‹ Œuvres diverses de Lord MacaulayChapitre 42 sur 46 · OBIIT LONDINI APR, 1V, MDCCLXXIV · texte numérisé non relu

OBIIT LONDINI APR, 1V, MDCCLXXIV

William Pitt, second fils de William Pitt, comte de Chatham, et de lady Hester Grenville, fille d’Hester, comtesse Temple, naquit le 28 mai 1759. L’enfant héritait d’un nom qui, à l’époque de sa naissance, était le plus illustre du monde civilisé, d’un nom qui était prononcé.-par tout Anglais avec orgueil, et par tout ennemi de l’Angleterre avec un mélange d’admiration et de terreur. Pendant la première année de sa vie, chaque mois eut ses illuminations et ses feux de joie, chaque vent amena un messager chargé de bonnes nouvelles et d’étendards pris sur le champ de bataille, En Westphalie, l'infanterie anglaise gagnait une grande victoire qui arrêta les armes de Louis XV au milieu d’une carrière de conquêtes ; sur la côte de Portugal, Boscawen battait une flotte française ; Hawke en dispersait une autre dans la baie de Biscaye ; Johnson s’emparait de Niagara et Amherst de Ticonderoga ; Wolfe mourait de la plus enviable des morts sous les murs de Québec; Clive détruisait un armement hollandais dans le Hoogley et établissait la suprématie bri-

tannique dans le- Bengale; Coote mettait. Lally.en déroute-à Wandewash et établissait la suprématie britannique dans le Carnate. La nation, en applaudissant

ces guerriers victorieux, les considérait tous, sur mer

et sur: terre, en Europe, en Amérique et en Asie, comme des instruments qui recevaient leur. di

d'un.esprit supérieur, C'était le grand William. Pitt, le

grand représentant des comnmiunes, qui avait vaincu les maréchaux français en Allemagne et les amiraux français sur l'Atlantique ; c'était lui qui avait conquis pour son pays-un vaste empire sur les bords glacés de l'Ontario et un autre sous le soleil des tropiques, à l'embouchure du Gange. Il n’était pas das la fiature des choses que la popularité extraordinaire dont jouissait le prernier William Pitt à cette date restât. permanente. Cette popularité avait déjà perdu son éclat avant que. ses. enfants fussent d'âge à comprendre

pourquoi leur père-était un grand homme: Il.se it

enfin plicé dans des situations où ni sés talents de ministre, ni ses talents d’orateur ne parurent à leur avantage. L'énergie et la décision qui l'avaient rendu éminemment propre à conduire la- guerre plus nécessaires dans la paix ; la haute et é élaquenee qui lui avait donné l'influence su la Chambre des communes manqua souvent son effet

sur la Charnbre des lords, Une cruelle maladie tortura

sés articulations qu'ellen’abandonna que pour se jeter sur ses nerfs et sur son cérveau. Pendant les dernières années de sa vie, il fut odieux à Ja cour, sans avoir cependant des relations très-amicales aveé-la majorité de l’opposition. Chatbam ne fut plus-que la ruine de Pilt;ruine imposante ef majestueuse toutefois, qu'aucun

WILLIAM- PYET', 294

homme de cœur ne-pouvait contempler sans éprouver des émotions analogues à celles qu’excitent les restes du. Parthénon et du.:Golisée, Sous un rapport, l'illustre homme d Etat fut éminemment heureux. Quelles que fussent les vicissitudes de sa vie publique; il ne cessa jamais de trouver la paix et l’affeetion à son foyer. H aima tous ses enfants et fut aimé.par eux. De tous ces enfants, eelui qu’il chérissait Je plus et. #8 il se montrait le plus fier était son second fils,

Le génie et l'ambition du jeune Pitt pen trace avec une précocité rare et presque surnaturelle, À sept ans, l'intérêt qu’il prit aux plus graves sujets; son ardeur à poursuivre ses études, lé bon sens et la vivacité de-ses remarques sur-les livres.et sur les faits émerveillaient sa famille et ses maîtres. Un. des mots qui Jui échappèrent à cette date fut répété à sa mère par son précepieur. Au mois d'août 1766, la grande nouvelle du jour.était que William Pitt; devenu lord Chatham, passait à la Chambre des pairs. Le petit William s’éeria : «Je suis bien aise de n'être pas le fils aîné; je veux parler comme papa dans la Chambre des communes: » Il existe une lettre de lady Chatham, femme: d’une

e distinetion, qui écrivait à son mari -que leur fils Le à douze ans, avait laissé loin derrière Jui son fils aîné qui en avait quinze. «L'esprit fin et délicat de William, ajoutait-elle, lui fait goûter avee le plus vif plaisir ce qui sérait-au-dessus de là capacité d’aueun autre enfant d’un âge sitendre.» À quatorze ans, l’enfantétait un homme par l'intelligence. Le poëte Hayley, qui le reñcontra à Lyme dans l’été de 1773, fut étonné, ravi et presque intimidé eu entendant sortir des paroles si spirituelles et si sensées de lèvres si jeunes. Hayley

regretta même plus tärd de n'avoir pas'osé soumettre au jugement de ‘cét ‘enfant extraordinaire le plan d'une grande composition littéraire qu'il méditait alors. Cet enfant, en effet, avait déjà écrit ne tragédie, mauvaisé nécessairement, mais non pas piré que‘les tragédies de Hayley. La piècé est encore conservée à Chevening, et, sous quelques rapports, elle est vrais ment curieuse. Îl n'ya pas d'amour, Poute l'intrigue est politique, et, chose remarquable ! l'intérêt, tél qu'il ést, roule sur une discussion à l’occasion d’une régénée. D'un côté ‘est un fidèle serviteur de la couronne; de l’antre un conspirateur ambitieux et sans ‘principes: Enfin, le’ toi, qui avait été absent, reparaît, reprend son sceptre, et récompense le fidèle défenseur de’ses droits: Un lecteur qui jugerait l'ouvrage sans en connaître l’auteur n'hésiterait pas à déclarer qu'il fut composé par quelque rimailleur, partisin de Pitt, à l’époque des réjouissances pour le RES de Georges II, en 1789.

