LETTIU5S
autre chose à la teite que de continuera tourna* sur son centre : je ne voudrois pourtOBt pas £aire fivec elle d'aussi petits cérdes qUe ceux que vous faisiez quand vous étiez à Tornep. Adieu , mon cher et illustre etmi ; je vous embrasse un mHlion de Ibis*
A Pariii ce a$ membre 17I6.
XlTtf.
k L'ABBÉ EUE GUASCO.
Mon cher abbé, je vous ai dit jusqu'ici des choses vagues , et en voici de précises. Je désire de donner mon ouvrage le plus tôt qu'il se pourra. Je commencerai demain k donner là 'dernière main au premier volume, c'est-à-dire aux treize premiers liv^res, et je compte que vous poiurez les recevoir dans cinq à six semaines. Comme j'ai des raisons très-fortes pour ne point tâter de 1^ Hollande et encore moins dé l'Angleterre, je vous prie de me dire si vous comptez toujotfrs de faii^ le< tour de la Suisse avant le voyage dès deux autres pays. En ce cas , il faut que vous quittiez surleVohamp les délices du Languedoc; et j'enverrai le paquet à Lyon ^ où- vous le trouverez à votre passage. Je voUs laisse le choix entre Qenève, So-
FAMILIÈRES. SuS
leure et Bàle. Pendant que vous ferlez le voyage , et que l'on commenceroit à* travailler sur le pre* itiier volume, je travaillerai au ^cond, et j'aurai soin de vous le £ûre tenir aussitôt que vous me le marquerez; celui-ci sera de dix livres, et le troisième de sept; ce seront des volumes in-4^* J'attends votre réponse là-dessus , et si je puis comptef que vous partirez sur-le-champ sans vous arrêter ni à droite ni à gauche. Je souhaite ardem^ ment .que mon ouvrage ait un parram tel que vous. Adieu > mon cher ami ; je vous embrasse.
De Parif y le 6 décembre 1746. .
AU MÊME
Ma lettre ^ à -laquelle vous venez de répondre, a fait un^effet bien différent que je n'attendois : elle vousa fait partir^ et moi je comptois qu'elle vous feroit rester jusqu'à Ce que vous eussiez reçu des nouvelles du départ de pion manuscrit ; au moins étgit-ce le sens littéral et spirituel de ma lettre. Depuis ce temps , ayant appris' le passage du Var, je.fisi réflexion que vous étiez Pîémontais , et q\i'il étoit désagréable pour un l^omme qui ne songe qu'à ses études et à ses livres , et point aux
ai.
3îl4 LETTRES
affaires' des 'jSrinCes , de se trouver dans un pays éti^anger dans des conjonctures pareilles à cellese ciî de sorte que vous prendriez peut-être le psurti ^e retourner^dans votre pays; surtout s'il est vrai que votre l>on ami le marquis 4'Orméa est mort ou n'a plus de crédit (4^)t comme le bruit en court. Je parlai à x^ôtte ami Gendron de la situa tion désagréable dans- laquelle cela vous mettoit, et il pense comme m0i. Mais nous espérons qu'à la paix vous pourrez jouir tranquillement de; Taménité dé la^ France y que vous aimes , «tvoù Ton vous aime* Peut-être , mon cher ami , ai-je porté mes scrupules trop loin ; sur cela vous êtes prudent et sage.
Du r^te, dans la situation présente, je ne crois pas qu'il me convienne d'envoyer mon livre pour le faire imprimer ,• d'aUtaqt moins que je suis incertain du parti que vous prendrez. Si vous croyez devoir rester en France, je ne doute pas que vous ne revoyiez la Garonne^et que vous ne travailliez à une autre dissertation pour remporter encore un prix à l'académie des insoriptions.- Vous imiterez en cela l'abbé Le Beof (42) ; mais vous ne serez pas si bœuf que lui. Adieu; je' vous embcas&e de tout mon cœur.
De Pâtîs /le a4 décembre i74r>.
FAMILIERES. 3a5
AU MÊME
Vous m'avez bien eûvoyé Fextjtiit jde ma lettre; mais il y a des points qui ne valent .rien, le vous avois mandé^qiie je vous enverrois une partie de mon ouvrage ; mais que, quand vous Tauriez reçue^ vous ne vous amuseriez plus à autre chose; là-dessus vous êtes parti pour faire toutes vos courses, au lieu d'attendre mon manuscrit. Mon cher ami, quand il y aura une métempsycose, vous renaîtrez pour faire la professipn de voyageur ; je vous conseille de commencera vous faire d^rater. Mais venons au fait.
