NOTICE BIOGRAPHIQUE
Par G. MASPERO
La famille des M^ariette a fourni, pendant le dix-huitième siècle, des avocats, des marins et des lettrés. L'arrièregrand-père d\x savant fut l'un des quatre jurisconsultes qui protestèrent contre la condamnation et l'exécution de Calas. Son grand-père servit dans la marine royale sous Louis X.V et sons Louis XVI; après avoir traversé indemne la Révolntion, il mourut en 1806, à Paris, où son fils était ne le 12 n^ai 1793. François-Paulin Mariette fit ses études de droit ^ Paris, mais bientôt des affaires de famille l'obligèrent à venir s'installer à Boulogne-sur-Mer : il y fut nommé chef des l>nreaux de la marine dès 1815, et il conserva cette place însqn'à sa mort, le 7 décembre 1850. Il s'y maria, le 13 octobre 1819, avec Eugénie-Sophie-Mélanie Delobeau, dont il ent presque coup sur coup deux enfants. Un premier fils vécut k peine quelques jours : le second, celui dont je vais retracer brièvement la carrière, naquit le 11 février 1821,
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à deux heures et demie du matin, et il fut inscrit à l'état civil sous les prénoms François-Auguste-Ferdinand'.
Il passa son enfance dans l'Hôtel de ville de Boulogne, où son père logeait, et ses camarades ont gardé de lui le souvenir d'un enfant blond, presque roux, mince, élancé, vigoureux, très vif, très turbulent, plein d'entrain et de bonne humeur, sujet parfois à des mouvements de brusquerie et de colère dont il revenait vite et se montrait fort repentant. Il était assez peu porté vers l'étude, et il ne manifestait d'autre penchant sérieux qu'un goût très marqué pour le dessin : dès qu'il put tenir un crayon, il se mit à couvrir tous les murs de la maison de bonshommes variés, surtout de soldats. Son père l'envoya apprendre à lire dans une petite institution de la rue d'Aumont, chez Blériot, puis, quand Blériot eut fait faillite, chez Leclercq, et, dès qu'il se fut débrouillé dans les humanités, au Collège communal de Boulogne. Il y entra en troisième, parmi les grands, et il y conquit du premier coup un rang assez élevé. Son aptitude pour le dessin s'y développa, mais sans jamais le détourner de ses autres études : en 1837, il remporta des succès considérables, prix de géométrie, prix de physique et de chimie, prix de version grecque, accessit de version latine, d'histoire, de narration française, d'anglais. Son père, qui, devenu veuf, s'était remarié et avait eu de nombreux enfants de sa seconde femme, songea dès lors à le faire entrer dans les bureaux de la marine; en attendant que le moment fût venu, il le prit en apprentissage auprès de lui, sans rétribution. Mariette occupa ce poste de surnuméraire bénévole près de deux années, d août 1837 à juin 1839, et il copia les délibérations et les arrêtés municipaux sur les registres, d'une écriture ronde et ferme, dont la clarté étonnera tous ceux qui sont familiers avec les pattes de mouche
1. E. Deseille, les Débuts de Mariette-Pacha^ p. 3-4, et Auguste Mariette, p. 4-6.
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cette besog-ne sans espoir, il chercha une carrière à Tétran- Zrtf ^^^^?*^' ^ dix-huit ans, en juillet 1839. d'ensd-
CJ A '^^^'^'^ ^* ^^ ^^^^^" ^*°^ "'^^ é«>l«' Shakespeare House Acadency tenue à Strafford en Angleterre par un
WiSn -T ^®™«"^ »°e année entière, jusqu'en juillet 1840, puis Il passa àCoventry.oùiltentadegagnersavie «n^essinant des modèlespour les fabricants de ruban. Trois mois d essais, pendant lesquels il ne réussit jamais à gagner plus d une livre sterling par semaine, le dégoûtèrent de l'art industriel et de la vie anglaise. Il revint à Boulogne pour v hnirses études, al:>attit sa philosophie en six mois, fut reçu bachelier ès-lettres à Douai, avec mention honorable, le ■1 août 1841, et, n& voyant pas d'autre carrière ouverte devant lui, il profita de l'influence de son père pour entrer comme surveillant, puis comme maître d'études au Collège qu'il venait de quitter comme élève. Cela dura jusqu'aux derniers jours de février 1843. Le 1" mars suivant, il fut nommé professeur de la première classe de français avec des appointements de 116 fr. 66 par mois. Le 2 octobre de la même année, il fut chargé de la classe de septième, et il crut avoir fortune faite'.
Sa vocation d'artiste trouva de quoi s'exercer au cours de
ces fonctions modestes. On le chargea d'abord de dessiner
dans les classes des cartes murales dont plusieurs lui ont
survécu et servaient encore à l'enseignement en 1882. Il fut
en outre le décorateur et le metteur en scène des soirées
dramatiques que son principal donnait de temps en temps
aux parents des élèves, selon un usage qui prévalait alors
dans la plupart des collèges de province. Les journaux locaux
rendaient compte de ces fêtes, et le rédacteur de l'article
avait à l'occasion un mot aimable pour le peintre comme
1. E. Deaeîlle, les Débuts de Mariette-Pacha, p. 5-9, et Auottste Slaurietto. p. 6-10.
iV MARIETTE (1821-1881)
pour les acteurs. C'est ainsi qu'à roccasion de la représentation du 11 mars 1842, V Annotateur Boulonnais racontait comme quoi : a La belle et grande salle du réfectoire fut » convertie en salle de spectacle, et on put y admirer la fraî- » cheur des décors, la grâce des peintures. Plusieurs médail- )) Ions représentaient le Befifroi, la Colonne, le Port, l'église » Saint-Nicolas. Cette décoration, d'excellent goût, était » l'œuvre de M, A. Mariette, préfet des étudesV » Cependant, ce n'était plus le dessin ou la peinture qui tenait la première place dans la pensée du jeune homme : la passion de la littérature lui était venue et le possédait tout entier. Il s'était essayé déjà timidement à écrire pendant son séjour en Angleterre, et il avait envoyé de Strafford à son père quelques articles qui ne virent jamais le jour*. Sitôt de retour en France, sans même attendre qu'il fût bachelier, il se mit à publier avec une verve et une fécondité intarissables sur les sujets qui pouvaient intéresser alors les lettrés de sa province, et les journaux ou les revues du cru accueillirent avec empressement tout ce qu'il lui plut leur ofErir. Il débuta à la Boulonnaise par une Histoire anecdotique en style romantique, puis par des chroniques boulonnaises sur la Rue Tant-Pert'tant-Paye (n** du 1®' novembre 1841) et sur une Éoasion du Beffroi en 1784, puis la Boulonnaise ayant disparu le 30 décembre 1841, il s'adressa à V Annotateur Boulonnais y à VAlmanach de Boulogne, au Littérateur Français, au Courrier du Pas-de-Calais. Une fois seulement, il se crut poète, et l'inauguration de la statue de l'empereur sur la Colonne de la Grande Armée, qui eut lieu le 15 août 1841, lui inspira une Apothéose de Napoléon qui fut imprimée et vendue au profit des indigents : les vers
1. E. Deseille, les Débuts de Mariette-Pacha^ p. 7, notel, et Auguste Mariette, p. 8, note 2.
2. E. Deseille, les Débuts de Manette- Pacha, p. 8, not/e2^ et Auguste Mariette, p. 10, note 1.