Le plaisir qu'avaient les parefits du founé Williain à

observer le rapide développement de son intelligence

fut troublé par les appréhensions qüe leur causait sa santé. Îl grandissait d’une manière alarmante ; il était souvent maladé et toujours faible. On craignait enfin qu’il ne fât impossible d'élever un'enfant si grand de

taille, si mince et si délicat. Les médecins lui preseri- .

virent le vin de Porto;'et l'on dit qu'à quatorze ansil était accoutumé à prendre cette agréable tisane à des dôses qui, dans notre époque plus sobre, seraient eonsidérées comme plus que süuflisantes ‘pour un homme fait. Ce régime, qui aurait probablement tué quatre-

vinet-dixéneuf enfants sur cent, semble avoir été par-

faitement adapté aux particularités du tempérament du jeune: William; car, à quinze ans, il cessa d'être sujet à ses-continuelles indispositions, et, s’il ne devint jamais un homme robuste, il.finit, du moins, par être assez bien portant, péndant des-années de travail et d’anxiété, malgré les nuits consacrées aux débats parlementaires, et les étés passés. dans Londres. + Ce fut probablement à cause de sa. santé. délicate qu'il ne fut pas élevé comme les autres-enfants du même rang. Presque tous les hommes politiques.et les orateurs éminents qui devaient être un jour ses alliés ou. ses adversaires, North, Fox, Shelburne, Windham; Grey, Wellesley, Grenville, Sheridan, Canning, reçurent l'éducation des écoles publiques. Lord Ghatham avait été lui-même. un élève distingué d’Eton, et il.est rare qu'un élève distingué d’Eton oublie les-obligations qu'il contracteenvers Eton. Mais le tempérament faible du jeune William exigeait une surveillance.et des soins qu'on ne trouve guère que sous le toit paternel: Ge fut donc sous le toit-paternel, qu'il fit ses études, et ces études, dirigées par un eéclésiastiquemommé. Wilson, quoique souvent interrompues par la maladie, se poursuivirent avec un succès extraordinaire. Avant qu'il eût complété sa quinzième annnée, il possédait une connaissance des langues anciennes et-des mathématiques supérieure à celle que la plupart des écoliers de dixhuit ans apportent aux-colléges universitaires. On l'envoya donc, vers la fin de4713; au collége Pembroke de Cambridge. Un si jeune étudiant réclamait des soins plus attentifs que n’en donne un répétiteur à eeux qui ‘aspirent aux grades ‘universitaires. -Le précepteur chargé de ‘diriger les études académiques de-William

294 WALLIAM PITT.

Pitt fut un bachelier ès arts, nommé Préttyman, qui avait été un des lauréats des concours de l'année précédente. Sans avoir ni un extérieur séduisant, ni un talent brillantgc’était un grand travailleur et d’une rare sagacité; un érudit elassique et un fort mathématicien. , Prettymän resta pendant plus de deux ans à Cambridge le compagnon inséparable, et de fait presque l’anique compagnon de son élève. Ils: contractèrent ne amitié étroite et durable. Avant que le disciple eñt complété sa vingt-huitième année , il put faire: son précepleur évèque de Lincoln et. doyen de Saint-Paul;-le précepleur témoigna sa gratitude .en écrivant une Vie du disciple, qui jouit de la réputation d'être la plus mauvaise biographie qui existe dé lamême étendue. Pitt; jusqu’à ce qu'il eût pris ses-grades, fit à peine la connaissance d’un autre condisciple ; iksuivait régulièrement les offices dela chapelle matin et soir, dinait tous les jours au réfectoires et ne se permettait jamais une”partie. A-dix-sept ans, d'après la mauvaise cou: tume de ce temps-là, il fut admis par droit de naissance au grade de maître des arts, sans éxamen., Mais-ilrésida quelques années encore à Pembroke-Hal} , en poursuivant avee application, sous la. direction de Prettyman, toutes ses études académiques, et en fréquentant la meilleure société de l'université,

- La provision de savoir que fit Pitt à cette époque de sa vie était certainement extraordinaire, Par le. fait, il n'en êut jamais d'autre; car il devint de bonne heure trop occupé pour avoir du loisir pour là littérature, L'ouvrage qui faisait surtout ses délices étaitdes 2rin-

