ÉPIGRAMME SUR FURETIÈRE
Toi qui crois tout savoir, merveilleux Furctière, Qui décides toujours, et sur toute matière,
Quand de tes chicanes outré,
Guilleragues t'eut rencontré Et, frappant sur ton dos comme sur une enclume, Eut à coups de bâton secoué ton manteau ; Le bâton, dis-le-nous, était-ce bois de grume,
Ou bien du bois de marmenteau?
1. L'abbé Antoine Furetière (1619- 1688) fut élu académicien en 1662, avant d'avoir écrit son Roman bourgeois, et fut exclu de l'Académie en 1686, parce que le Dictionnaire qu'il préparait faisait concurrence au futur Dictionnaire de l'Académie et qu'il avait emprunté, disait-on, pour l'enrichir le travail de ses confrères. Il fit aux académiciens une guerre d'épigrammes. A La Fontaine il reprocha de ne pas savoir, étant maître des eaux et forêts, distinguer le bois de grume du bois de niarmenteau; d'où le piquant de cette épigramme.
4. Le comte de Guilleragues, qui fut ambassadeur à Constantinople, est ce personnage « né pour la cour et maître en l'art de plaire », à qui Boileau a dédié sa cinquième Epître.
La Fontaine rappelle ou suppose qu'irrité de l'humeur satirique de
Furetière, il l'a fait bàtonner, et demande plaisamment à celui-ci de quel bois étaient faits les bâtons.
8. Furetière. dit M. Littré, publia lui-même celte épigrammc, ajoutant : (I Tiota : Cette cpigramme montre clairement que l'objection qu'on a citée au sieur de La Fontaine, d'ignorer la nature du bois de grume et du bois de marmenteau, était ))ien fondée : le bois de grume est du bois de charpente et de charronnage débité avec son écorce et qui n'est point équarri; le bois de marmenteau est un bois de haute futaie qui est conservé pour l'ornement d'une maison à laquelle il est attaché, et qu'il n'est pas même permis à un usufruitier de couper: l'un et l'autre bois n'est pas {c'est-à-dire ni l'un ni l'autre n'est) propre à A-enger des traits médisants. »
POÏ'Sii'S nivi.nsi'.s 2î)3
TRADUCTION PARAPHRASÉE DE LA PROSE Die S îrfe^
Dieu détruira le siècle au jour de sa fureur.
Un vaste embrasement sera l'avant-coureur,
Des suites du péché long et juste salaire.
Le feu ravagera l'univers à son tour;
Terre et cieux passeront; et ce temps de colère 5
Pour la dernière fois fera naître le jour.
Cette dernière aurore éveillera les morts,
L'ange rassemblera les débris de nos corps;
Il les ira citer au fond de leur asile.
Au bruit de la trompette, en tous lieux dispersé, 10
Toute gent accourra. David et la Sibylle
Ont prévu ce grand jour, et nous l'ont annoncé.
De quel frémissement nous nous verrons saisis !
Qui se croira pour lors du nombre des choisis?
Le registre des cœurs, une exacte balance, 15
Paraîtront aux côtés d'un Juge rigoureux.
1. La Fontaine fit lire cette para- 11. Toute gcnt, toute nation. La
phrase à l'Acadomio l'rançaisc, par Fontaine a fait un fréquent usage de ce
ral)bé Luvau, peu de temps après mot dans le style familier des fables,
sa maladie et sa conversion, le jour On peut regretter, avec M. Littré,que,
même de la réception do La Bruyère, dans le style noble, ce mot soit tombé
qui allait faire de lui un si bel éloge en désuétude. — Les oracles sibyllins
dans son discours. — Le siècle, le auxquels il est fait allusion ici, et qui
monde. annoncent l'établissement de la reli-
9. Citer, qui peut sembler au pre- gion chrétienne, sont d'une authen-
mier abord une figure Iiardie, est le licite au moins douteuse; mais dans
mot juste, car il signifie proprement sa foi naïve le moyen âge associait
appeler à ccmiparaitre devant lejuge. intrépidement la Siliylle et David.
