WALHIAN UE
.… rentavec la même sévérité. RÉ ee co et - leurs. ecclésiastiques, qui, yaient se |
des Cavaliers nus pe purent pardo: .
à leur ancien ch guer avec UE es qi you
Me EU rec ain mbres de la Société d hi de
des associations réformistes furent fieus de
que leur orateur. favori appelait «: son. nob D]
grand champion de la tyrannie et de la corru n. D
: ultitudes.se trouvèrent ainsi tout à coup sans Chel, et toutes les deux en même temps. tournèrentles yeux du
côté de Pitt, Un parti vit en Jui Je seul homme qui pou-
yait délivrer le roi ; ; l'autre vit en. lui Je seul hom
pouvait purifier le Parlement. fut appuyé ici ia
| chevêque Markham, le prédicateur du d
.\ parJenkinson, le- ARE la-garde prétorienn Amis de Sa ere ar Jebb et Priestley, Si FA et. ne A us et Horne Tooke. Sur à Chambre des communes, toutefois, les rangs. de Ja majorité minisiérielle se maintinrent, et.on groyait impossible qu'aucun. politique osât ie telle nt Jamais He prince de la
Jet Gr.
| dif. AN malgré les. he 4 de Ltd humeur et! les murmures de pur LE quels on : accueillait leurs propositic itions du roi, malgré le blâme général qui era jour plus bruyamment de tous les. soi de li La Aires se croyaient en sûreté.
Telle était la confiance en leur foree, que, dès que le . Pt lement se fut réuni, ils lui LA Lonh plan singu-
FT De #5
liéfémént Hardi ët. Vo por : d'adininistedtion à.
ierftoité biitañni d'idée. IS proposaiènit. qe
totifé l'autorité mie jusque-là sur ce terriloire par
là ae 5e dés Indés fat RES à sept commissairés notés par lé Parlétfiént, ét non r'évoéäbles selon 16 boit plaisié dé là couronifié. "Le cbinte itewilliam, lé plus intime ami de Fox, devait étre le pr cé büfear, et le fils din dé Tord North de ait ét des “etbled. pe 5:
Aussitôt ‘que 1ës arlicles 48 sise he bee touté Ta häiné p'ovétquée par la Coalition écläta avéé uné explosion extraordinaire. La question qu'of aurait sans doté dû disétler avant toûté aûtre était celle de
savoir quélle infltenee 16 cflar niéétnent proposé pouvait
avôtt ets 18 sort de tenté milliohs d'hommes, Si tés -
älofs dé la Compagnie. Mais cetie question ne fut pts méme séribisement exafninée: Bürke, qi, soit qu'il cût toit, Soit qu'il edt raison dans $es conclusio®s findles, sûf al iolHs avoir lé mérité dé se placer tu vrai poirit dé vuë du dent Ja bi Van” 8e aûditeurs cette vaste populätioi doffl le 72 quotidien pourrait dépeñndtè d'un Yôte du Pärlément ritérhique. Avée sa püissaticé habituëlle d'idées et de latigäe, il park de la désolation dé Hohiléohide, dé a époliation de Bendrès, de Ia mauvaise politique qui avait laissé tomber eh sufrie les réservoirs de Carnate, fais in pat fixet l'attention. Lès partis en lufté," toit dit à leur honte, ne vôtilifènit écouter qûé 66 qui intéréssait directement la pôlitiue anblaise. Eh dehofs dû Parleent réténtissait un cri de réprobation presqie univerSëlle. Là ville-et la n - élaient dé là mène opiion, Les cotpora-
tiôns rédläiniient contre là vilation de la charte dé la
plus grande corporation du royaume. Tories-et démocrates étaient d'accord pour déclarer inconstitutionnel le nouveau bureau des Indes. Les membres devaient être choisis par Fox. Le bill aurait pour effet de donner à Fox pérsomnellement, qu’il fût dans le. D: à ou dans l'opposition, et non à la couronne, une éno puissance, un patronage suffisant pour contre-ba le patronage du Frésor et de l'Amirauté : rares là le maitre des élections-dans cinquante bourgs. Sachant bien, disait-on, qu'ilétait également PUS, au roi ét au peuple, Fox avait imaginé un plan qui le rendrait indépendant du peuple et du roi. Les üms le surnommaient Cromwell, les autres Carlo-Khan. Wilberforce, avec son bonheur d'expression ordinaire. et plus d'amertume qu'il n’en montrait habituellement, décrivit le projet comme enfant très-légitime. de la Coälition, car il avait à la fois la corruption de l'un de ses auteurs et la violence de l’autre. En dépit cependant de toutes les oppositions, le bill, soutenu dâns toutes ses: phases par d'imposantes majorités, passa rapidement. et fut envoyé à la Chambre des lords. A la surprise générale, quand on en proposa la seconde let- ture, l'opposition de la Chambre haute réclama ‘un ajournement, et l’ajournement fut voté par quatre-vingtsept voix contre soixante-dixcneuf. On connut bientôt la cause de cet étrange revirément de fortune. Le:consin de Pitt, le comte Temple, avait été admis dans Je cabinet du roi, qui l'avait autorisé à faire savoir que tous ceux qui voteraient sur le bill seraient considérés par Jui comme ses ennemis. |
Cette honteuse commission fut Er. et aussitôt la troupe des chambellans, des évêques qui sollicitaient
. un siége épiscopal 1 mieux rémunéré que le Jeur, et des lords d'Ecosse, qui avaient peur de ne; pas être réélus, se.-hâta de changer de côté. Quelques. jours après, Ja Chambre. haute rejeta le bill.Fox et North furent immédiatement invités à renvoyer leurs portefeuilles aû palais par leurs sous-secrétaires, et. Pitt. fui nommé premier lord dela trésorerie et chancelier, de. l'Echiquier, On croyait généralement que.
munes serait dissoute ; mais, Pitt prit la sage détermination de laisser à l'esprit. public le temps de.se fortifier. Son cousin, lord Temple, n’était pas de. cetawis; la conséquence fut que celui-ci, nommé d'abord secrétaire d'Etat, donna sa démission au bout de. arante-huit heures, et affranchit ainsi le nouveau ministre d’un lourd fardeau d’impopularité, car tous les hommés sensés et tons les hommes d'honneur, quelle que fût leur aversion pour le bill de l'Inde, désapprouvaient le moyen dont s'était. servi le roi pour le faire aorter; c'était un. scandale dont Temple resta seul chargé, et qu'il emporta.avec-ni, à la grande satisfaction des amis de Pitt, qui-conserva ainsi sa robe.d’innocence : ; car le jeune premier ministre put déclarer € en toutewérilé.que si des machinations anticonstitutionnelies asients eu lieu; ikn’y avait pris aucune part. see
Il n’en restait pas.moins exposé. À à une foule. de Se gers et de difficultés. Il avait.la majorité de la Chambre des lords:. Aucun -orateur de d'opposition, dans celte Chambre, ne pouvait lutter à armes égales avec Thurlow, .redevenu lord-chancelier, ni. avec Camden; qui défendit cordialement le fils de sonsancien ami Chatham. Mais, dans l’autre Chambre, ancun, orateur. éminent n'était assis-sur' les bancs ministériels: Le plus
318 wintun: Pitt. | utile auxiliaire dé Pitt était Dundas; qui n'avait : (CE
d'éloquenée, mais du savoir, dé lintélligentéé, el" beta pee Hem Sur leS bahcs of
botte st fer te ne put | en 7 œil de toute la title lendemain Le sion dé Temple: Mais ses émotions intérie ires fe le P trahirent pas. Son lañipage ét sa tente f'indiquafett ‘qu'un indomptable cotrage et üne hautaitie-cunfiancé " en ses forces, Sa lutte contré la. Cliämbré des Comm nes dura du 47 déceribré 1783 jusqu'au: mois d è : 178%, Seize fois l' opposition l'etnporta par ses es; Ont né Sie de répéter au roi qu'il devait ‘renivoÿ ministère, mais il était décidé à se tétirer eh Allettias gne plutôt que de céder. Pitt; de süficôté, ie vâcillé jamais, La nation se déclara pour lui gr véhËs € presque furieuse. Chaque jour des ädréssés tt rene de toutes. les provinces bout l'assurer de l'adhésion populaire. La Cité de Londrés lui présenté # lettres de bourgéoisie contenues dans üne- boîte d'or, et ül alla en grande cérémonie. récévoir cétté marqué de distinctions Un banquet somptueux Mi fut donné dans la halle des imiarehands épiciers, et les boue | tiquiers.du { Strand et-de Floet-streët illuminèrent en son honneur. Ces démonstratiolis publiques né pous väient manquer de faire impression sût le Parlement. La majorité commença à s’ébranlet: : Quélque iénbres | passèrent à l'ennemi “quelques autres,-se" fenant à. l'écart, se: préparaient à à les imiter furtivement{ plu: sieurs “opinuient pour capituler, pendant qu'il était ex-
| cote: PRE “apitulér avec les honneurs de: la
Wibbri Péri. 319 éuerre.-Des négdetations fürent entamées CHE 18 but de fortfer üfi binèt Sur üne large base, ats eHES fi rent férmiécs présque aussitôt qu'ouvertes.
L'éppositiof deitfindätt comme’ article préliminaire dit trâité qué Pitt tbandünnäl là trésorerie, et Pilt refüsa nellémént dele faire. Âu môtient le “Plus ärdént de éetté-Jitté vint à faquer la "plièe de comiis aux paréhéins1; sitécure à vié de l'ÉCR ; laquelle valäit 1rôis mille livres stéfling p ai ait et p juvait dire réniplié par dit mienfbré de de CHR "C'était A | chäneelier dé l’Ethiquier q’appaltenait la toïhiation dé l'eftipiloï, étpéssonne ñe déutait qu'il ne se l'appliqut à Mti-mémé; cé dont pérsohne tie 'étt blämé; càr où avait (6ujouf$ maiñtemit ces Sinécurés Sous prétéste que. qüelqués grahds tälehts, qui n'avaient qu'un fnédiocre rèvénu ; dispensés aiñét de préndre une profession, pouväiént se dévôuer exélusivément äu service dé Etat: Pitt; mälgré les fémontrances de 568 atñis, donna la placé dés péréhéminsau vicil adhéreñt de son père; le éoloñel Barre, homme dé talent Et due d'éloquencé, mais pauvre ét affigé de ééelté: Par Cet Afrangemert, l'Etat faisdit l'étonéfié d’une pénsion que lé ministère Rockiigham avait dceôrdée à Barre. Jamiais atte-politiqué ne füt plus heufeux. Oh 8e disputera toujours sur 1eS traités, 1é8 guerres, lès expéditiüns, lé& tarifs, les ses ce qui'est applaudi par une moitié
4 The clerkship of thé pit: celle” charge est ainsi nommée parce qué celui qui l'exerce; ou est censé l'exertér; dans les bureaux de l'Echiquier, tenait autrefois un.double rôle sur parchemin des sommes reçues. (pelis acceptorum) et des sommes déboursées (pellis exiluum). Pell est Ta lraduction du mot latin pellis, mais il ue s'emploie plus guère en aniblais qué dans celle locution.
de la nation peut être blâmé par l’autre; mais tout. Je monde comprend le désintéressement. pécuniaire. C'est un grand point pour l’homme qui,n'a que. trois cents livres sterling de revenu annuel de pouvoir. montrer qu'il considère comme rien trois mille. livres, comparéés au bien public et à l'estime. publique. Pitteut.sa récompense. Jamais ministre ne fut plus cruellement attaqué par les libelles; mais alors même qu'on le savait accablé de dettes, lorsque les millions luispassañent | par les mains, lorsque les plus riches seigneurs-du royaume, sollicitaient de lui des marquisatsset la Jarre- | tière, ses ennemis les plus amers n°’ ‘osèrent dire. qu'il se fût souillé aü-contact d’un argent mal ae SR ‘Enfin cette lutte pénible eut un terme. Une remontrance ‘finale, admirablement rédigée par Burke, fut volée le 6 mars, à la majorité d’une seule voix, dans une Chambre. au complet; à une seconde épreuve; la Coalition eût été probablement en minorité. Mais les subsidés avaient été accordés, le bill sur l'insurrection avait passé, et la couronné déclara le Parlement dissous. Les électeurs. se montrèrent généralement enthousiästes en faveur du gouvernement. Cent soixante.des partisans de la Coalition perdirent leurs siéges.+ Le premier lord de la trésorerie fut élu lui-même par l'université de Cambridge, et son jeune.ami, Wilberforce, Temporta dans le grand. comté d’York, malgré toute l'influence des Fitzwilliam, des Cavendich, des Dundas, des Saville. Au milieu de ces triomphes, Pitt complétait sa vingt-cinquième année. Il était le.swjet- le-plus considérable que l'Angleterre eût va depuis plusieurs générations; il dominait en ministre absolu {out le cabinet, favori à la fois du souverain, du Parlement et de
WILLIAM PITFT. 321
la nation. Jamais son père n'avait été si puissant, non plus que Walpole ou Marlborougbh.
