‹ Œuvres diverses de MontesquieuChapitre 25 sur 75 · MESSIEURS I · texte numérisé non relu

MESSIEURS I

En m'accordant la place de M. de Sacy« Vous avez moins appris au public ce que je sui$ quece que je dois être.

Vous n'avez pas voulu me comparer à lui^ mais me le donner pour modèle.

Fait pour la société, il y étoit aimable, il y étoit utile : il mettoit la douceur dans lés manières, et la sévérité dans les mœurs.

Il jdignoit à un beau génie une âme plus belle encore : l^s qualités de Tesprit n'étoient chez lui que dans le second ordre ; elles ornoient le mérite, mais ne le Êiisoient pas.

Il écrivoit pour instruire ;'et, en instruisant, il se faisoit toujours aimer. Tout respiré dans ses

miTragès k candenr et la probité ; le bon dsturel s'y fait sentir; le grand homme ne s'y monstre jamais qu'avec l'honnête homme. •

U sniyoit la Terta pjur un penchant naturel^ et il s'y attachoi^ encore paç ses réflexipns.Ujugeoit qu'ayant écrit sur la morafe, Û devait être plu* difficile quhin autre sur ses^ Ideiroirs ;^ q^'il n'y avoit point pour lui de. dispenses ^ puisqu'il avoit donné les règles; qu'il seroit riidicule qu'il n'eût pas la force èe fiûrr des choses -dont il avoit cfu tous les hommes capables^ qu'il abandonnât ses pn^res maximes, «t qtie^ dans chaofUe action^ \\ ' eut en même temps i rougir dé oe qu'il auroit fait et de ce qu'il auroit dit. •

Avec qudle nobliesse n'exerçoit-il pas sa pro> Session! toui ceux quiavoient besoin de lui dcrvenoient ses amis. }1 ne brouvott presque pour réoonq>eitse> à la^n de chaque jour, que quelques actions de plus. Tô^jouns moins riche y et toujoui^i plus désintéressé, il n'a presque laissé à ses enfants que l'honneur d'avoir un si iUtistre père. '

Vous aimez , messieurà^ les hommes vertueuse ; vous ne &ites grâce au plus beau génie d'aucune quaUté du cœur; et vous regardez les talents sans la vertu comme des présents funestes, uniquejqiient' propre)^ à donner de la force qù un plus grand jour à iTOs vices.

Et par là vous êtes bien dignes de ces grands^

dOO DISCOURS •

prpteqteurs qui vous ont oonfi^ leur gloire, qui ppt vQiUu-aller à la postérité, mais gui ont voulu y aller avec#rouse

Bie» des orateurs et des poètes les ont célébrés: mais il n'y: a que vous qui. ayez, ét^ établis peur leur rendre,: pour amsi dîfe,.un culte réglé.

Pleins de zele;etld'âdini^tion pour ces grands hoQiD(ies, VOU3 les rappel^ sans cesse à notre mé* moire. EfjSet surpq^nant de Tanl! vo^ chants sont continuels, et ils pous' parot^seilt toujours nouveaux. • V • .

Vous nous étonnez toujours. quand vous célébrez ce grand ministre ^ qui tira du* chaos les règles de la monarchie; qui apprit -k la France le secret de ses forces^ à l'Espagne .T>ekii de sa foibl^sse ;.ôta à l'Allemagne ses chartes, lui en doiHia de nouvelles ; brisa tour à tour toutes les pui3»« sance$, et destina^ pour ainsi dire, Loiiis-lè»Grand aux grandes choses qu'il fit depuis. • -^

Ybiis ne v^vti ressemble^jamais dans les éloges que vouî faites de ce chancelier *. qui n'abusa ni (le la confia&oe des rois, ni de la confiance des peuples; et qùi^ dani l'exercice delà magistrature, fût sans passion^ comme les .lois qui absolvent et qui punissent sans aimer ni haïr; '■:

Mais l'on aime surtout à vous voir travailler à

* RitheUeu. "^' '

• Séguier.

AGAPÉMIQUES. !i0I

Tenvi au portrait de Louis-ierQmd^.ce portrait toujont*s commencé et jamais fim, tous lier jtiurs plus avancé, et toi^ les jour$ ^us dâffiçUe^.

Nous coiicei^ns^à peiiie Je vègne raevyeiileux qqe.vous ckantec. Qoand vous jious faites voir les scîencSes partout* encouragée», lea arts prot^és, les belles-lettres cultivées , nous croyons vous ei^ tendre parjer d un règne paisible et fr^quille. Quand yous chantez les ^erre^ et les ^victoiresy il sembla que vous lAous racontiez l'histoin^ 4o quelque peuple sorti du nond poui* changer {a £àce de la. terre. Ici nous voyons le roi, là le héros. C'est ainsi qu'un fleuVe majestueux ya ^e'changier en lia torrent qui renrverde tout ce qui^s'x^pose à son passage: c'est ainsi qup k deïparoltjau laboureur pur ^t sçreitaf-landis <pie , dans^la contrée voisine , il se couvre de feu , 4'éelairs et de tonnerres. Vous m'ftvez / messieurs , associé à >t>s travla^x ; vpus m'avez él^vé jusqu'à vous, rt je-vçus rends grâces de ce qp"4 m'(^t,permisd^vous<coiinoitre mieux et de vous admirer, de plus près.

.Je.yôus rends grâces dç ce qiie vous m'avea^ donné un droit particulier d'écrire la, vie et les I actions de notre' jeune monacque; Piiis9e<-t-i)' ai-

' mer à entendre les éloges que Ton donne aux

princes pacifiques! que le pouvoir immense que Dieu a mis entre ses mains- soit le gage du bonheur de tous ! que toute la teripe repose sous son

aoa DISCOURS

trône! qu'il soit le roi d'une nation ^ et Je protecteur de toutes les autres t que tous les peujdes Taiment, que ses sujets radorent, et qu'il n'y ait {OS un seid homme 'dans T^im^ers qui s'afflige de son bonheur et ctkigne ses prôspéritésl Périssent enfin ces jalonsies fatales qui rendent les ^mmes eoneidis des hommesl que le $ang humain , ce sang 'qui Souille toujours la terve. Mit épargné! et que 9 pour parvenir k xx grand objet, ce mii^tre '* Aébessaire aur monde , ce ministre td que le peuple françois auroit pu lé demander au ciel^ ne cessé de xloïiner ces conseils qui'Tont au càïui' du prince j toi^ours' prêt à fait^ le bien qu^'oi!! lui proposeVoil à répai^r le ^^1 qti'il n*a point fait et que le tem^ a produit!

Louis nous a 'ftit voir que, eqinme les petiples sont soumis saoL lob^ les prinees^le sont à leur parole sacrée; que les grands rois, qoi nesanrolent être liés par une autre puissance , le sont iavifid*^ blémeni pftr 4ës chaînes qu'ila se s^nt frites^ comme le Dieu^'ils représentent, qui est tOKH jours' indépendant, 'et -toujours fidèle dans ses promesses. ' • * .

Que. d^ vertus nous présage une foi si teligieusem^ gardée 1 €!e sera le destin de la France / qu'a^ près avoir été agitée sous les Valois, àfiiermie sous

r * Le edtdinal He Plenrv.

, ACAjb^lQCTES. ao3

Henri I agrandie sous son successeur, victorieuse ou indomptable sous Louis- le j Grand, elle sera eqtièr^meilt heureuse sous le règne de celui qui ne sera point forcé à vaincre, et qui mettra toute sa gloire à fpouverner. f

ao4 PROJET

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