Oeuvres diverses de M. le baron Auguste de Staël: précédées d'une notice sur
C'est au milieu des temps les plus orageux de la révolution, le 3i août 1790, qu'est né Auguste de Staël. Madame de Staël s'occupa seule de l'éducation de son fils pendant les premières animées ; mais sa vie était alors tellement agitée par la position difficile où se trouvait M. Necker, par les dangers que la révolution faispt courir à elle et à ?es amis , que nécessairement l'instruction d'Auguste était souvent interrompue.
Voici les détails que nous a transmis une personne qui fut témoin des premiers commencemens de l'éducation de M. de Staël, ce Madame de Staël donnait à Auguste toutes a ses leçons, et les lui donnait -presque toua jours au milieu d'autres occupations force cées : c'était en écrivant des lettres, en
CEUVIES DU B°" ÀVG. DB STAËL. I. 4
îj NOTICE
a donnant des ordres, qu elle dirigeait les « études d'Auguste, lui expliquait ses le- « çons. L'enfant, sans ^cesse interrompu, « n'était jamais distrait; son attention reste tait fixe , et il reprenait le fil des explica- « tions de sa mère, à l'instant où elle repre- « nait la parole. L'explication finie, Auguste « apprenait sa leçon, seul, sans aide; obligé « de retenir, il avait bien écouté, et savait tou- & jours bien ce qu'il devait répéter, s étant « fait à lui-même sa petite méthode d'ap- « preijdre. »
fcette marche a naturellement beaucoup d'inconvéniens ; mais elle n y en avait pas avec madame de Staël et son fils. En effet , cet enfant avait, comme on le voit, un tel amour du devoir , que ce sentiment lui faisait mettre une règle volontaire dans ses occupations; et il y avait dans les moindres paroles de madame de Staël un caractère de vérité si impressive, qu'elles valaient des heures de leçon , et qu'elles suffisaient pour donner à l'enfant le mouvement nécessaire pour toute une journée de travail.
Ainsi les traits saillans de son caractère ,
SUR M. LE BARON AU G. DE STAËL. iij
dès son enfance, étaient un amour du devoir, une régularité de conduite qui donnait déjà une sorte de gravité à cet être si jeune. Il joignait à ces dispositions une facilité très grande à s'affliger ; ses yeux se remplissaient de larmes au moindre mot de reproche. Sa mère chercha à l'aguerrir contre cette disposition, et elle l'exerçait à supporter une moquerie douce sur tous ses petits chagrins.
« Rien ne le détournait d'accomplir les « volontés de sa mère » , dit encore la même personne qui nous a donné les premiers détails, ce ni ses jeux, ni ses camarades; au « milieu des amusemens les plus animés , si « l'heure d'une leçon sonnait , il disait : Je « reviendrai quand j'aurai fini, et courait se <c mettre à l'étude. » Cette conscience dans l'accomplissement de ses devoirs était si frappante, que M. Necker parlait souvent avec étonnement de la scrupuleuse exactitude d'Auguste à faire tout seul son travail de chaque jour, et il avait coutume d'appeler avec satisfaction son petit-fils un honnête homme d'enfant. M. Necker se plaisait beau-