Nous voici-arrivés à une époque au delà de laquelle une histoire complète de la vie de Pitt serait une histoire d’Angleterre,ou plutôt-de tout le monde civilisé, etnous devons nous conténter ici d’une simple esquisse, d’une esquisse où nous ferons ressortir les actes qui permettront au lecteur, pour-peu. qu'il soit au courant de l'histoire générale, de se former une juste idée du caractère de l’homme dont l'influence était si puissante sur les événements. ci, ag
Si nous voulons arriver à nous former. une idée juste des qualités et .des défauts de Pitt, n'oublions jamais qu'il appartenait à une classe particulière d’hommes d'Etat, et qu'il faut le juger d’après un modèle particulier, On ne saurait le comparer impartialement à des hommes tels que Ximenès et Sully, Richelieu et Oxenstiern, Jean de Witt et Warren Hastings. Ces politiques gouvérnèrent de grands Etats avec d’autres moyens que ceux qui étaient nécessairement employés par Pitt. Il est des talents qu’ils n'eurent jamais l’occasion de manifester, s'ils les possédaient, et qui furent développés.chez Pitt à un degré extraordinaire. Il est des qualités auxquelles ils doivent une grande partie de leur gloire, et qui laissent Pitt très-inférieur à eux. Ils traitaient les affaires dans leur cabinet, autour d’une table, où s’asseyaient quelques conseillers en petit nombre. Ce fut la destinée de Pitt de naître dans un siècle et dans un pays où le gouvernement parlementaire était parfaitement établi. Toute son éducation, depuis l'enfance, avait été dirigée avec le but de le rendre propre à jouer un rôle dans un gouvernement
322 WiLirAM btft.
-parlementaire. Dépuis Soi Agé mûr jusqu'à sa st toutes les-facultés dé sa Vigoureuse intéllig fi cèrént presque constamment danis la pratiqué dû | d'ouvernerent pärlémmentaire. C'est inst Qu'il int 1e plus grand Maitre qui ait jamais existé dané l'art dt goûvernemient parlementaire, an plis é6atéb- fai due Môfiläghe où Walpolé, ün plés grandi père, lord Chatham, où qneson rival Foxs in pl maitre que ses illustres sncèésécürs, Cañinif - Le gouvernement parlémentaite, commé t inventions humaines, à ses avantages et 888 désavan: tages. Lés avantages, iln'est pas besoin dérles fäire ressortir. La préuve de l'excélleñiée dés institutions de
l'Angleterre se trotivé. dans :sôn -histéifé; pendant les | cent soixante-dix #is-qui £e sünt écoulés Aéphe isa
Chambre des ines est devériie le Corps lé plus puissant de l'Etat. Süh iiminétise prospérité; qui va one core en aûgmentañt, sa liberté, si sécitrité, "à gratte
deur militaire, son ascéndant mâtitimé, ses progrès dans les sciences et lés aïts, Les mérveillés dé sb éFéut publie, ses colonies d'Amérique; d'Afrique et d’Ats- Lralie, son efnpire indiën In fanifestent suffisament:
Mais ces istitétions; tout excellentes tju’élles soft, ne
sont point parfiités. Le goufériement parletientaite
est le gonvertiemient par la parole. Dans €é gouvér-
nement , le taleñt de lt parole 686 à
hautement prisée de toutes eelles que peut posséder vin hôrme d'Etat, ëtce laléht peut exister"aur plis hatit degré, sans le jagetfiétit; single courage, satis l'art dé lire dans le cœur dés fommies où sans Fintélligerice des événements, Sas aüttne étndé dés prinéipes dé là 1ésislation où de l'écononitié plnige, sans ces cotindis-
Gaoglé
WALEIAM PAT 323
sanees qui font le diplomate ou l'administrateur Au de Ja conduite d'une guerre, Bien plus, il peut frès-hi arriver que ges mêmes don tent un charme particul er aux discours d'un
publie, peuvent être du avec ne qualités Lu pe Rire de li yne heu à le, un cas d’urgence : la décision prompte ft ainsi pour Charles Tovashend: de en é Windham, On était. heureux. de pouvoir écouter. ces orateurs accomplis. Mais dans une érise, ces hommes ingénieux n'auraient eu aucune des qualités avec Jes-
quelles on gouyerne; et que possédaient un Olivier.
Cromwell qui parlait mal, nn Guillaume le Taciturne qui ne parlait pas du tout. Lorsqu’ un gouvernement parlementaire est constitué, un Charles Townshend et un Windham exerceront presque fotjours plus di influeuce que ne le feraient des hommes tels que le grand lord Protecteur d'Angleterre ou le fondateur de la république batave, Pans ce ‘gouvernement, le talent parlementaire, nique: distinct des talents, d’ un bon fonetionnaire exécutif ou. jndiciaire, sera. un titre pour remplir des fonctions exécutiges et judiciaires, On pourrait extraire du registre où sont inscrits les hommes d'Etat. des divers règnes ‘une curiense liste. de chanceliers ignorant les principes de l'équité , et de premiers. lords de l’Amirauté ignorant les principes de Ja nay igation, de ministres des colonies qui n'auraient pu dire les noms de nos possessions d'outre-mer, de lords de la trésorerie qui ne.sayaient pas la différence entre le fonds consolidé et la dette flottante, de ‘secrétaires du bureau des Iudes quine savaient pas si les Mabhrattes étaient des mahométäns 6n des hindous,
ns de l'intelligence, que a
A En +
C'est à ce point de vue que quelques personnes, incapables de voir les deux côtés d’une question, ont déclaré que le gouvernement parlementaire était un gouvernement funeste ; c'est à ce point de vue qu’on a soutenu que les affaires seraient beaucoup mieux administrées si le pouvoir qu'exerce une grande assemblée était transféré à un seul. Les hommes sensés estimeront problablement que le remède serait pire que le mal, et qu'on ne gagnerait pas grand’chose à changer Charles Townshend et Windham pour le prince de la Paix, ou pour ce favori que Jacques I appelait familièrement le « pauvre esclave » ou son « chien Steenie 1. »
Pitt était essentiellement l’homme du gouvernement parlementaire, le type de sa classe, le favori, l'enfant gâté de la Chambre des communes. Pour la Chambre des communes, il avait un amour héréditaire et filial. Pendant toute son adolescence, la Chambre des communes n’était jamais sortie de sa pensée ou de la pensée de ses maîtres. Quand il récitait ses leçons sur les genoux de son père, quand il traduisait Thucydide et Cicéron, quand il analysait les barangues de Démosthène, il faisait son éducation pour la Chambre des communes. A vingt et un ans il était un membre distingué de Ia Chambre des communes, et ce fut le talent qu'il déploya dans la Chambre des communes qui fit de lui, avant sa vingt-cinquième année, le sujet le plus puissant de l'Europe. C’eût été un bonheur pour lui et pour son pays que son élévation eût été différée, et qu'il eût passé huit ou dix années de loisir à lire et
1 Le duc de Buckingham, que Waller Scott a mis en scène dans Pevcril du Pic.
à réfléchir, à voyager, à voir le monde et à échanger librement des idées avec. des compagnons ses égaux ; il eût acquis ainsi ce. qui manquait à sa puissante intelligence, sans qu'il y. eût faute de sa part. Il avait toutes les connaissances -qu'on, pouvait s'attendre à trouver en lui, c’est-à-dire toutes les connaissances que. peut acquérir un homme qui à été: étudiant à Cambridge, et qui est devenu premier lord de. la trésorerie et chancelier de l’Echiquier. Mais toutes les, connaissances générales que Pitt avait acquises à l’université, extraordinaires chez un jeune homme, étaient bien. inférieures ,à celles de Fox, et fort peu -de chose, comparativement à ce trésor de brillantes et profondes connaissances qui.ornait la vaste intelligence de Burke. Une fois que Pitt fut devenu ministre, il n’eut auçun loisir pour. apprendre quelque chose de plus que ce qu'il lui était nécessaire de savoir pour les affaires. de. chaque jour. Il n’était pas diflicile à un tel homme d'apprendre ce .qui lui était nécessaire pour les affaires de chaque jour, entouré comme il l'était de fonctionnaires habiles et. expérimentés : il pouvait à foute heure avoir recours à eux; grâce à
leurs informations toujours prêtes, il pouvait recueillir |
rapidement les matériaux, d’une discussion parlementaire, et c'était assez. La législation et l'administration n'étaient pour lui que choses secondaires. La contexture des articles d’une loi nouvelle, la négociation des traités, l’organisation des armées et.des flottes, l’expé-
dition des troupes, c'était là un travail auquel il n’ac-
cordait que le superflu de son temps et ses facultés les
moins hautes, tout le reste étant dirigé d'un autre
côté. C'était quand il fallait convaincre et persuader la
Chambre des communes qu'il évoquait tonté la séve ét toute la vigueur de son génic.
C'est principalement par ce que nous à transmis la tradition que nous pouvons nous faire uné idée de cette puissante élogmence ; car de tous lés orateurs du derniér sièéle, Pitt est celui qui aurait le plus à se plaitdre dés rédacteurs de journaux qui ont reproduit leurs discours. De son vivant même les critiques avaient remarqué qu’il était difficile de rendre sa parole, et qu’il fallait l'entendre pour l’apprécier. On lui appliqua plus d’une fois la phrase dont se sert Tacite pour décrire la destinée d’un sénateur dont on âdmirait la fhétorique ä&u siècle d’Auguste : Âaterit canorum ülud el profluens cum 1pso $imul extinctum est. Il resté cependant d’abondantes preuves que la nature avait donné à Pitt les talents d’un grand orateur, et ces talents avaient été développés d’une façon toute parliculière,. d’abord par son éducation, ensuite par la haute position officielle à laquelle il se vit porté de si bonne heure, et dans laquelle il passa Ja plus grande partie de sa vie publique.
Dès son début au Parlement, Pitt se montra supérieur à tous ses contemporains par la facilité de la parole. IL pouvait improviser une suite de périodes arrondies et pompeuses, sans chercher un mot et sans en répéter un, d’une voix élaire et avec une prononcialion nettement articulée. Burke avait plus de grandeur dans les idées et une imagination plus riche ; Windhan plus de finesse ; Sheridan plus d'esprit; Fox plus de dextérité dans la dialectique et plus d’éloquence, de ceite éloquence qui consiste dans la raison ct li pasion fondués ensemble, Cependant, d’après le jugement
“ie Te tu PE PIE, °C'REDPOE PAR 0 MR 2 D C4 1 LE". TS 27 e > PANTETE
ptesqie dnäniné de céax qui énténdaent habituelle: went colte réuhiôn rémarquablé; Pitt Clait, Coifinié orateux, au-dessus de Burke, au-dessus dé Windham,
au-dessus de Sheridan 6l'pas au-dessous de Fox: Sa déclatnation était abondété, polie, splendide. Aucun É ordleur ancien où moderne ne le sur jassa ‘probable -:# ment jamais par la forcé de $6s sarèas Set il sé ser |
ET Là à 1 WILLIAM BIT. 427 |
vait impitoÿablement detetie armé redoutable. était singuliéremént habile dans es deux partiés de Var
ofatoré qui sont 1és plus utiles à ‘ün “ministre” dat. #4 Petgônne ne sut jamais niléux comment être MINEUX à
ou comment être 6bécur. Lorsqu'il voulait de com pris, ilne Mänquäit jamais de l'être, Sur le sujet 18 plus étendu el plus éompléxé, 1 pouväit facilement préséntér à ses Auditeurs ün EXPOSÉ ucide et plausible, quoique ce ne fût peut-être pas {éujotirs un exposé exact et profond: Tout était à sa placé, rien n'était oûblié : minutieux détails, dates, chiffres ; leé questions embrouiliéés de finañcd expliquées par Pit£ semblafent claires à lintelligéhée la plus Gfaiiairé; d'un dire côté, loréqiril ne voulait pas été explicite, = ét quél hommié à la tôté des affaires veut toujours ‘être explicite? il avait ie mérvéilléuse faculté de ne rien dire, dans tn fangage qui laissait croire déeux qui l'& coutaient qu'il avait dit béañcoup. C’était en même temips le ‘seul homime qui pût discuter’ un budget’ sans notes, et le seul homme qui, comme disait Windham, È pût, sans préparation, prononcer la plus évisive et : la plus insignifianté dés compositions humainiés.….; ün discours du trône: © LS ES bi C'ébs L'effét de l’éloquente” dépendra toujours beaucoup du caraëtère de l'oratetr, În'extstt peut-être janiats
deux hommes dont l’éloquenée eut plus que celle dé Fox et de Pitt cette saveur distinctive que donnent les’ qualités morales. Les discours de Fox doïvent une grande. partie de leur chaïme à ectte chaleur du cœtr et à celte bonté naturelle qui sympathise avec les souffrances humaines, à cette admiration pourtout ce qui ést grand et beau, à cette haine dela crututé et de Vinjustice, qui nous intéressent et nous ravissént encore: dans les comptes rendus les plus défectueux. Personne ne pouvait entendre Pitt sans reconnaître en lui une haute intelligence, ayant la conscience superbe de sa droiture et de sa supériorité, incapable des vices bas de l'envie et de la peur, mais trop disposée à éprouver et À témoi. gner le dédain. L’orgueil pénétrait l'homme tout entier; l'orgueil était gravé dans les traits durs: et roïdes ‘de son visage ; l'orgueil s’exprimait dans sa démarche et dans toutes ses attitudes, soit qu'il s'assit, soit qu'il restât debout, et plus encore quand il saluait. . Un pareil orgueil, nécessairement, devait infliger bien des blessures. On peut aflirmer que dans les-dix mille i invectives écrites contre Fox, on ne trouverait pas un mot pour indiquer que Fox se fût fait un ennemi personnel, Mais plusieurs hommes éminents qui avaient été partisans de Pitt, et qui ne cessèrent jamais de soutenir sa politique et son administration, Cumberland, Boswell et Mathias, par exemple, furent tellement irrités du mépris avec lequel il les traitait qu'ils s en plaignirent dans leurs écrits: Eh bien! cet orguéil de: Pitt, ‘qui le faisait haïr par quelques-uns, inspirait à la foule de ses adhérents, dans les Chambres et dans la nation, le respect et la confiance, Ils l’acceptaient à.sa propre estimation ; ils voyaient que cette confiance en lui-même
Ts SE nn PE Late» LIL R TE LS LE
WILLIAM PTT. 329
n'était. pas celle de ces. parvenus, enivrés de leurs succès.et des applaudissements, qui, au premier revers de fortune, tombent de l'arrogance dans une hümilité abjecte.. C'était cette confiance de l’homme magnanime si bien peint. par Aristote, de l’homme qui se croit digne de la grandeur, et qui en est vraiment digne ! Née du sentiment de sa haute capacité et dé sa haute valeur morale, cette confiance ne’se mänifestäit j . jamais avec plus d'éclat qu'au milieu des obstacles et des! périls qui auraient énervé et abattu un esprit ordinaire ; -elle s'alliait étroitement äuési À ue ambition qui n avait aucun vil alliage de cupidité. IL y avait quelque chose de noble dans le mépris cynique ‘avec lequel le puissant ministre jétait les richesses et les titres à droite et à gauche, parmi ceux qui en faisaient éas, tandis qu'il les écartait dédaigneusement de son chemiñ. Pauvre lui-même, il était entouré d'amis auxquels il avait us trois mille, six mille, dix mille livres sterling par n. Resté le simple M. Pitt”, il avait fait plus de lords a aucun des trois ministrés qui. J'avaient précédé. La décoration de la Jarretière, que se disputaient les premiers ducs d'Angleterre, lui, fut pas fois offerte, et offerte en vain.
