‹ Œuvres diverses de MontesquieuChapitre 70 sur 75 · AU PRÉSIDENT HÉNAULT · texte numérisé non relu

AU PRÉSIDENT HÉNAULT

Je voudrois bien , monsieur mon illustre confrère, donner, trois ou quatre livres de V Esprit des Lois pour savoir écrire une lettre comme la vôtre; et pour vos ^ntiments d'estime, je vous en

4a6 LETTRES

i^d^ bien d'admiration. Vous doûnez la vie à mon âme, qui est languissadt^ et morte ^ et qui ne sait plus que se reposer. Avoir pu vous amuser à Compiègnei <^est pour moi la vraie gloire. Mon cher président 9 permettest-moi de vous aimer, permettez-moi de me souvenir des charmes de votre société 9. comme on se souvient des lieux que Ton. a vus<dans sa jeunesse , et dont on dit : rétois hçureux alors! Vous faites dès lectures sérieuses à la cour, et la cour nei perd rien de vos agréments; et moi , qui n'ai rien à f^ire , je ne puis me résoudre à faire quelque chose. J^i toujours senti cela : moins on travaille, moins on a de force pour- travailler. Vous êtes d|ans le pays des changements ; ici, autour de nous ^ tout est immobile. La marine, les affaires étrangères, les finan-^ ces , tout nous semble la même chose : il est vrai que nous n'avons point une grande finesse dans le tact, rapprends que nous avons eu à Bordeaux plusieurs conseillers, au parlement de Paris, qui, depuis le rappel , sont venus admirer les beautés dé. nôtre ville, outre qu'une ville où l'on ti'est point exilé est plus belle qu'une autre. Mon cher président, je vous aimerai toute ma vie.

De La Brède, le ii aof^ 17S4.

FAmlUÈnES. 4^7

^LXXIT.

A UABBÉ DE OUASÇO.

Mov cher abbé, vous devez avoir reçu la lettre que je vous ai écrite à Naples, et celle que j'adressai depuis à Rome. Je ne sais plus eh quel endroit de la terre TOUS étés; mai^ comme une de vos lettres du 1 3 août i ^54 est datée de Bologne, et m'annonce- votre prochain retour à Paris, j'adreçse celle-ci à Turin , chez votre ami le marquis de BaroL

. Je commence par vous remercier de votre souvenir pour le vin de Roche-'Maurin , vous assurant que je ferai avec la plus grande attention la commission de milord Pembrock. Cest à mes amis, et surtout à vous, qui en valez dix autres., que je dois la réputation où l'est mis mon vin dans FEurape depuis trois ou quatre ans : à Pégard de l'argent, c'est une chose dont je ne suis jamais pressé. Dieu merci. You^ ne me dites point si milord Pembrock, qui vous parle de mon vin, se souvient de ma personne : je l'ai quitté il y a deux ans, plein d'estime et d'admiration pour ses belles qualités. Vous ne me parlez point de M. de Gloire, qui étoit avec lui , et qui est un homme d'un très-

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grand mérite, très-éckiré, et que je voudrois fort revoir. Je Voudrois Kien que vos afiaires Vpus permissent de passer de Turin à Bprdeauzv Vous qui voyez tout, pourquoi ne voudriez-vous pohit voir vos a.mis , et La Brède, toute prête à vous recevoir avec des lo? Mais peut-être vous verrai-je à Paris, où vous ne dçvez point chercher d'autre logement que chez moi, d'autant plus que la dame Boyer^ votre ancienne hôtesse, ii'est plus : dès que Je vous saurai arrivé, je hàtertû mon départ.

Ce que vous a dit le pape de la lettre (i43) ^^ I/)uis XIV à Clément SH est une anecdote assez curieuse. Le confesseur n'eut^pas sans doute plus d^- difficulté d'engager le roi à> promettre * qu'il feroit rétracter le^ quatre propositions du clergé, qu'il en eut à Eure promettre que sa bulle seroit reçue sans contradiction : mais les rois ne peu-* vent pas tenir tout ce qu'Us promettent, parce qu'ils promettent quelquefois sur la ibi de ceux qui les conseillent suivant leurs intérêts. Adieu, mon cher. comte; je vous salue et embrasse mille fois.