cipia de Newton. Son goût pour les mathématiques al-

lait jusqu'à la passion, et, de l'avis de ses professeurs,

WILLIAM PIE 245 mathématiciens distingués eux-mêmes, ce goût avait plutôt besoin d’être contenu qu'encouragé, n'avait pas d’égal dans l'université pour la perspieacitéset Ja promptitude avec lesquellesil trouvait la solution-d’un problème :c’est-ce que proclamaun des plus habiles professeurs qui présidaient aux thèses scolaires el dixigeaient les examens du sénat académique, Ses progrès dans les études classiques. n'étaient. pas, meins,.remarquables, Sous un rapport, il-est vrai, il avait. Je désavantage quand on le comparait aux éindiants du second et du troisième ordre sortis. des.écoles - publiques, 11 n'avait jamais, sous Wilson, contracté l'habitude de composer dans les langues mortes; il ne put donc pas acquérir cette facilité de versification que passèdent quelquefois des écoliers qui n’ont d’ailleurs qu’une connaissance superficielle de la langue greeque.et-de-da langue romaine, et de la littérature classique, I eût été totalement incapable de produire des vers-élégiaqués aussi charmants que ceux des adieux de Wellesley à Eton, ondes hexamètres virgiliens comme ceux dans lesquels Canning -déerivait le Pèlerinage de la Mecque. Mais il est douteux qu'aucun éruditeût à vingt ans une connaissance plus solide et plus profonde. des deux nobles idiomes de la civilisation antique. Sa faeile-pénétration du sens des phrases lessplus ardues des auteurs attiques étorinait les critiques émérites. Il s'était proposé deldiré-toute la poésie de la Grèce, et il ne fut content de lui-même que lersqu’il eut expliqué la Cassandra de Lycophron, l'ouvrage le plus obscur detoute l'antiquité. Cette étrange rapsodie a ‘embarrassé ‘et repoussé maint profond érudit : «Mais Pitt, dit son précepteur, la lut couramment à première vue, ét, si

je n’en avais été témoin, je croirais encore que-c’était là un effort au-dessus de l'intelligence humaine.» La littérature modérme n’occupa que pet, comparativement, l’élève de Prettyman. Pitt ne savait pas dé langue vivante, excepté le français, et il le savait ïmparfaitement. Il s'était familiarisé avec quelques-uns desmeïlleurs écrivains anglais,- plus particulièrement avec Shakspeare et Milton. Les débats üu-Pandémonium étaient, et il avait bien raison, un de*ses passa’ ges favoris. Longtemps après sa mort, ses amis citaiént encore la déclamation juste et la cadencé mélodieuse de son débit, lorsqu'il récitait l’incomparable discours de: Bélial. Dès l'enfance, on l'avait exercé à l’art de | .… conduire sa voix, qui élait naturellement claire et grave: Son père, dont l’éloquence devait une’ bonne partie de ses succès à cet art, avait été pour lui um-instructéur habile et judicieux. Par:la suite, les beaux esprits du club de Brooke; irrités de voir chaque soir les représenitantside la province fascinés par l’élocution sonore ‘du puissant orateur, ‘lui reprochaient ironiquement «d’avoir été éduqué par son papa sur ün tabotirett: 5 L'éducation de Pitt était bien propre à former un grand oratcur parleméntaire, Quel est l'argument 4e plus souvent répété contre ces ‘études classiques qui absorbent un si grand nombre des jeunes années d’un enfant de bonne famille? C'est qu’elles l'empêchent de se rendre -maitre-de sa langue maternelle, et qu’il n’est pas rare de rencontrer un jeune homme de talentécrivant la prose latine comme Cicéron, faisant des alcaïques comme Horace, mais à qui il serait impossible

+ & Taught by his dad on a stool. » )

nu + à æDisk il

WILLIAM PITT. in: 297

d'exprimer ses pensées dans un anglais pur, clair et énergique. Cette observation ne manque pas de vérité. Mais les études classiques de Pitt furent dirigées d'une manière toute spéciale. Elles ne firent qu’enrichir son vocabulaire anglais, et le rendresexpert dans l'art de construire correctement ses phrases: Sa méthode était de lire des yeux une page ou deux d'un auteur grec ou latin, d'en bien saisir le sens, et puis de traduire-à haute voix. ce passage dans sa propre langue. :Cétait ainsi qu'il avait commencé sous son premier maître Wilson, et Prettyman continua de même. dl: n’est pas:surprenant qu'un jeune homme naturellement très-intelligent, exercé ainsi pendant dix années consécutives, eùt aequis une facilité sans égale d'exprimer ses pensées, sans effort ni travail, par des mots bien choisis et d’élégantes périodes.

De tout ce qui nous reste de la littératare des anciens, c'étaient les harangues qu'il étudiait avec le plus de soin. Son occupation favorite était de comparer les discours pour et-eontre sur la même question, de les analyser et de remarquer lequel des arguments du premier orateur était réfuté par le second, lequel était éludé, lequel était laissé de côté. Mais ce n'était pas exclusivement dans les livres qu'il étudiait à cette époque l’art de l'escrime parlementaire. Quand il revenait dans sa famille, il avait de fréquentes occasions d’entendre à Westminster des débats importants. Il les écoutait, non pas seulement avec intérêt et bonheur, mais avec cette observation attentive et scientifique qu'apporte l'élève de Guy-Hospital à une opération difficile pratiquée par un célèbre chirurgien: Dans une de ces visites à Westminster, le jeune Pitt, dont le talent