La convenance parfaite de sa vie épis ajoutait beaucoup à la dignité de l'homme public. Dans ses rélations de fils, de frère, d’oncle, de maître, d'ami, sa conduite était exemplaire, Au milieu du petit cercle de son intimité, il était aimable, affectueux, même gaï. Ses amis l’aimaient sincèrement; ils le regrettèrent long-
1 « Plain mister himself. » En anglais, ce motde mister, placé
devant'un nom, ne s'écrit jamais qu ’abréviativement par l'initiale M. De même pour mistress, qui ne s'écrit qué Mrs.
une nécessité de son régime, Mais, me.sa voix ot ses: gesios.trahissent un.sus et, par le fait, denx boutei NT. vin, dé équivalaient pour Jui à deux tasses. (3 (traduit des ubs de Ja is avait montré, une forte. propension äu. je assez de} prudence et de résolution pour s { que ce goût cût acquis la force d’une passion, Qu
ne
ed Dy Goggle
temps. Homme de génie, lettré. classique, homme,de goût, orateur dont la diclion était souvent comparée; à celle. de Cicéron, le.représentant enfin, d'une savante université, on aurait pu s'attendre naturellement à voir. Pitt prendre plaisir à patronner les écrivains de talent, à quelque parti politique qu'ils appaxtinssent. L'amour des lettres avait conduit Auguste : combler de ses bienfaits des poëtes du parti de Pompée,,Somérs à être le protecteur des non-jureurs de son temps; Harley à faire la fortune d'auteurs whigs. Mais cet amour des lettresne put engager Pitt à montrer ancune faveur, même aux auteurs pittites. IL avaitsans doute raison de penser qu'en général la poésie, l'histoire et la philosophie doivent être livrées à elles-mêmes pour trouver leur prix sur le marché, comme le calicot:et la coutelleries il avait raison de penser, dis-je, qu'accoutumer les gens de: lettres à compter habituellement sur l'Etat pour être rémunérés de leurs. œuvres. est mauvais pour l'Etat et mauvais pour les lettres, Assurément ricn n0 saurait être plus absurde eu plus pexpicieux que,de faire aux dépens du Trésor des prodigalités dont le but est d'encourager à écrire des livres médiogres ceux qui feraient mieux le mesurer du drap ou de vendre de la cannelle et du poivre, Mais s’il est juste de laisser les lecteurs, rétribuer
eux-mêmes. leurs auteurs, il y aura, toujours, dans.
toutes les époques, quelques exceptions à celte règle. I est digne d’un grand ministre de découvrir ces:exceptions spéciales, et Pitt n'aurait pas gu de peine à le faire, Pendant qu'il était au pouvoir, le plus grand phi- ” lologue du siècle, sop condisciple à Cambridge, fut réduit à gagner sa vie dans les plus bas travaux de la littérature, à écrire, des quolibets pour le. Warning
332 WILLIAM PTT.
Chrasieles au lieu de nous donner le texte le plus par-
fait des tragiques et. des comiques d'Athènes: Le-plus
grand historien du siècle, forcé par la pauvreté à fuir
son pays, complétà son ouvrage immortel sur les rives: du lac Léman. Peut-être fera-t-on valoir, pour excuser.
le ministre qui négligea de pareils hommes, les -opinions politiques dé Porson et les opinions religieuses de Gibbon; mais il est d’autres cas où cette excuse ne saurait exister. Au moment où Pitt prenaiten main les rênes du gouvernement, un écrivain éminent qui-n'avait pas gagné un gros revenu par ses écrits, êt qui, pabvenu à la vieillesse, s’acheminait vérs la tombe sous le poids de ses infirmités et de ses chagrins, aurait eu besoin de six cents livrés sterling pour aller respirer l'air plus doux de l'Italie pendant deux ou trois hiversqui lui restaient à vivre : il »’obtint pas un liard, et, avant
Noël, l’auteur du Dictionnaire anglais et de la: Vie des
poètes avait rendu le dérnier soupir sous le ciel brumeux et enfumé de la Cité de Londres. Quelques mois après là mort de Samuel Johnson paraissait da Tâche (the Task), le meilleur poëme, sans comparaison, qu'eùt produit un poëte anglais vivant, — un poëme, d’ailleurs, qui ne pouvait qu’exciter chez les lecteurs bien nés un sentiment.d’estime et de compassion en faveur “du poëte, homme de génie, homme vertueux, d’une fortune très-médiocre, et aflligé de la plus cruelle des infirmités qui puissent atteindre un homme quand il a
besoin d’un travail continu pour soutenir Son existence.
Nulle part; Chatham n'avait été loué avec: plus d’enthousiasme, par des vers plus dignes du sujet, que dans la Tâche. Le fils de Chätham, cependant se contenta de lire et d'adrirer la Tâche, laissant l’auteur à son indi-
F7 MA CA > = r = z Tr- TU SONT LE RS
gencé. La pension qui, longtemps après, protégéa des dernières années du mélancolique Cowper contre les créanciers et les huissiers fut obténue par les sollicitations bieriveillantes de lôrd Spencer. Quel contraste entre la conduite de Pitt envers Johnsonet celle de lord Grey envers son adversaire politique, Walter Scott, lorsqu'à Walter Scott, infirine éPmalheureux, la Faculté conseilla l'air de l'Halie! Quel contraste. éntre la conduite de Pittenvers Gowper et là conduite de Burké, qui n’était ni riche ni‘en placé, envers Crabbe ! Dundas Jüimême, qui n'avait aucune prétention au goût littéraire, et qui se laïssait considérer comme un homme politique presque inculte, Duridas lui-même fut un Mécène et un Léon X, comparé à son classique et éloquent ami. Dundas fit de Burns un emplôyé dé l'excise, avec soixante-dix livres sterling par an, somme supérieure à celles que Pitt consacra à l’encouragement des lettres pendant sa longue possession du PR Ceux-à même qui pensent qu'un gouvernement n’a pas dans ses attributions le devoir de rémunérer le mérite littéraire ne sauraient nier qu’un gouvernement qui dispose d'un certain nombre de bénéfices lucratifs et de dignités ecclésiastiques'est tenu, dans là distribution de ces bénéfices et de ces dignités, de ne pas oublier les hommes d'église qui ont rendu dés services réels à la religion. Il ne paraît pas être jamais venu à l’idée de Pitt qu’il eût aucune obligation de ce genre. Mettez ensemble tous les ouvrages de théologie des divers évêques qui reçurent de lui leur mitre, ils ne valent päs cinquante pages des Floræ Pauline, de la T héologie naturelleoù du Tableau des évidences duchristianisme. Mais le ministre tout-puissant ne conféra j jamais le moindre
334 WILHIAM. PITT.
bénélice à Paley. Les artistes ne furent pas traités moins dédaigneusement par Pitt que les écrivains, Poug la peinture, il ne fit, simplement rien. Des.sculpteurs, qui ayaient.été choisis. pour exécuter des monuments votés par le. Parlement, eurent à faire antichambre.des années entières au Trésor, avant de pouvoir obtenir,de fui in penny, L'un d'eux, après ayoi vainement, sollicité, pendant quatorze ans; l'argent qui lui était-dû, eut le courage de présenter ag roi un mémoire, etse fit rendre ainsi une tardive justice. Il était absolument nécessaire d ’employer.des architectes, et il parait que l’on employa. le plus mauvais qu'on put trouver, Pendant tonte la longue administration de Pitt,, onne: ah s'élever aucun monument Public. d’une nature. où d'ap style quelconques. N est.enfin permis d'affirmer qu'il n’est, aucun des ministres qu'on pourrait lui comparèr. pour le talent et l'habileté qui ait témoigné une indifférence plus dress aux letipes et aux at ess D sict Fi : sp __—
Le premier ministère de Pitt dura dix-sept ans. Cette longue période se divise par une ligne de profonde dé- . marcation en deux parties exactement égales. La pre-
mière finit et la seconde commença dans l'automne de 1792, Pendant tout le cours de la période, Pitt déploya au plus haut degré les talents d’un chef parlementaire. Pendant la première partie, il fut un heureux, et, sous plus d’un rapport, un habile minisire ; quant à la seconde partie, il y fut tout à fait au-dessous des diflicultés qu’il eut à combattre; mais son éloquence et sa science
parfaite de la tactique de la Chambre des Ropines dissimulèrent à la foule son insuffisance. ae
-. Les huit années quisuivirent les élections générales de 1784 furent aussi tranquilles et aussi prospères que n'importe quelle autre période égale de notre histoire. Lés nations voisines, qui avaientnaguère été en armés contre l'Angleterre et s'étaient flattées qu’en pen ses colonies américaines elle avait perdu la principale
source de sa richesse et: de sa puissance; virent avec .