Dans trois mois d'ici vous recevrez q}Anze ou vingt livres , qui n'ont besoin que jd'étre relus et recopiés; c'est-à-dire de cinq parties vous en recevriez trois, qui feront le premier volume; et après cela je travaillerai au second , que vous recevrez deux QU trois mois après. S'il ne vous reste {tfus de courses littéraires ou galantes à fairç dans le Languedoc , vous ferez bien d'aller reprendre votre poste de confesseur de mademoiselle de Montesquieu , ou celui de pénitettl: de M. Tévêquo d'Agen. ' • . ->
SaC T-ETTRES
Quoi qu'il en soit, en quelque endroit que YCfOs me marquiez, je vous enverrai, à la fin d'a^ml^Ie premier volume. Si vou» croyez avoir besoin d'un passeport de la cour, je sçrai votre pis-«Uer; croyant qu'il vaut mieux que vous employiez pour cela M. Le Nain ou M. de Toumi; ce que je ne dis point du tout pour me dispenser -de £aire ia chose, mais parce que leè intenda^ ont plus de crédit qu'un ex-président. Je vouib embrasse de tout mon cœur.
De Ptau, le %o férri^r 1747.
AU MÊME
y ai p^lé à M. de Boze : il m'a renvoyé asses rudement etassez maussadement, et m'a dit qu'il ne se méloit pas de ces choses-là; qu'il falloit s'a-< dresser à M. Freret (43) et à M. le comte de Maxirepas; que c'étoit la chiiçère de ceux qui ayoient gagné un prix 4e croire qu'çn. les recevront d'abord à l'aCadémié. Je ne sais pas s'il n'aurait pa^ quelque autre en vue. Je pad^ le même jour à M. Duclos, qui me paraît d'^issez bonne volonté; mai^ c'est, un des derniers. Or, vous ne po;iivez avoir M. de Maurepas que par la duche^e d'Ai-
goillon, votre musQ (44) favorHe. Vous savez que je Suis brouillé avec M. Freret; vous ferez dpnc bieii d'écrire à tnadame* d'Aiguillon : si je Iç lui propose^ il est sûr et très<«ur qu'elle n'en fera rien ; mais si vous, écrivez , die m'en p^^rlera, et je lui dirai des dioses qui pourront l'engager. $i vous gagnez encore un prix, cela aplanira les difficultés. Le père DesmQlèts in'a dit que vouç travailliez;* moi je travi^Uede mon coté^ mais mon travail s'appesantit.
Le chevalier Caldwell m'a écrit que vous étiez tenté d'aller avec lui en Egypte; je lui ai mapdé que c'étoit pour aller voir vos confrères les momies. Son aventure (45) de Toulouse est bien risible; il paroît que dans cette viUe-là on est aussi fanatique en fiait de politique qu^en fait de religion.
^ Faites, je vous prie, mes respectueux compliments à M. le premier prési^^nt Bon (47) : la première chose physique que j'aie vue en ma vie, c'est un écrit sur les araignée^, Êiit par lui. Je l'ai toujours regardé comme un des plus savants personnages de France; il m'a toujours doqné de l'émulation quand f ai vu qu'il joignoit tant de connoissânces de son métier avec tant do lumières sur le métier des autres : remerciez^le bien des bontés qu'il me fait l'honneur de me marquer.
33tô LETTRES
* J'ai en aiusi rbonneqr de connoitre M. le Nain (48) à la Rochelle, où j*étois allé voir M. le comte de Matignon. Je vous prie de vouloir bien Ini rafraîchir la mémoire de mon resp<sct. On dit ici qu'il a chassé les ennemis de Provence par ses bonnes dispositions économiques, et que nous lui devons l'huile de Provence. Votre lettre de change n'est point encore amvée, mais un avis seulement. Vous voyez bien que vous êtes vif , et que vous avez envoyé M. Jude à perte d'haleine pour une chose qu'il pouvoit faire avec toute sa gravité. Adieu ; je vous embrasse de tout înon cœur.
De Parii, le I*' inar» 1747-
A MONSEIGNEUR CERATI.
