‹ Œuvres diverses de MontesquieuChapitre 36 sur 75 · DES AICGLOIS ET DES FRANÇOIS · texte numérisé non relu

DES AICGLOIS ET DES FRANÇOIS

/ Les Àuglois sont occupés; ils n'ont pas le temps d'être polis.

Les François sont agréables; ils se communiquent, sont variés, se livrent dans leurs discours.

a5o PENSÉES

se promènent, marchent , courent, «et Tont toujours jusqu'à ce qu'ils soient tombés.

Les Anglois sont des génies singuliers ; ils n^i* miteront pas même les anciens qu'ils admirent : leurs pièces ressemblent bien moins à des productions régulières de la nature , qu'à ces jeux dans lesquels elle a suivi des hasards h^eureux. ! A Paris on est étourdi par le monde; on ne connoit que les manières , et on n'a pas le temps de connoitre les vices et les ve.rtus.

y Si l'on me deiiciande quels préjugés ont les Angloisy en vérité je ne saurbis dire lequel, ni la guerre, ni la Naissance, ni les dignités, ni les hommes à bonjies fortunes, ni le délire de k faveur des ministres : ib veulent que les hoqimes soient hommes; ils n'estiment que deux choses , les richesses et le mérite.

J'appelle génie d'une nation les mœurs et le caractère d'esprit des différents peuples dirigés par l'mfluence d'une même cour et d'une même capitale. Un Anglois, up François, un Italien, trois esprits.

VARIl^TÉS.

y Je ne puis comprendre comment les princes croient si aisément qu'ils sont tout , et comment (es. peuples sont si prêts à croire qu'ils ne sont fien«

DIVERSES. !l5l

^ Aimer à lire, c'est faire uh échange des heures d'ennui que Ton doit avoir en sa vie contre des heures délicieuses.

y Malheureuse condition des hommes ! à peine l'esprit est-il parvenu à sa maturité ^ que lé corps commence à s'affoiblir.

y On demandoit à Chirac ( médecin ) si le commerce des JFemmesétoit malsain. Non,'disoit-il, pourvu qu'on ne prenne pas de drogues; mais je préviens que le changement est une drogue.

Cest l'effet d'un mérité extraordinaire d'être dans tout son jour auprès d'un mérite aussi grand.

Montesquieu grondoit un jour très vivement ses domestiques. Il se retourna tout-à-coup en riant vers un témoin de cette scène : Ce sont, dit-il , des horloges qu'on a besoin quelquefois de remonter. y Un homme qui écrit bien n'écrit pas comme on écrit, mais comme il écrit: et c'est souvent en parlant mal qu'il parle bien.

/ Voici comme je définis le talent : un don que Dieu noua a fait eii secret et| que nous révélons sans- le savoir.

Les grands seigneurs ont des plaisirs^ le peuple a de la joie.

Outre le plaisir qtte le vin nous feit, qous devons encore à la joie des vendanges le plaisir des comédies et des tragédies.

Je disois à un homme : Fi donc ! vous avez les

u!ji pensées

sentiments aussi bas qu*un homme de qualité. / M...» est si doux qu'U me semble Toir un ver qui file de la soie.

y Quand on court après reprit , on attrape la sottise.

Quand on a été femme à Paris , on ne.peut pas être femme ailleurs.

Ma fille disoit très bien : Les mauvaises manières ne sont dures que la première fois.

La France se perdra pair les gens de guerre. ^ Je disois^ à madame du Cbâtelet : Vous vous empêchez de dormir pour apprendjpe la philosophie; il faudroit au contraire étudiei; la philosophie pour apprendre à dormir.

Si un Persan ou un Indien venoit à Paris, il faudroit six mois pour lui faire comprendre ce que c'est, qu'un abbé commendataire qui bat le pavé de Paris.

L'attente est une chaîne qui lie tous nos plaisirs. . "*

^ Par malheur, trop peu d'intervalle entre le temps où l'on est trop jeune et celui où l'on est trop vieu^t. .

Il faut avoir beaucoup étudié pour savoir peu.

Taime les paysans; ils ne sont pas assez savants pour raisonner de travers*

Sur ceux qui vivent avec leurs laquais, j'ai dit: ]Les vices ont bien leur pénitence.

BIVIRSES. a 53

Les quatre grandis poètes , Platon , Malehranche, Shaftesbury, Montaigne!

Les gens d'esprit sont gouvernés par des vaiets« et les sots par les gens d^esprit.

Onauroit dû mettre l'oisiveté continuelle parmi les peines de Ténfer; il me semble au contraire qu'on Tapiise parmi les joies du paradis. ^^ Ce qui manque aux orateurs en profondeur, ik , vous le donnent en longueur. Je n'aime pas les discours oratoires , ce sont des ouvrages d'ostentation.

