‹ Œuvres diverses de m. RogerChapitre 42 sur 205 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

JACKSON

L'hospitalité! c'est fort beau; je la pratique. Mais chanter du français devant le public de Londres ! goddem! Tout bon Anglais -a du s'y opposer. D'ailleurs, voyez-vous, la musique n'est bonne...

ADiLE.

Que sur des paroles anglaises, n'est-ce pas?

JACKSON

C'est la vérité! Enfin, si nous avons refusé de vous entendre, nous avons été charmés de vous voir. Poyr ma part, combien je me félicite, moi, aubergiste, considéré dans la cité de Londres , d'avoir recueilli une Française malheureuse dont on m'avait vanté les talents, et dont j'apprends tous les jours à estimer les vertus! Car la vertu, voyez^vous, ça porte bonheur, et c'est ce que j'aime le mieux dans ma maison.

ADÈLE

Vous êtes trop obligeant, mon cher hôte; j'espère bientôt reconnaître vos soins; je vais, à cette heure même, recevoir de France une petite somme qui m'est due depuis long-temps.

JACKSON

Ne voâs pressez pas. Je suis j^yé... par le seul plaisir d'obliger. Voilà comme nous sommes , nous autres Anglais! Il n'y a qu'une chose qui me fâche, c'est de vous voir parfois rêveuse. Cela est étonnant pour une Française.

ADELE.

11 est vrai que j'ai grand sujet de rire !... mais par-

Ions d'autre chose. Je persiste à ne recevoir ici personne; je vous demande en grâce surtout de ne point y laisser entrer ce Français, ce M. de Plinville dont les lettres, fort tendres et fort spirituelles d'ailleurs , commencent à m'inquiéter.

JACKSON , à part.

Ah! diable^ ce n'est pas là mon compte, (haut.) Permettez donc y mademoiselle ; je ne puis empêcher ce seigneur de fréquenter mon hôtel.

ADÈLE y lui donnant une lettre.

Rendez-lui, je vous prie, cette lettre où il me mande qu'il veut absolument que je le reçoive.

JAG&SON.

Goddem! il vous écrit cela? Tant pis. Quand il veut une chose , il la veut bien et long-temps. Je n*ai jamais vu une plus mauvaise tête... et un meilleur cœur... C'est un homme qu'il faut fuir... ou aimer de toute son ame.

ADÈLE, vivement.

Je le fuirai.

JACKSON

Il vaudrait mieux l'aimer, car il est aimablei.. quand il n'est pas en colère.

ADÈLE

Oui, très aimable... je l'ai aperçu à Paris une fois ou deux avec ce M. de Voltaire que vous ttouvez un garçon d'esprit.

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