surprise et dépit qu'elle était plus riche et plus puissante que jamais. Son commerce s’accroissait, se$ manufactures étaient florissantes et l'argent remplissait le Trésor. On avait généralement la crainte. mal fondée que la dette publique, inférieure des deux tiers, à celle que nous supportons aujourd’hui avec aisance, se trou-
vât trop lourde pour les forces de la nation. La raison n'aurait peui-être pas réussi à calmer ces craintes; Pitt lesealma par un tour d’escamotage: Il commença” à se persuader à lui-même d'abord, et puis à toute la nation, ses adversaires inclus, gun nouveau fonds d’amortissement, qui ne différait des autres fonds d” ‘amortissement que parce qu'il était moins bien conçn, pourrait, en vertu de quelque mystérieux talisman de propagation appartenant à l'argent, mettre dans la poche du créancier public de grosses sommes non prises dans la poche des contribuables,
Le. pays, effrayé d’un danger qui n'en était pas un, salua avec la joie d’une confiance aveugle un remède, qui. n'était pas un remède, Le ministre fut presque univefsellement proclamé le premier.des financiers. En ‘attendant, les deux branches de la maison dé Bourbon apprirent que l'Angleterre était un antago-
Ps SPECTRE PRE Cr LU RP
niste aussi ne LA qu’elle l'avait jamais: été. dues France avait formé un plan pour réduire là Hollande sous son vasselage ; fnäis l’'Angletérre $ ‘intérposa, étla France recula. L'Espagne interrompit violemment le ” commerce amglais avec les régions Prier 2 j . l'Océan; mais l'Angleterre arma, et PEspägné recula. © À Pinitérieur du royaume régnait une tränquillité p foñde. Pour la premièré fois, le roi était “populaires |
- Pendant les vingt-trois années qui avaïent suivi son avénement, il n'avait pas été âimé”de ses sujets, On rendait justice à ses vértus domestiques, mais eñ pen> sant généralement que ‘lés bornes qualités qui le”
* distinguaient das la vie privée n ’existaient pas dans * son caractère politique. Comme monarque, il était vire dicatif, rancuneux , opiniâtre , dissimulé. Sdus son scéptre, le pays avait subi dés désastres et de chediie
disgrâces, disgrâces et désastres qu’on imputait suftott
à sesantipathies insurmontables et à sa perverse Obs = nätion quand il avait tort. Tous les ministres, les ts après les autrés, se plaïgnaient d'avoir cédé aux €aresses, aux su ippheations. et se prômessés di oi Dour ture difficile ;* mais aussitôt qui avaient, au prix de leur bonné rénommée et en “perdant leurs meilleurs amis, rendu: au roi le service demandé, le maître ingrat s'était mis à intriguer contre eux et à leur. susciter une ÿ épposition pour” les renverser, Chatham, Grenville , Rôckingham, de caractères divers, mais tous les trois cœurs fiers et droits, étaient d'accord pour }
que le prince sous lequel ils äâvaient été See uistres était un dés hômmes les moins sincères. ne plaçait pas sa confiance, disaïent-ils, dans les conseil
WiLLIAM PITT. 337 lers connus et responsables auxquels il rémettait le
sceau de l'Etat, mais il.la donnait à des courtisans cachés" derrière les chaises de son’ éabinet, Dans le. Parlement, ses ministres, pendant qu'ils se défendaient, contre l'opposition, à face découverte, étaient conti-
nuellemtent, à son instigation, attaqués sur leurs flancs ou sur leurs deïrières par une vilé bände de mercenaires qui se. disaient les amis de Sa Majesté Ces
hommes, en possession de places de cour lücratives, |
parlaiént et votaient contre les projets de loi que le lord de la chancellerie ou le secrétaire d'Etat -proposaient législativement avec l'autorisation du souverain; Mais, du jour-où Pitt prit la direction des affaires, on vit cesser les influences occultes. Sôn esprit hautain et ambitieux ne pouvait se contenter de l'apparence du pouvoir. Toute tentative pour le minér à la cour, (ow mouvement de mutinerie parmi ses adhérents dans les Chambres étaient aussitôt réprimés. I n’avait qu'à offrir sa démission, et il dictait ses conditions. C'était lui et lui seul qu’on trouvait entre le roi et la Coalition. Il n'était donc guère moins qu'un maire du palais. La nation approuva le roi d’avoir la sagesse de reposer
toute sa confiance sur un si excellent ministre, ét les
vertus privées de ce prince commeneèrent à produire leur effet : Georges IT fut considéré généralement comme le modèlé des gentilshommes de province, respectable, honnête, bienveillant, sobre, religieux: Il se levait matin, il dinait selon les lois de la tempérance, ilétait scrupuleusement fidèle à sa femme, il né manquait jamais les offices de l'église, et, à l’église, ilne maânquait jamais un répons, Son peuple pria cordialement le ciel de le faire régner longtemps, et cette prière
fut d'autant plus cordiale qu’un plus grand relief était donné à ses vertus par les vices et les folies du prince de Galles, qui vivait en intimité étroite avec les chefs de l'opposition. . 1 La force de ce sentiment publie se manifosta a manière.signalée dans une occasion solennelle, Pendant l'automne de 1788, le roi perdit la raison. L'opposition, avide de pouvoir, commit la grande indiscrétion de prétendre que, par la loi fondamentale de l'Angleterre, le prince héritier présomptif avait le droit d’être investi de la régence et des pleins pouvoirs de la cou ronne, Pitt, de son côté, maintint la vraie doctrine constitutionnelle qui veut que, lorsqu'un souverain, en raison de son âge, d'une infirmité ou d’une absence, se trouve incapable d'exercer les fonctions royales, ce soit aux états du royaume de déterminer qui sera le régent et quelle étendue de pouvoirs sera déférée à ce régent. Il s’énsuivit une longue et violente lutte, dans laquelle la grande masse du peuple soutint Pitt avee le même enthousiasme que pendant les premiers mois de son ministère, Les tories l’applaudirent ,d’une voix maanime, comme le défenseur du lit de souffrance d’un vertueux et infortuné monarque contre une faction déloyale et un fils dénaturé. Quelques whigs l'approuvèrent de maintenir l'autorité du Parlement et les principes de 1688 contre une doctrine qui semblait n’avoir que trop d'aflinité avec la théorie servile de l’invio= lable droit d’hérédité, La classe moyenne, toujours prévenue en faveur des mœurs décentes et des vertus domestiques; eéntrevoyait avec terreur dans l'avenir un règne trop semblable à celui de Charles II. Le palais qui... depuis trente ans, était le modèle de la famille
anglaise, serait une, peste publique, une école de-débauche, Aux 1 modestes repas du bon roi, à son mouton et à.sa limonade servis à trois heures, suecéderaient des banquets nocturnes d’où des convives seraient transportés ivres morts£hez eux. A:la table de trictrae oùle bon roi jouait quelques pièces d'argent avec ses éeuyers, succéderaient des tablesgde pharaon d'où les jeunes patriciens se lèveraient.ruinés: après: s’y. être assis riches. Les appartements de réception,:d’où le front austère de la reine avait repoussé toute une gé= nération de beautés fragiles, redeyiendraient ce qu'ils avaient été aux beaux jours de, Barbara Palmer et de Louise de Querouaille..Mais, si sévère que fût la réprobation publiques au sujet des nombrenx.attachements illégitimes du prince, son unique attachement hopnête était blâmé plus-sévèrement encore: Même dans les cereles graves et pieux, ses maîtresses protestantes scandalisaient moins, que son épouse catholique. Personne n’osait. contester qu'il dût ayoir la régence ; mais ses amis et Jui étaient. si impopulaires, que. Pitt, avec l'approbation générale, put proposer de limiter; les pouvoirs du régént par des restrictions auxquellesil. eût été impossible de soumettre. un prince.qui. aurait eu l'amour et la confiance du pays, Quelques partisans intéressés. du cabinet, prévoyant un changement de ministre, passèrent à. l'opposition ; mais la majorité,
épurée par ces désertions, serra ses rangs et présenta à l'ennemi un front de bataille plus ferme que: jamais, Toutes. les fois qu'on. alla. aux, voix, Pitt Femporta: Lorsque enfin, après trois. mois .d’un interrègne.orageux; la veille même de l'inauguration de la régence, on annonça. que le roi avait recouvré. la raison, la
PER CES SPP pe ELEC TT, SET PP RTE VINVAS us |
nation fit éclater son ivresse. Le soir du jour où Georges IT ressaisit le sceptre, l’illumination la . plus générale qu’on eût encore vue en Angleterre éclaira de ses splendeurs le vaste espace d’Highgate à Tooting et d‘Hammersmith à Greenwich. Le jour où il alla rendre grâces dans la cathédrale de sa capitale, tous les chevaux ét toutes les voitures, dans un rayon-de cent milles autour de Londres, ne suflirent pas pour la multitude qui accourait pour le voir passer dans les rues. Une seconde illumination surpassa la prernière en magnificence. Pitt eut peine à s’arracher aux tumultueux empressements de la foule innombrable, qui voulait s’atteler à son carrosse depuis Saint-Paul jusqu’à Downing-street. Ce fut le moment où l’ôn peut dire que sa fortune et sa gloire avaient atteint leur apogée. Son influence dans le cabinet était aussi grande qu'avait été celle de Carr ou de Villiers. Son autorité sur le Parlement était plus absolue qu'autrefois celle de Walpole ou de Pelham; en même temps, il était le favori de la populace autant que le furent jamais Wilkes on Sacheverell. Rien ne contribua plus à exalter son nom que sa noble pauvreté. On savait que, s’il eût perdu sa place après plus de cinq añs d’omnipotence, il aurait à peine emporté avec lui la somme nécessaire pour meubler la chambre d'avocat où, disait-il gaiement, son intention était de reprendre la carrière du barreau. Ses admirateurs toutefois n’étaient nullement disposés à souffrir qu’il fit dépendre son pain quotidien de son travail quotidien. Les souscriptions volontaires qui lui auraient été offertes, dans la Cité de Londres séulemeñt, eussent -sufli à en faire un homme riché ; ais on peut douter que son orgueil eût daigné ac-
WILLIAM PTIT. 341
cepter une fortune si honorablement gagnée et si honorablement donnée. A
Tel était le degré de puissance et de gloire où s’était élevé cet homme extraordinaire, à l’âge de vingt-neuf ans. Mais le changement de la marée allait survenir : dix jours s’étaient écoulés depuis la procession triomphale de Saint-Paul, lorsque les états généraux de la France se réunirent à Versailles, après un intervalle de cent soixante-quatorze ans.
IT
Le caractère de la grande révolution qui suivit la réunion des états généraux fut pendant longtemps très-imparfaitement comprise en Angleterre. Burke vit plus loin qu'aucun de ses contemporains, mais tout ce que découvrit sa perspicacité fut décoloré par le reflet de ses passions et de son imagination. Il s’écoula plus de {rois ans avant que les principes du gouvernement anglais éprouvassent un changement matériel. Rien de plus doux, rien de plus scrupuleusement constitutionnel que la politique intérieure du ministre. On ne pouvait lui imputer aucun acte qui indiquât une humeur arbitraire ou une défiance jalouse du peuple. Il n’avait ‘jamais sollicité du Parlement aucun pouvoir extraordinaire; il n'avait jamais fait une dure application des pouvoirs ordinaires que la constitution délègue au gouvernement exécutif. Il n’avait provoqué aucun de ces procès politiques qu'on qualifierait aujourd’hui de persécution oppressive, Par le fait, la seule instance de
RÉPARER ce ace x RÉ
ce genre qui fut introduite, devant les tribunaux, pendant les huit premières années du ministère de Pitt, fut
Le procès de Stoekdale, qu'il faut attribuer non gmgouvernement, mais à l'opposition, Investi de la puissance ministérielle, Pitt avait racheté les gages qu'à son dé | A but dans la vie publique il avait donnés aux champions de la réforme parlementaire, En 1785, il ayait.soumis
Au.
KA s
na äux Chambres un plan judicieux pour améliorer.lé sys . Le stème représentatif, en obtenant du roi que nou-seule- Ê A -ment il s’abstiendrait de parler contre ce plan, mais É encore qu'il le recommanderait au Parlement dans le F2 discours du trône !. Le projet échoua ; mais On ne peut F4 douter que, si la Révolution française n’avait pas prô- Li voqué une réaction violente du sentiment publie, Pitt PE aurait accompli,.sans trop de difficulté -et sans trop de
danger, cette grande œuvre que lord Grey, à UNCÉPOs que plus rapprochée de nous, ne put accomplir-que par des moyens qui ébranlèrent pendantquelque temps les fondements de l’ordre social. Quand les atrocitésdeda traite des noirs furent pour la première fois expasées au Parlement, aucun abolitionniste ne parla avec plus de chaleur que Pitt, et, une maladie empêchant Wilberforce.dé paraltre à la Chambre, il fut remplacé cfficaz cement par son ami le ministre. Un bill conçu-däns une pensée d'humanité, pour mitiger les horreurs de cet infâme trafic, fut voté en 1788, grâce à l’éloqnenceet à la détermination de Pitt, malgré Popposition-dé
1 Le discours par lequel le roi ouvrit la session -de 1785 se termiz ait par l'assurance que Sa Majesté concourrait cordialement à toutes. les mesures tendant à consolider les vrais principes de 14 constitution. Ces paroles furent interprélées dans le temps comme ayant rapport au bill de réforme-de Pitt. CADRE E CRE
LR" à PR |
quelques-uns de ses propres collègues; on.,ne doit.j de mais oublier, à son hoñneur, que, pour “faire passer ce bih, il prolongea. la De en dépit dé beaucoup, de murrnures, longtemps SEE s le “règlement. des lois de finances et le vote du #7 d'appropriation, “En 1794, il soutint chaleureusement avec Fox la Se doctrine constitutionnelle contre ceux qui fvoulaiont qu'une dissolution du Parlement annulât un acte d accusation. Dans le cours de la même année, ces deux grands rivaux plaidèrent concurréemment une cause bien plus i ‘importante, ét ils méritent de partager l'honneur d'avoir insçrit dans notre Code la loi précieuse qui place la dberté de la presse sous la protection des jurés. I y eut une occasion, une seule, où Pitt, pendant la première partie de son long ministère, suivit uné ligne de conduite indigne d'un whig éclairé. Dans 16 débat sur le bill du test, il condescendit à satisfaire le maitre qu'il servait, l’université qu’il représentait au Parlement, et le corps nombreux des ecclésiastiques et des propriétaires de province dont il recherchait l' appui, en parlant, presque froïidement sans doute ef,sans aspérité de formes, le langage d'un tory. À cette seule eXception près, sa conduite, depuis la É fin de 1783 jusqu'au milieu de 1792, fut celle d’an sincère ami de la liberté civile et de la liberté religieuse,
Rien non plus, durant cette période, n indiquait que Pitt aimât la guerre où entretint aucun sentiment malveillant contre une nation voisine, Ils ne connaissaient ni son caractère ni son histoire, les écrivains français qui l'ont représenté comme ün Annibal ayant, “enfant, juré à son père de honprir üne haine éternelle contre la France, qui l’accusent d’avoir, par ses RReTIQURe
intrigues et. son argent. corrupteur, poussé les chefs
jacobins à ces excès par lesquels la Révolution fut dés-
honorée, qui veulent enfin qu'il ait été le véritable au- |
teur de la première coalition européenne. Loin d'être un ennemi mortel de la France, Pitt s'attira une cen-
suré.sévère de l’opposition par ses louables eforts pour resserrer l’alliance des deux pays au moyen d’un traité
dé commerce sage ét libéral. On lui reprocha dans la Chambre des- communes d’être ün fils dégénéré; sa - partialité pour les ennemis héréditaires de l’Angleterre devait, lui dit-on, aller soulever sous les dalles funèbres de l’abbaye de Westminster les ossements de son père, - Eh bien ! cet homme, qui, s’il avait eu le bonheur de © mourir en 1792, aurait laissé un nom sanctifié par la paix, par la liberté, par la philanthropie, par toutés les traditions d’une réforme modérée et du gouvernemient
constitutionnel, ce même homme vécut asséz pour que
son nom rappelle les rigueurs de l'arbitraire, des lois.
dures durement exécutées, des bills contre les étran-
gérs, des bills pour bâillonnerdes prisonniers, des suspensions de l’habeas corpus, des châtiments cruels ini gés à certains agitateurs. politiques, des pers
injustifiables instituées contre certains autres, et Ja
| guerre la plus. coûteuse et la plus sanglante de toutes Dr.
les guerres modernes, Il vécut pour être. maudit comme l'opprésseur de l'Angleterre et l'infatigable perturbateur de l’Europe. Des : poëtes, rapprochant ses. premières années de. ses dernières, le comparaient, tantôt à l'apôtre qui “trahit son maitre par un baiser, tantôt aux mauvais anges qui tombèrent du ciel dans l'enfer. Un satirique d’un es talent ! +0 dans ses. dl & Coleridge.
la Farine, le Carnage et le Feu, qui déclaraient qu'ils avaient reçu leur mandat d’un homme dont le.nom se composait de quatre | lettres (P, 1, T, T), eét-qu'ils témoigneraient largement leur gratitude à celui qui les avait employés. La Famine disait : «Jerongerai les entraillés des populations jusqu'à ce qu’elles se soulèvent. contre lui avec la rage de la démence. — Moi, je les aiderai, disait le Carnage, à le déchirer membre par membre. — Moi seul, reprenait le Feu, je puis le récompenser selon ses mérites, et je Pentourerai de mes: flammes pendant toute l'éternité, » C'était à ce monstre de Pitt et à ses guinées que là presse et la tribune françaises imputaient tous les crimes qui souillaient la France et tous les fléaux qui l’afligeaient, Tant-que les jacobins dominèrent, e’était Pitt qui avait corrompu la Gironde, qui avait fait insurger Lyon et Bordeaux contre la Convention, qui avait suborné Pâris pour assassiner Lepelletier, et Cécile Regnault pour assassiner Robespierre.