De La Brède, le 3 novembre 1754* '

A MONSEIGNEUR CERATI-

Je commence par vous embrasser bras dessus et bras dessous. J*ai Thonneur de vous présenter M. de La G>iidaminey de Tacadémie des sciences de Paris. Vous cennoissez sa célébrité : il vaut mieux que vtrus connôissiez sa personne; et je vous le présente parce que vous êtes toute lltalie pour moi. Souvenez-vous, je vous priq, de celui qui voiis aime ^ vous haÉiore«et vous estime plus que personne dans le monde.

De Bordeaux, le i** décembre 1754*

^^m^v^^mmmmm i%%i%^>%«%%<%»'

•lxxvi.

a l'abbé marquis nicœuni.

Perkettez , mon cher abbé, que je me rappelle à votrp amitié : je vous recommande M. de La Condamine. Je ne vous dirai rien, sinon qu'il est, de mes amis : sa grande célébrité vous dira d'autres choses, et sa présence dira le reste. Mon cher abbé , je vous aimerai j usqu'à la mort.

De Bordeaux } le ir décembre 1754.

43o • LETTRES

A L'ABBÉ COMTE DE GUASCO

Soyez le bieqvenuy mon cher comte : je ne doute pa3 que ma concierge n'ait Êdt bien échauffer votre lit. Fatigué, comme vous deviez Fêtçe d'avoir couru la poste jour et nuît^et des courses faites à Fontainebleau^ vous ayiez besoin xle oes petits soins pour vous remettre. Vous ne devez poiqt partir de ma^cfaaiybre lû dfi Paris que je n'arrive, à moins que vous -ne vouliez venir à Paris pour me dire que je ne vous verrai pas. Je vois que vous allez en Flandre. Je voudrois bien que vous eussiez d'assez bonnes raisons de rester avec nous, outre celle de l'amitié; mais je vois qu'il ne faudra bientôt plus a nos prélats pour coopérateurs que des Doyenart (i44)- Eussiezvous cru que ce laquais , métamorphosé en prêtre Êmatique , conservant les sentiments de scm premier état , parvhit à obtenir une dignité dans un chapitre? Taurai bien des choses à vous dire, si je vous trouve à Pso^s, comme je l'espère; car vous ne brûlerez pas un ami qui abandonne ses foyers pour' vous courir, dès qu'il sait où vous prendre.

Je. suis fort aisç tjue S. A. R. monseigneur le duc de Savoie dgrée. la dédicace de votre traduction italienne, et très-flatté que mon ouvrage paroisse en Italie sous de si grands auspiees. Tai adievé de lire cette traduction , et j^ai trouvé partout mes pensées rendues aussi clairement que fidèlemèht. Votre épitre dédiçatoire est aussi très-bien; mais je ne suis pas assez fort dans la langue italienne pour juger de la diction. ^

Ja trouve le prejet et le plan de votre traité sur les statues ( 1 45) intéressant et beau, et je suis bien curieux de le voir. Adieu.

De, La Bréde« le i décembre 1754.

Lxxviir.

AU MÊME. • '

Dahs l'incertitude où je suis que voiis ni'attendiez, je vous (écrirai encore une lettre avant de partir. Vous êtes chanoine de Toumay , et mx>i je fai^ des prairies. 3'aurôis besoin de cinquante livres dé graine de trèfle de Flandre, que l'on poutxoit m'envoyer par Dunkerque à Bordeaux. Je vous prie donc de (Charger quelqu'un de vos amis à Tournay de me faire cette commission , et je vous paierai comme un gentilhomme, ou, pour