298 WIBLIAM RITE. Le n’était encore connu que de sa parenté et du petit groupe de ses condisciples de Cambridge, se rencontra-sur.les marches du trône, à la Chambre des lords, avec Fox, et illui fut-présenté. Fox, son ainé de onze ans, étaitdéjà un des plus grands orateurs du Parlement, et le plus grand dans la discussion qui eût jamais paru en Angleterre. Fox raconta plus d'une fois que, pendant le cours du-débat, Pitt se tournait fréquemment vers lui pour lui dire : « Mais sûrement, monsieur Fox, on-pourrait répondre ici; » ou : «Qui, e’est cela, mais ne pourraiton pas répliquer ?»-Quelles. étaient les critiques parlementaires de Pitt? C’est ce que Fox avait oublié ; mais il déclarait qu'il fut. vivement frappé de: la précocité d'un jeune-homme qui, pendant toute la-séance, semblait exclusivement préoccupé des réponses qu'on pourrait faire aux orateurs des deux. Less -de la Chambre..." - ARR Th AE EUR . Une déstribide doi jeune Pitt à la Mamise des los resta une triste et mémorable date dans sa vie.-[l n’avait pas encore complété sa dix-neuvième année lorsque, le 7 août 1778, il accompagna son père à Westminster. On.s'attendait à une séance solennelle La France venait de reconnaître l'indépendance. des Etats- Unis. Le due de Richmond devait exprimer Fopinion : qu'il fallait renoncer à toute idée de soumettre les insurgés. Chatham avait toujours soutenu que la résistance des-colonies à la-mère patrie était justifiable; mais il-s'imaginait, bien à tort, que le jour où leur indépendance serait reconnue, c'en était fait dela grandeur de l’AngleterfesQuoique pliant sous le/poids de l’âge et des infirmités,il résolut, malgré les instances de sa famille, d’être ce jour-là sur son. siége, et il so

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rendit à la Chambre, appuyé sur son fils: Ce fnt un effort au-dessus des forces du vieillard. En voulant ha- - ranguer les pairs, il tomba à la renverse dans des conyuisions. Quelques semaines après, son corps était porté;.en pompe lugubre, de la « Chambre peinte » à FAbbaye. L'enfant bien-aimé de l'illustre mort, son homonyme, menait le deuil, et il suivit le cercueil jusqu'à ce qu'il le vit déposer dans le transept ôù le sien devait être aussi déposé un jour.

Son frère aîné, devenu comte de Chatham, voit ün revenu suflisant (rien que suflisant) pour maintenir-la dignité de sa pairie. Les autres membres de la famille n'étaient que médiocrement pourvus, William n'avait guère plus de trois cents livres sterling par an. Il Ii fallait quitter Cambridge et choisir une profession. Depuis le printemps de 1780, il était majeur; il se fit inscrire parmi les étudiants de Lincoln’s-Inn, et suivit comme avocat lesassises du circuit de l’ouest. Dans l’automne de cette même année, eut lieu une élection générale, et ilse présenta comme candidat aux électeurs de l’Université. Mais il resta le dernier sur la liste des votes (pol): On dit que les graves docteurs en robe rouge, qui sié- geaient alors sur les bancs de Golgotha, trouvèrent un si jeune homme bien présomptueux d’oser solliciter une si haute distinction. Cependant, à la demande du duc. de Rutland, un ami de la famille, sir James Lowther, le fit entrer au Parlement pour représenter le bourg d’Appleby,

Les dangers du pays étaient tels à cette époque qu'ils auraient bien pu troubler un grand courage. On avait en vain envoyé une armée après l’autre contre les colons rebelles de l'Amérique du Nord. Sur le champ de

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bataille la victoire était festée du côté des troupes disciplinéés de la mère patrie; mais ce n’était pas &ür les: chaimps'de bataille que pouvait se décidér l'issue d’uné pareille lutte, Une nation en armes, avec!la faim ‘ét l'Atlantique pour auxiliaires, n’était pas facile à subÿtiguér: Dans l'intervalle, la maison de’ Bourbon, humis liée quelques années auparavant par le génie ét la vigueur de Chatham, avait saisi l’occasion d’une re vanche. La France etTl’Espagne s'étaient liguées@ontre | … PAngletérre, et, plus récemment, la ‘Hollande venait

” dese joindre à elles’ Le pavillon anglais ne commane dait plus dans la Méditerranée et avait’ peine à°se maïntenir dans la Manche. Lès puissances du Nord fai: saïent ‘profession de neutralité, "mais leur neutralité” avait un aspect menaçant. En Asie, Hydér-Ali-était descendu sur lé Carnate, ‘avait détruit le petite armée de Baïllie ét répandaït la-térreur jusque sous les remparts du fort Saint-Georges. Les mécontents de lir-° landé semblaient présager la guerre civile. En Angleterre, autorité du gouvernement était ‘aussi bassque possible. Le roi et la Chambre ‘des communes ‘parta< geaient là même impopularité. Le «cri de-la réforme parlementaire retentissait avec une véhémence ‘prés-. que égale à celle de 1830. Des associations formidables, dirigées non par des démagogues ordinaires ; mais par des hommes d’un haut rang, d’un caractère pur et d’un talent distingué, réclamaient une révision du système représentatif. La populace, enhardie pat l'impuissance et l’irrésolution des ministres, avait récemment brisé toutes les entraves, assiégé"les Chambres législatives, bousculé: des pairs, pourchassé des évêques, attaqué la résidence des ambassadeurs, forcé

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les prisons, brûlé et abattu des maisons. Londres ,

pendant quelques jours, avait offert l'aspect d’une ville prise d'assaut, etil avait paru nécessaire de former un camp parmildes arbres du parc Saint-James.

