Oeuvres diverses de M. le baron Auguste de Staël: précédées d'une notice sur
Ew écrivant les Lettres que l'on va lire, je songeais moins à faire un livre qu'à, me rendre compte des souvenirs que m'ont laissés l'observation des mœurs publiques de l'Angleterre et la conversation des Anglais qui m'honorent de leur amitié. Ces Lettres ont la plupart deux ans de date.
On ne doit donc pas y chercher de réflexions sur les mesures récentes du ministère actuel. Je ne me suis point occupé non plus de la politique extérieure de l'Angleterre : tel n'était pas le but de celte correspondance. Mais lors même que j'aurais eu cet objet en vue, je n'en aurais pas moins suivi la marche que j'ai adoptée; je n'en aurais pas moins commencé par chercher à donner quelque idée de l'organisation intérieure du pays , et des opinions qui en sont le produit naturel.
La plupart des erreurs que l'on commet habituellement sur l'Angleterre, proviennent de ce qu'on raisonne sur sa politique comme on ferait sur celle de l'Autriche ou
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de la Russie. Ou prête aux combinaisons diplomatiques une importance qu'elles sont loin d'avoir aux yeux du gouvernement britannique; et l'on ne sait pas assez combien, préoccupes du mécanisme de leurs institutions , absorbés par les innombrables intérêts de l'ordre social le plus fort et le plus compliqué qui fut jamais , les Anglais attachent peu de prix aux circonstances extérieures, que nous prenons mal à propos pour les mobiles de leur conduite. Quand on veut juger de la marche du gouvernement chez un peuple libre, la première chose à faire est d'étudier les sentimens, les opinions et les habitudes des citoyens. Je n'ai fait que bien peu de pas sur cette route ; mais si ce premier essai a quelque utilité, peut-être sera-t-il suivi d'un second. Il vaudrait bien mieux toutefois que des esprits doués des qualités qui me manquent pour réussir, voulussent achever ce que j'ai commencé , et suppléer à l'imperfection de mon travail.