43a LETTRES

mieux dirç^ oomme un marchand; et quand vous M viendrez àlA Brède j vouS: verrez votre trèfle dans toute sa gloire. Considéra que mes prés sont de votre création : ce sont des enfants à qui vous dev^ continuer l'éducation. Je. compte que vous aurez vu nos amis^ et que vous leur aurez un peu parlé de mpi. Je vo.us vet*rai certainement bientôt : mais cela ne doit point vous empédier dé faire des histoires du prétendant à madei^ôiselle Betti (146); vous n*en serez que mieux soigné. Je vous marquerai, par une lettre particulière « le jour de mon, arrivée, que je ne sais point, et quand je ne vous écriroiâ pas, en cas que j'apparusse devant vous sans vous avoir prévenu , vous aure^ bieiitôt transporté votre pelisse, votre bréviaire et vos médailles dans l'appartement de mon fiisr Quand vous verrez madame Dupré de Saint- Maur , demandez-lui si elle a reçu une lettre de moi. Présentez-lui , je vous prie, mes respects,. et à M. de Triidaine, notre respectable ami. L'abbé, encore. une fois, attendez-^Dcioi..

Puisque vous êtes d'avis que j'écrive à M. l'auditeur Bertolini, je vous adresse la lettre pour la lui faire tenir. Je vous embrasse de tout mon cœur.

De La Brède; le 5 décentre 1754.

FAJttILIÈRES. 433

A M. L'AUDITEUR BERTOUNJ.

A Florence. " *

Je Unis la lecture des deux morceaux de votre préface (iAi)y monsieur ^ et je prends la plume pour TOUS dire que j'en ai été enchanté; et quoi^ que je ne l'aie vue qu'au travers de mon amourpropre, parce que je m'y trouve paré comme dans un jour de liêfe, je ne crois pas que j'eusse pu y trouver tant de beautés si elles n'y étoient pas. Il y â un endroit que je vous supplie de retrancher : c'est l'article quii^oncerne les Anglois (148)9 et où vous dites que j'ai fait mieux sentir la beauté de leur gouyernement que* leurs auteurs même. Si les Anglois trouvent que cda soit ainsi ^ eux qui connoissent mieux leurs livres que nous, on peut être sûr qu'ils auront ia générosité de le dire ; ainsi renvoyons-leur cette question. Je ne puis m'empécher, monsieur, devons dire combien j'ai été étonné de voir un étranger posséder si bien notre langue; et j'ai encore des remercimeuts à TOUS faire sur mon apologie que vous faites, vous qui m'entendez si bien, contre des gens qui m'ont

MOvnsQ. mu». mêL a8

si mal entendu, qu'on pourrait ^ager qu'ils ne m'ont pas seulement lu. D'ailleurs je dois me féliciter de ce que quelques endroits de mon livre vous ont fourni une occasion de faire l'éloge de la grande reine (149). J'ai, monsieur, l'honneur 4'étre avec des sentiments remplis de respect et de considération.

De La B»ède, le 5 décembre 1754.

A L'ABBÉ DE GUASCO

Je suis bien étonné , mon cher ami , du procédé de la Geoffrin ; je ne m'attendois pas à* ce trait malhonnête de sa part contre un ami que j'estime, que je chéris, et dont elle me doit la connofôsance. Je me reproche de ne vous avoir pas prévenu de ne plus aller chez elle. Où est l'hospilité? où est la morale? Quels sont les gens de lettres qui seront en sûreté dans cette maison, si l'on y dépend ainsi d'un caprice? Elle n'a rien à vous reprocher, j'en suis sûr, ce qu'elle a dit devons ne sont que des sottises (i5o) qu'il ne vaut pas la peine de tous rendre. Après tout, qu'est-ce que tout cela vous fait? Elle ne donne

FAlflLliaES. 4^^

pas le ton dans Paris, iet il ne peut y avoir que quelques esppita rampants et subalternes et quelques caillettes qui daignent modeler leur Êiçon de penser '^ur la sienne. Vous êtes connu dans la bonne compagnie; vous y avez fhifvos preuves depuis long -temps; ,vous tomberez

toujours sur vos pieds 2 voyez la duchesse d'Aiguillon , elle -ne pense pas d'après les autres ; voyez nos amis du parais (ïSj), et je' suis persuadé que vous ne trouverez point de 'changemenb dans leur façon de penser et d'agir* à votre égard. Nous nous verrons bientôt ^ et nous parlerons de cette affaire; elle ne vaut pas la peine que vous vous* chagriniez. -'