Quand arriva la réaction thermidorienne, toutes les horreurs du règne de la Terreur furent l'œuvre de Pitt.
Collot d'Herboïis ét Fouquier-Tinville: avaient été ses pensionnaires. C'était lui qui avait soudoyé les assassins dé septembre, qui avait dicté lés pamphlets de Marat et les carmagnoles de Barrère, qui avait payé Lebon pour couvtir Arras d’un déluge de sang, et Carrier pour embarrasser le cours de # Loire avec ses . noyades.
La vérité est que Pittn 'aimait nila guerre ni le gouvernement arbitraire ; il dimait la paix et la liberté. Un courant, auquel n'auraient guère pu résister une volonté et üne intelligence humaines, l’entraina hors de sa voie : au lieu de continuer la politique qui convenait
le mieux à ses qualités naturelles on acquises, il se vit forcé d’en poursuivre une qui répugnait à ses sentiments et qui ne convenuit pas à son talent réel. | L'accusation d’apostasie est évidemment injuste. On ne doit pas plus appeler un homme apostat, parce que ses opinions changent avec celles de la masse de ses contemporains, qu’on ne doit l'appeler voyageur oriental, parce qu’il est toujours à tourner du couchant au levant avee le globe terrestre et tout'ce qui est sur le globe. Entre le printemps de 1789 ct l’automne de 4792, l’esprit public de l'Angleterre subit un grand changement. Si le changement'des sentiments de Pitt fut particulièrement remarqué, ce n’est jas qu'il changea plus que ses concitoyens, car, par le fait, il changea moins que la plupart d'entre eux, mais parce qu’il était dans un rang plus éminent; — parce qu'il était, avant que Bonaparte parüt, l'individu qui remplissait la plus grande place aux yeux des habitants du monde civilisé. Dans le commencement, la nation, et Pitt, comme appartenant à la nation, virent avec intérét et approbation la Révolution française; mais bientôt de vastes confiscalions, le renversement violent des justitutions anciennes, la doinination des elubs, les actes barbares de la populace, rendue furieuse par la famine et la haine, produisirent en Angleterre une réaction. La cour, la noblesse titrée, les propriétaires, le clergé, les manufacturiers, les marchands, — en un mot, les dix- : neuf vingtièmes de ceux qui avaient l'abri d’un bon toit sur leur tête et de bons habits sur le dos, devinrent d’ardents et intolérants antijacobins. Ce sentiment fut au moins aussi prononcé parmi les adversaires du ministre que parmi ses défenseurs, Fox essaya en vain de
Le
WILLIAM PITT. 7 retenir ses pattisais. Tout son talent, toute son im mense influence personnelle ne put les empêcher de s’insurger en masse contre lui. Burke donna l'exemple de la révolte, et Burke né tarda pas à être joint par Portland, Spencer, Fitzwilliam, Loughborough, Carlisle, Malmesbury, Windhamn, Elliot. Dans ka Chambre des communes, le nombre des adhérents du grand orateur politique diminua de cent soixante à cinquante; dans la Chambré des lords, il ne lui en restæ que dix ou douze. Il est bien certain qu’une insurrection semblable aurait eu lieu sur les bancs ministériels, si Pit£. avait obstinément résisté au vœu général. Pressé à la fois par son maitre et par ses collègues, par d'anciens amis et d'anciens opposants, il abandonna peu à peu et à contre-cœur la politiqué chère à son cœur. Ce ne fut pas sans avoir fait tous ses efforts pour éviter la guerre européenne, ét inême, quand cette guerre éclata, il se flatta encore de l'espoir que l’Angleterre ne serait pas forcéé de préndré parti, soit d’un côté, soit d’un autre. Au printemps dé 1792, il félicitait le Parlement de la perspective d’üné loñgüe pit, êt prouvait sa sincérité en proposant uné grande réduction d'impôts, Jusqu’à la fin de cette année, la neutralité de l'Angleterre lui paraissait possible ; mais il n’était pas facile de réprimer les passions qui s’exaltaient sur les déux rives de la Manche. Les républicains, à la tête de la France, étaient en proie à un fanatisme semblable à celui des musulmans qui, le Koran dans une main et le cimetcrré dans l’autre, s’en allèrent conquérant et convertissant, à . lorient jusqu'à la baie de Bengale, et à l’occident jusqu'aux colonnes d’Hercule. Les hautes classes et les classes moyénnes de l'Angleterre étaient animées d'un
zèle non moins ardent que celui de ces croisés, qui, à Clermont en Auvergne, poussèrent le cri de Dieu le veut ! L'impulsion qui devait amener le choc des deux peuples ne pouvait être arrêtée par l'autorité ou le talent d’un seul homme. Comme Pitt était au premier rang de ses concitoyens et qu’il avait la tête plus haute qu'eux, il eut l'air de les conduire à la bataille ; mais le fait est qu'il fat emporté par eux, et que, s’il avait voulu s'opposer plus longtemps à la marche en avant, il eût été repoussé de côté ou foulé aux pieds.
11 céda au torrent, et de ce jour commencèrent ses malheurs. La vérité est qu'il n’y avait que deux partis rationnels à prendre. Puisqu'il ne préférait pas s’opposer au sentiment public, d'accord avec Fox, il aurait dû suivre l'avis de Burke et se prévaloir de ce sentiment. S'il lui était impossible de conserver la paix, il aurait dû adopter la seule politique qui pouvait conduire à la victoire, — il aurait dû proclamer une guerre sainte, pour la défense de la religion, de la morale, de la propriété, de l’ordre, du droit publie, et combattre les jacobins avec une énergie égale à la leur. Par malheur, Pitt chercha un juste milieu, et il en trouva un qui réunissait ce qu’il y avait de pire dans les deux extrêmes. Il fit la guerre ; mais il refusa de comprendre le caractère particulier de cette guerre. Il ferma les yeux obstinément sur ce fait qu'il avait pour adversaire un peuple qui était aussi une secte, et que la nouvelle querelle entre la France et l'Angleterre était d’un tout autre genre que les anciennes querelles à propos de colonies en Amérique, ou de forteresses dans les Pays- Bas. Il avait à combattre un enthousiasme frénétique, une ambition sans bornes, une activité surexcitée, le
plus audacieux esprit d'innovation, et il agit comme s'il avait eu affaire aux courtisanes et aux fats de la vieille tour de Versailles, à Mwe de Pompadour et à l’abbé de Bernis. Ce fut pitoyable de l'entendre, d'année en année, prouver à un auditoire dans l'admiration que la criminelle République était épuisée, qu’elle ne pouvait tenir, que son crédit était mort, que ses assignats avaient tout juste la valeur du papier sur lequel ils étaient gravés, comme si le crédit était nécessaire à un gouvernement dont le principe était la rapine ; comme si Alboin n’avait pu convertir l'Italie én un désert qu’après avoir négocié un emprunt à cinq pour cent, comme si les bons du trésor d'Attila avaient été au pair. Quelques grands talents qu’eût Pitt, son administration militaire fut celle d'un radoteur. Il était à la tête d’une nation engagée dans une lutte à mort, d’une nation éminemment distinguée par toutes les qualités physiques et toutes les qualités morales qui font d'excellents soldats. Il avait à sa disposition d'immenses ressources ; le Parlement était prêt à lui accorder plus d'hommes et plus d’argent qu'il ne Jui en demandait. Dans une pareille situation et avec de tels moyens, un homme d’Etat comme Richelieu, comme Louvois,comme Chatham, comme Wellesley, aurait créé en quelques mois une des plus belles armées du monde ; il aurait bientôt découvert etemployé des généraux dignes de commander cette armée. L'Allemagne aurait pu être sauvée par une autre bataille de Blenheim, la Flandre reconquise par une autre bataille de Ramillies; une autre bataille de Poitiers aurait pu délivrer les provinces royalistes et catholiques de la France d’un joug qu’elles abhor-
raient, et répandre la terreur jusqu'aux barrières de 20,
Paris, Mais qu'arriva-t-il? — Après huit ans de guerre, ‘après avoir sacrifié des milliers d'hommes, après des dépenses plus considérables que toutes celles de lx guerre d'Amérique, de la guerre de sept ans, de la guerre de la suecession d'Autriche et de la guerre de la succession d'Espagne réunies, l’armée anglaise, ‘ sous Pitt, fut la risée de l’Europe. Cette armée ne pouvait se vanter d'un seal exploit brillant; elle ne s'était montrée sur le continent que pour être battue, éhassée, forcée de se rembarquer ou de capituler. La prise de quelques îles à sucre dans les Indes occidentales, la dispersion de quelques rassemblements de paysans irlandais à moitié nus, telles furent les plus magnifiques victoires des troupes anglaises sous les auspices de Pitt.
La mariné anglaise ne saurait être ruinée par n’importe quelle mauvaise administration. Mais, pendant une longue période, tout ce qu'une mauvaise administration pouvait produire fut produit. Le comte de Chatham, sans la-moindre qualité qui le désignât à une haute fonction, reçut, de la partialité fraternelle, le poste important de premier lord de l’Amirauté, et l'oceupa pendant deux ans d’une guerre où lexistence même de l'Etat dépendait de la bonne tenue de la flotte. Ï continua à gaspiller un temps précieux, qui aurait dù être exclusivement consacré au service public, jusqu'à ce que le corps des commerçants anglais, quoique généralement disposé à soutenir le gouvernement, se -plaignit avec amertume que notre drapeau ne donnait aucune protection à notre commerce; et, heureusement, ce ministre fut remplacé par Georges, comte Spencer, un de ces chefs du parti whig qui, dans le
WIBLIAM PITY: 351 grand schisme causé par la révolution française;ayaient passé du côté de Burke. Lord Spencer, quoique infé. -
- rieur comme orateur à la plupart de ses collègues, était décidément le meilleur administrateur de tous. Grâce à lui, une longue et lügubre.süceession de jours de jeûne et, littéralement, d'humiliation, fut interrompue deux fois, dans le court espace. de onxe mois, par des jours de réjouissances et d'actions de grâce.
Il peut paraitre paradoxal de dire que l'incapacité .de Pitt, dans tout ce qui avait rapport à la.-conduite de la guerre, est, en quelque sorte, la preuve la plus -décisive de ses talents extraordinaires. Ce n'est là, cependant, que Ja simple vérité; ear, certainement, la dixième partie de ses fautes et de ses revers aurait él6 fatale au pouvoir et à l'influence de tout minislre qui
* n’eût pas possédé au plus haut degré les talents d'un
chef parlementaire, Vainement -ses plans étaient eonfondus; ses prédictions démenties, ses coalilions européennes dissoutes, ses expéditions si coûteusés repoussées avec honte; vainement. l'ennemi, triomphant de ses faibles efforts, subjuguaitla Flandre et le Brabant, l'électorat de Mayence et l’électorat de Trèves, la Hollande, le Piémont, la Ligurie, la Lombardie, ele,, l'aulorité de Pitt sur la Chambre des communes devenait de plus en plus absolue. Là était son empire ; là étaient ses victoires, son Eodi, son Arcole, son Rivoli et son
Marengo. Si quelque grande catastrophe, une bataille perdue par les alliés, l'annexion d’un nouveau département à la République française, une insurrection
sanglante en Irlande, une mutinerie sur la flotte, une” pauique dans la Cité, une menace de banqueroute, avaient répandu la terreur dans Les rangs de Ja majo-
rité, cette terreur ne durait qne jusqu’au moment où - Pitt se dressait au banc de la trésorerie, relevait sa tête hautaine, étendait le bras avec un geste de com- : mandement, et faisait entendre, en accents sonores, le fier langage d’une éspérance inébranlable et d’une détermination inflexible. C’est ainsi que, à travers une période calamiteuse, tout désastre qui survenait hors de l’enceinte du Parlement était régulièrement suivi d’un triomphe dans la salle des délibérations. Il n’eut plus, enfin, une opposition devant lui. De tout le nombreux parti qui avait lutté contre Pitt, durant les huit premières années de son ministère, plus de lamoitié marchait sous son drapeau, avec son anéièn compéti= ” teur, le duc de Portland, à la tête; le reste, désespéré: de la lutte, avait fini par déserter le champ de bataille: Fox s'était retiré sous les ombrages de la colline Sainté- Anne, et y avait trouvé uné ample compensation à tous ses échecs politiques, dans un cercle d'amis qu'aucune vicissitude ne pouvait lui enlever, auprès d’une femme aimée tendrement, et en ‘société des illustres morts d'Athènes, de Rome et de Florence. Les, sessions se succédaient presque sans qu’on fût obligé d'aller aux voix. Dans l’année mémorable de 4799, la plus forte minorité qui put se recruter contre le ministère n “était que de vingt-cinq membres. 3 - Certes, à cette époque, la politique intérieure de Pitt ne manquait pas de vigueur. Si Pitt n’opposait au jacobinisme français qu’une résistance si faible qu’elle ne faisait qu'encourager le mal qu'il eût voulu étouffer, il contenait d'une main ferme le jacobinisme anglais: L’habeas corpus fut plus d’une fois suspendu. Les réünions publiques étaient soumises à des entraves sévères.
