CXXXIV MARIETTE
Ismaïl-Pacha le rassura. Dès la première audience, il l'assura que rien ne serait changé à sa situation et il lui confirma tous les engagements que Saïd avait pris envers lui. Quant au musée, il le voulait, de même que son prédécesseur, établi sur la place de TEzbékiéh, et monumental. « J'en fais » les plans, disait Mariette; je tâcherai que ce soit sérieux » et durable'. » Les audiences qui suivirent accentuèrent les bonnes résolutions de la première. Ismaïl-Pacha s'échauffa en parlant, et, improvisant des projets toujours plus grandioses à mesure qu'il s'enivrait de ses propres paroles : « L'édifice sera élevé sur le plan le plus large. Outre le » musée d'antiquités égyptiennes, auquel est réservée na- » turellement la place d'honneur, il contiendra un musée )) d'antiquités grecques recueillies en Egypte, un musée » arabe, destiné à conserver les admirables morceaux qu'on vend maintenant comme bibelots au Caire, tels que lampes » de mosquées, chandeliers de cuivre avec nielles d'argent, » vases ornés d'inscriptions coufiques, meubles en nacre, » ouvrages de menuiserie et de marqueterie, en un mot, » tous les débris de cette vieille civilisation arabe qui a laissé )) en Egypte de si brillantes traces. Enfin, au Musée du » Caire s'adjoindra aussi l'Institut égyptien, dont le direc- » teur sera secrétaire perpétuel; cet Institut, bien entendu, » amènera avec lui sa bibliothèque, qui sera tenue au cou- » rant et confiée à un conservateur ad hoc. Bref, le vice- » roi désire, comme vous le voyez, faire du musée le vrai » centre scientifique de l'Egypte. Avec la persistance que » tout le monde reconnaît à Ismaïl-Pacha, je ne mets pas » en doute que ce beau projet ne reçoive son accomplisse- » ment*. » Mariette, (lue son imagination rendait volontiers chimérique à ses heures, fut charmé de rencontrer un esprit
1 . Lettre de Boulak, en date du 26 janvier 1863, citée par G. Devéria, Thcodulc Dcrcrlo^ p. xxiv.
2. Lettre du 3 mars 1863, adressée à M, Ernest Desjardins, et citée par H. Wallon, Notice sur la rir et sur les traraux, p. 81-82.