Tout bien pesé, je ne puis encore me déterminer à livrer mon roman d'Arsace à IHtaprinfteûr^ Le triomphe de l'amour conjugal de l'Orient est peut-être trop éloigné de nos mœurs pour croire qu'il seroit bien reçu en France, Je vous apporterai ce manuscrit; nous lelirons ensemble, et je le

• donnerai à lire à quelques amis. A l'égard de mes voyages, je vous promets que je les mettrai en ordre dès que j'aurai un peu de loisir, et nous deviserons à Paris sur la forme (i5î2) que je leur donnerai. Il y a encore trop de personnes , dont je parle, vivantes pour publier cet ouvrage, et je ne suis pas dans le système de ceux* qui conseillèrent à M. de Fontenelïe de videf le sac (i 53)

av^nt que de mourir. L'impréssîoD de^es comédies n'a rien ajouté à sa réputation.

Puisque tous vous piquez d'être quelquefois antiquaire, «je fie vois point d'inconvénient de donner à votre collection le titre de Gâterie* de portraits p^Utiques de ce siècle , et poiur moi, qui ne suis point antiquaire , je la préfénerai b une galerie de statues. Vous scmgea sans doute qu'un pareil ouyrage ne doit être* tpie pour le siède à 'venir, aUquel on peut être utile sans danger; car, comme vous le remarquez, le caractère çt *les qualités persojaneUes des n^odatèurs et des ministres ayant une grande infikienoe'sar les af£stires publiques et « lés évéï^ments politique , l'entrée de ce sanctuaire est dangereuse aux profanes. Adieu.

De La Brède, le z5 déoenilve 1754.

AU MÊME

Que voulez-vous que je vous dise, mon cher an(ii? je ne veux pas vous porter à la vengeance, mais vous êtes dans le cas delà défense naturdle. Je suis véritablement indigné ctmtre le tmit malhonnête de cette femme; mais rien ne m'étpnne.

. FÂWLiiaïis. 437

Si vous savk^'(es tours que j'ai essuyés mc^irinérae plus d'une fois , vous seriez moii;isisurpris> et peatétcè moins piqué. Votre imputation ^ fâitet| les honnêtes ge^s ne tous la cbi^ester€>nt jattkds. Tout le inonde n'a pas fait ses preiwes comme vous-; vous ne devez votre p\»ce à Facadémie qu'à dçs trioipphes réitérés. tJne femme capricieusene sau* roit vous ravir tout ce que les gevis de mérite de Pari^y tout ce que les autres Bâtions vous acoor* dent. Nq vous faites point de chimères ; vos obt servations sur la préteinlue différence du tr^te-^ ment sont peut"*etre Tefïet de votre découragement. Qiie vous soyez encore ou que vou^ ne soyez phis des nôtres , les honnêtes gens, les gens de lettres, sont de toutes les nations^ et tous les honnêtes gens de tputeà les nation^ sont leurs compatriotes. Vous étiez bien reçu et (limé de nous lorsque nous étions en guerre contre votre pays ; pourquoi fausseri#ns-nous la paix à votre égard? Allez votre train : vous nous connoi3&eZy et savez qu'il y a souvent phis d'éto|tiMierié ou de précipitation de jugement 4^^'^ uaéchanceté dans notre fait; vous connoissez aussi ceux sur qui voua pouvez compter. Ne vous souciez pas d'une femme acariâtre, des cai|letteset des âmes basses. Je vous défeqds bien positivement à présent d'ak ier chanter matines à Tènrnay avant que j'arrive à Paris : il ne faut point avoir le cœur plein d'a-

mertupie pour louer Dieu. Quand je serai à Paris, j'espère <|ue noys éclaircirons toute cette affaire, et que noxiè connoitrons la. source de cette tracas- ^rie.. Vou^ êtes unpyrrhonien, si vous doutez de nwji voyage : nçus nous verrons plus tôt qiie vous ne croyez. Mon fils (i54), qui est à Clérac> a bien mal aux yeux;. nous serons peut* fitre trois aveugles , vous ^ «lui et moi. Nous renouvellerons la danse des aveugles (i55) pour nous consoler.

