LETTRES FAMILIÈRES
j^espère que €^ii!est quctprécautioo, elqvLt yous n'en éces pas plus £Eitigué qu'à Vordiiiaire, Je oe compté paes trQÛV/sr non plus ^.madame de Mirepoix à Pa^'; on me dit qu'elle «est sur son départ. Mon cker chevalier, je vous prife d'avoir deràmitté pour moi; jei vaus.Ia demalide co)nme û je ne pouvois pas me vanter que vous -me l'aVez accordée $ et quant à la mienne, il' me sembla que je vou^ la do^e à chaque instant. Je .quitte .ce pays-ci sans dégoût^ mais, aussi sans regrets Je vous prie de vous souvenir de moi, et d'agt^rlés sentiments; du monde les plus respectueux .et les plus4endres.
I ^rdeauk, ce ii janvier 1749. .,
Je suis bien charmé de la conversation que vous avez eue f je ne crains jamais rien là où vous êtes : Af. de Fontenelle 4 toujours eu cette qualité bieh excellente pour un homme tel que lui : il loue les aUtfes ëans peine
Donc, si j'avois fait ï Esprit eles Lois^ j'aurois aoquis, l'estime de mon cher chevalier, il m'en aimeroit' davantage : pourquoi donc ne pas «faire YEsfirit des Lois? J'ai tonte ma vie désiré de lui plaire, c'e^t pour cela que je lui ai donné une
permîssiohi génénAe de faire les hoDneors de mon imbëcfllité. Je vois- que Vabteur de cet euvràge «toit pren^di^ sdn pafli , ; et contentir à perdre restime dé. M. Daube; .Votre lettre, mon chét chevalier^ est une 'lettre chârmsaite; jf croyois, /en k.Ksant^ vous entendre parler. Je suis- bien aise que madame de Mirepoix aille en AngleterFe, elle* y sera adorée; ^t, j'en ^ms bieli sûr , elle peut plaire même k iceux qui ne se soucient pas qu'on leur plaise. Je youMvertis que lorsque le duc de ^ichemônt sera à Paris, votts dérëz être de ses amis ; • il a tant de bonnes qualités, qu'il est nécessaire que vous Taimie^, et je voiiB dis la raison qui fait qu'il est nécessaire qu'on vous aime. Adieu, mon cher chevalier; je vous aimerai et vous respecterai jusqu'à la fin de mes jour$.
fiordeaux, ce 17 jaûTier i74o-
LETTRE ni."
Je VOUS prie de parler de moi à monsieur et madame de Mirepoix} à M. deForcalquier, à mesdames •dé Rocbefort et de Forcalqùier, à n^adgme du Deffand, à monteur çt madame du Cb&tel,à M. de Bermestorf j sachez, je volis "prie, s'ils ont quelque souvenir de Aïoi. N'oubRez- pas le président*
FUflLIÈRES. 44?
Ce que j'ai le plus vu dans votre lettre,- mon cher chevalier, c'est voitre amitié, et il^he semble qu'en là Usant je faisois plus d\isage de mon cœur •que dé mon esprit. Je suis bien rassuré par vous sur Je bon succèsi.de V Esprit dei Lois à Paris. On me mande des choses fort agVéàbles d'Italie^; j&ne sais rien dés autres p^ys/
Moit cher dt|evalier , pourquoi les gens d'affaires se crdien^-ils attaqués? j'ai dit'que les chevaliers, à. Rome, qbi {aisoient beaucoup mieux leurs afibires qiiê vous auti'es chevdiérs ne faftes ici les vôtres, avoient perdu cette république; et je neV^i pasrdit, mais je l'ai démontré. Pourquoi pr'ennent^ils là-dedans une part que je ne leur donne pas?.
J'aurois grande envie derevehfr; nkns je* serai
encore ici quelques mois, occupé à rétablir une
fortune honnête ; il .m'en coûte le plaisir de vous
voir, et il mefaudroit de grandsdédommagements. Je n'en sais pqint, mçn cher chevalier, parce qu^il n*y a rien de comparable au bonheur de vivre avec vous. ' , ,
Bordeaux, ce a 4 février 1749»
Parlez, je vous prie, de moi à tous nos anlis.
