‹ Œuvres diverses de MontesquieuChapitre 28 sur 75 · J>£ BERWICK · texte numérisé non relu

J>£ BERWICK

chose que je ne puis entendre. Cependant, s*il m'étoit permis de 119e hasarder^ je dirois que, compae dbaque grand, hommejroutre sa capacité générale, a encore un talent particulier dans le^u^l il excdle, et qui i^t sa vertu distinctiv^ ; je dirais que le talent particulier de M. le tnaréchal de Berwick étoit de faire une guerre défensive, de relever des chose&désespérées , et de bieaconnoître toutes les ressources que l'on' peut aVoirdans les malheurs. U fdloit bien quHl sentit ses forces à cet égard : je lui ai souvent entendu dire que la chose qu'il avoit toute sa .vie le plus souhaitée,, c'étoit d'avoir une bojine plaqa Ji défendre.

La paix fut signée à Utrechten i7i3.Le roi mourut le premier de ^septembre I7i5{ lyi. le duc d'Orléans fut régent du royaume. M. le maréchal de Berwick fut envoyé commander e^ Guienne. Me permettra-t«on de. dire que ce fut un grand bonheur pour moi, puisque c'est làoù jel'ai connu?

Le^tracasseriesdu cardinal Alberoni firent naître la guerre que M. le maréchal de JÇerwiek fit sur les firontières d'Espagne. Le ministère aya^nt changé par la mort de M. le da$ d'Orléans, on lui ota le commandement deGuienne. U partagea son temps entre la cour, Paris, et $a m^aison de Fitz-^ames. Cela m^ donnera lieu de parler de l'homme privé, et de, donner, le plus courtement que je pourrai ^ son caractère.

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U n'a guère obtenu de grâces sur lesquelles il n'ait été prévenu. Quand il s'agissoit de ses intérétS| il Êdloit tout lui dire.^.Son airfroid^, un peu 9eCf et méÏDQé quelquefois un peu' sévère , faisoît que quelquefois il auroit semblé un peu déplacé dans notre nation^, sMes grandes âmes et le mérite personnel avoieiit un pays.

U ne savoit jamais dire de ces choses qu'on appelle de jolies choses. U étoit surtout exempt de ces fautes sSms nombre que commettent cdhtinuellement ceuxqui s'aiment trop*etix-mémes... Il prenoit presque toujours son parti de Iqi-méme : s'il n'avoit pas trop bonne opinion de lai, il n'avoit pas non plus de méfiance; il se reeardoit, il se connoissott avec le même, bon sens qu'il voyoit toutes l^ autres choses.*. Jamais personne n'a su mieux éviter les excès y ou , si.j'ose me servir qe ce terme y les pièges des vertus : par exemple, il aimoit lés*ecclésiastiques; il s'accommodoit assez de la modestie de leur état;ilnepouvoitsou£frird'en être gouverné y surtout s'ils passoient dans la moindre chose là ligne de leurs devoirs : il exigeoit plus d'eux qu'ils n'auroîent exigé de lui... U étoit impossible de le voir et de ne pas aimer la vertu/ tant on voyoit de tranquillité et de félicité dans son âme y surtout quand on fa comparoît aux passions qui agiteient.ses semblables... J'ai vu de loin y dans les livres de Plutarque, ce qu'étoient les:

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grands hommes; j'ai vu en lui de plus près ce qu'ils sont. Je ne connoisK que sa vie privée : je n'ai point vu le héros , maïs l'homme dont te héjros est parti... U aimoit ae» amis : sa manièœ étoit ^e rendre des services sans vous ri^i-dire{ c'éfoit une main invisible qui vous servoit... H avoit un'grand fonds de religion. Jamais homme n'a mieux siiiyi ces lois de l'évangile qui coàtént le plus aux gens du monde : enfin jamais homme n^ tant pratiqué la religion , et n'en à si peu parlé... U ne disoit.ja>> mais de malade parsomie : aussi nie lou6it-il jamais les gatis qu'il ne erdyoit pas dignes d'être îoués..^ Il haïssoit ces disptftes qui, sous prétexte deiat gloire de Dieu , ne jsont que des,, disputes personnelles. Les malhetirs du roi son père lui avoient appris qu'on s'expose à faire de grandes faïutes lorsqu'on a trop de crédulité pour les gens même dont k caractère est.plus respectable... Lorsqu'il fut nommé comibandant en Guiemàe y la r^uta* tion de son sérieux- nous effncytt : mais À peine y fut-il arrivé, qu'il y fut^aimé de tout le monde ; et il n'y a pas de lieit où ses grandea qualités aient été plus admirées. .<