En dépit des: périls et des embarras qui le menaçaient au dehors’et au dedans, Georges IH, avec une fermeté-qui n'avait aucune analogie avée-la: vertu ou la sagesse, persistait à vouloir réduire -lessAméricains par la force des armes, et ses ministres soumettaient leur jugement au sien, Quelques-uns d’entre eux, probablement, n'avaient d'autre mobile que leur cupidité égoïste ; mais leur chef, lord North, homme d'honneur, d'un caractère aimable, de manières séduisantes, et doué d’un vrai talent pour:les affaires comme pour la discussion, doit être acquitté de toute -arrière-pensée sordide..Il restait à un poste dont il était-dégoûté depuis longtemps et que maintes fois il avait tenté de quitter. y restait uniquement parce qu'il n'avait pas la force de-résisteraux.supplications du roi qui, pour imposer silence à-tous les arguments, demandait si un gentilhomme, si un homme de eourage pouvait avoir

le cœur de désertér un bon maître à l'heure Hcus crise

extrême.

L'opposition se congosaït de deux pis æotrafbis hostiles l’un. à l’autre, mais qui avaient fini par se réconcilier : réconciliation apparente, comme la suite le prouva, quoiqu'ils eussent l’air d’agir avec un cordial

‘ accord. Le plus considérable de ces deux partis réu-

nissait la majorité de l’aristocratie whig. Son chef était : Charles, marquis de Rockingham, homme d'esprit et honnête homme, supérieur, par sa richesse et son influence parlementaire, à la plupart des nobles anglais,

mais affligé d'une timidité nerveuse qui l’empêchait de jouer un rôle prééminent dans les débats du Parlement, À la Chambre des communes, Jes adhérents de Rockingham étaient conduits par Fox, dont les habitudes de dissipateur et la fortune ruinée faisaient parler toute la ville, mais à qui son-talent et son caractère doux, généreux et aimable, conciliaient l'admiration et les sympathies de ceux-là même qui déploraient:.le plus les erreurs de sa vie privée. Burke, supérieur à Fox par la largeur des vues, l'étendue des connaissances et l'éclat de l'imagination, mais moins habile. que lui dans cette logique et-dans cette rhétorique spéeiales qui portent la conviction dans les grandes.assemblées, condeseendait à être le lieutenant d’un jeune chefsqi aurait pu être son fils, CE Une sectior moins nombreuse de l'opposition se composait des vieux partisans de lord Chatham. À leur tête était William, comte de Shelburne, également distingué comme homme d'Etat et comme ami des lettres. Avec lui.se liguaient lord Camden, qui avait naguère tenu le grand sceau, et qui commandait l'estime publique par son intégrité, ses talents et son expérience constitutionnelle; Barré, déclamateur éloquent et acrimonieux, et Dunning, longtemps le premier avocat du barreau. C'était vers ce parti que Piit se sentait naturellement attiré. | Le 26 février 1784, il prononça son premier discours pour appuyer le plan de réforme économique proposé par Burke, Fox se levait au même moment; mais il renonça à la parole. Les auditeurs du jeune orateur furent surpris et charmés par son accent grave et en même temps animé, par son calme parfait, par la

: WILLIAM PIFT. 303 promptitude de ses répliques à ceux qui l'avaient précédé à la tribune, par le timbre argentin de sa voix'ét les-élégantes périodes deson ‘improvisation. Burke, ému jusqu'aux larmes, s'écria + « Ge n'est pas un rejeton du vieil arbre, e'est*le Yieileatbre lui-même ! = Pitt deviendra un des premiers oratétws du Parlement, - dit un des membres de Popposition ‘entstadressant à

Fox. — C'est ce qu'il est déjà,» répondit Fox, dont l'excellente nature était étrangère à l'envie.#fl ‘est un fait eurieux, dont se=souvenaient plusieurs dé leurs

ins, quivivaient hier encore : peu de temps le nou de Pitt fut proposé par Fox au

ere Pehaqu fois il soutint la réputation Pt me tons prorogation du Parlement; il po apepre: les brest ‘cireuit: déVonest Ste

pm line ndrité das Buller sur lo baniéte es « ing au barreau. go l cé 1

‘ vemb , le-Parlement se réunit de nouveau.

Quasantélititi ta auparavant était arrivée la nou velle que Cornwallis s'était rendu avec son armée til avait fallu en conséquence refaire le discours du trône. Ik n'était plus personne dans le royaume, eéxeépté le: roi, qui ne fût convaincu que c'était folie d’espérér soumettre les Etats-Unis, Dans le débat sur le rapport de l'adresse, Pitt parla avec plus d'éclateet «d'énergie encore qu'il n'avait parlé dans:la session précédente. IL fut chaleureusement applaudi par ses alliés. Mais on remarqua qu'aucun des membres dè son parti ne parla de lni avec autant d'enthousiasme que Henry Dündas, le lord-avogat d'Ecosse, duparti ministériel: Cet habile

et versatile politique prévoyait bien la chute prochaine du cabinet dont il.était un des soutiens, et il se préparait à ne pas être enseveli sous ses ruines. De’ce soirlà data sa liaison avec Pitt, liaison qui devint bientôt une. intimité étroite et qui dura jusqu’à ce qu'elle fût dissoute par la mort.

