‹ Œuvres diverses de Lord MacaulayChapitre 20 sur 46 · XXXII LORD MACAULAY · texte numérisé non relu

XXXII LORD MACAULAY

poser sur sa tombe cet hommage de nos profonds regrets, »

Nous nous associons à ce deuil pour nous, pour nos collaborateurs et pour nos lecteurs, mais ce n’est pas notre dernier adieu à celui qui, de tous les auteurs dont nous fûmes en France les interprètes ou les admirateurs, réalise le mieux la définition de l'orateur par Quintilien : Wir bonus et bene dicendi perilus.

« Un grand écrivain est l’ami et le bienfaiteur de ses lecteurs : ils ne peuvent donc le juger sans quelques-unes des illusions de l'amitié et de la reconnaissance. » Cette pensée est de lord Macaulay, qui la développe dans son Essai sur le caractère de lord Bacon, mais sans que son admiration et sa reconnaissance pour cet éminent génie le rendent moins sévère quand il déplore les taches de sa vie. C’est qu'il y a dans l’homme quelque chose de supérieur au génie : la probité, — la probité, cette vertu qui embarrasse quelquefois l'ambition dans sa marche, cette vertu trop souvent mise de côté par les hommes d'Etat, mais sans laquelle il n'existe pas de vraie grandeur morale. Si lord Macaulay, dont le génie égala presque celui de Bacon, n’est pas monté aussi haut que le chancelier de Jacques Ier dans la carrière des honneurs, c'est que, quoique homme de parti, ardent et passionné même quelquefois dans ses opinions, il y avail en lui cette vertu à qui répugnent les capitulations de conscience si nécessaires aux hommes de

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parti et aux ambitieux. Aussi n’a-t-il besoin d’aucune des illusions de l'amitié et de la reconnaissance pour être admiré ét aimé après sa mort. Ses amis, pour parler de lui, n’ont pas à user de réticences charitables ; et céux-là même dont il fut l'adversaire politique, ceux qui ont pu se plaiidre-de n’avoir pas trouvé en lui ‘un’ critique assez indulgent, n'élèveront pas la voix pour attaquer sa moralité.

Lord Macaulay avait quitté depuis quelque temps son ancien appartement du passage Albany dans Piccadilly, et il habitait Holly-Lodge, Campden-Hill, partie du faubourg de Kinsington, qui est à Londres ce qu'est Passy à Paris. Sa santé était fort affaiblie, mais rien n’annonçait qu’il fût gravement malade, et sa mort, causée par une affection de cœur, à SUTpris sa propre sœur, qui l'avait vu le soir même (le mercredi 28 décembre), deux heures tout au plus avant l'heure fatale. Cette mort ne fut guère connue que le vendredi matin et elle fut révélée aux journaux de Londres par un journal de province. M. Ellis, son ami et son exécuteur testamentaire, étant recorder de Leeds, avait été seul avisé par une dépêche télégraphique communiquée à la presse de cette ville. Sa famille se rappela que le 25, au repas de Noël, il avait été presque silencieux, ce qui était réellement

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