204 ŒUVRF.S DIVKhSES DK LA FONTAIXF.
Les tombeaux s'ouvriront, et leur triste silence Aura bientôt fait place aux cris des malheureux.
La nature et la mort , pleines d'étonnement,
Verront avec effroi sortir du monument 20
Ceux que dès son berceau le monde aura vu vivre;
Les morts de tous les temps demeureront surpris
En lisant leurs secrets aux annales d'un livre
Où même leurs pensers se trouveront écrits.
Tout sera révélé par ce livre fatal : 23
Rien d'impuni. Le Juge, assis au tribunal,
Marquera sur son front sa volonté suprême.
Qui prierai-je en ce jour d'être mon défenseur?
Sera-ce quelque juste? Il craindra pour lui-même,
Et cherchera l'appui de quelque intercesseur, 30
Roi, qui fais tout trembler devant ta majesté, Qui sauves les élus par ta seule bonté. Source d'actes bénins et remplis de clémence. Souviens-toi que pour moi tu descendis des cieux; Pour moi, te dépouillant de ton pouvoir immense, 35
Comme un simple mortel tu parus à nos yeux.
J'eus part à ton passage : en perdras-tu le fruit ?
Veux-tu me condamner à l'éternelle nuit,
Moi, pour qui la bonté fît cet effort insigne?
Tu ne t'es reposé que las de me chercher; 40
Tu n'as souffert la croix que pour me rendre digne
D'un bonheur qui me puisse à toi-même attacher.
Tu pourrais aisément me perdre et te venger.
19. Etoiiitc/nciit niri^nn sens ('■{yinn- 21. Lo Icxlc donno w/ sans arcord.
lotriquc et très i'ort do stupeur, r'poii- Raciiio emploie encore très souvcnl
Tante. le parti<'ipe sans accord, surtout de-
2(1. i( Monument. Ce mot. pour dire vant des infinitifs,
loniljeau. est poétique ou de la ])rose 2.5. Fatal a ici son sens étymolo-
suljlime » {Dictionnaire de Richelct, giqno, fatum, destinée. 1680).
POKSIFS DIVRnSF.S 205
Ne le fais point, Seigneur; viens plutôt soulager
Le faix sous qui je sens que mon âme succombe. 'iS
Assure mon salut dès ce monde incertain;
Empêche malgré moi que mon cœur ne retombe,
Et ne te force enfin de retirer ta main.
Avant le jour du compte efface entier le mien.
L'illustre pécheresse, en présentant le sien, 50
Se fît remettre tout par son amour extrême;
Le larron te priant fut écouté de toi :
La prière et l'amour ont un charme suprême;
Tu m'as fait espérer même grâce pour moi.
Je rougis, il est vrai, de cet espoir flatteur; 55
La honte de me voir infidèle et menteur.
Ainsi que mon péché, se lit sur mon visage :
J'insiste toutefois, et n'aurai point cessé
Que ta bonté, mettant toute chose en usage,
N'éclate en ma faveur, et ne m'ait exaucé. 60
Fais qu'on me place à droite, au nombre des brebis;
Sépare-moi des boucs réprouvés et maudits.
Tu vois mon cœur contrit et mon humble prière ;
Fais-moi persévérer dans ce juste remords :
Je te laisse le soin de mon heure dernière ; G5
Ne m'abandonne pas quand j'irai chez les morts.
51. Maric-Madcloine s'est l'ait par- Séparera dos boucs la troupe pécheresse... donner à force d'amour. (Boileau, Epître XII.)
Quand le moment viendra d'aller trouver les Quand Dieu viendra juger les vivants et les [morts,
[morts, j,^,j|,j|^j Y,-.pj, j,^,,;. snin et mourrai sans remords. Et des humides acnoaux, objets de sa teu- , ,. ; , -v-r / \
[dresse. (hables, Al, '1.)