WILLIAM PITT. 333 Le gouvernement-obtenait du Parlement le droit d’expulser les étrangers soupçonnés de mauvais desseins, et ce droit ne restait pas sans application. Les écrivains qui publiaient des doctrines contraires à la monarchie et à l’aristocratie étaient proscrits et punis sans miséricorde. Il n’y avait pas de sécurité-pour un républicain qui avouait sa croyance politique en déjeunant ou vidant une bouteille dans une. taverne. On sortit du fourreau les vieilles armes du Code d’Ecosse contre la sédition, ce Code que les Anglais considéraient comme barbare, ces armes que les gouvernements-précédents avaient laissé se rouiller, Des hommes d'un esprit cul tivé et de manières élégantes étaient. transportés avec les voleurs à. Botany-Bay, pour des actes que les juges de Westminster eussent traités de simples délits. Quelques réformistes, d'opinions extravagantes;'indiscrets dans leur langage, mais qui n’avaient jamais rêvé de renverser le gouvernement par la force matérielle, furent aecusés de haute trahison, et ils n’échappèrent au gibet que parce qu'ils rencontrèrent un jury équitable. Cette sévérité, hautement-applaudie alors par les alarmistes, que la peur rendait eruels, sera vue sous un autre jour par la postérité. L'histoire dira que les Anglais qui désiraient une révolution étaient trop peu nombreux pour être redoutables, et formaient d’ailleurs une faction sans armes, sans argent, sans plan arrêté, sans organisation, sans chefs. Fort, comme il l'était, par l’appui de la masse de la nation, Pitt aurait pu aisément réprimer la turbulence d’une minorité mécontente par l'application ferme, mais modérée, des lis ordinaires. Toute l’énergie qu'il montra durant cette épo-
que malheureuse de sa vie fut une énergie hors de
sh WILLIAM PITT.
place et -de,saison. Il fut d'une faiblesse languissante dans sa lutte contre l'étranger, qu’il fallait rééllement craindre, et il réserva toute sa vigueur etsa résolution contre l’ennémi domestique, qu’il: aurait pu:très-bien -. mépriser.
. Il n’est qu'un seul acte de la politique de Pitt, pendant les huit dernières-années du dix-huitième siècle, qui mérite les plus sincères éloges. Il fut le premier ministre anglais qui conçut de grands desseins pour Firkande. La mänière dont la population cätholique de ce malheureux pays avait.été contenue depuis plusieurs «générations lui paraissait cruelle et injuste. Il était trop habile pour ne pas s’aperceyoir que, dans une lutte: contre les jacobins, les catholiques ‘étaient ses alliés naturels, S'il eût pu faire tout ce qu'il désirait, il est probable qu’une politique sage et libérale eût prévenu la rébellion de 1798. Mais les obstacles qu'il rencontra éluient graves, peut-être insurmontables ; si les catholiques furent jetés dans les bras des jacobins; ce fut plutôt son malheur que sa faute. Il ÿ eut une troisième ‘ inswrection des Irlandais contre les Anglais, une insurrection non moins formidable que celles de 1641.et de 1689. Les Anglais réstèrent vainqueurs, et-Pitt fut forcé, commel'avaient été avant lui Olivier Cromwell et Guillaume I, de déterminer l'usage à faire de la victoire. Ce n’est que justice pour sa mémoire de dire qu'il conçut un plan si grand et si simple, si équitable et si humain, que ce plan séul suflirait pour lui donner un baut rang parmi les hommes d'Etat. Il résolut de fondre l’Llande en un seul royaunie-avec l'Angleterre, eten même temps d’affranchir les laïques catholiques des incapacités civiles, en accordant une allocation au
WILLIAM-PITT. :. *35ÿ
clergé catholique. 8’ avait pu réaliser ces nobles desseins, l'Union eût été une véritable Union: Elle se fût inséparablement associée dans l'esprit de Ja majorité des Irlandais avec la liberté civile et religieuse. Le vieux Parlement de Dublin n'aurait été regretté que par un petit nombre d’intrigants et d’oppresseurs, tandis que la masse de la nation ne s’en fût souvenue qu'avec le mépris dû à la plus tyrannique et à la plus corrompue des assemblées de l’Europe. Mais Pitt ne put exécuter que la-moîtié de son projet. Il réussit à obtenir le consenterméent des Parlements des deux royaumes à l'Union ; mais cette réconciliation des races’et des sectes, sans laquelle l'Union n'était qu'un mot, ne s’accomplit - pas. Pitt avait bien prévu les difficultés qu'il rencontrerait dans le cabinét du roi; mais il se flattait de l’idée qu'avec de l'adresse et de la prudence il les surmonterait. Malheureusement, il y eut en haut lieu des traitres et des sycophantes, qui l’'empêchèrent de faire les choses à son heure et-commie il les entendait. Ils révélèvent prématurément son plan au roi, et le lui révélèrent dela manière la plus propre à irriter et à alarmer un esprit faible et malade. Le roi s’imagina follement que le serment dü sacre lui interdisait de refuser son assentiment à un bill qui affranchirait les catholiques de leurs incapaeités civiles: Impossible d’argumenter avec lui. En vain Dundas essaya de lui expliquer la question, il fut répondu-à Dundas qu’il n'avait qu'à garder pour lui sa métaphysique. écossaise. Pitt, et les plus habiles collègues de Pitt, donnèrent leur démission: Il fallut que le roi composät un autré ministère. Cependant, sa colère ‘et son chagtin ramenèrent la maladie qui, plusieurs années auparavant, l'avait rendu
inhabile à remplir ses fonctions royales. Il assembla sa famille, lui lut le serment du couronnement, et dit que la violation de ce serment ferait immédiatement passer le sceptre à la maison de Savoie. Ce ne fut qu'après un interrègne de quelques semaines que le roi recouvra le-plein usage de sa pauvre intelligence, et qu’un ministère selon son cœur-fut enfin formé. va
Les matériaux qu’il lui fallut employer, pour y-parvénir, n'étaient ni solides ni brillants. Il ne pouvait avoir recours à ee parti, faible par le nombre, fort par toutes les sortes de talent, qui était hostile à sa politique étrangère et à la politique intérieure du précédent cabinet ; car ce parti, quoiqu'il ne fût d'accord avec les derniers conseillers de la couronne sur aucun des points honorés de l'approbation de Sa Majesté, était cordialement du même avis. qu'eux sur. le seul point qui les avait exposés à la disgrâce. Tout ce que Georgès III avait à faire était d'appeler l’arrière-rang du ministère dissous pour en former le premier rang d’un ministère nouveau. À une époque riche entré toutes en talents parlementaires, un cabinet fut composé qui contenait à peine un seul homme que ses talents parlementaires auraient tout juste placé au second rang. Les fonctions les plus importantes de l'Etat furent confiées à une médiocrité laborieuse. Henry Addington fut mis à la tête de la trésorerie. Il avait été un partisan — un partisan héréditaire — de Pitt, et l'influence de Pitt l’avait porté, jeune homme ncore;,-au fauteuil présidentiel de la Chambre des communes. On convenait généralement qu'il était le meilleur président qui eût occupé le fauteuil depuis la retraite d'Onslow. Mais la nature ne l'avait pas doté de facultés bien vigau-
WILLIAM PETT. 397
reuses, et la très-honorable position qu'il avait longtemps remplie avec honneur le rendait plutôt impropre à ses fonctions nouvelles. Son rôle avait-été de se maintenir impartialement entre les factions rivales, Ikn'avait pris aucune part à la guerre de-paroles, et c'était-avee une déférence marquée que s’adressaient à lui les grands orateurs qui, à sa droite et à sa gauche, tonnaient les uns’contre les autres. Lorsque; pourla première fois, il eut à rencontrer de vifs et énergiques antagonistes, qui frappaient fort, sans la moindre cérémonie, ce ne fut pas étonnant s’il se montra embar: rassé et gauche; ou si l’air de dignité et d'autorité qu'il avait contracté dans son poste antérieur, et dont il ne se dépouillait pas, le fit paraître ridicule. Malgré cela, il sembla, pendant plusieurs mois, solidement assis. Il était aimé du roi, à qui il ressemblait par son ésprit étroit, et: envers qui il-était plus obséquieux que Pitt n'avait jamais été. La nation fut mise de bonne humeur par une paix avec la France. L'enthousiasme-avec lequel les-hautes classes-et les classes moyennes s'étaient jetées dans la guerré n'existait plus: Le jacobinisme n’était plus formidable; partout une forte réaction s’élevait contre ce qu’on appelait la philosophie athée et anarchique du dix-huitième siècle. Bonaparte, devenu premier consul, était occupé à édifier, avec les ruines des vieilles constitutions, un nouveau clergé et une nouvelle noblesse. On ne soupçonnait pas encore qu’il ne faudrait rien moins que la souveraineté de tout le monde civilisé pour satisfaire son égoïste ambition. Les
sages d’Angleterré ne voyaient nulle raison de donter :
qu'il ne püt être un voisin aussi sûr qu'aucun des monarques de la maison de Bourbon. Le traité d'Amiens
358 | É WILLIAM PTT, fut donc salué par la-majorité du peuple sséisiaint sé |
: des démonstrations: d’une joie extravagante. Le nouveau J
miuistre fut momentanément très-populaire, Son infés. riorité. -comme -orateur était de peu de: conséquence; lorsqu'il avait à peine un adversaire: -devant lui. L'an cigpne-opposition, charmée de Ja paix, le voyait d'un bon œil. Une opposition nouvelle avait bien été formée par.quelques-uns des anciens ‘ministres. Grenvillet-la dirigeait dans la Chambre des lords, et Windham-‘dans la Chambre des communes, Mais cette opposition pouvait à peine réunir dix voix, et le publie né lui était pas favorable. Les ministres comptaient sur Pitt.comme sur leur plus ferme appui. I ne s’était pas retiré de mauvaise humeur, comme quelques-uns de.ses collègues. Il avait même exprimé à $es successeurs tout son res. ect pour le consciencieux-serupule qui s'était emparé de l'esprit du roi, et avait promis le concoursqu'il pourrait leur donner, Hors du Parlement, ses-conseils étaient à leur service. Dans le Parlement, il: avait pris | place sur Je-bane derrière eux, et, dans -plus d'une discussion, il les avait défendus avec un talent bien supérieur au leur. Le roi. appréciait. la valeur d’ün tel concours, I prit. un. jour à part le nouveaw ministre et l’ancien : « Sinous restons deg 4ème les trois; leur dit-il, tout ira biensw «+ : 2 agen Mais il n’était guère séiieutes la Dana étant ce. qu'elle-est-et. plus particulièrement Pitt-et Addington étant ce qu'ils étaient — que cette union fût durable, Pitt, sentant sa supériorité, s’imagina: qu’à . la place qu'il-venait-de quitter était un mannequin dressé par lui, un.-mannequin qu'ilpouvait gouverner à son gré tant qu'il le laissait là, et qu’il rejetterait. de
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FFF FETE ve : FoPPET ES; Le PP PRE ASPIRE FER CRE PET 2
WILIAAM PITT. 359
côté dès qu'il vondrait reprendre son premier rôles
Bientôt, il commença à: regretter le’ pouvoir + ibavait été élevé de si bonne-heure à l'autorité suprême, il en
avait joui si longtemps; qu'elle lui était devènue nécéssaire. Ses jours s’écoulaient léntément dans la retraite. Îl ne savait pas, comme Fox;-oublier les plaisirs et les sourees de l'ambition en société d'Ruripide ou d'Hérodote. L'orgueil lui interdisait de “confier-àsés-plus intimes amis qu'il lui tardait de redevenir'ministres mais il trouvait étrange, presque ingrat, que ee désirn’eût pas été deviné, qu'il n’eût pas été prévennmême, par celui qu'il regardaitéomme son représentant. © 2
Addington, de son côté, n'était nullement disposé à
descendre. Il nourrissait une illusion très-semblable à celle d'Abou-Hassan dans les Contes arabes. Ha tête lui tourna pendant son court califat. Ikprit son élévation au sérieux, l’attribua à son seul mérite, et sé considéra comme-un:des membres du grand'triumvirat des hom:mes d'Etat “d’Angleterre, = — comme sk d’être en tiers avec Pitt-et Fox: 2200208 th ta a ie
Tels étanties sentiments-du dinistrapeéhéléiréter.
