SCENE X
ADELE.
Ah! c'en est trop! ouvrez.
( Après quelques façons , Betty va oavrir la porte k PlioTilIe ; elle i«ste un moment et rentre ensuite dans la chambre toisîne. )
PLIirVlLLE.
Que vois-je? c'est Betty!.. Quoi, mademoiselle! vous étiez là?
ADÈLE
N'y fussé-je pas, monsieiir, est-ce ainsi que Ton se présente chez une femme?
PLIN VILLE
Pardon... je conviens que c'est une singulière façon de faire connaissance; je ne puis trop m'en excuser.
ADÈLE
Et quelles excuses pouvez- vous donner, monsieur? je n'ai ni rang, ni fortune ; mais était-ce une raison de vous dispenser des plus simples égards dus à mon sexe?
PLINVILLE.
Epargnez-moi , mademoiselle ; je suis assez humilié de ma faute; mais la manière dont on refusait dem'ouvrir, cette voix que j'avoue, à ma honte, avoir prise pour celle d'un rival... cette obstination à me priver du bonheur d'être admis chez vous... bonheur que je sollicite depuis si long-temps! tout cela n'eût-il pasirrité l'Anglais même le plus flegmatique? Je ne suis, je crois, ni impatient, ni emporté; mais j'avoue que vos. refus avaient blessé mon amour-propre, et surtout affligé mon cœur, lime semblait si naturel qu'un Français qui se trouve à Londres , un Français qui n est
g% LE BILLET DE LOTERIE,
pas tout-à-fait inconnu , fût accueilli chez une Française dont la situation pouvait avoir besoin de quelque appui ! Je sais que la solitude où vous vivez a le plus noble motif; je sais qu'une femme , jeune, belle , aimable, séparée de sa famille et hors de son pays, a droit de se défier des offres de service qu'on vient lui faire; mais je m'estimais assez pour me croire, à cet égard, à l'abri de tout soupçon. Ah! mademoiselle, je vous en conjure; nejug^z pas mes seujLiments à la manière brusque dont j'ai été réduit à vous les fair^ connaître. J'aspire à votre estime, et, si je puis, à votre amitié; je souhaite ardemment que vous me permettiez de vous voir, et cependant ma soumission et mon respect pour vous sont tels que, si vous l'exigez, je me retire à l'instant même.
ADÈLE , hésitant.
Monsieur, je m'étais bien promis de ne recevoir personne, et...
PLINVILLE, Thement.
Vous permettez que je reste ! Ah! vous me rendez lavie! je pourrai désormais vous voir, vous entendre, vous admirer, vous obliger peut-être!,.. Je pourrai, vous peindre tout l'amour...
ADÈLE
Un moment , s'il vous plaît, monsieur; ne me faites pas repentir de mon indulgence.
PLIWVILLE.
Eh bien ! soit; ne parlons pas de mon amour. D'ailleurs, je n'ai pas besoin, je crois, de vous en parler;.