Une quinzaine de jours apr ès, Pitt parla se le Comité du budget de l’armée. Des symptômes de dissentiment commençaient à se faire sentir sur. les. banes ministériels. Lord Georges Germaine, le secrétaire d'Etat plus spécialement chargé de la direction de la guerre en Amérique, avait tenu un langage difficile à mettre d'accord avee les déclarations faites par le premier lord de la trésorerie. Pitt fit ressortir la contradiction avec beaucoup de force et de sagacité. Lord Georges et lord North commencèrent à se parler à l'oreille,-et Welbore Ellis, aneien fonctionnaire qui avait touché des émoluments sous presque tous les ministères, depuis l’époque d’Henry Pelham, se pencha entre eux deux pour glisser un mot. De pareilles .interruptions déconcertent quelquefois les plus vieux orateurs. Pitt s'arrêta, «et, jetant un regard sur le groupe, dit avec un admirable à-propos : «J'attendrai que Nestor ait terminé la querelle entre USE et Achille. »

Après plusieurs défaites, ou des victoires qui ressemblaient beaucoup à des défaites, le ministère donna sa démission. Le roi, à contre-cœur et de fort mauvaise grâce, consentit à accepter Rockingham comme premier ministre. Fox et Shelburne devinrent secrétaires d'Etat. Lord John Cavendish, homme des plus droits et des plus bonorables, fut nommé chancelier de

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FÉchiquier. Thurlow,-qui, par la force de son caraëtère et ses talents, s’était rendu le dictateur de la Chambre des lords, conserva le grand sceau: $

- A Pitt, par l'intermédiaire de Shelburne, fut offerte la place de vice-trésorier de l'Irlande, une des places les plus faciles à remplir et:les mieux'rétribuées dont dispose la couronne ; l'offre fut refusée sanshésitation. Le jeune politique avait résola de n’accepter qu'un poste qui le ferait entrer au cabinet. Il l'annonça luimême quelques jours après dans la Chambre-des communés. }l faut se souvenir qu'un choix plus’ restreint présidaït à la: composition des cabinets de ce temps-là. Nous avons vu des cabinets de seize. Du temps de nos grands-pères, un cabinet de dix ou de onze était considéré comme extraordinairement nombreux : sept était le chiffre habituel. Burke lui-même, qui avait accepté lès fonctions de payeur, ne faisait point partie du cabinet. La déclaration de Pift parut à plusieurs très-présomptueuse. Il regretta lui-même de l’avoir faite. « La phrase m’est échappée, ditsil à ses amis; dans la chaleur de l'improvisation: J’atrais donné tout au monde pour qu'on ne l’eût pas entendue:-» Cépendant cela ne lui fit aucun tort auprès du public: « Le second William Pitt, dit-on, a montré qu’il avait le courage aussi bien que lé génie du premier. » Dans le fils comme dans le père, peut-être y avait-il trop d’orgueil, mais rien de bas ni de sordide. On pouvait trouver arrogant un jeune avocat qui, vivant avec un revenu de trois ‘cents livres sterling, refusait un salaire de cinq mille, uniquement parce qu'il ne. voulait pas s'engager à défendre ou à voter des mesures qu'il n'aurait pas concouru à rédiger; mais assurément cette ärro-

gance n'était pas très-éloignée d’une vertueuse fierté.

Pitt'appuya éngénéral le ministère Rockinghams

mais il ne perdit pas une occasion de faire sa eour à ce parti ultra-whigqui, eréé par la persécution de Wilkes et l'élection de Middlesex, était devenu de ‘plus «en plüs nombreux et formidable, grâce aux événements désastreux de la guerre etâu triomphe dés priniéipes républicains en Amérique, Il défendit une motion poür abréger la durée des Parlements. Il en fit me luimême pour demander un Comité qui étudierait la question électorale,-et, dans les discours qu'il prononça à cette occasion, il-se déclara l'ennemi des bourgs pourvis ; il dénonça ces bourgs comme le camp retranché de cette corruption à laquelle il fallait attribuer tontes les calamités de la nation. Par une de ces phrases exaêtes. et sonores qui lui.étaient si naturelles, il les définifencore en disant que cette ‘institution avait grandi avec l'Angleterre dans sa phase ascendante, mais qu’elle était loin de suivre sa période descendante#, + #0 En cette circonstance, Pitt fut appuyé par Fox La motion fut votée par une majorité de vingt voix seulement; surtrois cents votants. Jusqu'en 1831; lesréformateursre devaient pus se FE dans une si bonne position. ES ‘ri Lé nouveau cbinet avait la foiés du tlèhts et au-

eun des cabinets, depuis l’avénement de Georges I,

n'avait été aussi populaire ; mais il-était haï par le roi,

soutenu avec hésitation par le Parlement et déchiré

! Littéralement : « Cette institution a crû avec la croissance de l'Angleterre et s’est fortifiée dans sa force, mais elle n'a pas diminué avec Ja diminution de sa prospérité ni décliné ayec sou déclin. »

par des divisions intérieures. Le chaneelier n'avait ni l'affection ni la confiance de la plupart de ses collegues. Les deux secrétaires d'Etat se regardaient avec des yeux jaloux. La démareation de leurs départements respectifs n'avait pas été tracée avec précision : de là des empiétements et des plaintes réciproques. Ce fut tout ce que Rockingham put faire de maintenir la paix dans son cabinet, — et le cabinet n'avait que trois mois d'existence quand Rockingham mourut:

Aussitôt Lout tomba en confusion. Les partisans du ministre mort prirent le due de Portland pour leur ehef, Le roi plaça Shelburne à la tête du Trésor. Fox, lord Cavendish et Burke donnèrent immédiatement. leur démission, et le nouveau ministre n'eut plus que des éléments insuflisants pour constituer son cabinet. Il avait personnellement un grand talent parlementaire, mais il ne pouvait être là où le talent parlementaire était le plus nécessaire. Il fallait done trouver quelque autre membre de la Chambre. des communes pour faire face aux orateurs de l'opposition, Pitt seul avait l’éloquence et le courage d'un tel rôle. On lui offrit la place émineñte de chancelier de l’Echiquier, et il l’accepta … Il venait tout juste de compléter sa vingt-troisième année. j ,

