STANCES SUR MA GONYALESCENGE
(Octobre 1796.)
Objet toujours présent de l'amour le plus tendre , Sur le sort de ton fils cesse de t'alarmer, O ma mère ! à tes vœux le ciel vient de me rendre ; Mes désirs sont remplis ; je revis pour t'aimer.
Déjà la Parque , sourde à mes justes alarmes , Dans l'empire des morts me plongeait sans retour ; Mais un Dieu bienfaisant a prévenu tes larmes, Et j pour sauver ta vie , il m'a rendu le jour.
O ma mère ! à mon gré, je pourrai donc encore Te revoir, t'embrasser, te serrer sur mon cœur ! Ah ! d'un jour aussi beau s'il voit briller l'aurore , G^est alors que ton fils pourra croire au bonheur.
Déjà plus qu'autrefois je chéris l'existence;
Je vois dans le lointain un plus doux avenir.
Oh! comme, auK premiers jours dune convalescence,
 nos yeux étonnés tout semble s'embellir !
FUGITIVES. 4aL
Les oiseaux sont sans yoix et les prés sans verdure; Flore, Pomone même ont déserté nos champs.
£h bien ! dans ce moment, je crois voir la nature Parée , à son réveil , des grâces du printemps.
Jamais, dans la saison de la rose nouvelle, L'air que j'ai respiré ne m'a semblé plus pur; Jamais Teau des ruisseaux , plus limpide et plus belle ,, Ne réfléchit un ciel d'un plus riant azur.
Le repos, le travail ont pour moi plus de charmes;. J'aime avec plus d'ardeur la retraite et les jeux ; Je sens mieux la douceur de répandre des larmes Et de mêler mes pleurs aux pleurs des malheureux.
L'amitié , dans mon cœur , est plus vive et plus tendre ;. £Ue brille à mes yeux de mille attraits nouveaux : Telle, du haut des cieux, eUe daigna descendre Pour doubler nos plaisirs et soulager nos maux.
Oh! oui, plus jamais l'existence m'est ehère;
Le danger du trépas m'en a montré le prix.
Mais mon plus grand bonheur est de t'avoir pour mère::
Je suis béni de Dieu, puisque je suis ton fils-!
4ai POÉSIES