‹ Œuvres diversesChapitre 27 sur 154 · NOTICE BIOGRAPHIQUE LXIX · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQUE LXIX

criptions aussitôt après son retour', que Sérapis n'est autre qu'Apis mort. Il se proposa cette fois de démontrer que la vache figurée dans les tableaux de ce genre était non pas une Hathor, comme on était tenté de le croire, ou une des épouses mystiques du dieu, mais bien sa mère, et il examinait quel rôle cette mère avait rempli dans la religion égyptienne. Il établissait de son mieux que TÉgypte avait cru à un dieu unique, de qui les dieux du vulgaire n'étaient que les puissances. Or, dans la personne d'Apis, il n'avait à s'occuper que de deux de ces puissances, Phtah, le seigneur de la Vérité, peut-être de la Sagesse, et Osiris, l'être bon par excellence. Apis qui, vivant, logeait dans un temple voisin de celui de Phtah, puis, après sa mort, reposait dans ce que les Grecs appelaient le Sérapéum, n'est autre que l'image vivante d'Osiris et le fils de Phtah, l'incarnation du premier, l'émanation du second ; en d'autres termes, il a été conçu dans le sein de sa mère par l'opération du Logos. Cette opération ne s'accomplissait pas dans les conditions ordinaires de la génération animale : la génisse, mère d'Apis, était réputée vierge; elle était fécondée par un effluve d'en haut, sans le contact du mâle, et^ après s'être délivrée de son fruit divin, elle n'en pouvait plus concevoir d'autre. Apis était donc, de son vivant, le Verbe en pèlerinage sur la terre sous la forme d'un taureau : mort et à l'état d'Osorapis, il était le Verbe revenu de son pèlerinage. Cette théorie, établie sur des raisonnements a priori plutôt que sur des faits, mais présentée avec beaucoup de force et d'habileté, répondait trop aux idées mystiques qui prévalaient alors non seulement dans les études égyptiennes, mais dans toutes les recherches entreprises sur les religions anciennes, pour ne pas obtenir grand succès. M. de Rougé lui donna son appro-

1. Mémoires de V Académie des Inscriptions^ t. XX, 1'* partie, p. 256. Il fait allusion à cette démonstration, et il en résume les éléments au début de ses Renseignements^ p. 134-135, au tome I des Œuvres diverses.

bation, tout en faisant des réserves sur un côté de la question que Mariette avait côtoyé perpétuellement sans jamais l'aborder de front. Ces mots de Yerbe et de Logos, cette incarnation du dieu dans un sein de vierge par l'opération de l'esprit, tout dans le mythe d'Apis tel qu'il l'exposait rappelait invinciblement au lecteur les dogmes fondamentaux du christianisme, et l'on sentait que l'auteur tendait à dériver ceux-ci des concepts qu'il croyait reconnaître sous les symboles de l'antique sagesse égyptienne. M. de Rougé, qui était un fervent catholique, s'il admettait ces comparaisons, ne pouvait approuver l'esprit dans lequel elles étaient faites. Il reconnaissait volontiers la similitude, mais, pour lui, il n'y avait eu ni emprunt direct à l'Egypte, ni même infliience de la pensée égyptienne sur la pensée chrétienne. La religion égyptienne, entièrement monothéiste à ses débuts et demeurée monothéiste dans son essence, même après qu'elle se fut corrompue et entachée de paganisme, avait conservé jusqu'au bout l'empreinte de la révélation que Dieu avait accordée aux premiers patriarches de l'ancienne loi : quoi d'étonnant si on y retrouvait, altérés et déshonorés par mille superstitions, les idées et les dogmes qui se trouvaient en germe dans cette révélation et qui ne se réalisèrent pleinement qu'à l'avènement du christianisme? Tous les catholiques ne considérèrent pas les choses avec le calme scientifique de M. de Rougé; ils ne voulurent voir dans le mémoire sur la mère d'Apis qu'une attaque contre le christianisme à propos de recherches égyptiennes. Mariette reçut en haut lieu le conseil de traiter à l'avenir des sujets moins délicats, et il entendit à demi-mot. Il y aurait exagération à dire que ce fut « la raison qui empêcha notre com- » patriote de continuer ses publications sur les Apis^ » mais il se confina désormais dans l'histoire et dans la chronologie, où personne ne l'inquiéta. Il ne renonça pas

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