L'ÉLOGE DU DUC DE LA FORCE
PROFOFCB Ut a5 AOVT I716.
Ce jour si solennel pour l'académie , ce jour où elle distribue ses-prix, ne fait que lui renouveler le triste souvenir de celui qui les a fondés*/
Mais quoique j'aie l'honneur d'occuper aujourd'hui l£^ première place <le celte compagnie^ j'ose dire que je ne suis pas affligé de ses pertes seules: j'ai perdu une douée société, et je. ne sais si tnon esprit n'en'soufiCirira pas autant que mon çôeur.
J'ai perdu celui qui me donpoît de Vénmktion, que je voyois toujours deyant moi dans le chemin des Aifpcesy qui falsoit naîtra mes doutes , qui savoit les dissiper. Pardonimz, messieurs ^jû cet amour-propre qui accompagne toi^'ours la Couleur ne m'a permis de. parler que de moi. Il
* Le duc de La Force étoit mort à Paris en 1721 5 ; il étoit yrotecteur de racadcmie de Bordeaux.
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né sera pas dit que mes regrets seront cachés; et en attendant qu'une phime plus'élqqilente que la mienneait pu faire son élog«, il faut que j'en jette ici quelques trait^. ' . ' '
Purpnreos spargtfm flores , tuiimaiii<tue sepnlti Hîs siiUeBi accumulem donb.^
Mn^JL, lib. Vt, i. 884.
Je ne parlerai pas dé la naissance ni des dignités de M. le duc de La Force; je ra,'attacherai seulement à peindre son caractère. La mort enlève les titres, les biens et les dignités , et il ne reste guère d'un illustre mort que cette image fidèle quf est gravée dans le cœur dç ceux qui l'ont aimé.
Une des * grandes qualités de M. le duc de La l^orce étoit une certaine bonté naturelle : cette vertu de l'humanité qui fait tant d'honneur à l'homme , il* l'avoit par excellence. H s'attachoit volontiers, et il ne quittoit jamais*
Il aveit'mie grande politesse : cen'étoit pas un oubli de sa dignité, mais l'art de faire souffrir aisément les avantages qu'elle lui dontJn.
.» Cependant il savoit souvent employer bien à propos cette repré^entatioîi- extérieure qui fait les grands, qu'ils peuvent bien négliger quelquefois, mais dont ils ne sauroiefit sans bassesse s'affranchir pour toujours.
ACADBMiQines. 193
Ilaxmoitlesgens démérite : il les chercha ordinairei)tientpa!-mi les gens d^esprît^ maisH se trompa' qudquefois. Dans sa jeunesse, son goût fut uniquement pouc les beUes-lettres', et il ne se borna pas à admirer lesouvragçs des autres; îl attï:apoit surtout le style marotique. U y a de lui quelques petits ouvrages -de cette espèce qu'il fit dans cette province, et dans- un temps où le peu de goût qu'on avoit pour le& lettres empecboît de soupçonner un grand seigneur de s'y appliqtier.
Bientôt îl découvrit en 1^ un goût plus dominant^ pour les sciences et pourries arts; ce goût devint une véritable passion , et cette passion ne l'a jamais quitté.
Outre les sciences qui sont uniquement du ressort delà mémoire, il s'attacha à celles pour lesquelles le génie sèul«ât lAi^instrumeiit propre, à celles où un esprit doit pénétrer , où il doit agir, où il doit créer. • .
La. fiErciUté du génie de M. le duc de- La Force étoît admirable f ce qu'il dîsWf valoit toujours mieux qu^ ce qu'il avoit appris. Les savants qui l'entendoient ambitionnorent de savoir ce qu'il ne savoit que comme eux. Il môntroit les choses, et il en cachoit tout Fart : on sentoit bien qu'il avoit appris sahs peine.
La nature , . qui semble ^ avoir 'borné chaque homme à chaque emploi , produit rarement ^deç *
MORTBfQ. ituv, met. z 3
t()4 oisGoima
esprits universelâ : pour M. le duc de La Force, il éloit tout œ qu'il vohloit être;- et, dans cette variété qu'il 'ofiroit toujoiu*s, votn ne saviels si 09 que yous trouviez en lui étoit ua g^ie plus ét^dûy ou un^ plus grande midtiplidté «de talents. . *
M. le duc de La Force portoit surtout un e^rit d'ordre et de itiéthpde. Ses vues étoient toujours simples et générales : c'est ce qui lui fit saisir un plan nouveau, dont les grands espsîts, par une certaine fatalité, fijreni p^us éblouis <|ue les autr^; ce qui sembla être fait exprès pour les huinilier. * V *
Un air de philosophie dans utie administration nouvelle séduisit les gens qui avouent le génie philosophe, et nç révolta que ceux qui n'avoient pas assez d'esprit pour être trompés.