ministre actuel, une rupture devénait inévitable, et il ne manqua pas de personnes empressées à hâter violemment cette rupture, Quelques-unes de ces personnes blessèrent l’orgueil d’Addington, en le peignant comme un laquais chargé de garder Ja place de son maître jusqu'à cé que celui-ei jugéât convenable de rentrer à la Trésorerie, D’autres saisissaient toutes les oétasions de le loier aux dépens de Pitt. Pitt avait entrepris-une guerre longue, sanglante, ruineuse, malheureuse. Addington avait fait la paix. Pitt avait sus-
tres gr
pendu des libertés constitutionnelles des Anglais. Ad-
360 WILLIAM PYTT. | dington leur avait rendu jouissance de leurs libertés. Pitt avait dissipé les ressources de l'Etat. Addington mettait tous ses soins à les rétablir. Il était quelquefois trop évident que ces compliments faisaient plaisir à Addington, Pitt se montrait froid et réservé, Pendant : plusiears mois, il s’éloigna de Londres. En son absence, ses plus intimes amis, sans tenir compte dé ses déclarations, qu'il n'avait aucune plainte à faire et ne dé sirait nullement revenir au pouvoir, s'évertuaient pour amener un changement de cabinet. Son-disciple favori, Georges Canning, jeune, ardent, ambitieux, avec de grands talents et de grandes qualités, mais caractère trop impatient et esprit trop satirique, pour son propre bonheur, n’épargnait aucune peine ni aucune fatigue. Ilécrivait, il parlait, il intriguait, il circonvenait tn cértain nombre de’ membrés ministériels pour leur faire signer une circulaire à l'effet de demander un changement d'administration. Addington et les amis d’Addington étaient le sujet d’une suite de pasquinades, Les partisans du’ ministre répliquaiént avec la même acrimonie, smon avec le même ésprit. Pitt n'aurait pu se tenir tout à fait à l'écart de cette guerre de quolibets qu’en renonçant tout à fait à la politique, et c'est ce qui lui devint bientôt impossible. Si Napoléon s’était contenté de tenir Ja première place parmi les monar= ques du continent; si, après avoir atteint à une gloire militaire supérieure à celle de Turenne et de Marlbo= rough, il s'était dévoué à la noble tâche de rendre la France heureuse -sous ün gouvernement ‘sanctifié par le culte des lois, l'Angleterre aurait pu tolérer plus longtemps un ministère médiocre, mais plein-de honnes’intentions, Malheureusement, le traité d'Amiens
venait à peine d’être signé, que l'insatiable ambition et l’insupportable insolence du premier Consul convainquirent la Majorité du peuple anglais que la paix si joyeusement accueillien’était qu'un armistice précaire, A mesure qu’il devint de plus en. plus clair qu’on marchait vers une guerre où il s'agirait de la dignité, de l'indépendance et de l'existence -même-de la nation, chacun regardait avec une inquiétude croissante le cabinet faible et languissant qui aurait à lutter contre un ennemi joignant une puissance plus étendue que celle de Louis le Grand à un génie plus vaste que celuide Frédéric le Grand. Il est vrai qu'Addington aurait pu facilementêtre un meilleur ministre de la guerre que Pitt, et qu’il n'aurait pu être pire. Mais Pitt avait jeté un charme sur l'esprit public. L’éloquence, le jugement, la calme et dédaigneuse fermeté déployés par-lui au Parlement, pendant plusieurs années, avaient persuadé au monde qu'il avait toutes les qualités éminentes qu'il lui eût fallu pour diriger toutes les branches du gouvernement. On s’imaginait encore, après les misérables avortements de Quiberon, de Dunkerque et du Helder, qu'il était le seul homme capable de se mesurer avee Bonaparte. Cette opinion n’était nulle part plus forte que parmi les collègues d’Addington. Telle fut la pression exercée sur lui, qu’il ne put s'empêcher d'y céder; mais, même en cédant, il fit voir combien il était loin de connaître sa véritable place. Sa première proposition fut que quelque seigneur insignifiant serait le premier lord de la trésorerie et le chef nominal du ministère, tandis que le pouvoir réel serait partagé entre Pitt et lui, nommés secrétaires d'Etat. Pitt, comme on devait s’y attendre, refusa de discuter un pareil plan, et en
parla avec un rire amer, « Quelle est la secrétairerie qui
vous a-éti-offérte?-lui-demanda son ami Wilberforce. —En: vérité, répondit Pitt, je n'ai pas eu Ja “euriosité L
de-le savoir,» Addington eut peur, et, diminuantses prétentions, ik offrit de remettre le trésoterie- à: Pitt, À condition qu'il n'y aurait pas:de chaugements-essentiels-dans lé cabinet. Pitt.ne voulut rien écouter dé,ees conditions. Survint-ensuite une dispute, comme il en nait fréquemment -des négociations verbales; alors même que les négociateurs sont gens d'honneur Pitt raconta les choses d’une manière , :Addington. d'une aütre, ét, quoique les différences des deux récits ne fussent pas de nature à se. fairé accuser réciproquement d’une violation volontaire de. la étés on fut trèsivrité d’un côté comme de l'aûtres + + 1 did. -Dans l'intervalle, la querelle avec le pepiefaia était devenuecritique, Le 46 mars 1803, le-roi-invita.la Chambre-des communes; par uni message, à le seconder contre les empiétements ambitieux de la France, -et,1e28, la Chambre prit le message en considérati Il y avait plusieurs mois que Pitt vivait dans la x traite..Les. élections générales avaient eu lieu: depuis qué sa voix avait retenti dans la Chambre des nes, et déux cents membres nouveaux ne l'avaient jumais entendu. On savait -que dans cette. occasion il se-
ait sur son banc, et la curiosité était vivement.excitée. F = Malheureusement-les rapporteurs de la-presse, par
suite de quelque méprise; furent exclus ee jour-là de la galerie, de sorte ‘que-les journaux ne donnèrent qu'un “maigre compte rendu de. la séance; mais il existe en- __“vore divers rapports de ce qui s’y passa,.et le plus intrans cesrapports se trouve dans une: Jette n non
WILLIAM PTT. 463 publiée, écrite par-un très-jeune membre-des commu-
nes, John William Ward; qui devint lord Dudley: Lors-
que Pitt se leva, il fut uccueilliavee de vifs applaudissements, qui éclatèrent plus vivement encore à chaque période de son discours:Lapéroraison fut, dit-on, une des plus animées et des plus magnifiques qu'oneût ju-
. mais entendues au Parlèment: «Le. discours de Pitt, écrivait Fox quelques jours’après, été très-admiré et lrès-justement: Je crois que c’est. le-meilleur.qu'il ait fait dans -ce genre: » Le débat fut ajourné ; et:à la seconde séance, Fox répliqua par une harangue qui laissait la victoire de l’éloquence indécise, comme furent forcés. de le reconnaitre les pittites les plus ardents. Addington fit une - pitoyable: apparition entre. les deux grands rivaux ; et l'on remarque que Pitt;tout-en exhortant les communes à soutenir résoläment le gouverne- ‘ment exécutif contre la France, ne dit pas un mot-qui ee pe estime ou son amitié pour le en ministre.
La gene fut. bientôt. déclarée: Le : prier. Consul menaça d’envahir PAngleterre à la tête des vainqueurs de la Belgique et de Ftalie; Un camp fut organisé de l'autre’ eôté du détroit, près de. Boulogne. Toute là population britannique se serait levée comme un sénl homme pour la défense du sol. En cette conjoncture, comme dans quelques autres conjonctures de l’histoire d'Angleterre, la conjoncture-de 1660, par exemple, et la conjoncture de 1688, tous les sincères patriotes se montrèrent généralement disposés à oublier leurs vieilles querelles, et à serrer d'une main amicale celle de tout Anglais prêt à concourir au salut du pays. Une coalition de tous les hommes éminents aurait été, en ce
moment, aussi populaire que la coalition de 4788 avait été impopulaire. Seul-de tont son royaume, le roi regardait complaisamment un cabinet où ne se trouvait aucun homme qui lui fût supérieur en intelligence; et plutôt que d'appeler au pouvoir quelques-uns de ses plus habiles sujets, il les aurait volontiers exclus tous, Quelques mois s’écoulèrent avant que les divers par- , tis, réunis par la haine et le mépris contre le ministère, parvinssent à se mettre d'accord entre eux. Mais, au printemps de 1804, il devint évident que le plus faible des ministères aurait à se défendre contre la plus forte des oppositions, une opposition composée de trois 6ppositions, dont chacune séparément aurait étéformida ble par le talent, et qui, associées, étaient aussi formidables par le nombre, Le parti quis’était déclaré-contre la paix avec Grenville et Windham à sa tête, et le parti qui s'était déclaré contre le renouvellement de la guërré avec Fox pour chef, pensèrent également que les hommes actuellement au pouvoir étaient incapables soit de faire une bonne paix, soit de diriger une guerrewigoureuse. Pitt avait, en 1802, parlé pour la ‘paix contre le parti de Grenville, et il avait, en 4803, parlé pour la guerre contre le parti de Fox. Mais relativement à la: force du cabinet, et surtoutde son chef, pour la conduite des grandes affaires, il pensait absolument comme Fox ou Grenville. On trouva facilement des questions sur lesquelles tous les ennemis de l'administration pouvaient agir dans une entente encordiale. L'infortuné premier lord de la trésorerie, qui, pendant les premiers mois de. son pouvoir, avait été -soutenu par Pitt d’un côté, par Fox de l’autre, eut maintenant à répondre à Pitt,et ce fut Fox qui lui répliqua. Deux vifs débats,
suivis d’un vote, le dégoûtèrent de son ‘poste : on sut aussi que la Chambre haute lui était plus hostile encore que la Chambre basse ; que les pairs représentatifs de l’Ecosse hésitaient; qu'il y avait des symptômes de mutinerie au banc des évêques. Dans le cabinet même régnait la discorde et pire que la discorde, la trahison. Il n'y avait plus qu’à céder. Le cabinet fat ‘dissous, et &t : la tâche d’en formerun fut confiée à Pitt. + Pitt pensait que jamais occasion plus belle ne s'était présentée, une occasion comme il ne s’en présenterait peut-être plus, de réunir, à des conditions “honorables, . tous les talents éminents du royaume. Les passions provoquées par la Révolution française étaient éteintes. La démence du novateur et la démence de l’alarmisté avaient également fait leur temps. Le jacobinisme et l’antijacobinisme étaient passés de mode ensemble. Le politique le plus libéral convenait que ce n’était pas un moment propice pour des plans de réforme parlementaire; et l'homme d'Etat le plus conservateur ne pouvait prétendre qu’il fût besoin de lois d'exception et de suspension de la liberté individuelle. La grandé lutte pour l'indépendance et l’honnenr nâtional absorbaït tous les esprits ; et ceux qui étaient d'accord, relativement au devoir de pousser cette Intte avec viguear, pouvaient bien renvoyer à une saison plus convenable toutes les disputes sur des sujets comparativement insignifiants. Sons l'influence de ces considérations, Pitt aurait voulu comprendre dans son ministère toutes les hautes capacités du pays. Se réservant la trésorerie, il proposà de donner à Fox une part de sm ae a égale à la sienne. l Plan excellent..., mais lé roi néréi pas én en-
466 Le WILLIAM PEFÉS tendre parler. Esprit lourd, obstiné, raneuneux; et; en ce temps-là, - à moitié insensé, il refusa positivement d'admettre Fox à son service, Il accepterait nimporte quel autre whig; même parmi ceux qui’étaient allés aussi loin-que Fox, où plus loin que Fox, dans ce"que Georges I-considérait comme du jacobinisme. Hatcepterait gracieusement Sheridan, Grey, Erskine ais Fox jamais. Pitt passa plusieurs heures à-raisonerle | roi: vains efforts! il avait affaire à une antipäthietopi- - niâtre, On ne peut douter que Pitt ne fût parfaitement | sincère ; mais ce n’était pas assez d'être sincère; ibett faHu être résolu, S'il s'était déclaré. bien déterminé à . ne-pas être ministre sañs Fox, l’obstination royale-eût fléchi comme elle fléchit quelques mois plus tard; quand elle eut devant elle l'inébranlable fermeté de lord Grenville. Ge fut Pitt qui céda dans une heure funeste: En __consentant à se priver de la coopération de son illüstre rival, ilse berçait de cet espoir qu'il aurait encored'amples éléments pour former un ministère fort. Getespoir fat cruellement trompé. Fox supplia ses amis délaisser de côté toute considération personnelle, etsdéclara qu’il appuierait de tont cœur un ministère capableet patriotique, dont il sérait lui-même extli Nou:seulement ses amis, mais éncore Grenville et les-adhérents de- Grenville répondirent tous qne-la question était pas personnelle ; qu'il y allait d’un grand principe éonstitutionnel et qu'ils n’entreraient dans aucnne-combinaison, tant qu’un homme aussi éminent et aussi utile au pays serait tenu à l'écart, uniquément parce qu'il n’était pas aimé.à la cour. Il ne restait plis à Pittqu'à composer un cabinet avec les débris dela: débiléadmi- nistration d’Addington. Le petit cercle de ses adhérènts
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personnels lui fournit quelques utiles auxiliaires, particulièrement Dundäs, qui avait été créé vicomte Melville, lord Harrewby et Canning.
- Ge fut sous ces tristes auspices que Pitt revint au pouvoir. Toute l'histoire de son second ministère ré pondit à ce début: Presque:tous-les mois apportaient la nôuvelle-d'un nouveau désastre ou d’une nouvelle bumiliation: A la guerre avec la France s’'ajouta une guerre avec l'Espagne. L'opposition était nombreuse, habile et aetive;:tandis qué lé ministre perdit bientôt ses plus utiles collègues, La maladie le priva de. lord Harrowby.-On-découvrit que lord Melville s'était laissé aller-à une très-coupable:faciliké-dans des transactions relatives. à la fortune publique. Il fut censuré par la Chambre des communes, forcé de remettre son portefeuille, renvoyé du Conseil privé et aceusé de malversations criminelles. Ce fut un coup fatal pour Pitt. Ilen éprouva une profonde douleur, dit-il au Parlement; et en prononçant le, mot douleur, sa-lèvre.frémit, sa voix se troubla fils'arrêta,-et: ses auditeurs erurent qu'il allait fondre: én: laïmes:-De-pareilles larmes, versées par lord. Eldon, n'auraient. provoqué que le rire. Versées par le sensible et sincère Fox, elles eussent fait naître la sympathie, sans causer la surprise. Mais une larme de Pitt aurait été quelque chose de tristement solennel, 1] contint son émotion, cependant, retrouva son calme et poursuivit avec sa majesté habituelle,
Les embarras qui lui furent suseités lobligèrent d'avoir récours à divers expédients. Addington se laissa persuader de rentrer dans le cabinet avec le titre de pair; mais çe collègue n'apporta aucune nouvelle force à Pitt. Malgré les apparences d’une réconciliation, il
lui fut impossible de pardonner le passé, Après s'être montré jaloux et susceptible, il finit par se retirer. Une autre fois, Pitt renouvela la tentative de surmonter l’a+ version de son maître pour Fox, et le bruit courut que l’obstination du monarque cédait peu à peu, Mais déjà’ il était difficile au ministre de dissimuler, aux yeux-‘du publie, le déclin de sa propre.santé et la continuelle anxiété qui lui rongeait le cœur. L'insomnie assiégeait ses nuits, Les aliments ne nourrissaient plus son corps. Tous ceux: qui passaient à côté de lui dans le Parc, tous ceux à qui il donnait rendez-vous à Downing-street, étaient frappés de sa physionomie et de ce mélancolique regard des dernières années de sa vie; souvent décrit.avec émotion -par Wilberforce, qui Rss le regard d'Austerlitz.