J'ai reçu, monsieur mon illustre ami, étant à Paris, la lettre que je dois à votre amitié. Vous ne me parlez pas de votre santé, et je voudrois en avoir pour garant quelque chose de mieux^'que des preuves négatives. Vous avez mis dans votre lettre un article que j'ai relu bien des fois, qui est que vous désireriez venir passer deux ans à Paris ,^ et que vous pourriez de là aller jusqu'à Bordeaux;
FAMILliRIIS. 329
voilà des idées bien agréables : et noi je'forme le projet d'aller quelque jour à Pise pom corriger chez vous mon ouvrage ; carqui pourroit le mieûit faire que vous? et où pourrols-je trouver des jui gements plus sains? La* guerre m'a tellement incommodé, que j'ai été obligé de passer trois ans et demi dans mes terres; de là je suis venu à Paris ; et «i la guerre continue j'irai rae remettre dans ma coquille jus^'à la paix: Il me semble que tous les princes de l'Europe demandant cette paix : ils sont donc pacifiques? non ,*caF il n'y a de princes pacifiques que cèui^ qui font des sacrifices pour avoir la paix', comme il n'y a d'honime généreux que celui qui cède de ses intérêts, ni d'homme charitable que celui qui sait donner. Discuter ses intérêts avec une très-grande rigidité est l'éponge de toutes' les vertus: Vous ne me parlez pas de vos yeux ; les miens sont précisément dans la situation où vous les avez laissés : enfin j'ai découverÉ qu'une cataracte s'est formée sur le bon œil; et i^on Fabius Maximus, M. Gendron, me dit qu'elle est de bonne qualité, et qu'on ouvrira le volet de la fenêtre. J'ai remis cette gpévration au printemps prochain, pour raison de quoi je passerai ici tout l'hiver. Du re^te, notre excellent homme M. Gendron se porte bien. Avezvous reçu des nouvelles de M; Cerati ? disoQS-nous toujours. Il est aussi gai que vous l'avez vu , et fait
33o LETTRES
d'aussi ixrn^ laisonneinents. A propos, je trouTai , en arrivant ^ Paris délivré de la présence du fou le plus incoframode et du fléau lei plus terrible t|«e j'aie vu de ma vie. Son voyage d'Angleterre mV voit. permis quatre ou cii^q mois de. retirer à PariSi et je nç le vis que la veille de mon départ , pour ne le revoir jamais Vcrus entendez bien que c'est du Biarquis-de LocrMâsia dont je veux parler^ qui' ennuie et excède à. présent ceux qui sont en enfes ^ en purgatoira ou en paradis.
L'ouvrage va paroitre en cinq tolumes. U y en aura quelque jour un sixième de supplément; dès qu'il en .sera question, vous en aurez des nouvelles. Je suis accablé de lassitude: je compte de me reposer le rerte de mes jours. Adieu, monsieur; je vous prié de me conserver toujours votre souvenir : Je vou^ garde l'amitié la plus tendre, l'ai l'honneur d'être, tnonseigneur, avec ^ut le respect possible. *
De Paris, c;e3i mAft 1747*
A L'ABBÉ DE GUASCO
AAix.
j£ VOUS tibivie avis, victorieux abbé, que vous avez rempoité un second triomphe (49) à l'acadé-
mie. Je ri^ai point parlé de votre affaire à madame d'Aiguillon j parce qu'eRe est partît pour BprdMux comme un éclair : elle n'est occupée que du franc^alleu:, tout doit ced^r à cda, même ses anus. j
Je vous donne aussi avis qu'au commencement du mois prochain Tonvrageen ^estioii sera fini de copier. Je si^is quasi d'avis de le mettre in-la^c ce que je vous envervai foi^mera cinq volumes , distingués 4ans .là copie. Ayez la bçnté de me mander où il hxxt que je vous adresse le paquet. Je compte recevoir votre réponse avant que Ton ait fini ; ainsi vous ne devez pas perdre de temps à m'écrire et à me mander où vous serez tout le mois de juin.. Je si^is bien aise que votre santé soit meilleure; votre esquinancie m'a alarmé^ Adieu , mon cher ami.
De Paris, le 4 nud X747«
XîV.