Personne n'a donoié iln -plus grand exemple 4a mépris que l'on doit faire de l'argent... U avoit ime modestie dans toutes ses dépens^ qui auroit dû le rendre très à «on ai&c^car il ne dépensoit eh aucune chose frivole : cependant il étoit toiijours ar-

riéréy parce que, malgré sa frugalité daturdle, il dépensoit. beaucoup. Dana ses commandements^ toutes les fiunilles angloises ou irlandoises pauyres, qui avoient quelque rehtioil avec quelqu^un de sa maison, aboient une espèce de droit de s'in* troduire chez lui ; et il est singulier que cet homnie, qui saToit mettre vn si grand ordre dans son armée, qui avoit tant de justesse dans ses projets, perdit tout eela quand il s'agissoit de ses intérêts particuliers. ' .

Il n'étoit point ^u nombne de ceux- qui tantôt se plaignent des auteurs d'une disgrâce , tantôt cherchent k les flatter; il alloit à celui dont il avoit sujet de se plamdre, lui disoit les sentfanents de son coeur, après quoi il ne disoit rien...

Jamais rien n'a mieux rq>résenté cet état oà, l'on sait que se trouva lâFraîiceà la mort de M. de Tu^ renne. Je me souvins du moment où cette nouvelle arriva : la consternation fut générale. Tous deuxHls avoient laissé des desseins interrompus; tous lés deux unç armée fXï péril : tous les deux finirent d'une mort qui intéresse plus que les morts communes : tous les deux avoient ce mérite mo* d^te pour lequel on aime à s'attendrir, et que Ton aime à regretter..,

n laissa nne femme tendre, qui a passé le reste de sa vie dans les regrets, et des enfants qui par leup^veptu font mieui que moi l'élc^ede leur père.

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M. le raarédHal de Berwicka écrit ses mémoiresf et, à cet égard, ce que j'ai dit dans V Esprit dés Lois sur la relation d'Hannon, je ppis le redire ici : c Cést un beau morceau de l'antiquité que la rela- « tion dllannon : le mente homme qui a exécuté a « écrit. Il ne met aucune oi^tentation dans ses récc cits : les grands capitaines écrivent leurs actions « avec simplicité, parce qu'ils sont plus glorieux « de ce qu*ils ont fait que de ce qu^ils ont dit. »

Les grands hommes sont plus soumis- qde les autrjes à un examen rigoureux de leur conduite : chacun aime à les' appeler devant son petit tribunal. Les soldats romains ne faisoient-^ils pas de sanglantes railleries autour du chai* de la victoire? Us croyaient triompher même dès triomphateurs. Mais c'est une belle «hosë pour le mai^hal de Berwick, que les deux objection^ qu'on lui a faites ne soient uniquement fondées que sur son amour pour ses devoirs.

L'objfectîon qu'on lui a faite de ce qu'il n'avoit pas été de l'expédition d'Ecosse en 1716 n'est fondée que *sur ce qu'on veut toujours regarder le maréchal dé Berwick comme un homme sans patrie, et qu'on ne veut pas se mettre dans l'esprit qu'il étoit François. Devenu François du consentement de ses premiers tnaitres , il suivit les ordres de Louis XTV, et ensuite ceux du régent dfe France. Il fallut Élire taire son coeur, et suivre le^ grands

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principes : il vit qu'il n*ét(Ht plus il lui; il vil qu'il n'étoit plus question de se déterminer sur c&tpii étoit le bien cbpvenable» mais sur ce qui étoit le bien nécessaire : il sut qu'il seroit jugé , il méprisa les jugements injustes; nî la faveur populaire, ni la manière de penser de ceux qui p^nsenf peu y ne le déterminèrent. -