Cependant, la vigoureuse intelligence de Pitt ets son intrépide hauteur restaient inaltérables : il jouait la fortune de l'Europe ; par une dernière combinaison de cette grande partie, il avait réussi à former une nouvelle coalition puissante contre l'ascendant français. Les forces réunies de l'Autriche, de la Russie et de l’Angleterre pouvaient, espérait-il, opposer une insur-: montable barrière à l'ambition de l'ennemi commun.:- Mais le génie de Napoléon prévalut. Pendant que les troupes anglaises se préparaient à s’embarquer pour l'Allemagne, pendant que les Russes arrivaient lentement-de la Pologne, Napoléon, avec une rapidité sans : exemple dans la guerre moderne, transportait cent mille hommes des bords de l'Océan à la Forêt-Noire, et forçait une grande armée autrichienne à mettre bas les armes. Aux premières rumeurs de la victoire d'Ulm,. Pitt se refusa à ajouter foi à cette catastrophe, Il s'irrita-
des alarmes de ceux qui l'entouraient : « N’en croyez pas un mot, dit-il, c’est une fiction. » Le lendemain, il reçut un journal hollandais qui contenait la capitulation. Il ne savait pas le hollandais : c'était un dimanche ét les bureaux étaient fermés. Il porta le journal à lord Malmesbury, qui avait été ambassadeur en Hollande, et lord Malmesbury le lui traduisit, Pitt essaya de faire bonne contenance; mais le coup était trop fort, et il quitta lord Malmesbury avec la mort dans les yeux.
A la nouvelle dela bataille de Trafalgar, qui arriva quatre jours plus tard, il sembla revivre un moment. Quarante-huit heures après que“ette glorieuse et triste journée avait été annoñcée au pays eut lieu l’inauguration d’un lord-maire; et Pitt dina à Guild‘Hall. Sa popularité baïissait; mais, en cette occasion, la multitude, exaltée par la récente victoire, lui fit un accueil enthousiaste, détela ses chevaux à Cheapside et traina sa voiture jusqu’à King-street. On lui porta un toast au banquet : ilremercia par deux ou trois de ces phrases solennelles, familières à son éloquence. Ceux qui les entendirent les gravèrent dans leur cœur ; car c’étaient les dernières paroles qu'il devait prononcer en public : « Espérons, dit-il, que l'Angleterre; après s’être sauvée elle-même par son énergie, pourra sauver l'Europe par son exemple. »
Ce n'était qu'un point d'arrêt momentané. Austerlitz compléta bientôt Ulm. Dans les premiers jours de décembre, Pitt s’était retiré à Bath, avec l’espoir d’y retrouver des forces pour la session prochaine. Il languissait sur son sofa, quand arriva la nouvelle qu'une bataille décisive avait été livrée et perdue en Moravie;
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que: la coalition. était dissoute; que-Je éontinentiétait
aux pieds de la France: Pitt s’affaissa sous lo-choc, Deux jours après, il était si amaigri que- . plus‘intimes amis avaient-peine à le reconnaître. Il partit de Bath à petites journées, et le 14 janvier 1806.rentra dans savilla de Putney. Le Parlement s’ assemblait le 21. Le 20, devait avoir lieu le diner parlementaire: dans l'hôtel du premier lord de la trésorerie; à, Downingstreet, etc. Les cartes d'invitation étaient déjà expé- diées; mais les jours du grand ministre étaient comptés, Il n’avait plus qu'une chance pour-prolomger sayie, une faible chance, en résignant sa place et-passant quelques mois dans un profond repos. Ses collègues lui rendaient de très-courtes visites et évitaienbsoigneusement les entretiens politiques. Mais.cet esprit, acçoutumé au commandement, ne pouvait, même
extrémité, abandonner une sspérRnee qu'il était leseul
à ne pas croire vaine. : v'iad Mo
La jour-eb il fntéransporté dans sa chambre À Put-
ney, le marquis de Welesley, qu'il aimait
temps, qu'il avait nommé gouverneur de l'Inde, et dont l'administration avait été habile, énergique et heureuse, débarquait à Londres, après une absence de huit an- . nées. Les deux amis se revirent eucore une fois. Ce une entrevue affectueuse et un dernier adigt + Pitt semblait pas se douter que ce fût un adieu ;. s'imaginait aller mieux.: il parka de. ire sujets avec bonne humeur et d'un air serein. L fit l'éloge, un éloge sincère et raisonné, d’ Arthur, le frère de. Wellesley. «Je n'ai jamais, dit-il au marquis, rencontré un mili- j taire avee lequel on pât causer d’une manière si satisisantes » L'esctation ot etes cette entrevue
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avaient épuisé les forces du malade. Il s’évanouit, et lord Wellesley s’éloigna, convaineu que le dénoûment était- proche. de
Cependant les membres dû Parlement se pressaient de se rendre à Londres. Les chefs de l'opposition se réunirent pour délibérer sur la marche à suivre le premier jour de la session. Il était aisé de deviner quel serait le langage du discours de la couronne et de l'adresse proposée. en réponse à ce discours, On avait préparé un, amendement pour blâmer la politique du gouvernement, et il devait être proposé à la Chambre des communes par lord Henry Petty, jeune seigneur qui avait déjà conquis dans l'estime de son payseette place qu'il conserve encore au bout d’un demi-siècle‘. À lord H. Petty, il répugnait néanmoins de.se mettre en avant, comme l’aceusateur d’un homme devenu :incapable de se défendre lui-même. Lord Grenville, qui avait-été.informé par lord Wellesley de la situation de Pittet-émawait été très-affecté, recammanda avec sincérité des ménagements; Fox, avec sa générosité et sa bonté caractéristiques, parla dans le même sens : Sunt lacrymæ rerum, dit-il pour exprimer sa pitié en faveur de son rival mourant, ef mentem mortalia tangunt. Le premier jour de la session se passa donc sans débat.
Ce soir-là, le bruit courut que Pitt était mieux ; mais le lendemain matin, les médecins déclarèrent qu'il n’y avait plus d'espoir. Les hautes facultés dont il avait été
Aujourd'hui le marquis de Lansdown. Lord Lansdown devint chancelier de l'Echiquier, en: 1806, dans le minisièré dit ministère de
tous les talents. De nos jours, il-a été deux fois président du Conseil, ILest en quelque sorte aujourd’hui le chef honoraire du parti whig.
trop fier commençaient à. tomber, Son-vieux précep-. . teur et son ami, l'évêque de Lincoln, l'informa de son. danger, et lui.adressa toutes les exhortations religieuses que pouvait entendre une intelligence obseurcie déjà par les ombres du tombeau. On fit des contes . sur les sentiments de dévotion que le mourant aurait exprimés. Mais ces contes n’obtinrent aucun crédit sur: ceux qui le connaissaient. Wilberforce déclara impossible qu'ils fussent vrais: « Pitt, ajouta-t-il,‘esb un homme qui a toujours évité de s'expliquer sur cesmatières, quelle que fût sa pensée. » Dans -mainte. ha>. rangue de banquet, dans mainte élégie des rimailleurs… de Grub-street, dans les déclamations académiques et les poëmes couronnés à l’université, on répéta que le. grand ministre était morten s’écriant : «0 mon pays!» C’est une fable. Ce qu’il y a de vrai, c’est que les der= niers mots qu'il prononça, quand il savait encore. ce qu'il disait, furent des exclamations sur la situation alarmante des affaires publiques, Pitt expira le 93 jan= viér 1806, vingt-cinquième anniversaire du jour oùil. avait pris possession de son siége au Parlement: Il était dans sa quarante-septième année , et avait été pendant dix-neuf ans premier lord de la trésorerie; premier ministre. Depuis l'établissement du gouverne . ment parlementaire en Angleterre, aucun homme d'Etat n'avait exercé si longtemps l'autorité suprême. Walpole, il-est vrai, fut plus de vingt ans premier lord : de la trésorerie ; müis ce ne fut qu'après avoir été assez longtemps premier lord de la trésorerie ue Walpole devint en réalité premier ministre. Sais Un membre de la Chambre des communes pe de décerner à Pitt l'honneur de funérailles publiques
et d’un monument. Cette motion fut combattüe par Fox dans un discours qui mérite d’être étudié comme un: modèle de bon goût et de [nobles sentiments. Jamais orateur ne s’imposa un devoir plus pénible; mais Fox s'en acquitta avec une urbanité et une délicatesse qui furent reconnues par les amis du défunt. Une majorité de 288 votants contre 89 fit passer la motion.
Le 22 février fut le jour fixé pour les funérailles: Le corps resta exposé pendant deux jours dans la Chambre peinte, avant d’être porté en grande pompe au transept nord de l’abbaye de Westminster. Un cortége splendide de princes, de nobles titrés, d'évêques et de conseillers privés suivit le cercueil. On avait préparé la tombe de Pitt près de celle où reposait son illustre père, et à quelques pas du lieu où devait bientôt être enseveli son rival. La tristesse des assistants exprimait plus qu’un deuil ordinaire ; car celui qu’ils inhumaient ainsi avait sucécombé à des anxiétés et à des chagrins dont chacun des survivants né pouvait s'empêcher d’avoir sa part. Wilberforce, qui tenait la bannière devant le corbillard, décrivit la cérémonie avéc une émotion profonde. Au moment où le cercueil descendait sous les dalles, la figure d’aigle de Chatham sembla plonger un regard consterné dans le sombre caveau qui allait recevoir tout ce qui restait de tant de puissance et de tant de gloire.
Les divers partis de la Chambre des communes votèrent unanimement la somme de quarante mille livres sterling pour satisfaire les créanciers de Pitt. Quelquesuns de ses admirateurs représentèrent comme une circonstance très-honorable la dette qu'il laissait après Jui; mais les hommes sensés seront probablement d’une
opinion différente. Mieux vaut, sans doses ua | ministre pousse à l’exeès son mépris de l'argent que de salir ses mains par des profits illégitimes, Mais.est-il bien, est-il convenable de la part d ’un.hommie à-qui son pays fit un revenu plus que suflisant pour son . bien-être et sa dignité, est-il bien.conyenable que cet “homme lègue à son pays une delte,. résultat de sanés gligence et de ses profusions ? Comme premier lard de la trésorerie et chancelier de l’Echiquier, Pitt veut jamais moins de six mille livres sterling par ap, outre une excellente maison. En 1792, l’amicale impe du roi le força d'accepter, sa vie durant, les fonctions de gardien des cinq ports, avec près -de.quatra mille livres sterling par an de plus, I n'avait ni femme, ni enfant : il-n’avait pas de parents nécessiteux; il n° ’avait pas de goûts dispendieux ; il n'avait pas eu à régler les longs mémoires d'une élection. S'il eût seulement gon= .sacré.un quart d'heure par semaine à établir sa dépense ; il l'aurait contenue dans des bornes. raisonnäbles.-Ou, s’il n'avait pas même un quart d'heure par semaine pour le. faire lui-même, il ayait de nombreux amis, habiles hommes d’affaires, qui auraient été fiers de lui servir d'intendants, Un de ces amis, chef d'une grande maison de commerce dans la Cité, essaya de mettre de ordre dans la maison du ministre, mais en vain : il trouva que le gaspillage de la domesticité était - fabuleux, Le mémoire du boucher ageusait neuf quintaux de viande par semaine, La consomation de Ja volaille, du poisson, du thé était. en proportion, Le caractère de Pitt eût été plus digne si, an désintéressement de Périelès et du pri Ft se LA | joint leur noble frugalité. Serra
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La mémoire de Pitt a été bien souvent attaquée, tantôt justement, tantôt injustement; mais elle a heaucoup moins souffert de ses critiques que de ses apologistes; ear pendant longtemps son nom a servi de eri de ralliement à-une classe d'hommes avec lesquels, à une de ces époques de-erise épouvantable qui eonfondent toutes les distinetions ordinaires, il fit accidentellement et transitoirement canse commune, mais auxquels, sur presque toutes les grandes questions. de principes, il-était diamétralement opposé.
Les ennemis de la réforme parlementaire s'appelaient pittites, ne voulant pas se rappeler que Pitt fil trois motions en faveur de la réforme parlementaire; et que, quoiqu'il pensât que cette réforme ne pouvait convenablement s'’accomplir au milieu des passions allumées par la Révolution française, il ne prononça jamais un mot qui indiquât qu'il ne fût pas prêt à reproduire la question une quatrième fois en un moment plus opportun: Le toast de la suprématie protestante était proposé, le jour anniversaire de la naissance de Pitt, par une bande de pittites qui ne pouvaient ignorer que Pitt avait donné sa démission parce qu'il n'avait pu faire voter l'émancipation catholique. Les défenseurs de l’acte du test s’intitulaient piftites, tout en sachant bien que Pitt avait fait valoir auprès de Georges IT des raisons sans réplique pour abolir l’acte du test. Les adversaires du libre échangese disaient piffites, quoique Pitt fût plus profondément pénétré des doctrines d'Adam Smith que Fox ou Grey. Les négriers eux-mêmes invoquaient le nom de Pitt, qui n'avait jamais déployé plus d’éloquence que lorsqu'il parla sur les malheurs des noirs. Ce Pitt mythique, qui ressemble
au vrai Pitt comme le Charlemagne de l’Arioste réssemble au Charlemagne d'Eginhard, a fait son temps. L'histoire vengera le Pitf réel des calomnies déguisées sous le masque de l’adulation, et le montrera tél qu’il était : — ministre d’un immense talent, d'intentions honnêtes, d'opinions libérales, possédant par excellence toutes les qualités morales et intellectuelles propres au rôle de chef parlementaire, et capable de diriger avec prudence et modération le gouvernement d’un pays prospère et tranquille; mais au-dessous des circonstances terribles et extraordinaires comme celles qui l’exposèrent à s'égarer gravement, tant du côté de la faiblesse que du côté de la violence. :