LETTRÉ ly» . . •
Moj» cher clrêvaïiçr, que prétendez-vous faire? Ne vo*ulez*-vQus point revenir de votre Périgord? on ne peut aller là que pour nian^r des truffes. Vous nous lais^ ici;, noijis vous aimons : vûus êtes un philosophe insuppartal;»lè«. Je reçois iiuelqoefois des nouvelles dfi madame de Mlrepoix], qui me dit toujoui^pde vousfaire ses compliments. Il y a ici une grande stérilité en îSit de novp^élles. Je ije puis vous dire autre chose, si .cén*est mie les c^ras.et les comédies de mçdara^ de Vompadour vont CQn)ixiencer, et qu'ainsi M. le dt^c cfe La yallièrc va être uii cîes premiers faomti^es de son siècle; et comme on ne parïe ici que de comédies oii de balà, Voltaire jouit. dVqe faveur particifhère ; on préteâd que le! joar. qu'il doit donner ^on Catihnaj il ^onnera une Electre; j'y consens. Les du Châtel sont iqi. ]Vf . de Forcalquier se porte en général très-bien. Je* vous prie de me conserver toujours votre amitié que j'adore, et d'agréer mon respeot infinf.
De Paris, ce i4 noTemlire ^749*
FABflLIÈRES. 449
IsETTRB V.
Vous êtes 9 mon cher chevalier, me$ étemelles amours ; et il n'y a en moi d'inconstance que parce que j'aime tantôt votre e^rit, tantôt votre cœur.
Quant à ce pays-ci , nous sommes tous ; le
riche fait pitié, le pauvre fait verser des larmes J et tout cela avec le découragement que Ton a^ dans une ville assiégée; pour moi y qui ne me connois 4'autre bien que l'épaisseur des murs de mon château^ j'y reste, je rêve à la Suisse et je vous aiifte.
La Brède, ce i«' juin fjSt,
Mes respects, je vous prie, à l'hôtel de Eorcal^ qui^, à madame du Châtel, à madame du Ùeffand^ et à nos amis.
Moir cher chevalier, si vous venez cet ét^à La Brède, vous prendrez le setd moyen que vous avez d'augmenter la passion que j'ai pour vous; et quant à ce que vous me dites, de passer par Mayac lorsque j'irai à Paris, je le ferai, et je garde
MOVTXtQ. ceuç, méL 39
45o • LETTRES
votre lettre pour savoir.le chemin; inai& vous n'avez pas dit aux dames vos nièces à quel point celui que vous leur proposez est délabré et peii propre à remplir le$ grandes vues que vous avez. Je me souviens d'une pièce de Vers où il y avpit :
Tai soi^uuite ans; c'est trop peu ponr ym charmât.
Sylva disoit fort bien : Il n^y a rien de si di£BciIe que de faire l'amour avec de Vêsprit; moi je' dis qu'il est encore plus difficUe de faire Tarnoor avec le cœur et avec l'esprit; mais ceci est trop rrfevé pour un pauvre cbasseur devant Dieu : ainsi je ne vous parlerai que de notre misère, qui est extrême, et telle qu'il me semble qu'il vaut mieux s'ennuyer que de se divertir devant des misérables. Je ne sais, ma foi, à quoi tout cela aboqtira; mab je sais que tous les lendemains sont pires, et que cela vise à la dépopulation. Nous serons dépopulés, mon cher chevalier, et peut-être passerons-nous devant les autres.
1 Vous chassez , et je plante des arbres, et je défriche des landes,; il Êiut s'amuser comme on peut. La ville de Bordeaux est fort triste, et je ne tâtç ^uère de ce séjour.
j On dit que ]e charmant mUord est malade à Toulouse. Agréez, je vous prie, mes sentiments les plus tendres.
Bordeaux, oe a janvier 175».