AU MÊME
Étaitt aussi en l'air que vous> mon cher ami, et prêt à partir pour la Lorraine avec madame de Mirepoix , j'adresse ma lettre à M. Le Nain. Je ne mè suis pas bien expliqué sans douté dans ma
'33a LETTRES
lettre: Je lui ai dit qu'il y avoit fentes les apparences que vous seriez de Tacad^lmie, et non pas qîie vous en étiez. Je ne doute pas que i'on ne vous en accérde la place en vous présentant à ' Paris après cette seconde victoire. Je crois vous avoir déjà mandé que j*avois remis votre seconde médaille à M*. Dalnet de Bordeaux. Comme M: Dalnet a deux* ou trois millions de'bien, j'ai cru ne pouvoir pas mieux choisir pour confier votre trésor. Votre .lettre m'ayant totalemenèdésorîenté, vous voyant des entreprises pour un siècle, et ne sachant d'ailleurs où vous prendre, par mi dix ou douze villes que vous me citiez; voyant de plus que dans les lieux où j'étois obligé de m'adresser pour l'impression, à cause- de la guerre, vous ne trouveriez pas vosconyenances, je me suis servi d'une occasion (5o) que j'ai trouvée sous ma m£lin, et j'aî cru que cela vous convenoit plus que de déranger la suite de vos voyages.
Je souhaite plutôt que vous preniez la route de Bordeaux : si vous y êtes l'automne prochaine ou le printemps prochain , je vous y verrai- avec un grand plaisir, et j'enfends que vous preniez une chambre dans mon hôtel; mais je ne traiterai pas si ' familièrement nïk homme qui a remporté Jeux trion^hes à lacadémie. Adieu, mon cher abbé} je vous embrasse miUe fois.
>►• ' -^ De Pari», ce 3o niifi i747.
FAMfL^iCRES. 333
AU MÊME
J'ai eu rhooneur de tous mander, mon cher abbé y que votre lettre ne me disant rien que de très-vrai , et ne me parlant que des diflGicultés que vous trouveriez dans cette affaire, et d'un nombre infini de voyages commencés, projetés ou à achever, j'ai pris le parti d'une occasion très-favorable qui s'est ofiferte, et qui vous délivre d'une grande peine.'
Je vous dirai que j's^i jugé à propos de retrancher, quant à présent, le chapitrç sur le stathoudéra^; dans les circonstance^ présentes il auroit peut-être été mal reçu en France (5 1), et je veux éviter toute occasion 4^ chicane : cela n'empé^ chera pas que je ne vous donne dans la suite ce chapitre'pour la traduction italienne que vous avez entreprise. Dès-^que mon livre sera imprimé, j'aurai soin que vous en ayez un des premiers exemplaires;. et voiis traduirez plus CQmmodément sur l'imprimé que sur le manuscrit.
J*aiété combléL de boixtés et d'honneurs à la cour de Lorrçiine , et j'ai passé des moments délicieux avec le roi Stanislas. Il y a grande apparence
334 LETTRJ
que je serai à Cordeaux avan En attendant mon retour , v trouver madame de Mojitesi
iiïdju^iierai pas de vous env^ jilaires de la nouvelle éditioi»
je vous ai promis pour S, A* S Adieu, je vous embrasse de 1*
De Pu^
IH'*^ *■* %*T^.*»-*^^^ w-»-
AD MÊME
Je vous dt^mande pardon dû de fausses espérances de mon que j ai ici m'ont empêché d^ lavois projeté. Je suis aussi en serai pourtant au commencen deaux. Faites j en attendant, 1 charmante comtesse de Pontac que vous êtes à présent , et d'oi dei^cendrez à Bordeaux, où not litique et théologie. J'enverrai 1^ Je (M!ux bien envoyer un roni^»
d'état : à vous, il faut les Pen^
^ /# Tempir éc Cmdt ^ qu'il lui avpît f****
FAMILlàHBft. 335
quoique diX'^hmt ou vingt dames que Je pniace de Wurtemberg m'a dit que vous avez sui^ votre compte en Languedoc et en Provence , vous auront isans doute beaueoup changé 9 et rendu plus croyait (5a) touchant les aven tiu-es galantes. Vous ferez comme cet ermite que le diable damna en lui montrant un petit seoilier*; car je vous ai toujours vu enclin aux belles passions, et je suis persuadé que dans votre dévotion vous ,enragiez de bon cœur : mais il faudra vous divertir à Bordeaux, et je chargerai/ma belle-fille d'av,oir soin de vous. Je vis l'autre jour M. de Boze^ avec qui je pariai beaucoup de vous. Quand vous serez ici, vous entrerez à l'académie par la porte cochère; mais je vous conseille d'écrire encore sur le sujet du prix proposé pour l'année prochaine. Comme cesujettientàcelui que vous avez traité(53),et que vous tentiL le fil des règnes précédents, vous trouvei'ez moins de difficultés dans vos nouvelles recherches. Si les mémoires swr lesquels je travaillai l'Histoire de Louis XI n'avoient point été brûlés (54); j'aurois pu vous fournir quelque chose sur ce sujet.
