‹ Œuvres diverses de La FontaineChapitre 97 sur 115 · ÉPIGRAMME CONTRE UN PÉDANT DE COLLEGE · texte numérisé non relu

ÉPIGRAMME CONTRE UN PÉDANT DE COLLEGE

Il est trois points dans l'homme de collège,

Présomption, injures, mauvais sens.

De se louer il a le privilège :

Il ne connaît arguments plus puissants.

Si l'on le fâche, il vomit des injures ;

Il ne connaît plus brillantes figures.

Veut-il louer un roi l'honneur des rois,

Il ne le prend que pour sujet de thème.

J'avais promis trois points, en voilà trois.

On y peut joindre encore un quatrième : 10

Qu'il aille voir la cour tant qu'il voudra,

Jamais la cour ne le décrassera.

1. La Fontaine, nous le savons, ne sait rien de pire au monde

Qae l'écolier, si ce n'est le pédant.

Ici comme dans la fable 5 du livre IX, pédant (pédante, dit Montaigne, en se servant du mot italien, francisé depuis), a son sens propre de régent de collège. Les pédants et leurs cuistres jouaient souvent un rôle grotesque dans les farces imitées du théâtre italien. Voyez le Pédant joué, de Cyrano de Bergerac, qui met en scène, en modifiant à peine son nom, un princijjal de collège fort connu alors.

2. « Un homme si avantageux en matière et en conduicte, pourquoy mesle-t-il à son escrime les injures, l'indiscrétion et la rage ? » (Montaigne, Essais, II, 8.) — Mauvais sens parce que le pédantisme a le privilège, comme dit le fabuliste, « de gâter la raison »,

6. Les figures de rhétorique où il triomphe, ce sont les injures. On saitf sur quel ton s'apostrophaient certains érudits de la Renaissance.

8. Pour matière d'amplification. Le « thème «, c'est la proposition à développer.

12. Il est tout à fait invraisemblable que le pédant « de collège » visé par cette épigramme soit Boileau, comme l'assurent quelques commentateurs. Assurément Uoileau dift'érait fort de La Fontaine; mais il avait loué délicatement les premiers essais du con- a teur, qu'il mettait au-dessus de ■ l'Arioste; il avait été longtemps un îl de ses amis, et La Fontaine avait tracé de lui au début de l'syché un portrait qui n'avait rien de satirique.

Enfin, ceux qui connaissent Boileau savent qu'aucun des termes de cette épigramme — même le « thème » de l'éloge du roi — ne s'applique à lui.

POKSIICS niVJiltSES

KPIGHAMMK SU II LA MOKT DE M. COLBEUT

QUI ARRIVA PEU DE TEMPS APRES UNE G K A .\ U E MALADIE qu'eut le chancelier LE TELLIER, EN 1G83

Golberl jouissait par avance

De la place de chancelier,

Et sur cela pour Le Tellier

On vit gémir toute la France.

L'un revint, l'autre s'en alla : 5

Ainsi ce fut scène nouvelle;

Car la France, sur ce pied-là,

Devait bien rire... Aussi fit-elle.

2. Colbert n'était pas aimé ; on lui attribuait toutes les convoitises. On connaît le sonnet violent de Hesnault contrôlai: «Ministre avare et lâche... i> Comme Hesnault, La Fontaine ne lui pardonnait pas d'avoir perdu Fouquel. Il devait pourtant lui succéder il l'Académie et prononcer son ('loge.

Il l'avait loué déjà à la lin du livre !'"•

de Psyché et dans le poème du Quinquina.

8. Aussi pour ainsi. Cette joie se manil'csla d'une façon publique et indécente. Le roi lui-même, à qui l'autorité de l'infatigable ministre commençait à sembler pesante, respira.

Cette mort prévenait peut-être une dissrràce.

ŒUVIiKS DIVERSES DE LA FONTAINE

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