Adieu, je vpus embrassa de tout mon coeur.

De^BordeauXy le aS décembrt 1754.'

Lxxxri.

AU MÊME

AToumay. *

^È n'ai rien négligé, mon dier ami , pour découvrir d'où ^st partie' la bêtise qu^on a fait courir sur votre compte : mais je n'ai réussi qu'à vérifier qu'on l'a dite , sans en déterrer la source. Je -ne jurerois pas que vous ayez eu tort de la soupçonner sortie de la,boutiq\ie près de TAssomption. Quand on a un ^rànd tort il a'est pas étonnant qu'on cherche à l'excuser par toutes

FAMILlàRES. -439

sortes de voies : des tr^acasseriês oh 'va 'jusqu'aux horreurs. Madame GeofïKn est 'vçnue chez moi , à ce qu'il m'st paru pour nîe sonder; elle n*à'pâs manqué de vous. mettre sur le tapis rfiln dir-Hlo* qiieur : mais j'ai coupé court e« lui faisait Sentir combien j'étois choqué de soti procédé à l'égard d'un ami qu'Ole sait bien que j'aime et ''queuestime. Elle,a* été un peu surprise: notfe conviersdtibh n*a pas été longue,- et je me propose. bien de rompre àVec elle (i56). Je ne la oroyois pa^ capable de tant de méchanceté^ et de noirceur. Madame d'Aiguillon est aussi choquée que moi de tout cècî : elle a péroré, avec la vivacité que vous lui connoisâez, tontré la fbtilité du soupçoiï de l'espionnage politique, et le ridicule de cette prétendue déoniverte; elle n'a pas tnanqilé dç relevei* quç voué aviez vécu parmi nojis pendant la guerre> sài;^ avoir jamais donné* Yi%\i de vous soûpcopner^ et -qu'il n'y sl nulle occasion de le faire dans le temps que nous sommes en pleine paix avec 'les pays auxquels vous tenez. Une conjecture jetée en passant à l'occasion de votre voyage à Vienne, de vos engagements en Flandre , a pu aisément prendre corps en passant d'une bouche à l'autre ; et la malignité en a sans doute profité. Ce qui m'a le plus scandalisé en tout cela, c'est la conduite de quelques-uns de vos confrères. Mais, mon cher abbé,

il y a de petite esprits etxles àn^es -vile^ partout , même ()armi le» gens de lettres, qiéme datas les sociétés littéraires. Mais enfin, vous ne défrez votre place.^'à vos. succès.

. Au reste y puisque Vous voilà en repos ^ profitez de matre loisir pbur ipettre vos dissertations fsa état de paroHre, ainn (pifiyàtre Histaire de dément V^ que nous attendpnstoujoilrs à Bordeaux avecempressement I^ plaisir de chanter an chœtir ne doit* p^ yous faire perdra le goût des plaisirs littéraires. • .

Quelques mois d'abâsnce feront to/nli^rtous les bruits ridiculçs^ et vous serez à Paris aussi bien que vous y étiez avant cette tracasserie de femmelette. Je vous ëonjune de voirQ^pstrole pour Je voyage de La Brède après votre résidence^ je calcule que ce sera pour le mois d'aoùL Votre départ me laisse un grand vidç'; et je sens Combien vous me manquez. It'oubliez pas mon trèfle, vos prairies y et vos mûriers d^ Gastobgne. Je vous emr brasse de tout mon cœur. .

De Palis; le ... . juiTΫr x^5.

FAMILlÂflES. 44FI

■ ' Lxxxni.' • '. •* ' AU mèm>î;.

Yaxfs fûtes hier de Id' dispute avec M. de Mairan (i57) sur la Chine. Je crains d'y avoir: mis trop de vivacité^ et je seroi3 au désespoir d'avoir lâché cet é&c^Ueiit^ liomme.* Si Vous allez dîner aujoucd^hui.eheifr M. de*Trtidaine (i58), tblis'ry trouverez peut-être : en ce Cas je. voué prie de sonder un peu s'il a mal jJris ce que j'ai dit ; et sur ce que vous me rendrez, j'agirai de fàçdn 9vec lui qu'il soit convaincu du cas*qùe j^efais de son méi^te et de'^on amitié.