Les anciens qui ont traité des devoirs ne trouvent pas que la grande diffiduké soit de les connoitre y mais de choisir j^tUxe deux devoirs. Il suivit le devoir- le plus fort y comme le destin. Ce sont des matières qu'oii pe traite jamais que lorsqu'on est obligé de les traiter, parce qu'il tk'y a rien dans le monde de {dus respectable qu'un prince malheureux. Dépouillons ht question : elle consiste à savoir si Iç prince , 4i)éme rétabli y auroit été en droit de le rappeler. Tput ce que l'on peut dire de plus fort, c'est que la patrie n'abandonne jamais^ mais cela mjême n'étoit pas le cas; il étoit proscrit par sapatrie lorsqu'il se fit naturaliser. Grotius, PulSendorf , toutes les voix par lesquelles TEurope a parlé y décidoient }a <iuestion, et lui déclaroient qu'il étoit François et soumis aux lob'delaFrance. La France avoit mis pour lors, la paix pour fondement de son^système politique. Quelle qpntradiclion , si un pair du royaume, un mapéchal de France yjtn gouverneur de province, avoît désobéi à la défense de sortir du royaume, c'est-à-dire

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airoit àésohéi réellement pour paroltre, aux yeûi^ des Angloiis seuls, n'avoir p^s déaçbéil En effet , k ; maréchal de Bemide étôit^parses^iignités pi^es, dan&ties circonstances pàrticuHèries; et on ne pou- ' voit guère distinguer sa présence en Ecosse d'avec une déclarationf de guerre avec l'Angleterre. LS France jugeôît qi^'il«n'étoit pQÎ^t de son intérêt que cette guekre se fît; qu'il en résulterait une guerre qui embra^roit toute l'Europe. Comment pouvoit-il prendre sur lui le pqids imineQse d'une démarche pareille? On pçut dire même que, s'il n'eût consulté que l'ambition, quelle plus grande ambition pouvoit-il^avôir que la rétablissement de la maison de Çtuart sur le trône d'Angleterre? On sait coiïibjien il aimoit ses en&nts. Quelles délices pour son cceur, «'il àvoit pu prévoir, un troisième étabbssement^en Angleterre!

S*il avQÎt été consulté pour l'entreprise même dans les circQpstances d^alors, il n'en auroit pas été d'avis : il crojoit que ca^ sortes d'entreprises étoiènt 4^ la natvure de toutes les autres, qui doiy vent être réglées par la prudence, et qu'en ce ça^ une entreprise manquée a deux sortes de mauvais succès; le malheur présent, e\ une pl|i^ grande difficulté j>our entreprendre de véussir^à l'avenir^.

MoirrxsQ eeuv. i» A 1 5

PENSEES DREÉSES.

Mon fils, vousîêtes assez heureux poilr n'avoir ni à rougir ni à vous enorgueillir xle votre naissance : la mienne esl teHemeM proportionnée à ma fortune que je serois,fàthé que Tune ou Tautre fussent plus grandes. *

'Vous serez homme de robe ou d*épée. Comme vous devez rendre compte de votre état, c'est à vous de le choisir : dans la robe, vous trouverez plus d'indépendance; dans le parti de Tépée, de plus grandes espérances.

Il vous est permis de souhaiter d% monter à des postes plus* éminents , parce .qu'il est ^penjfiis à chaque crtoyen^ de souhaiter d'être en étaè de rendre de plus grands services à sa jphtfie : d'ailleurs une noble ambition est un intiment utile à la société lorsqu'il se dirige bien. G>mme le mondé physique ne subsiste que parce que chaque partie de la matière tend à s'éloigner du centre , aussi • le monde politique se sbutient-tt par le désir intérieur et inquiet que chacun a de sortir du lieu où il est placé. 'C'est en vain qu'une morale austère veut effacer les traits que le plus grand des ou-

PENSÉES. DIVERSES. aa^

vriers a gravé dans nos âmes : c'est k la n\orale, qui veut travailler sûr le cœur de l'homme à régler ses sentiments, et non pas à les détruire.^ Nos auteurs moraux sont pr^quç touç outrés; ils parlent il l'entendement, et npn pas à cette.âme..

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