ACTE II, SCÈNE IV
d'aicville.
Je suis , je veux être toujours votre ami , votre amant... mais , ma chère Julie , permettez-moi d'ajouter que je ne veux pas être votre esclave.
JULIE
Mais TOUS voulez que je sois la vôtre? Et de quel droit, monsieur, m'enlevez-vous à ma famille, âmes amis, pour me confiner au fond d'un château gothique? Cela est odieux, et j'en aurai justice.
d'anvillje.
Ce matin vous m'avez fait vos conditions ; j'allais vous faire les miennes ( car j'imagine que le lien qui nous unit nous engage également tous deux). Au lieu de m'écouter, vous vous êtes occupée avec des amis, qui ne sont pas les miens , d'une fête où vous n'avez oublié d'inviter que ma famille... Ce que je n'ai pu vous dire avant ootre mariage, je vous le dis après : un mari qui obéit me paraît encore plus ridicule qu'une femme qui commande. Je désire que nous ne soyons ridicules ni l'un , ni Tautre. Le bonheur, dans le mariage, suppose une volonté commune; mais s'il arrive, par hasard, que les avis se partagent , comme on n'est que deux, il faut bien qu'il y ait un avis qui l'emporte , et il me paraît naturel .. .
JULIE
Que ce soit celui du plus fort, n'est-ce pas ? Eh bien , monsieur, je Vous déclare que je ne céderai jamais h cette raison-là ; et , comme vous n'en avez pas d*autre pour me retenir ici, je suis bien décidée à en sortir dès
aao L'AMANT ET LE MARI,
ce soir même et à retourner à Paris , où vous êtes le maître de me suivre.
DAirVJLLE.
Je connais trop bien mes intérêts (tendrement), et je puis ajouter les vôtres, pour céder à un pareil dessein.
JULIE
C'est-à-dire, monsieur, que vous me refiisez?
d'anville.
Nous sommes à quatre lieues de Paris. Il fera bientôt nuit; on nous prépare un souper charmant; vou$ n'exigerez pas que je me prive volontairement d'un aussi délicieux tête-à-tête.
JULIE
Je ne veux pas souper , monsieur, je ne veux pas....
D AirVILLE , sortant par la g«iche.
Je ne vous ai jamais vue si jolie.