A. Mariette, le Sérapéum de Memphis, édit 1883, p
XXXVm MARIETTE (1821-1881)
(Irait au cas où il serait passé outre à cette sommation officielle'.
Mariette ne pouvait qu'obéir, sauf à recourir aux bons soins du représentant de la France. Il licencia ses ouvriers et il saisit M. Le Moync de la question, mais, en attendant la solution désirée, la mauvaise humeur qu'il conçut de se sentir arrêté au moment décisif de sa campagne Tentraina à quelques actes d'impatience fort naturels. Plus tard, lorsqu'il racontait à ses visiteurs ou à ses amis l'histoire de cette époque, il se plaisait à en développer les péripéties et il y intercalait des épisodes dramatiques : ses récits, menés avec une verve incroyable, finirent par composer une sorte d'épopée héroï-comique qu'il déroulait plus ou moins longue selon le caractère de ses interlocuteurs et l'effet qu'il produisait sur eux. H avouait ensuite volontiers que l'imagination y entrait pour quelque chose, et que la réalité avait été moins romanesque*. L'obligation d'enrayer ne lui fut du reste pas aussi désagréable qu'il se plut à le dire par la suite. Ses crédits étaient épuisés et il travaillait depuis quelque temps sur les avances que M. Le Moyne lui faisait. La confiance qu'il avait su inspirer à tous ceux qui l'approchaient était telle, qu'il se fût procuré des ressources chez ses amis du
1. Mariette, le Sùrapèuni de Memphis, édit. 1883, p. 31-33. Le nom du moudir de Gizéh est donné par Desjardins. Conférence sur la rie. et les œuvres d'Auguste MarèeUe, dans Vlnauf/uralion du monument èlccù à Boulo(jnc-sur'Mer, p. 120.
2. En 1877, à Pont-de Brique, un soir où nous avions réussi à le mettre en verve, il nous raconta avec force détails bouffons quelquesunes des scènes si bien esquissées dans l'article de Desjardins, les Découvertes de l' Kgt/ptolof/ie française, p. 15 sqq. Le lendemain, il revint de lui-môme sur le sujet pour corriger certaines exagérations auxquelles il s'était laissé aller dans le feu de la conversation, puis, me prenant à part, il me pria, si jamais j'avais à parler du même sujet, de ne pas insister sur ces anecdotes plus qu'il ne convenait : « Elles ont » toutes un fonds de vérité, mais je ne vous réponds pas du détail; » chaque fois que je les raconte, je me souviens que j'ai débuté par » écrire des romans historiques pour des journaux de Boulogne. »
)) derniers résultats n'avait pu être obtenue que grâce à la )) générosité et à la confiance du consul de France au Caire, )) M. Le Moync, qui lui avait fait des avances considérables ^ . » La requête fut accueillie, et le ministre de Tlntérieur, afin de parer aux l)esoins l<\s plus urgents, versa de suite 1.500 francs : en même temps, le Comité des Musées nationaux proposait d'ouvrir un crédit de 30.000 francs pour le Sérapéum. ce que TAcadémie approuva de grand cœurV Des Ministères la proposition passa à la Chambre des députés le 4 août, et, le jeudi 7, M. Lacrosse la rapporta au nom de la Commission du budget. Il fit observer que « la situation » de l'Egypte pourrait devenir encore moins favorable à » l'extraction et au transport des objets enfouis à Memphis. )) M. Mariette tient à la disposition du gouvernement les )) produits de ses laborieuses recherches. Les frais de trans- )) port jusqu'à la mer sont évalués à 15.000 francs. Quinze » autres mille francs sont jugés nécessaires pour que M. Ma- )) riette ait la faculté de parcourir le Sérapéum en ouvrant » quelques voies souterraines au milieu des sables et des )) débris. Malgré la circonspection et la prudence qui ont » présidé aux opérations de l'explorateur français, l'éveil est )) donné aux étrangers. On leur interdirait difficilement Tap- » proche du temple. Suspendre ou cesser des recherches » conduites avec tant de succès, ce serait livrer aux musées )) rivaux ce qu'il dépend de nous de déposer dans la collec- )) tion nationale. Ces motifs ont décide*^ votre commission du )) budget à proposer le vote du crédit total de 30.000 francs, » demandé par le ministre de Tlntérieur, dans la séance du » 4 de ce mois* ».
1. Mémoires de VAcad/Mnie des Inscriptions, t. XVIII, 1" partie, p. 179.
2. Mémoires de l'Académie des Inscriptions, t. XVIII, 1" partie, p. 195, 199.
3. Mariette, le Sérapéum de Memphis, édit. 1883, p. 107-109, où le texte du rapport est reproduit au complet.
» règlements établis, vient, sur les représentations du gou- » verneur de Gizéh, d'ordonner : 1** que tous les objets-d'an- )) tiquité portatifs, découverts par M. Mariette, seraient » remis par ce dernier aux agents do TAdministration, et » déposés dans Tune des salles du Ministère de Tlnstruction » publique; 2® que cinq officiers stationneraient sur les )) lieux explorés par M. Mariette, pour y surveiller les tra- )) vaux, empêcher les dégradations et constater le résultat » des fouilles \ »
Dès le 15 septembre*, trois officiers arrivèrent sur les cinq qui étaient annoncés, et ils exhibèrent une liste de cinq cent treize monuments que les agents de la moudiriéh avaient obtenue des trois réis indigènes en charge des chantiers. Mariette déclara qu'il ne se dessaisirait que sur Tordre du gouvernement français, et il référa les Égyptiens à M. Le Moyne. Celui-ci n'osa pas résister ouvertement : il conseilla à Mariette de temporiser, de livrer quelques-uns des objets réclamés, le moins possible, ce qui fut fait en présence d'un délégué de l'Agence, après quoi, un des officiers conduisit le convoi au Caire, et ne revint plus. Cependant les négociations se renouaient entre les deux gouvernements. Stéphan- Bey avait laissé entendre discrètement que, si Mariette « offrait de son propre gré de suspendre les fouilles, cette » reconnaissance implicite des droits du gouvernement )) égyptien frapperait d'autant plus Abbas-Pacha et Tamè- » nerait à une réponse d'autant plus conforme à nos sou- )) haits, que la promptitude avec laquelle on avait livré les » monuments le disposait en notre faveur. » M. Batissier, consul à Suez et secrétaire particulier du consul général à Alexandrie, se rendit donc le 5 septembre à Sakkarah, et il