Si vous remportez ce troisième prix, vous n'aurez besoin de personne, et votre réception n'en sera que plus glorieuse. Vous aurez tant de loisir que vous voudrez à Clérac et à La Brède, bù les voyages (55) et les dames ne vous distrairont plus.
Vou^ ét^ eo halehie dan^ cette carrière, et vous y trouverez.plus de.(acilUé qu'un autre. Adieu; je vetl&eiilbra^. mille fois. .
De Parify^le i^ octobre ; 74?.
XXVÏII.
A JVI. DE MAUPERTUIS.
L'Anti-Lucràce du cardinal de Polignac paroit, et il a eu un grand succès. C'est un enfant qui ressemble à son père. Il décrit agréa&lftment et avec grâce; mais il décrit tout, et> s'anutse partout. J'aurois voulu qu'on en eût retranché deux mille vers. Mais cfîs deux mille vers étoieot l'objet du culte de Rome comme las autres; et on a nlls à la tête de cela des gens qui ponnoissoient le latin de rÉnéide, mais qui ne connoissoient pas^ l'Enéide. N*** est admira^>le : il m'a expliqué tout l'Anti- Lucrèce, et je m'en trouve fort bien. Pour vqus^ je vous trouve encore plus extraordinaire : vous me dites de vous aimer, et vous savez que je ne puis faire autre chose. .
î* De : .... . J747.
A L'ABBÉ DE GUASCO
Tout ce que je puis vous dire , c'est que je pars au premier jour pour Bordeaux ^ et que là j'espère avoir le plaisir de vous voir. Je sais que je vous dois des remercîments pour les deux petits chiens de Bengale, de la race de l'infant don PÎiilippe, que vous me menez; mais comme les remercîments doivent être proportionnés à la beauté des chiens, j'attends de les avoir vus pour former les expressions de mon compliment. Ce ne seront point deux aveugles comme vous et moi qui les formeront, mais mon chasseur, qui est très-habile, comme vous savez.
J'ai envoyé mon romait ' à M. Le Nain , et je trouve fort extraordinaire que ce soit un théologien qui soit le propagateur d'un ouvrage si frivole. Je vais aussi envoyer un exemplaire de la. nouvelle édition de* la Décadence des Romains au prince Edouard, qui, en m'en voyant son manifeste, me dit qu'il falloit de la coirespondance entre les auteurSj^ et me demandoit mes ouvrages.
* Le Temple de'Gnide.
MuvTKSQ. ctup, miL a)
Je fais bien ici vos affaires, car j'ai parlé de vous à madame la comtesse de Sénectère, qui se dit fort de vos amies. Je n'ai pas daigné parler pour vous à la mère j car ce n'est pas des mères dont vous vous souciez. Bien des compliments à madame la comtesse de Pontac : quoi que vous puissiez dii*e de sa fille, je tiens pour la mère, je ne suis pas comme vous.
T)ites à l'abbé Veauti que j'ai parlé à l'abbé de Saint-Cyr, et qu'il fera une nouvelle tentative auprès de M. l'évéque de Mirepoix. Je n'ai jamais vu un homme qui fasse tant de cas de ceux qui administrent la religion, et si peu de ceux qui la prouvent (56).
M. Lomelini m'a conté comme , pendant votre séjour en Languedoc , vous étiez devenu citoyen de Saint-Marin (67), et un des plus illustres sénateurs de cette république : je m'en suis beaucoup diverti. Ce. n'est {|as cette qualité sai^s doute qui dounoit envie au maréchal de Belle-Isie de vous avoir sur les bords du Var j c'est qu'il vous savoit bien d'un autre pays : et je crois que vous avez bien fait de ne point accepter son invitation. Dieu sait comment on auroit interprété ce voyage dans votre pays.
Je souhaite ardemment de vous trouver de retour à Bordeaux quand j'y arriverai, d'autant plus que je veux que vous me disiez votre avis sur
FAMlLlàaES. 339
quelque chose qui me regardé personnellemeiit. Aton fib ne veut point de la chai^ de président k mortier que-je comptois lui donner. Il ne me reste donc que de la rendre, ou de la reprendre moi-même. C'est sur cette atoemative que nous conférerons avant que je me décide : vous me direz ce que vous pensez après que je veus aurai expliqué le pour et le contre des deux partis à prendre.: tâchez donc de ne vous pas faire attendre long^temps. Adieu.
