‹ Œuvres diverses de Lord MacaulayChapitre 26 sur 46 · XLIV LORD MACAULAY · texte numérisé non relu

XLIV LORD MACAULAY

Bennet aime un voleur, Lewis Way, c’est un juif Qui, pour l'argent de Way, se ferait rouer vif; Quant à moi, je le jure, à folle poésie!

Je t'aime et t'aimerai toujours à la folie.

La puritaine miss Hannah More eût peut-être trouvé ces vers-là pas mal profanes ; mais déjà le jeune Macaulay devenait un peu plus mondain, lorsque, en 1818, ayant fini ses études premières dans le pensionnat de M. Preston, il alla prendre rang parmi les étudiants du collége de la Trinité de Cambridge. Miss Hannah More put applaudir à ses succès universitaires et même à ses succès parlementaires, puisqu'elle vécut jusqu’en 1833. Son souvenir fut toujours cher à celui à qui elle avait prédit une brillante carrière, et il parlait d'elle avec une affection filiale. To Les principaux ouvrages de lord Macaulay ont

naturellement fait oublier toutes les pièces de vers ou de prose que miss Hannah More admirait surtout comme les indices d’un grand avenir littéraire. Un M. John Camden Hotten vient de confirmer ce que miss Hannah More dit de sa fécondité précoce, en nous assurant que l’illustre auteur rimait déjà lorsqu’il avait encore la bavette du premier âge, et qu'on retrouve dans plusieurs albums quelquesunes de ces compositions enfantines ; par exemple, dans l'album de sa sœur, une épitaphe sur Martyn, célèbre missionnaire mort en Perse. IL n'avait pas douze ans qu'il préludait en vers, à son article sur

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LORD MAÇAULAY. XLV

Milton, par une Adresse à Millon. À cet âge il pouvait réciter par cœur des livres entiers du Paradis perdu. À quatorzeans, ilproduisit un poëme intitulé : la Vision; la‘bataille de Waterloo exalta deux fois sa Minerve : il-produisit successivement une pièce intitulée Waterloo, et une inscription pour la colonne érigée sur le champ de bataille de Waterloo. Avant d'entrer à l'école de Shelford, il avait fait des vers A la mémoire de Pitt, une Chanson radicale, une Ballade nowelle, et le Tory, poème: Enfin, d’après M. Hotten, sion réimprimait ses œuvres, il faudrait y comprendre une chanson d'amour : Vénus pleurant sur Cupidon ; un épithalame sur le marrage d’un ami, une imitation de lord Byron, les. Larmes de la sensibilité, la traduction d’une chanson. française, et enfin un sermon en vers : Sermon composé dans un.cimetière. Il est à présumer que toutes ces compositions ne valent pas la peine d’être réimprimées. Mais MM. Longman annoncent une: édition complète des OEuvres diverses de lord Macaulay qui en contiendra au moins quelques-unes. | M. Thackeray ne pouvait pas oublier lord Macaulay dans le Magazine qu'il vient.de fonder. Mil nisi bonum, « rien que-du bien à dire, » telle est l’épigraphe de son article -qui réveille ‘toutes nos sympathies, Thackeray aimantcommenous à vanter dans son noble compatriote les vertus de l’homme privé, el nous révélant que cet homme, que quelquesuns se sont plu à représenter comme ayant des affec-

XLVI | LORD MACAURAT.

tions lrès-réstréintes, et qu'ils ont presque accusé de l'égoismé imputé aux vieux célibataires, dépensait en: générosités plus du quart de son-revenu: . pos: de: sa: mémoire ‘exträordinaire, Thackera: lé compare-à cetté admirable salle-de lecture duMué séum Britannique. qui: met à la disposition dé l'homme studieux un: million de: volumes, dont 4}. suffit de nommer n'importe lequel pour qu'unemain : complaisante vienne vous l’apporter sur la table, Sos le crâne de Macaulay, dit-il, comme sous: de dôme de cette coupole, étaient systématiquement. catalogués des millions de volumes : histoire, philosc législation, poésies, pièces ‘de théatie “romans : Oui, le rorhan aussi. Il eût étonné M. Cousin en luiti- 1 tant ceux de Mi: de Scudéry. comme Diderot; il sé fût révolté si on lui:avait dit qu’il y avait des longueitrs dans ceux de Richardson. «Un jour, dit Thaël je lui parlais de- Clarisse Harlowe, pour: sois, . l'avait lue.-« Ne pas avoir lue Claristél réponditil.

« Si vous avez une fois commencé : Clarisse, si une

« fois l'intérêt vous gagne, impossible de quitterde

«Jivie: Lorsque j'étais dans l'Inde, j’allai pas$er üne

“usaison d'été aux montagnes; il y avait là le gou-

« verneur: général, le secrétaire du gouvernernent,

« le commandant: en chef et leurs dames: J'avais

« emporté Clarisse et je la prêtai. Notre société 8e

«passionna bientôt pour miss Harlowe et ses infor.

«tunes. Ce scélérat de Lovelace tes indigna tous. La

« femme du gouverneur ne voulait plus se ba

LORD MAGAULSY XLVIF

«de l'ouvrages: le serrétaire ne cessait de le rede- « mander, et.le président de la cour de justice en « pleura peudant huit jours. » Je voudrais que vous eussiez vu lord Macaulay racontant {oute cette émotion, dans Ja bibliothèque ‘du club de l’Athenæum, et citant les passages les plus dramatiques du chefd'œuvre de Richardson. … Mais combier d’autres romans dont il vous aurait débité des + pages entières ! »

Quelques paragraphes du journal de Thômas Moore nous avaient déjà fait connaître un ou deux jeux de mots et üne où deux épigrarames de lord

Macaulay. Nous citerons seulement sa réponse à Mrs, Beecher Stowe, qui lui parlait de son admiration pour Shakspeare : « Lequel deses personnages préférez-vous, demanda lord Macaulay à l’auteur de l'Oncle Tom? — Desdemona, répondit Mrs. Beecher Stowe. — Oh! répliqua lord Macaulay; je le com prends ; c'est la seule des femmes de peer qui

soit amoureuse d'un héros noir. » 4» 51e Ü SR ; à

Nous avons cité uné plaisanterie de Sydney Smith sur lord Macaulay, plaisanterie fort innocente d’ailléurs d'un ami envers un ami. Gelui qu'on appelle quelquefois le Swift moderne avait dans lord Macaulay un rival de conversation d'un genre d'esprit tout

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