6e Fbo^, fltt lifSI. '

tixxiv.

A HELTÉTIUS\

Mo9 cb^r , TafËsiire s'eât faite , et de la meilleure grâce du monde: Je. crains que vous n'^yee ^u quelque jieine là<<lessus; et je nctoudrois don-

' *■ Cette lettreett tirée de VjéhmhutêkDttérmN de Fannée 1783.

44 îi -Lettres

lier aucune peine à mon cher Helvétius; mais je suis bien àisè de tous i*emercifer des marques de vôtre amitié. Je vous déclare de plus que je ne vous ferai pAus de compliments ; et au lieu de compliments qjii cachent ot*dlnaicement les sentiments qui i^e sont pas, m^es sentiments cacheront toujours mes complimepts. Faites mes compliiûents, non compliments, à pâtre ami Sau^ rin. J'ai qsurpés^r hii^jene $ais comment , le titre, d'ami, et^m^-^uis veau Éputren en tiers. Si vous -autres me chassez, ;fe reviendrai ; ^zx^e/i us^ que recurret. A l'égard de. ce qu'oQ peut reprocher, il en ^ comme des vers de CrébilUm : tout cela a été fait quinze ou vingt ans auparaya.pt. Je si^is admirateur sincère de (^«V/na, et je ne sais comment cette, pièce m'inspire du re^p^cL La lecture m'a tellement ravi, que j'ai été jusqu'au cinquième acte sans y trouver lui seul défaut, ou "du inoins sans le sentir. Je crois bien qu'il y en a beaucoup^' puisque le public y en trouve beaucoup; et de plus, je ifai pas de grandes connoissances sur les choses du théâtre. De plus, il y a des cœurs qui sont faits pour certains, genres de dramatiquei le mien , ^ particulier, «est fait pour cejui de Crébillon : et eomme dan& ma jeunesse jq devins foti de Bhadamiste, j'irai aux Petites-Maisons pour Catilina. Jugez si j'ai eu du plaisir quand je vous ai entendu dire

, FAMlLliRES. 44^

que Yous trouviez le caractère de Catilina peutêtre le plus bèdu qu^U .y dntt au théâtre. ÎEp* un mot^ je ne prétends point donner ntoa opinion pour les autres. Quand lùi sultan est ds^ns son sérail, v^t-t^il chpisln la plus belle? Non, Il dit : Je Taime/je la prends. Voilàr^omme dédidiS ce grand personnage. Mon cher Hélyétius , je ne sais point si vous 'êtes autant au-dessus des autres que je le sens; mais je sens qut vous êtes, au-dessus des autres, et moi je suis au<4essus de vouspbur Tamitié. ' • ' * .

LETTRES OBJGÏNAJ.ES

. OE MQNTES(ÎUIEU AU CHE.VALWBR D'AYDIES^'

LETTRE k

DiTEs^MOi , mon cher chevalier^ si vous voulez aller mardi à fiislçrBelley et si vous vouiez que flous y allions ensemble; si <;ela est^ je serai enchanté du séjoUr,et du cheipin. ^

You^ êtes adorable, mo^ cher chevalier; votre amitié est précieuse comme For; je vais mWranger pour profiter de votre avis, et <étre à Paris avant le -départ de cet homme qpi distribue la luniière. lyiais, mon Dieu, vous serez à Plombières, et je serai bien malheureux de jouer i^iix barres ! Vous ne me mandez point la raison qui vous détermine; je m'imagine qiie c'-est votre asthme, et

* On donne les huit lettres de Montesqpiea an'cberalier d*Ajdiet , telles qu'elles furent publiées, eu 1797, p^r Al. Pougens. On y lit cette note de Téditeur :

• Ceux qui coAnoissent bien Montesquieu et son siècle n*ont pas > besbin qu'on leur fol^misse aucunes preuTes de l'authenticité' de m ce* manuscrit : elles seroietat inutiles pour ceux qui soift étrangers • à l'un ou i l'autre. ■ {Premier éditeur.)

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