M; le duc de La Force , plein-de zèle pour le bien public, fut la dupe*de la grandeur et de l'étendue de son esprit. U étoit dansle ministère; et, charmé d'un plan qui ^âi^oit tous les détails ^ il y crut de bonne foi. i
On sait quepour.lors l'erreur fut de croire que la grande fortune de^ particuliers Êiisoit la fortune publique; on s'imagina que le capital de la nation alloit être grossi.
Je comparerai ici M. le duc de La Force à ceux * qui , dgns la mêlée, et flans une huit obscure, font
' XCADÉMiqXJES. igS
de beUoB actions dôni personne ne doit parler. Dans c0 temps de troiïble et de eonfusidn^ dl fit mie infinité d'actions généreuses , dont le public ne lui a tenu aucun compte» Il.jie distribua pas, mais U répandit ses biens. Sa générosité crut avec son opulence : il savait .qu^ le seul ^vajotage d'un grand Sicigneur riche eSî eelu^ de^ pouvoir être plus généreux que .les autres. . > ' Cette vertu de générosité étoit< proprement à lui; il Teicerçolt sans effoct : il àimoit k faire du bidi 9 et ille faisoit de bonne grâce. C'étoient tou-* jours des présfitts couverts de Qeurs.: il sembloit qu*il avoît des charmes particuliers, qu'il les réservoit pour .les tempft ou i) devoit . obliger quelqu'un.
M. le duc deXa ?orce arriva aU temps critique de sa vie; car il a p#)réje tribut de tous les hommBs illustreS|>^ a été malheureux. Il abandonna à sa paûîe jusqu'à sa justification même : â apprit, de la philosophie qu'il n'y a pas t^oins^de force à sa-» voir soutenir les injui^ que les malheurs ; et , laî^ sant4ui public ses jugements to^ijoura aveugles, il se borna à la cqnsolatîoii de voir-se^ disgrâces res^ peotées par qudquas fidèles jwùsk Ainsi la patrie, qui a un droit réel sur nos biens et sut* nos vies, exige quelquefois que nçus lui sacHfiions notre gIoira:ainsi presque tous lei grands hommes, ches les Grecs ^ch^ les Bomainsy sounroient,.sans
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se plaindre, que leur ville flétrît leurs Services.
M. le duc de taForce apasséles dernières années de sa vie dans une espèce de retraite. Il n^étolt point de ceux qui ont besoin de l'embarras des affaires pour remplir le vide de leur âme : la philosophie hiioffroitde grandes occupatioifs, une magnifique éçononfle*, un jugement*universel. Il tivoit dans les douceurs d'vme société-paisible, ei^touré d'amis qui l'hoHoroierit , toigours charmés de le voir, et toujours ravis de Fentendre. Et , si les morts ont encore quelque sensibilité pour leâ choses d'icibas, puisse-t-il apprendi^e que sa mémoire nous est toujours chère! pUlss^t-il nous'voir occupés à jtraosmettre à la postérité le souvenir de ses rares qualités !
•Comme on voit crottre^les «lauriers sur le tombeau d'ui^ grand poète, il^em^leque l'académie renaisse des cendres même de son protecteuiC Trois ans entiers s'étoient écoùlésr sanfi que tious eussions pu domîei* une seule couronne, et, ne voyant pas que les -savants fassent moifis appliqués , nous comniencions à croire qu'ils avoient perdu la confiance qu'ils avoient en nos jugements. Nous avons cette aimée annoncé trois prix, et deux ont été donnée.
De toutes lés dissertations que nous avons reçues sur la çnuse ^t Ya vertu des bains y aucune n'a mérité les suffrages tle l'académi^.' Quant à
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cellefi qui ont été fkites sur la cause du tonnerre ^ 'deux ont mérité , deux ont pàrrtagé son attention. L'auteur qui a vaincu a un rival qui sans lui aurait Doérité de yai«CFe> çV dont Tpuvrage n'a pu étrëiionoré que de nos «éloges.
1^ DXCOUHS
DÏSCOUR,S
DE iCÊCiPTlOn