‹ Œuvres diverses de MontesquieuChapitre 14 sur 75 · I04, DISC013ES · texte numérisé non relu

I04, DISC013ES

On avoit vu jusqu'ici les sciences noti pas négligées , mais méprisées , le goût entièrement corrompu, les belles-lettres ensevelies dans l'obscurité, et les muses étrangères dans la patrie des Paulin et des Ausone.

Nous nous trompions de croire que nous fussions, connus chez nos voisins par la vivacité de notr^ esprit; ce n'étoit sans doute que par la barbarie de notre langage. :

Oui, messieurs^ il a été tin temps ou ceuxc}ui s'attachoientà l'étude étoient regardés comme d^ gens singulier^, qui n'étoient point faits comme lesautres hommes. Il a été un temps oixily avoit du ridicule et de l'aiTectatioiL à se dégager des préjugés du peuple, et où chacun regardpit son aveuglement comme une' maladie qui lui étoit chère , et dont il était dangereux de guérir.

Dans un temps six:ritiqu£ pour les savants on n'étoit pas impunément plus éclairé que les autres : si quelqu'un entreprenoit de sortir dç cette sphère' étroite qui borne les^ connoissances jfes hommes, une infinité d'insectes, qui s'élevoient aussitôt, formoient un nuage pour l'obscurcir; ceux même qui Festimoient e*i secret .sç révoltoient en public, et ne pouvoient lui |>ardonner l'âfifront qu'il leur faisoit de ne pas leur rës^mbler.

Il n'appartenoit. qu^à vous de ïiaire ce^sser ce règne ou plutôt cette tyraimie de l'ignorance:

AGAD^XQUES. ^q5

yousTavez fait, messieurs; cette terre où tu)u$ ,vivons D'e^t plus si aride; le(^ Taiïrier^ y. croissent tieureusemçnt; on en vient -cueillir de toutes parts ; les savants de tous les .pays vous demandent des couronnes :

Manibus dsttt lilîa plenis.

Cest assez pour vçys que. cette académie tous doive et sa naissance et ses progrès; je la r^rde moins comme une compagnie qui deit perfectionner les sciences que connue un grand trophées élevé à votre gloire: il mé Semble .que j'entends direà chacun de vous ces paroles du poàte lyrique c

Exegi monumentum aéré pérennîus.''

Nous avons été animés à cette grande entreprise par cet illustre protecteur dont le puisaant génie veiUe sur nous. Nous l'avons, vu quitteriez délices.' de lacour^et.faire sentir $a présence jusqu'au fond de-nos provinces. '<^'est ainsi que 1^ &ble nous représente ces diçux' bienfai$ants qui du séjour du ciel descendpient sur la terre pour . poHr des peuples sauvages , et faire fleurir parmi eux les sciences et les arts.

Oserai-je vous dire, messieurs, ce que la modestie m'a fait taire jusqu'ici? Quand je vis votre académie naissante s'élever si heureusement j je sentis tme joie secrète; et, sdit qu'un instinct

fo6 biscouss

flatteur sertfbl&t me présager ce qui 'm'arriye du-

jpunThuiy soit -ifu'iùl sentiment d'amour-'propre

me le fit espérer, je regardai toujours les lettres

de. votre éta}>li69etnent comme des titrés de ma

fanlille.

•Lié avec plusieurs d'entre vous par les charmes de Famitié, j'espérai qu'un jour je pourrois entrer avec eux ^bs un nouvel engagement, et 4eur être uni par le coramercis des lettres , puisque je l'étois déjà *par H lien le plus fort qui fût parmi Jes hommes. £t, si c% que dit un.des plus' enjoués de noa poètes n'e^ point im paradoxe , qu'il faut avoir ^u génie pour être honnête homme , ne pou* v6is-je pas croire que le cœur' qu'ils avoient reçu leur seroit un garant de moti esprltî^

J^rouVe aujourdliui y messieurs, que je ne m'étois point trop flatté;^, soit que vous m'ayez fait justice, soit que j'aie séduit mes juges, je suis également content de moi-même ; }fi public va s'aveugler s^r votre dioix: il ne regardera plus aiir ma tête que les mains savantes qui me couronnent. '

ACADÉMIQUES. IQ7

DISCOURS'

FBOVOJICS 4 LA BSlT^B^B DB l'aCàDBMIB DB B6B9BA|I^ LB l5 BOTBKBBM I7I7. %

Ceux qui né sont pas instruits de nos.oblîgalions et de nos devoirs, regardent qos exercices comnie des amusements 'que nous nous procurons, et se -font une idée' riante de nos peines mêmes et de nos trava^ux.'

ÏIs croient que nous ne prenons de W philosophie que ce qu'elle a d'agréable ; que trous laissons les épines pour ne cueillir qtie les fleurs; que nous ne cultivons notre esprit qi^e pour le mieux faire servir aux délices du cd^ur ; qu'exempts, à la vérité, de passions vives qui ébranlent trop Tàme^ nouis nous livrons à une autre qui nous en. dédommagé, et qui n'est pas moins délicieuse, ^oiqu'elle ne ;5oit point «dUsueUe.

Mais il s'en faut bieq que nous soyons daos une situation si. heureuse; les sciences 1^'plus abstraites sont l'objet de l'académie; elle embrasse cet ing^i qui ^ rencônte partout dans la physique et l'astronomie J elle s'attadie à l'inteUi*'

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