Les médecins doat parle M. Friend dans son Histoire de la Médecine ^ sont parvenus à une grande vieillesse. Raisons physiques: i^Lesipédeoins sont portés à avoir de la tempérance ; a* ils préviennent les maladies dans les commencements; 3* par leur état, il fonrbeauCoup d'exer* cice ; 4* ^^^ voyçmt beaucoup dç mal^de^, leur tempérament se £ait à tpus les airs, et ils deviennent moins susceptiUes de dérangement; 5* ils connoîssent mieux le péril; .& ceux dont la réputation est veûuç jusqu^à nous étoîént habiles; ils ont donc été conduits par des gezis habiles, c'està-dire eux-mêmes. -

Sur les nouvelles découvertes^ nous avons été bien loin pour des hommes.

• Jedisois surlesamis tyranniques etavantageux :

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L'amour a des dédommagements que Tamitié n'a pas.

y A quoi bon faire des livres pour cette petite ^ terre , qui n*est guèi^ plus grande qu'un point? Contades, bas courtisan, qiéme à la mort, n'écrîvit-il pas aîi cardinal 4e Richelieu qu'il étoit content de mourir pour ne pas voir la fiii d'un ministre comme lui? Il étoit courtisan par la force de la nature, et il croyait en réchapper. y M;., parlant des beaux génies perdus^ dans le ^ nombre des hommes , disoit : Comme des marchands, ils sont morts sans déplier.

Deuxbearitéscommùnessedéfont;deuxgrandes beautés se font valoir.

y Presque toutes les veitus sont un rapport parti-* culier d'un certain homme à un autre : par exeniple, l'amitié, l^amour de la patrie, la pitié, sont des rapports particuliers; mais la justice est un J^pport général.' Or toutes les vertus qui détruisent ce rapport ne s6nt point des vertus,'

La plîipait d^ princes et dés ministres ont bonne volonté; ils ne savent comment s'y prendre. y Le succès de la plupart des' choses' dépend de savoir comlrien'il faut de temps pour réussir.

Le prince doit avoir l'œil sur l'hohnéteté publique , jamais ^ur les particuhers.

y II ne Êiut point faire par lei lois ce qu'on peut Élire par les mœurs.

DIV£HS£S. a 55

Les préambules des édite de Lbuis XIV furektt plus insupportables aux peiiples que les édits mêmes.

Les princes ne déVroient jamais faire d'*apolo'gies : ils sont toujours trop forts quand ils décident, et foibles quand ils dispiïtent II faut qu'ils fassent toujours dés choses raisonnables , et qu'ik raisonnent fort peu. * /

^ fai toujours vu que pour réussir ({ans le

monde il falloit avoir Fair fou , et être sage. y En fait dç parure, il iàxxX, toujours rester audessous de ce qu'on peut

Je disois à Chantilly que je faisois maigre par politesse; monsieur le duc étoit déyot.

^ Le souper tue la moitié de Paris , le dîner Tautre.

Je hais Versailles,- parce qtre tout le monde y est petit; j*aime Paris, pàrcaque tout le monde y est grandj- A^ Si on ne voulait qu'étrq heureux., cela soroif bientôt fait : mais on veut être plus heureux que les autres; et cela est presque toujours difficile, parce que nous croyons les autres plus heureux qu'ib ne .sont.

Les gens qui ont beaucoup d'esprit tombent souvent dans lé dédain de tout

Je vois des gens qui s'ef&rouchent* des digresn sions ! je crois que ceux qui savent en faire sont

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comme les gens qui ont de grands bras, ils atteignent phis loin. ' y Deux espèces d'hommes : ceux qui pensent, et ceux qui amusent.

Une belle action est celle qui a de la bonté, et qui demande de la fprce pour la fiadre '

y La plupart des hommes sont plufi capables de grandes actions que de bonnes.

y Le peuplé est honnête dans ses goûts, sans Tétre dans ses mœurs.

y Nous voulons trouver des honnêtes gens, parce que nous voudrions qii'on Je fût à notre égard.

y La vanité des gens est aussi bien fondée que celle que je prendrois sur une aventure arrivée aujourd'hui chez le cardinal de Polignac, où je dinois. 11 a pris la maia de l'aîné de la maison de Lorraine, le duc d'Elbœuf ; et après le diner, quand le prince n'y a plus été", il me Ta donnée. Il me la donne, à moi, c'est un acte de inépris; il l'a prise au prince, c'est une marque d^estime. Cest pour cela que les* princes sont si familiers avec leurs domestiques : dk *eroyent que c'est une £aveur, c'est un mépris.

y Les histoires sont des faits faux composés sur

' des faits vrai^, ou bien à l'occasion des vrais. D'abord les ouvrages donnent de la r^utation à l'ouvrier, et ensuite Fouvrier aux ouvrages.^ Il faut toujours quitter les lieux un moment

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