De Parin, ce 38 mars 174$.
A MONSEIGNEUR CERATI.
J'ai reçu, Monseigneur, non-'seulem^it avec du plaisir, tnais avec de la joie, votre lettre par la voie de M. le prince <fe Craon.
.Gomma vous ne me parlez point du tout de votre santé, et que vous écrivez, cela me fait penser qu'elle est bonne , et c'est un grand bien pour moi. M. Gendron (58) n'est pas mort, et je compte que vous le re^errez encore à Paris, .se promenant dans sbn jardin avec sa petite canne, très-modeste admirateur des jésuites et des médecins. Pour parler sérieusement, c'est un grsind bonbeur
34o^ LETTRES
que cet excellent homme Tiye ^ocore, et nous aurions perdu beaucoup tous et moi. Il commence toujours avec moi ses conversations par ces mots*: ff Avez^TOUs des nouvelles de M. Gerati ? » L'abbé de Guasco est de retour de son voyage de Languedoc ou de Provence : vous l'avez vu un homme de bien; il s'est perdu comme David et Salomon. Le prindë de Wurtemberg mV dit qu'il avoit vingt- une femmes sur son- compte : il dit qu'il aime mieux qu'on lui en donne vingt-une qu'une; et il pourroit bien avoir raison. Au milieu de sa galanterie vagabonde, il ne laisse pas de remporter des prix à Facadémie de Paris : il a gagné le prix de l'année passée, et il vient de gagner celui dt cette année.
Je dois quitter Paris dans une quinzaine de jourS|,etpasser quatre ou cinq mois dans ma province ; et je mènerai l^bé de Guasco à La Bréde (Sq), faire pénitence de ses dérèglements* Madame GeofiPrin a toujours très-bonne compagnie chez elle (60) , et elle voudroit fort bien que vous augmentassiez le cercle, et nu>i aussi. Vous me feriez un «grand plaisir si vous vouliez £sdre un peu ma cour à M. le prince de Craon , et lui dire comblai je serois content de la fortune si elle m'avoit par hasard , dans quelque moment de ma vie f approdié dé lui : en attendant , je fais ma cour à un homme qui le représentera bien; c'est
FAMILliCRES. 34 1
M. le prince de Beauveau : soyez sûr qûHly a: en lui phis d'étoffe qu'il n'en faut pour faire un grand homme. Je me pique de savoir deviner les gens qui iront à la gloire;* et je ne me sais pas beaucoup trompé.
A regard de mon ouvrage ^ je vous dirai mon secret; on Fimprime dans les pays étrangers. Je continue à vous dire ceci dans ua grand secret : il aura deux volume^ in-4' , dont ii y en a un d'imprimé; mais on ne le débitera que lorsque Fautré sera fait : sitôt qu'on le débitera vous en aurez un y que je mettrai entre vos niains comme rhommage que je vous fais de mes terres. Tai pensé me tuer depuis trois mois afin d'achever un morceau que je veux y mettre, qui sera un livre de l'origine et des révolutions de nos lois civiles de France. Cela formera trois heures de lecture; mais je vous assure que cela m'a coûté tant de travail que mes cheveux sont blanchis. Il faudroit, poifr que mon ouvrage fût complet, que je pusse achever deux livres sur les lois féodales. Je crois avoir fait des découvertes sur une matière la plus obsbure que nous ayons, qui est pourtant une magnifique matière. Si je puis être en repos à ma campagne pendant trois mois, je compte que je donnerai la dernière* main à dès deux livres; sinon mon ouvrage s'en passera. La faveur que votre ami, M. Hein, me fait de venir souvent passer.-
34 a . LETTRES
les matinées chez moi , fait un grand tort à mon ouvrage^ tact par la corruption de son françois, que par la longueur de ses détails; il vient me demander de Yo$ nouvelles; ils se plaint beaucoup d'une ancienne dysurie que M. Le Dran a beaucoi^ de peine à vaincre, et il ne me paroit guère plus côptent du stathouder. Je vous prie de me con* server toujours un peu de part dans votre amitié, et de. ne pas oublier celui qui vous aime et vous respecte.
De Paris, cç z8 mars i?^^.