Le Parlement fut bientôt prorogé, Pendant l’intervallée d’une session à l’autre, une négociation pacifique, commencée sous Rockingham, aboutit à une conclusion heureuse. L’Angleterre réconnut l'indépendance de ses colonies insurgées ; elle céda en même temps à ses ennemis d'Europe quelques ports de la Méditerranée et du golfe du Mexique. Mais les conditions qu'elle oblint étaient aussi avantageuses et aussi honorables

qu'elle pouvait les espérer des événements de la guerre, ou que celles qu'elle aurait pu obtenir par la prolongation d’une lutte complétement inégale. Elle conservait toutes ses forces vitales, toutes les véritables sources de sa puissance ; sa dignité même était sauve, car elle ne cédait à la maison de Bourbon que ce qu’elle avait enlevé à cette maison dans les gucrres précédéntes : son empire de l’Inde lui restait sans amoindrissement, et, en dépit des efforts de deux grandes monarchies, son pavillon flottait encore sur le roc de Gibraltar. Fox, s’il fût resté en place, n'aurait certainement pas hésité à conclure un traité à de semblables conditions. Malheureusement, cet homme éminent et doué de qualités si aimables se laissa égarer dans cette crise parses passions, et, pendant une longue suite d’années, son erreur rendit son génie et ses qualités aimables presque inutiles à son pays.

Fox vit que la masse de la Chambre des communes se divisait en trois partis : le sien, celui de North, et celui de Shelburne ; qu'aucun de ces trois partis n’était

| assez considérable pour rester seul ; que par consé- | quent, à moins que deux fissent alliance, il n’ÿ aurait | plus qu’une très-faible administration, ou plus proba- .blement une suite de très-faibles administrations , et | cela alors qu’un gouvernement fort devenait plus que ‘jamais essentiel à la prospérité .et à la dignité de la nation.

Il était donc nécessaire et juste de former une coalition. Contre toutes les coalitions possibles, il y avait des objections. Mais, de toutes les coalitions possibles, celle contre laquelle il y avait le moins d’objections, c'était sans contredit une coalition entre Shelburne et

Fox. Celle-là aurait été généralement approuvée par les adhérents de l’un et de l’autre. Elle pouvait se faire sans le sacrifice d'aucun principe politique de la part de Shejburne ou de Fox. Malheureusement, de récentes querelles avaient laissé dans l'esprit de Fox une haine et une méfiance profondes contre Shelburne. Pitt essaya d'intervenir comme médiateur, et fut autorisé à proposer à Fox de rentrer au service de la couronne. « Lord Shelburne, demanda Fox, doit-il rester premier ministre?» Pitt répondit par l’aflirmative. « Il est impossible que je puisse être ministre sous lui, » répliqua Fox. « En ce cas, reprit Pitt, la négociation est rompue, car je ne puis le trahir.» Ainsi se séparèrent les deux politiques. Ils ne devaient plus se retrouvér tôte à tête. SAT AS

Fox et ses amis ne voulant pas. traiter avec Shelburne, il ne leur restait plus qu’à traiter avec North. Cette coalition fatale, qu'on appelle encore emphatiquement /a coalition, fut formée. Il n’y avait pas neuf mois que Fox et Burke avaient menacé North d’un acte d'accusation, en le représentant sans cesse comme le plus arbitraire, le plus corrompu et lé plus incapable des ministres, Ils s’alliaient maintenant avec lui pour renverser un, homme d'Etat avec lequel on ne pouvait dire qu'ils différassent sur aucune question importante. Ils n’eurent même ni la prudence, ni la patience d'attendre une occasion favorable pour se rallier sans inconséquence à leur ancien adversaire contre le gouvernement. Afin que rien ne manquât au scandale, les grands orateurs qui avaient, pendant sept années, tonné contre la guerre résolurent de faire

cause commune avec les promoteurs de cette guerre ss ;

pour provoquer un vote” de-censure sur la paix.

Le Parlement se réunit avant la Noël de 1782, mais ce ne fut qu’en janvier 1783 que furent signés les traités préliminaires : le 43 février seulement, la Chambre des communes les prit en considération. Pendant quelques jours le bruit se répandit que Fox et North. s’étaient mis d'accord, et le’ débat n'indiqua biéntôt:que trop clairement la réalité de ce bruit, auquel quelques uns refusaient de croire. Pitt souffrait d'urte Midisposition : il ne prit la parole que lorsque ses forces et celles de ses auditeurs étaient épuisées ; il eut par suite moins de succès qu'il n’en avait eu précédemment. Ses admirateurs avouèrent que sôn discours avait été faible et provocateur. IL s'oublia jusqu’à conseiller à Sheridan de se borner à amuser un public de théâtre. Ce sarcasme indécent donna à Sheridan l’occasion d’une trèsheureuse réplique : « Après ce que j'ai vu et entend

ce soir, dit-il, je suis fortement tenté de me hasarder -

à rivaliser avec un auteur aussi remarquable que Ben Johnson, en mettant sur la scène un second Enfant brouillon *.» Quand on alla aux voix, l'adresse proposée par les partisans du cabinet fut rejetée à une majorité de seize voix. nji-À4

Mais Pitt n’était pas un Ébésng à à se décourager pouÿ un seul échec; ni à se laisser désarconner par une seule repartie. Lorsque, quelques jours après, l’opposition proposa une censure directe des traités, il parla avec une éloquence, une énergie et une dignité qi placèrent sa renommée et sa popularité plus haut que

‘ L'Enfant brouillon ou l'Enfant tapageur, de Ben Johnson, est un personnage de k comédie de l’Alchimiste.

