‹ Œuvres diverses de MontesquieuChapitre 15 sur 75 · I>IS€OURS · texte numérisé non relu

I>IS€OURS

genpe des courbes, réservées jusqu'ici à. la su-^ préme intelligence^ elle entre dans le dédale de! l'anatomie et les mystères de la chimie; elle réforme les erreurs de là médecine, cette panpie cruelle qui tranche tant de jours y>cette science eni même temps si étendue et si bornée; on y attaque enfin là vérité par l'endroit le plus fort^ et on la cherche dans les ténèbres les plus épaisses où elle puisse se retirer.

Atts^i, messieurs, si Ton n'étoit animé dSm beau zèle pour l'honneur «t là perfection* des sciences, it n'jTapersonne parmi nous qui ne regardât le titre d'aeadémicien comme un titre OQéreux , et ces sciences meules auxquelles nous nous appli«> quons , comme un moyen plus propre à nous tourmenter qu'à nous instruire. Ub ttsty^il sou-* vent inutile; cks systèmes presque aussitôt renversés, qu'établis; le désespoir de trouver .ées espérances trompées; une lassitude iDontinuelle à couriEL après une vérité qui fuit; cette éhmlatiôn qui exerce, et ne règne pas avec moins .d'empire sur les âmes des philo^phes, que la basse jalousie sur les âmes vulgaires ; ces longues méditations où l'âme se replie sur elle-^même, et s'enchaîne sur un jobj^;ces nuits passées dans 'l& veilles, les jours qui leur spiccèdent d^ns les sueurs r vous reconnaissez là, messieurs,* ta vie des gens de lettres.

Mon, fl ne faut pas croire que la plaoe que noos occupons soit un lieu de tranquillité; nous n'aoquérôns par nos* travaux que le di^it de travailler davantage. Il n'y a que les dieux qui aient le privilège de se reposer siu* le Parnasse: les. ntertels n'y^ sont jamais fixes et tranquiUes; et s'ils ne montent pa^ ^ ils descendent toujours»

Quelques anciens nous.fiisi^nt qu'Hercule n'é* toit point un conquérant ^ mais un sage qui avoit purgé la philosophie des préjugés , ces véritable' mon3tres de l'i^prit: ses travaux .étonnèrent lai postérité, qui lés compara à ceux des. héros les . plus infatigal>Içs. . . /

Il semble que la fable nous représentoit la vérité sous le symbole de ceProtée qui se cacboit. sous mille figures et sous mille 'apparences trompeusi^ . • »

Il faut là chercher dans IxSbscurité même dont elle se couvre, il faut la prendre, il faut l'embras- . ser, il faut la saisir '. *

Biais, mestieurs, qu'il y a de difficulté daiis cette recherché! car enfin ce n'est pas assea^pour nous de donner une vérité, il faut qu'elle soit nouvelle : nous faisons peu de cas de ces Qeurs

* OinnU trtpsfornuit tc%t in iniracvia renun, .

Igneniqpie, horribntmqutf feram, âhTÎamque Uqaentem. s Scd quantô itle Aiagîs' fcfrmat te yerteC in omnes, '

Taiito y.nate , inagif contende teotelâ tîncU. *

iio mscoims

que '^e temps k fanées; lious mépriserions parmi nous un PatrocW qui /viendrait he couyrir d^ ai^ mes d'Achille ; nous rougirions de redire toujourcf ce (|ue tant d'autres auroiept dit avant nojosy cemme ces ^ains édios 'que Ton entend dans les campagnes} nous aurions honte de porter à Tacadémie les observations des autres , semblables à ces 'fleuves q^i portent à la mer tant dWix qi^i ne viennent pas de leurs source9^£ependant les découvertes sont devenues bien rares ^ il semble qu'il y ait uhé espèce d'épuiseitient et dans les observatiods et dans les : observateurs. On diroit que la natiu*6 a fait comme ces vierges^qui conservent long-ten^>s ce qu'elles ont de plus précieux , et se laissent ravir en un moment ce même «trésor qu'^elles ont conservé avec tant de soins et défendu avec tant de constance. Après s'étré cachée pendant tant d'années y. elle se montra tout-à-coup dans le siècle passé; moment bien favorable pour 1^ savants d'alors, qui virent ce que personne avant eux n'avoit vu. On fit dans ce sit^cle tant de découvertes, qu'on peut le regarder nèn-seulem^it comme le plus florissant, mais encore comme le premier âge de la philosophie, qui,dan&les siècles précédents, n'étoit pas même dans son enfance: c'e^talo)*è qu'on ^itati jour ces systèmes, qu'on 'développa ces principes, qiÇoa ^àécôuvrit ces méthodes si fécondés «eUsi gépérales. Nous ne

ACABÉMIQttKS. TU

trav^iUom plus que d'après ces gtaiids phitpso^ phes; il semble que les découvertes d^àprés^t ne soi^ïtqu'im hommage que nous leur rendons, « et un humble aveu que nous tenons' tout d'eux: nous sommes presque, réduits à pleurer^ ccmime Alexandre, de ce qlie nos {>ères ont tout £ait, et n'ont rien laissé à notre ^oire.

C'est aÎD^i que ceux qui découvriraotun nou^ veau nio^de dans le siède passé s'emparèrent des mines et des richesses tpjfi y étoient conservées d^uis si long^temps , et ne laissèrent à leurs suc^ cesseurs que d^ forets à découvrir, et des sauvages à recoonôître. *

C^)fendant, messieurs, ne perdons poiijt courage: que savcms-nous ce qui nous est réservé? peut-être y a-tril encore mille secrets cachés: quand les géographes:sont parvenus au terme de leurs coçnoissances, ils placent dans leur^ ceuttes des mers immenses et des climats sauvages; mais peut-être que dans ces mers et dans ces climats il y a encore plus de richesses que nous n'en avons..

jQu'on se défasse surtçut de. ce préjugé /(fue ta province n^est point en ét^t de perfectionner les sciences, et que ce n'est que dans les capitales que les académies peuvent fleûriK Ce n'est pas du moins l'idée que nous en ont donnée les poètes, qui semblent n'avoir placé les muses dans les

m DISCOURS

lieux écartés et le ûlence des bois^ que pouf noua faire sentir que ces divinités tranquilles se plaisent rarement dans le bruit, et le tumulte de la capitale d*un grand empire,

Ces'.grands hommes , dont çn ▼eut nous empêcher de suivre les traces, 'dnt-ils d'autres yeux que npus *? ont-ils d'autre* terres. à considérer •? sonti-ilsdans des contrées plus heureuses.'? ont-ils une lumière pailiculière pour les éclairer *? la mer «mrait-elle moins d'abîn\es pour eux '?1a nature en&i est-elle leur mèipe et notre marâtre pour se dérober plutôt à nos recherches qu'aux leùns? Nous avons été souventlasséspar les difficultés *j mais ce çont les difficultés mêmes qui doivent nous encourager. Nous devons être animés par l'exemple an protecteur qui préside ici : nousr en aurons bientôt un plus grand à suivre ; notre jeune moharquefavorise les nuises, et elles auront soin desagloire. * ^ '

* Centam liuDinibut dnctum xapjat*

' Terras allô sub soie jacentet.

* Locos IsBtos , et amœiia vireta

Fommâtomm'nemonxm, sedesque beatas.

* r'i . . . .'âolemupie sautn, sna judera norùm. "

* • Nom mare pacatnm , nom. y entas «midor eaaet?

* Sape fugam Donaî Troj« copiere rélictà Bf «lirL

ACÂDéBnQCES. 1 1 3

DISCOURS

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