‹ Œuvres diversesChapitre 55 sur 154 · CXXXVIII MARIETTE · texte numérisé non relu

CXXXVIII MARIETTE

vapeur et vérifier lui-même Texécution de ses ordres, mais Tobligation de mener les princes en tournée abrégeait parfois ses voyages : il avait (3U le comte de Brabant au commencement de Tannée, et il eut bientôt le prince Napoléon qui devait une visite à l'Egypte depuis 1857. Le prince remonta le Nil dans une période de fortes chaleurs et ne quitta presque pas le Menchiéh qu'on avait aménagé luxueusement pour le promener. Il ne sortit de son apathie qu'à Phihr, le jour où il constata qu'un touriste imbécile avait martelé la belle inscription française gravée par ordre de Desaix dans l'embrasure de la grande porte du premier pylône : il la fit regraver sous ses yeux dans les vestiges des vieilles lettres, et il y ajouta un commentaire indigné : On ne salit pas une page d'histoire, La découverte n'en continuait pas moins, à San, à Gizéh, à Sakkarah, à Abydos, à Thèbes, et les fonctionnaires égyptiens, stimulés par les exhortations de Mariette, comme aussi par la faveur dont on voyait qu'il jouissait auprès du vice-roi, relevaient pour lui les textes qu'ils rencontraient dans leurs courses aux régions les plus lointaines de l'Empire égyptien. Un officier d'étatmajor, passant au Gebel Barkal, à travers les ruines de l'ancienne Napata, aperçut gisant sur le sol plusieurs grandes stèles de granit rouge et noir, qui portaient des cartouches et des représentations royales : il calqua rapidement à l'encre de Chine l'inscription gravée sur l'une d'elles et il expédia le calque à Mariette. Celui-ci y déchiffra le nom d'un roi d'Ethiopie qui s'appelait Piânkhi Méiamoun, l'indication de ses guerres contre plusieurs chefs égyptiens dont le plus puissant lui parut s'appeler Tafata. Le peu de temps dont il disposait pour des travaux de cabinet ne lui permettant pas d'approfondir le sens, il expédia les papiers à M. de Rougé avec une lettre qui, lue à l'Académie des Inscriptions, y excita l'intérêt générar. On sait le parti que M. de

1. A. Mariette, Lettre à M. le oicomie de Rougé sur une stèle irouoèe

des chiffres beaucoup plus élevés si on l'avait possédée. M, de Saulcy , qui avait pris la voie du Caire pour se rendre en Palestine, l'apprit au cours d'une visite et se chargea de l'affaire. Il était très bien vu aux Tuileries, il avait son franc-parler même à l'égard des souverains, et il ne se priva pas de dire sa manière de penser au Pacha : celui-ci ne voulut pas indisposer pour si peu l'ami particulier de l'Empereur des Français, et il indiqua le 16 octobre'. 11 vint en effet faire acte de présence à la porte des bâtiments, mais il ne franchit pas le seuil. Comme beaucoup d'Orientaux, il avait horreur de tout ce qui lui rappelait la mort. Il ne pouvait oublier que les momies étaient en somme des cadavres, et le Musée lui produisait l'effet d'un véritable tombeau ; même lorsqu'il eut à y conduire des souverains, il ne pénétra point dans les salles, mais il attendit patiemment dans la cour que Mariette eût fini de leur faire les honneurs de ses merveilles. Le Musée charma tous les visiteurs par ses dispositions matérielles d'abord, puis par la manière ingénieuse dont les objets y étaient présentés : « Deux cours successives longent le Nil et sont séparées » l'une de l'autre par une grille. La première, plantée de » quelques beaux arbres, ne contient que les bâtiments )) d'habitation réservés aux gens de service et à Mariette- )) Bey lui-même. Une délicieuse gazelle, nommée Finette, )) s'y promène en liberté, recherchant avec ardeur les bouts » de cigare dont elle se fait un singulier régal. Quelques » jolis petits singes y gambadent aussi en sa compagnie. » La seconde cour fait déjà partie intégrante du Musée, » car elle contient deux grands sphinx venus de Karnac, » et trois superbes sarcophages de basalte*. » L'édifice comprenait deux vestibules successifs et quatre pièces, qui,

1. F. de Saulcy, le Musàc du Caire, extrait de ses notes de voya^, publié dans la Reçue archèolof/iquc, nouvelle série, t. IX, 1864.

2. F. de Saulcy, le Musée du Caire^ dans la Reçue archéologique, nouvelle série, t. IX, 1864.

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