

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