LITTÉRAIRES ET POLITIQUES
John Milton, né dans Bread-street à Londres, le9 décembre 4608, était fils de John Milton, écrivain, — Il reçut de son-père lés premiers éléments de son éducation, fut mis à l’école de Saint-Paul. et delà envoyé au collége du Christ de l’université de Cambridge; où il prit ses grades académiques. Ses études achevées, il seretira à Horton, dans le comté de Buckingham, où son père s'était fixé. Ce fut là qu'il composa son poëme élégiaque de Zycidas et son poëme dramatique de Comus, probablement aussi ses petits chefs-d'œuvre V' Allegro et. le Penseroso. En 1638, Milton fit le voyage d'Italie en traversant la France, et il allait passer en Grèce lorsqu'il fut ramené en Angléterre en recevant les nouvelles de la grande guerre civile. Il ouvrit. une école et.se.mêla à la controverse religieuse et politique du temps par la publi ! de hopohntes sur le gouvernement de l'Eglise. Il avait trente-quatre ans lorsqu'il épousa Mary Powell, sa première f Hdtune famille royaliste. À la suite de quelques: scènes domestiques, Mary Powéll, au bout d'un mois, ayant fait une visite à son père; refusait de rentrer sous le toit conjugal, Milton irrité menaçait de la répudier : comme pour se préparer à cet acte extrême, il avait publié déjà deux traités sur le divorce, et il courlisait une autre femme, lorsque la famille de Mary Powell ménagea entre Milton et elle une entrevue qui se termina par leur réconciliation: Elle vécut jusqu'en 1655 et laissa trois filles. Cependant la révolution traversait loutes ses phases et Charles Ier périt sur l’échafaud. Milton écrivit pour justifier ce régicide et devint le secrétaire latin de la république. Il publia alors
l'Iconoclaste et la Defensio pro populo anglicano, pour réfuter l’Eikon basiliké et la Defensio regia de Saumaise.
Quoique frappé de cécité, il conserva sa place auprès de Cromwell, mais avec l’adjonction d'André Marvel. En 1658, Milton épousa sa seconde femme, fille du capitaine Meadows, laquelle Je taissa veuf une. seconde fois au bout d’une année, Il n'était plus que secrétaire honoraire quand eut lieu la restauration des Stuarts. Il dut se cacher de peur d’être perséculé, sinon mis en jugement, comme les régicides dont il avait été l'apologiste. Le fait est qu’il fut si bien oublié ou négligé, qu'on a pu prétendre que la clémence royale
: J'avait même protégé. Quoi qu'il en soit, il se consola des mauvais jours et des langues mauvaises en composant ses grands poëmes. . Le Paradis perdu ne fut publié qu'en 1667 par le libraire Simmons,'qui crut faire une affaire hasardeuse en payant le manuscrit cm livres sterling pour la première édition, et cinq livres encôre
”. pour chaque édition nouvelle de quinze cents exemplaires. Deux édi-
- tions seulement parurent du vivant du poëte, el sa veuve {il s'était
.remarié une troisieme fois) vendit tous ses droits sur les éditions fatures pour huit livres sterling.
Le Paradis perdu n'avait pas épuisé la verve du poëte PS qui, adoptant ‘une idée suggérée par son ami Elwood le -quaker;, composa encore le Paradis reconquis, puis ses scènes bibliques du Samson combattant, dans lequel il exhala sur sa cécité une plainte “encore plus touchante que dans le Paradis perdu.
Milton mourut dans-sa maison de Bunhill-Fields, le dimanche 8 novembre 4674, ayant vécu soixanté-six ans moins un mois. Il fut inhumé près de son père dans l’église de Saint-Giles, Cripplegate. En 175% seulement, un de ses admirateurs, W. Benson, érigea en son honneur un monument qui porte son nom dans l’abbaye de Westminster. Un de ses descendants, par sa troisième fie, était simple clerc de paroisse à Madras, à l'époque où un frère d'Addison æn élait lè gouverneur.
Vers la fin de l’année 1823, M. Lemon, archiviste adjoint des papiers d'Etat, en faisant des recherches
dans les armoires de son département, découvrit nn gros manuscrit latin, Avec ce manuscrit se trouvaient des copies corrigées des dépêches écrites par Milton, pendant qu'il remplissait-les fonctions de secrétaire‘; plus, divers papiers relatifs aux procès papistes et au complot de Rye-House. Le ‘tout était dans une enveloppe adressée à M.-Shinner, marchand. Un examen. plus attentif démontra que le. gros manuserit était PÆssai sur les doctrines du christianismer; depuis longtemps perdu. Selon, Wood et Toland, Milton l'avait fini après la Restauration et confié à Gyriaque Skinner.. On sait que Skinner parlageait les opinions politiques de son illustre ami. Il est done- probable, comme M. Lemon le conjecture, qu'il encourut des soupçons du gouvernement pendant la persécution des whigs, qui suivit la dissolution du Parlement d’Oxford, et, en conséquence de la saisie générale de ses papiers, cet ouvrage peut bien avoir été transféré aux Archives, oùil a été retrouvé. Mais, quelles que puissent avoir été les aventures du manuscrit, il ne peut exister aucun doute sur l'authenticité -de catipireliqe du grand poëte.
M. Sumnér, qui-par es dde "> Sa Majesté a été chargé d'éditer et de traduire ce traité, s'est acquitté
1 Le titre exact des fonctions de Milton élait :.secrétaire pour les langues étrangères. Parmi les. dépèches publiées depuis par Ja société Camden, on remarque la lettre écrite par Cromwell à | Louis XIV en faveur des Vaudois persécutés.
2 Joannis Milloni, Angli, de. Poctrina christiana, libri duo posthumi ; Traité sur la Doctrine chrétienne, extraile des. saintes Beritüres seules, par Johu MiHon; traduit de Foriginal par Charles-R, Sumner. À. M., ete., 1825. .
de sa tâche d’une manière qui fait honneur à ses talents aussi bien qu’à son caractère. Sa version n’est pas, il est vrai, très-facile ni très-élégante, mais elle a le mérite d'être claire et fidèle. Les notes abondent en citations intéressantes et ont le rare mérite d’élucider réellement le texte. La préface est évidemment l’œuvre d'un homme plein de sens et de ‘sincérité, ferme dans ses propres opinions religieuses , tolérant pour celles des autres.
.… L'ouvrage lui-même n’ajoutera pas beaucoup à la renommée de Milton. Il est, comme tous ses ouvrages en latin, bien écrit, quoique pas précisément dans le style des compositions des lauréats d'Oxford et de Cambridge. On n’y trouve pas cette imitation laborieuse de l’antiquilé classique, cette pureté scrupuleuse, cette netteté cérémonieuse qui caractérisent la diction de nos Pharisiens académiques. L'auteur ne cherche pas à polir et à brillanter son latin par l'éclat et la pompe cicéronienne. Il ne sacrifie pas , en un mot, le sens et l'esprit aux raflinements pédantesques. La nature de son” sujet le forçait d'employer plusieurs mots
Que Quintilien eût lus en ouvrant de grands yeux 1.
Mais il conserve autant d’aisance et de liberté que si le latin était sa langue maternelle, et, là où il est moins heureux, il semble échouer plutôt par la négligence d’un indigène que par l'ignorance d’un étranger. Nous pouvons lui appliquer ce que Denham dit avec bonheur de Cowley : « IL porte le costume, mais non l'étoffe des anciens. »