WILLIAM PITY. aff

jamais. Par une-allusion à la coalition entre Fox. et Shelburne, il fit éclater les applaudissements tumultueux de ses partisans : «#i, dit-il, ce mariage contre nature et de funeste augure n'est pas encore consommé, je sais un motif d’éempêehement légitime, et au nor du bien public j'interdis la publication des bans. »

Les ministres se trouvèrent encoré en minorité, et en conséquence Shelburné offrit sa démission, qui fat-acceptée. Mais le roi lutta longtemps avant.de se soumettre aux conditions -dietées par Fox, dont.il détestait les défauts, dont il détéstait davantage le caractère indépendant et la puissänte intelligences La première place, celle de premier lord de là trésorerie, fut itérativement offerte à Pitt qui, quelque tentante que fût cette offre, persista à la refuser. Lè jeune ministre, dont le jugement n’était pas moins précoce que léloquence , voyait que. son heure approchait, mais

qu'elle n’était pas venue encore, et il resta sourd aûx importunités. comme: aux reproches du roi. Sa Ma- . jesté, se plaignant «avec amertume de la timidité de Pitt, essaya de rompre la Coalition? toutes les séductions furent employées potir gägnér Nofth, mais en vain. Pendant plusieurs semaines le pays resta sais ministère. Ce né fat qu'après avoir échoué dans toutes ses tentatives, et lorsque la Chambre des communes eut pris un aspect menaçant, que le roi céda. Le due de Portland fut nommé premier lord de la trésorerie ; Thurlow fat remercié: Fox et North devinrent secrétaires d'Etat, avec des pouvoirs ostensiblement égaux mais Fox était en réalité le premier ministre.

Les nouveaux arrangements ne fureñt complétés que | lorsque l’année était déjà fort avancée, et il ne se fit

rien d’important pendant {out le reste de-la session. Pitt, siégeant alors sur les bancs de l'opposition, introduisit une seconde fois la motion de la réforme parlementaire. Il proposait d'ajouter à la représentation élective cent membres pour les comtés et plusieurs membrés pour les villes, avec cette clause que’toùût bourg dans lequel la majorité des votants: serait, par le rapport d’un comité électorai, dénoncée comme corrompue, perdrait la franchise. Cette motion fut rejetée par deux cent quatre-vingt-treize voix contre cent Je rante-neuf.

Après la prorogation Pitt visita le continent: sa première et dernière visite. Son compagnon de voyage était un de ses plus intimes amis, jeune homme de son âge, qui s'était déjà distingué au Parlement par une éloquence naturelle, que rendait plus séduisante encore sa voix, la mieux modulée des voix. C'était William Wilberforce, le compagnon le plus agréable du monde par les qualités du cœur, ses manières charmantes et son brillant esprit. C'était le temps de l’anglomanie en France. A Paris, le fils du grand Chatham fut recherché par les hommes de lettres et les femmes du monde. Mais malgré lui il se vit forcé de parler politique. On cite un des mots remarquables qui lui échappèrent pendani cette excursion. Un gentilhomme français exprimaïit quelque surprise de l'immense influence qu’exerçait sur la nation anglaise un homme de plaisir comme Fox, ruiné par le jeu et les paris du champ de course : « Vous n'avez pas été sous la baguette du magicien, »

dit Pitt.

= En novembre 1783, le Parlement se réunit de nouveau, Le cabinet avait une force irrésistible dans la

WILLIAM PITT. 313 Chambre des comminnes ; il ne sémblait guère moins fort dans la Chambre dés lords, tandis que par de fait il était enyironiné de dangers. Lé voi attendait impatiemnment lé moment de pouvoir s’émanciper d’un. joug qu'il trouvait si dur, que plus d'an une fois il avait eu sérieusement la pensée de se retirér dans le Hanovre. Le roi n’était guère moins pressé q que Ja nation de changer ses ministres. Fox et North avaient comfis une faute funéste, ils auraïent dû savoir que les éoalitions entre deux partis longtemps hostiles ne ‘réüssissent que lorsque le besoin d'une coalition est compris des rangs inférieurs” aussi bien que des chefs. Si ceux-ci font. alliance avant que ceux-là soient disposés à faire alliance comme eux, il êst probable que là mutinerie éclatera dans les deux camps, et qu les detix armées révoltées feront à leur tour une trêvé ‘pour se venger de ceux par lesquels elles éroiront avoir été trahies, Ainsi arriva-t-il en 1784. Au commencement de cette mémor able année, lord North avaif élé le chef reconnu du vieux parti tory qui, quoique momentanément abattu par le désastreux dénoûment de la guerre d'Amérique, était, encore un grand pouvoir dans l'Etat. C'était lui qui avait longtemps eu le respect et la confiance du clergé, des universités et dé ces propriétaires des provinces dont le cri de ralliement était : Le roi et l'Eglise. Fox, de son côté, avait été l'ilole des whigs et de tous Jes dissidents de l’anglicanisme, La Coalition aliéna à la fois de North les plus ardents tories, et de Fox les plus ardents whigs. L'université d'Oxford, qui avait exprimé Son approbation de l’orthodoxie de lord North en le nommant son chancelier ; la Cité de Londres, qui, pendant vingt-

deux ans, avait fait de l'opposition à la cour, le jugè-

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